SULFATAGE DES BOIS TENDRES
Toute espèce de bois devient incorruptible par suite de Tin- Iroduction du sulfate de cuivre dans son tissu ; nous n'hésitons donc point à considérer, 'comme étant de la plus haute importance, cet emprunt de la culture à l'art industriel: car les bois employés dans les jardins, dans les vignes et dans les champs, sont nombreux et nécessitent un renouvellement assez onéreux.
Introduire dans les pores dn bois une eau satur<'»e de Sï*lfate
de cuivre à 2 degrés, tel est lepriocipe de Topépation ; voyonsen maintenant Tapplication.
Deux systèmes sont en présence : l'injection et Timmersion ; nons ne parlerons que de ce dernier, parce qu'il est d'une application plus facile pour le propriétaire ou le cultivateur.
Il faut d'abord un réservoir, un tonneau» une cuve, une auge ou im bassin quelconque, cela dépend des besoins. L'essentiel est que le récipient conserve le liquide intact, c'est-à-dire que ses matériaux n'absorbent pas le sulfate, ne le laissent pas fuir, et qu'ils ne renferment aucune substance susceptible d'être altérée par le sel de cuivre ou capable de le dénaturer.
M.E. FoUiot, qui aexpérimenté le sulfate sous tous ces aspects, et qui vient de créer, à Chablis, un établissement fort utile pour là confection de charpentes, de cloisons, de barrières, de treillages, de paisseaux sulfatés, nous disait que les récipients en bois n'absorbent le liquide qu'une seule fois, tandis que les auges en pierre l'accaparent constamment. Pour son exploitation, il a d'immenses cuves en briques et pierres parfaitement cimentées (1 ).
Prenons pour modèle la citerne que nous avons fait construire pour nos besoins. Elle a 4 mètres de long, 2 mètres de large et 1 mètre de profondeur; sa base est un rocher grossier de pierre et mortier recouvert d'un béton; les parois intérieures, formant cuvette, sont un mélange d'un tiers de chaux et deux tiers de cendres de houille et de mâchefer pulvérisé. Cet enduit, mastiqué ^r le béton, est doué d'une force de cohésion qui l'empêche de se fendiller (une addition de ciment et de suie con- AÎendrait là où les résidus de houille sont rares).
Avant d'emplir d'eau le^réservoir, nous y plaçons notre bois.
(4) Depuis quelques années, cet iuduslriel approvisionne les établissements d^borticultare d'étiquettes en bois peint pour le commerce des végétaux.
Dans nos contréeSr le saule et le peuplier sont les essences les plus répandues, et npus trouvons, dans leur sulfatage, un avantage d'autant plus grand que leur durée naturelle est trèslimitée et qu'ils absorbent parfaitement le sel de cuivre. Nous préparons nos morceaux de bois tels qu'ils doivent être définitivement, parce qu'après le trempage^ la besogne serait plus difficile.
Ainsi donc, les tuteurs, les échalas, les sommiers sont écorcés et aiguisés; les lattes à treillage, les perches, les lames pour clôturer, les planches destinées aux rognis, aux bords de ri* vîère, aux coffres de châssis, ou à tout autre service, sont ouvragés définitivement ; les pieux avivés et épointés : enfin on façonne les morceaux comme s'ils devaient être employés immédiatement. C'est alors qu'on les place dans le bassin^ en les mettant d'aplomb, de toute leur longueur , pourjqu'ils n'y prennent point une mauvaise forme ; puis on remplit d'eau de manière que tQut le bois soit submergé, et, au moyen de poids ou d'une pression quelconque^ on l'empêche de surnager.
La dissolution du sulfate se fait alors à froid dans la proportion de 2 ou 3 kilogrammes de sel decuivre par hectolitre d'eau. Nous le faisons fondre dans deux petits panieûs placés à fleur du bain, en y jetant les morceaux d'abord et y versant de l'eau ensuite.
. Des expériences sont tentées pour savoir si le sulfate de zinc pur ou mixte, plus économique, ne produirait pas d'aussi bons •résultats; on a déjà reconnu que le sulfate de fer n'avait pas la même propriété. En attendant, nous continuons d'employer le sulfate de cuivre appelé, dans le commerce, vitriol bleu et vitriol de Chypre. Son prix est modique (t fr, le kilogr.), et l'on n'a pas encore trouvé de bois ainsi galvanisé qui soit atteint de* pourriture. Etant vieux, peut-être le bois sulfaté deviendrait-il cassant; mais tout fait supposer qu'il n'entrera point en décomposition, que les insectes le redoutent, qu'il est moins inflairi-
omble et oon snjet à se. totirmenler. Continuons notre opé* radoD .
