‹ L'horticulteur français de (volume 5)Chapitre 13 sur 152 · DU SOL · texte numérisé non relu

DU SOL

Au point de vue horticole ou agricole, le sol ou terrain est une étendue quelconque de la surface du globe que nous habitons ; la terre est la substance ou matière qui le constitue.

Quelques physiciens, notamment Yanhelmont et Bonnet^ ayant élevé, pendant un certain temps, quelques plantes dans de l'eau, ont cru pouvoirnierrinfluence du sol sur la végétation, et ne Tont regardé que comme support des végétaux.

Sans doute le sol n'est pas, comme la chaleur, Tean et l'air, un agent indispensable à la manifestation des divers phénomènes delà vie végétale ; mais en présence des résultats mêmes des savants qui ont nié cette influence, et surtout lorsqu'on compare la végétation d'une plante cultivée dans deux terrains de nature opposée au point de vue de la fertihté, on est obUgé de convenir que le sol n'est pas sans action sur les végétaux. EU comme le fait remarquer Mulel (1), l'eau peut certainement fournir à l'accroissement des végétaux, mais il est évident qu'elle agit ainsi parce qu'elle tient en dissolution des piatièrcs organiques et des sels, qui entrent dans la constitution es plantes; encore est- on obligé de reconnaître que les végétaux

(\) Traité théorique et pratique sur la végétation, 4781, tom. f, p- 645.

soumis au simple régime de Teau ne font que des pix)d actions faibles et deviennent très-chétifs.

Bonnet a obtenu, dit-il, de très-bons fruits d'un arbre planté dans de la mousse imbibée d'eau. Ce résultat .s*explique parfaitement; l'arbre au moment où il fut placé dans celte eau, avait ses tissus gorgés de sucs séveux ; la mousse n^a pas été sans retenir quelques grains de poussière, et sans céder à l'eau une certaine quantité de sa substance organique en état de décomposition. Par conséquent, cet arbre a vécu aux dépens des principes nutritifs emmagasinés dans ses tissus, comme le malade à la diète vit de sa propre substance, et comme l'arbre abattu qui développe des bourgeons.

On cite aussi à l'appui de l'opinion de Bonnet, les oignons qui poussent dans l'eau « Cet exemple est encore moins concluant que l'arbre fruitier; car les oignons poussent même sans eau, exposés simplement sur les tablettes. C'est qu'ici les bulbes, comme les tubercules, sont des réservoirs de principes nutritifs qui contiennent assez de sève pour entretenir le développement normal de la plante pendant une période végétative ; au delà de cette période, le bulbe est épuisé en partie, et ne peut fournir qu'un aliment insuffisant, malgré l'eau dans laquelle est plongée sa base ; il devient flasque, et l'eau pure dont il se trouve alors gorgé, accélère sa décomposition »

Si enfin des graines germent dans du verre pilé, sur du coton humide, c'est parce que le jeune plant qui en natt^ trouve, dans le périsperme ou dans ses cotylédons, un principe nutritif qui entretient très-majgremcnt son existence pendant un certain temps.

Le sol est donc absolument nécessaire à l'entretien de la vie et au développement régulier des végétaux, soit qu'on le considère comme simple support ou comme réservoir de principes nutritifs .

Considéré comme simple support, le sol exerce une certaine

iufluence sur la vég<^tatiaiu Suivant quo le terrain est plus ou moins plat, ou plus ou moins incliné, soit vers le nûdi, soit vers le nord, il favorise plus ou moins l'action de la lumière et de la chaleur solaire, en même temps qu'il facilite ou diminue les effets des pluies et des arrosements.

Un sol plat n'oifire aucun inconvénient, lorsqu*il est constitué par des terres légères ou sablonneuses; les eaux de pluie ou d'arrosement le pénètrent facilement. Il n'en est |)as de même quand il est compacte ou humide; il retient alors toutes les eaux à sa surface, et nuit à la végétation. Les travaux de dessèchement ou de drainage sont d'une exécution difficile; car on éprouve de grandes difficultés à établir la pente nécessaire des drains, et à. se débarrasser des eaux qu'ils produisent.

