‹ L'horticulteur français de (volume 5)Chapitre 11 sur 152 · L. COBDIKR · texte numérisé non relu

L. COBDIKR

DES CAUSES QUI DÉTERMINENT LES BRULURES ET LES TACHES DES FEUILLES, SPÉCIALEMENT DANS LES SERRES.

Depuis un grand nombre d'années, les horticulteurs français et étrangers ont cherché à expliquer les causes, malheureusement très -fréquentes, de ces ravages qui détériorent le feuillage dans les cultures et souvent même amènent la mort des plantes;

el cela sans pouvoir bien définir ces causes. Tous cependant ont constaté que le soleil et Veau étaient les principaux agents de cette destruction; mais quant à la manière dont ses agents opéraient, les interprétations ont été très-diverses et souvent contradictoires.

Il serait inutile de rappeler ici. tout ce qui a été dit sur ce sujet, nioij but n'étant pas de faire riiistorique de ces observations. Je veux seulement consigner les faits que j*ai observés depuis quelques années. Des horticidteurs habiles ont considéré les brûlures et les taches comme étant produites par les lentilles ou défauts qui se rencontrent fréquemment dans le verre qu'on emploie pourcouvrir lesserres ou les bâches. D'autres ont attribué à ces brûlures des origines différentes ; telles sont, par exemple, l'eau de condensation chargée souvent d'oxyde de fer dans les serres en fer, l'humidité stagnante, l'inconstance dans la température, les instruments en cuivre dont on se sert pour répandre l'eau, etc. La première de ces causes étant la plus accréditée, je m'y arrêterai plus longuement, afin d'en démontrer l'impossibilité. La plus simpledes expériences pourra nous en convaincre. Il est vrai que le verre de qualité ordinaire dont on se sert renferme beaucoup de défauts ou lentilles, mais les points défectueux sont généralement trop éloignés des plantes, pour qu'elles aient à en souffrir. D'ailleurs, leur inclinaison varie tellement, sans que pour cela les faits cessent de se produire, qu'il est difficile d*accepter cette explication du phénomène qui nous occupe. Nous savons tous que, pour faire prendre un morceau d*amadou à l'aide d'un verre grossissant, il est indispensable que l'objet soit très-rapproché de la lentille. Quoique le foyer suive T épaisseur de la lentille employée, il faut au plus une distance de quelques centimètres.

Or, les végétaux, dans une serre ou dans les bâches, sont au moins à 40 ou 50 centimètres de vitrage, et le plus souvent une distance de plusieurs mètres les en sépare. Cependant ils sont

atteints partout, même en plein air. Ce n'est donc pas là l'explication véritable. Quelques heriiciilteurs anglais ont supposé que ces lentilles se mettaient en rapport avec les gouttelettes d'eau d^éposées sur les feuilles et que réchauffement en se produisant déterminait cesavaries. Dans leGardner'sChronicle de 1858, un horticulteur habile attribue les taches h un degré d^humidité trop élevé uni à une température trop basse (du moins pour les Orchidées). Un autre praticien dans le même journal (même année), dit qu'en donnant beaucoup d'air et de lumière^ on les évite facilement. Telles senties explications les plus accréditées. Sans les repousser entièrement^ disons qu'elles nous paraissent insuffisantes.

En \ 861 , je remarquai, dans les serres du Muséum, siip plusieurs Dracsena, des brûlures qui s'étaient produites en quelques instants, à la suite d'un seringage fait intempestivement, c està-dire pendant que le soleil frappait directement sur ces plantes. J'en cherchai l'explication du côté du vitrage ; mais, si je trouvai quehjues défauts pouv'ant former lentilles, le raisonnement me démontra, toutde suite, qu'à une distance aussi considérable que celle qui existait entre les feuilles avariées et la cloison vitrée (environ 4 mètres) y cette cause n'était pas admissible. J'enlevai les plantes rendues affreuses par ces brûlures, sanspouvoir m'expliquer encore les causes qui les avaient produites»