Le bois est retiré de la dteme au bout de huit ou quinze jou» de trempage^ suivant sa porosité et suivant aussi son état sec ou déjà frais, car le trempage doit être moins prolongé avec le bois vert qu'avec le bois coupé depuis plusieurs semaines, et à plus forte raison depuis plusieurs mois.
On serait tenté de croire qu'une plus forte dose de sulfate dans une même quantité d'eau conviendrait aux tissus dessé* ûhés. C'est une erreur. Les cristaux s'accumuleraient à roriilce des pores du bois en entravant sa pénétration. 11 est préférable de ne point augmenter les proportions du bain et d'y laisser séjoumev ce buis sec plus longtemps. ^
Une fois le trempage fini, on laisse le boiss' essuyer à Tombre pour qu'il ne se tourmente pas.
Si Ton opérait an mois de septembre, ou en mars et avril, avec du bois nouvellement coupé, il suffirait de le placer debout , le pied seul dans le bassin. Le liquide conservateur monte dans les vaisseaux du bois en raison delà capillarité, et pt^oduit promptement reifetque nous lui demandons.
Ainsi les personnes qui n'auraient guère de paisseaux à employer pourront les sulfater debout dans un tonneau «acrt/{e à cet usage.
Ceux qui ne présenteront pas, sur toute la surface, un aspect verdàtre, au bout de btiit jours, seront replongés dans le fût par leur autre extrémité et y resteront la même période de temps.
Pour ce qui concerne le réservoir destiné à l'immersion complète, onnjoute du sulfate et de Teau toutes les fois que le bois n'est plus entièrement couvert par le bain^ et, comme les proportions deviennent difficiles à établir, on se sert de l'aréomètre. Introduit dans le bainiX doit marquer 2 degrés ; sinon on ajoute du sulfate ou de Veau pour y arriver. Il est prudent de renou-
Vêler lotaleraent le bain après utï séjour répété àù morceaux de bois en sève.
Le fer mis en contact avec le sulfate de cuivre s'oxyde promptement; en conséquence, il convient d'employer du fer galvapisé chaque fois que le métal devra se trouver en rapport direct avec le bois sulfaté.
Les matériaux de construction étant, dans nos parages, d^un prix assez élevé, nous avons fait confectionner, à Chablis, des panneaux en bois sulfaté, hauts.de 2 mètres^ 2 mètres 50 et 3 mètres pour nos cultures d'arbres formés.
Nous y avons constaté une végétation plus riche, plus régulière qu'auprès des murs ordinaires : la nature spongieuse du bois et sa couleur terne sont bien certainement pour quelque chose dans cette réflexion du calorique. C^est à considérer, parce que la chaleur, tantôt vive, tantôt froide d'un mur, provoque des maladies sur le pécher^ l'abricotier et autre espèce fruitière à noyau .
N'oublions pas que le modique prix de revient et les réparations moins fréquentes sont à l'avantage de ce genre de cloisons. Déjà plusieurs horticulteurs et amateurs ont suivi notre exemple en faisant élever de semblables abri» pour clôturer-leur propriété, au lieu d'y bâtir une muraille onéreuse.
Le bois n'a pas seul le précieux privilège de bénéficier du sulfatage ; les tissus, la paille y participent^ C'est précieux pour les jardins, puisque nous pouvons imprégner de sulfate de cuivre les paillassons, les claies à ombrer, les chaumes, les cordages^ les toiles, etc., qui se détériorent vite aux injures du temps. ^
Après une immersion de cinq ou six jours dans la cuve, ils gagnent une prolongation de durée en même temps qu'ils redoutent moins les attaques des animaux rongeurs.
Nous avions raison d'avancer que cette découverte, si bien accueillie d'abord par les compagnies de chemin de fer, par l'adminislration des lignes télégraphiques, et susceptible encore
de p^ectionnemenls, était appelée à rendre d'importants services à ragricultui*e, à la viticulture, au jardinage et à Téco- Domie rurale et domestique.
Ce n'est pas une théorie vague : Texpérience a prononcé.
Ghakles Baltet,
horticolteur h Troyes.
DISSERTATION SUR LA VÉGÉTATION