Les terrains un peu inclinés sont, sous ce rapport, plus favorables; mais l'importance de cette inclinaison est d'autant plus grande, qu'elle se dirige du nord au sud ; car alors, l'action de la lumière et de la chaleur solaire s'accroît en raison du degré de déclivité. Les terrains en pente dirigés vers le midi sont plus chauds, et ont une action plus puissante que les sols inclinés vers le nord . Le cultivateur sait très-bien tirer partie de ces différentes inclinaisons du sol. Ainsi, il consacre les |)entes exposées an midi, aux cultures précoces du printemps, aux dernières saisons d'automne, et aux plantes qui n'acquièrent que très-difficilement leur parfait développement sous son climat : il réserve au contraire les pentes inclinées vers le nord, pour les cultures d'été.

Sur lesterrainsplats< les jardiniersétablissent artificiellement de ces pentes sur une certaine étendue de leur jardin ; c'est ce qu'on appelle ados.

Mais, si un faible degré d'inclinaison vers le midi favorise la végétation^ et facilite la culture des jardins, il n'en est plus de même quand le sol est trop incliné ; car dans ce cas les eaux de pluie ou d'arrosement coulent à sa surface sans le pénétrer, et en-

traînent les terres de la partie supérieure qui se trouvent en peu . de temps privées de terre meccble arable.

Pour obvier à cet inconvénient » on peut, dans les jardins maraîchers ou potagers, disposer transversalement les platesbandes, en surélevant le bord inférieur, de manière à obtenir une surface presque horizontale, ou au moins à amoindrir la pente, pourempêcherl'écoulementtrop rapide dés eaux qui dégradent le sol, et déchaussent les plantes.

EXPOSITIONS POUIl 1863.

Nice du 8 au 12 avril.

Le Mans . du 1 2 au 1 4 —

Caen du 16 au 19 —

Toulouse du 25 au 28 —

Nancy du 1 au 5 mai.

Paris-. • du 9 au 14 —

Nantes du 10 au 14 —

Meanx. du 15 au 18 —

Versailles. du ! 7 au 21 —

Valognes. du 23 au 26 —

Paris. — luipriinerie hoilicole de E. Domuaud/ nieCasseUe.. 0.

L'horticniture en boutique; les bouquetières des rues ; la violette, le lilas blanc, et les boutons de roses à la halle aux fleurs coupées ; les asperges de Qichy ; fleuraison des Camellias de M. Courtois ; la serre de M. Fouque d'Emonville, à AbbeYÎHe.

L'habitude que le monde élégant a contractée, depuis quelques années, d'orner ses appartements de plantes vivantes et de fleurs naturelles, a puissamment contribué au développe-* ment de l'horticulture; elle a même créé une industrie nouvelle, qu'on pourrait appeler V horticulture en boutique. En effet, cet engouement, car ce n'est pas toujours Tamour des plantes qui fait rechercher celte ornementation naturelle, a suscité, à certaines personnes, l'idée d'omTir des magasins de plantes; mal« heureusement, la plupart de ces commerçants ignorent ce que c'est que la culture, et, plus malheureusement encore, ils ne connaissent pas les noms des plantes qu'ils vendent ; ce qui jette un certain discrédit sur l'horticulteur de profession ; on n'en pourrait signaler que trois ou quatre, tout au plus, dignes du nom d'horticulteur, entre autres notre ancien collaborateur, M. Burel, qui a transporté ses belles cultures dans un brillant magasin de la rue du Helder.

n y a 10 ans, à peine^ on ne connaissait guère que le magasin du Palais-Royal qui, alors, avait une renommée presque européenne. Aujourd'hui, il n'y a pas une rue des quartiers aristocratiques sans magasin floral, et dans les quartiers moins favorisés par la fortune, on trouve, attelées à des voitures, ou stationnées sous dès portes cochères, des bouquetières de tous les âges, qui ne rappellent que très-imparfaitement les jolies bouquetières au temps de la Régence. Il est vrai qu'à cette époque, les fleurs se vendaient un prix qui permettait à la marchande de faire quelques frais de toilette; et la toilette,