Cette année (1862), le même fait se présenta sur deux beaux Cordyline australis qui se trouvent à la même place, c'est-à-dire en face des deux portes d'entrée d'un pavillon. Le beau temps me permettant de laisser ces portes ouvertes, je ne m'aperçus de rien; mais dès que la température du dehors devint trop basse pour quelques plantes délicates qui se trouvaient dans la même serre, je tins les issues fermées, et le premier jour, à la suite d'un bassinage fait trop tardivement, ces deux Cordyline furent encore tachés. Celte fois je mis plus do persistance à chercher l'explication de ce phénomène.

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Tant qae les portes dameurèrent ouvertes, je n eus au^un inconvénient à signaler. Le premier jour que je les tins fermées, je constatai des brûlures. Elles provenaient donc bien évidemment delà suppression de l'air vif du dehors. Mais comment Tair empécbait-il l'action nuisible de se produire? C'était là ce qu'il fallait déterminer. Je plaçai des gouttelettes d^eau sur des feuilles restées intactes, et je fermai les portes. Au bout de quelques instants, l'effet se produisit devant moi. Chaque goutte s'échauffait très-fortement. A mesure que sa température s'élevait, son volume augmentait. Elle unissait par se répandre en suivant Tinclinaison de la feuille et brûlait entièrement tdiite l'épaisseur du limbe^ sur tout son parcours.

Après cette expéneuce, j'ouvris les portes et je mouillai de nouveau les feuilles. L'air un peu vif qui entrait me fit présumer immédiatement, que le même phénomène ne se présenteriit pas, vu l'instabilité des feuilles. Afin d'être parfaitement ^é sur ce point, je fixai quelques-unes des feuilles à l'aide (le petit s fils ; et je pus voir clairement, que, immobiles, elles se brûlaient, quoique exposées à l'air, et qu'il n'y avait que l'agitation des feuilles qui pût les garantir de ces lésions.

11 me restait donc encore à savoir, en admettant, avecquelques horticulteurs, que la gouttelette d'eau formât lentille, comment elle pouvait brûler, portant sur l'objet. Je fis donc quelques essais avec des verres de convexités différentes, et j'acquis la certitude que plus les verres étaient sphériques, plus il était nécessaire de les rapprocher de l'objet pour obtenir le résultat que je cherchais h expliquer.

Je ne pr^ends pas attribuer aux mêmes causes toutes les taches qu'on remarque fréquemment sur les plantes de serre ; mais je puis assurer que toutes celles qui se produisent en peu d'instants sont dues à l'immobilité des feuilles, lorsque les plan tes sont tenues dans des serres mal ventilées et surtout lorsqu'on les arrose ou trop tardivement, ou par un temps trop calme.

L'eau, en séjournant trop longtemps sur les feuilles, est bien aussi une cause de désorganisation qu'on remarque souvent sur les Orchidées^ lesPélai*gonium, Bégonia, Cactus, etc. ; mais avec un peu d^attention, on trouvera que les effets ne sont pas les mêmes dans ce cas. La couleur des taches surtout est trèsdifférente. Lorsqu'il y a brûlures par le soleil, les taches sont jaunes et toute l'épaisseur des feuilles est brûlée. Mais lorsque les lésions sont dues à un séjour trop prolongé de l'humidité, il n'y a souvent que l'épiderme d'endommagé et Ips taches sont noires.

On peut donc recommander à tous ceux qui s'occupent de culture, d'éviter surtout d'arroser et de bassiner les plan tes pendant que le soleil les frappe directement ; ou plutôt de faire en sorte qu'il ne reste plus d'eau sur les feuilles, à partir de midi jusqu'à trois heures au moins ; de bien ventiler les bâches et les serres, de manière à enlever les eaux de condensation ou d'arrosement soit en hiver, par un dégagerait de chaleur sèche, soil par des courants d'air chauffé.

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