Mars 1863. 5

comme la nature^ embellit toujours quelque peu la beauté. Que peuvent aujourd'hui ces iafortunées^ en vendant 30 centimes un bouquet de violettes de 5 à 400 fleurs? On se demande même comment elles vivent; car elles ne récoltent pas ces fleurs elles-mêmes dans nos bois ; toutes les forêts de la France ne fourniraient pas ces prodigieuses et incroyables quantités de violettes circulant en ce moment dans Paris^ à pleines charrettes. Ces fleurs sont le produit de cultures artificielles, et sont vendues chaque matin à la halle aux fleurs coupées. Or^ le cultivateur prélève d'abord le loyer de son terrain ; les ' frais de cueillette^ qui doivent être assez considérables^ puisqu'il faut cueillir les fleurs une à une ; ensuite un certain béné« fice. Que gagnent donc ces malheureuses revendeuses? Ne leur marchandez pas trop lem^ fleurs, ô vous tous qui aimez la violette, et qui n'allez pas la cueilUr au bois!...

Nos lecteurs et encore moins nos lectrices, n'ont sans doute jamais assisté, de 3 à 5 heures du matin, à la vente des fleurs coupées. C'est un spectacle curieux et charmant, qui vaut certainement Marengo^ et même le Bossu. En ce moment on y remue — ■ c'est le cas d'employer l'expression populaire — la violette à la pelle; le lilas blanc s'emporte à la brassée, conmie le Lilas naturel, au bon temps des Prés'-Saint-Gervais, et des promenades au bois de Romainville; les boutons de Roses se vendent presque à la bottée I et tant d*autres fleurs dont la nature a été forcée. On sacrifie quelques heures de sommeil, le soir, pour assister à une représentation de Rigoletto ou de Lalla-'Roukh ; quelques heures de sommeil sacrifiées le matin, ne seraient pas trop cher payer la vue du marché des fleurs coupées, surtout une veille de grande fête.

Pour utiliser son temps, on pourrait pousser jusque sur le carreau des halles aux légumes. On sera étonné de l'énorme quantité de plantes légumières apportées quotidiennement a Paris. Mais ce qui étonnera le plus, ce sont les 800 bottes d'as-

perges vertes, qu'un habile primeunste de Clichy tire chaque jour de ses cultures et qu^il y porte depuis plus d*un mois» Nous reviendrons du reste sur ces asperges, dont le nouveau mode de culture mérite d'être traité dans un article spécial.

Un spectacle charmant» qui ne coûte rien» paS même une heure de veille, est offert actuellement et pour la dernière fois aux amateurs, par M. Henry Courtois^ horticulteur, rue de la Muette : c'est la floraison de sa belle et riche collection de Camellias. Les deux doyens de cette délicieuse serre, deux Pompania provenant de boutures données par Timpératrice Joséphine, à feu Tamponnet, prédécesseur de M. Courtois, sont toujours là, couverts de nombreuses fleurs roses et blanches, planant sur de magnifiques albaplena; Prince Albert, à fleur carnée, lignée de rouge; Saccoï' nova) toujours ravissant de forme et d'un beau rose tendre ; Leana superba, dont les boutons mi-ouvert« rappellent la Rose cent feuilles* mais d'un beau rouge<«ponceau ; Chandleri élégant^ à grandes fleurs rouges, demi-pleines; Duchesse d' Orléans , blanc camé piqueté et ligné Uanc ; Mme Place et Mme de Beauregard, figurés dans ce recueil ; puis les ravissants Jvbilé^ Caryophylloides, et tant d'autres bonnes variétés, qui n'ont contre elles que leur ancienneté, mais qui n'en sont pas moins toujours recherchées des vrais connaisseurs. Toutç cette belle collection va décidément disparalti*e cette année; c'est à la fin de ce mois que M, Courtois ' se sépare de ses élèves ; pour les amateurs, c'est une bonne aubaine. Ce sera fâcheux pour l'horticulture, car nous n'aurons plus à Paris de collection de Camellias. 11 nous faudra aller à Versailles, chez M. Bertin fils, pour jouir de la brillanl^ floraison de ce bel arbuste, ornement des jardins d'hiver, que la mo<ie cherche cependant à faire disparaître, pour le remplacer par des végétaux à feuillage. Je ne vois pas trop ce que les yeux y gagneront. De la verdure toujours et partout, c'est à la fin assez monotone ; espéix^ns que le bon goût l'emportera sur

la mode, et que les jardins d*hiver ne se laisseront pas dépouiller de ces charmantes fleurs, dont les coloris variés égayent bien autrement les yeux qu'un vert uniforme qui rappelle trop les jardins funèbres où reposent nos aïeux.

En parcobrant, pour la dernière fois, peut-être^ la serre de la rue de la Muette, je me reportais de quelques années en arrière, et je parcourais, de souvenir, une autre serre plus spacieuse, oh îj'ai ressenti de délicieuses émotions; cette serre est située à Abbeville et appartient encore aujourd'hui, je'crois, à M. Fouque d'Emonville, amateur très-distingué, qui a réuni là plus de quatre mille Camellias et trois à quatre cents Rhododendrum. Qu on se figure ces quatre mille Camellias fleuris, dont une centaine, au moins, ont plus de S mètres de hauteur, cou^

. verts de milliers de fleurs rouge cerise, des Imbricatay Biro^ Jardin d' hiver j ou des fleurs roses de Magnifica, Rosea;àes paBoniformes comme celles des Chandleri elegans^ Prince Trmihetskoiy etc., etc.^ et Ton décidera ensuite si le Camellia ne vaut pas lesDracsna, les Aralia, et même les Teophrasta imper ialis? N'abandonnons pas le Camellia : laissons les plantes à feoillage embellir les appartements, mais réservons nos serres, nos jardins d'hiver aux plantes à fleurs : les fleurs sont la fête des yeux, disent les Chinois ; n'ayons donc pas moins de poésie que

. ces enfants du céleste empire, que nous nous empressons peut* être trop de qualifier de barbares.

F. Hérincq.

. CALCÉOLAIRES SOUS-UGNEUSES, de Deligne. (Pl. vi.)

Le genre Calcéolaire appartien t à la f amiUe des Scrophulariés ; il est composé de nombreuses espèces vivaces généralement herbacées; quelques-unes seulement sontligneuses; toutes sont originaires de l'Amérique méridionale. Aux premières appar^

tiennent les belles variétés à grosses fleurs vésiculeuses, si originalement et si richement marbrées de dessins fantastiques sur fondsblancet jaune. Malheureusement ces espèces types^ — crer natifbray arachnoidea^ corymbosa etplantaginea, — sont délicates et leurs variétés ont hérité de cette déhcatesse de tempérament; de là les difficultés de culture et de conservation pendant l'hiver ; ona dû même les traiter en plantes annuelles. Les espèces ligneuses, — C. mtegrifolia particulièrement, — sont trèsrustiques, mais à fleurs petites, unicolores, sans panachures, de couleur jaune d*or. On en a obtenu des variétés à couleurs plus foncées, mais toujours sans nvarbrures, et qui varient du jaune pur au pourpre foncé.

La très-grande rusticité de ces variétés permet de les livrer à la pleine terre pendant la belle saison et d'en former de belles eorbeilles ou de charmantes bordures de massifs ; ce que ne permet pas Textrème délicatesse des Calcéolaires herbacées.

Dans ces dernières années, M. Deligne, jardinier de Madame Boulanger à Choisy-le-Roi, obtint une race nouvelle, sous-ligneuse, rustique, à feuilles cotonneuses en dessous^comn\e les variétés de Vintegrifolia ou rugosa^ mais à fleurs très-grandes, et présentant tous les fantastiques dessins des Calcéolaires herbacées, conune on peut le voir par les figures de notre planche Y, faites d'après des fleurs cueilhes par nous l'année dernière sur les magnifiques plantes de M. Deligne, et sur lesquelles nous avons déjà appelé l'attention des amateurs de ce beau genre. C'est une très-bonne et très-heureuse conquête ; elle est due, dit M. Deligne, au croisement de Calcéolaires herbacées, par la Calcéolaire ligneuse.

On en trouve les graines chez M. Chapron, M"^ grainier, 37, quai Napoléon, Paris.

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