‹ L'horticulteur français de (volume 5)Chapitre 127 sur 152 · INFLUENCE DU SUJET SUR LA GREFFE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SUJET SUR LA GREFFE

Voici quelques-unes de mes observations sur la bouture et la greffe.

Ces modes de multiplier les Conifères, par exemple, sont condamnés par bien des gens, un ancien préjugé les entache : je n'ai pas la prétention de le détruire ; mais je serais heureux, je Tavoue, si je le voyais s'atténuer un peu.

6n oroit g JnémleiiMiit qo*aa Pia ou un Sapia qui a p^iu ta fiècfae ou tète n'en peut tefiite une autre : ce fait, irrai pour un arbre jeune ou vieux manquant de vigueur, est faux poor un arbre vigoureux. Souvent il arrive un acoideot qui détrait la flèche d'un arbre ; alors souvent i( repousse, près Teadrint Dù manque cette flèche, un ou plusieur bourgeons destinés ft former des tètes, et, si on a le soin de n'en laisser développer qu'une, elle ne tarde pas à pousser avec vigueur ; d'autres fois il ne pousse point de tète, mais la branche la plus voisine de la flèche perdue se redresse, pour la remplacer, et pour peu qu'on l'aide an moyen d^m tuteur, l'aeoident est bientèt répsiré.

On coupe la tète à certaines espèces pour les mukiptier \ la lète coupée, greffée sut un sujet, forme un individu ; au^essous de la coupe, l'arbre développe plusieurs bourgeons, que Tea Éoope encore pour les greff'er ou les bouturer et former autant d'individus d'une même variété semblables au pied fnère«

Ces moyens sont lents et coûtent beaucoup de soins ; mais on est bien obligé d'y recourir quand on n'a pas de graines ; et certaines variétés ne se maintiennent qu'ainsi multipliées, témoin le Biota aureu nana^ que la graine ne reproduit pas, et bien d'autres. }e sais bien que la multiplication par la graineest la voie la plus avantageuse quand on le peut ; mais nous savons bien aussi que si on employait ce mode uniquement, on pourrait, par des croissements et des hybridations, perdre des va* riétés intéressantes.

Toutes les espèces et variétés ne sont pas également bonnes reproduites par la bouturé, et le choix des rameaux n'est pas indifférent ; quelques-unes ne réussissent bien qn^autanf qu'elles proviennent de tètes.

Voici les genres qui paraissent le mieux se prêter à ces sortes de multiplications, la bouture et la greffe.

Biotaj Thuya f Juniperus, Cupressus, Cedrus, Sequdap Tascm, Podocarpusy Chamœcyparis, etc :

£n eflet, pour pea que Ton exaaÛM ces arfires^ on rètaaxquè Mentôt^ que chaque branche détachée du tronc représente l'arbre dans son ensemble ; nul doute ainsi que chacune des extrémités de ces branches^ loi^squ'elles sont bien constitaées^ ne reproduise un individu identique. Le succès de la bonne opération dépend et du chois des rameaux et des sujets pour la greffe.

On ne pourrait raisonnablement refuser à la boutiure, faite dans de bonnes conditions, la faculté de reproduire Tiadividn duquel elle est issue, vivant comme lui de sa propre vie par ses racines particulières. On dit^ pour justifier la préférence à donner aux sujets de graines^ que ceux-ci ont un pivot qui £aii leur foroei tandis que ceux issus de boutures en sont dépourvu* H y a là une aj^arence de vérité* Oui^ je trois qu'une graine quelconque^ de Sapin ou de Balsamine» semée en place dans àes conditions semblables, viendra plus vite qu'une autre dont on aura transplanté le sujet qui en est issu^ parce qu'on n'aum pas dérangé son pivot ni ses racines. Mais, parmi les arbres de pépinières dont les sujets ont subi trois ou quatre plantations ou transplantations^ il n^en est peut-être pas un sur mille qui ait conservé son pivots Que devient alors la raison alléguée pour donner la préférence au su^et de semis? Mes confrères peuvent k dire comme om, lorsqu'c»! transplante les sujets ea pépinières, venus de ^*aines ou de boutures, quefcesoie&t des Poiriers ou des Cognassiers^ des Pêchers ou des Peupliers, on coupe toutes les racines latérales à environ deux c^atim^ires du Xvùùc ou du pivot, ne conservant que le nombre de racines suffisant pour la bonne reprise, et cela dans l'intérêt des personnes qui achètent nos arbres ; ces arbres ainsi traités, au lieu de n'avoir qu'une ou deux grandes radnes sans dievelns^ en ont dnq ou six garnies de radioeUes^ et soBt par ce mefm d'une reprise bien plus assurée^ Encore une oompaiaiscm. La Vigne vient bien de boutures ;

je ne sais pas si elle vient plus vile de graine que de boutures» maia ce que je sais bien, c'est que les sujets de ces dernières donneront leur produit beaucoup plus tôt que les sujets issus de graines; et, parmi les uns comme parmi les autres, il y en aura de plus faibles et de plus forts indistinctement.

Je ternùne là les comparaisons des semis aux boutures ; et si une Vigne qui n'a pas de tète ne peut être comparée à un arbre vert qui en a une, je remarque qu'un Platane» un Peuplier, ont une tète, et je les crois d'aussi bonne venue de boutures que de graines.

Je disais, il y a un instant, que toutes les graines ne produisent pas des sujets vigoureux, et j'ai dit, en parlant de bou* tures, qu'il fallait choisir les rameaux les mieux constitués. Il en est de même pour les greffes ; mais, de plus, on ne saurait les placer inconsidérément sur les premiers sujets venus.

Le jardiner-maraîcher, pour avoir de belles laitues, choisit de la bonne graine, puis il la sème dans une terre bien préparée .

Le jardinier-fleuriste qui veut obtenir de bouture un Pétunia vigoureux, se garde bien de le prendre sur un sujet faible oa maladif; il prépare aussi une terre qui convienne à son rameau.

De même le jardinier-pépiniériste, lorsqu'il greffe un Cedrns deodoray choisit son rameau et, en outre, un sujet dont le développement et les habitudes aient le plus de t^imilitude. Ce n'est qu'à cette condition que l'on peut, par ce mode de multiplication, obtenir un plein succès.

Ici se place une question du plus grand intérêt : quelle est rinfiuence de là greffe sur le sujet ? Je ne veux et ne puis, sur cette question qu'énoncer quelques faits produits dans la . pratique pour les cultures en pépinières. Dansles pépinières, un sujet faible ne peut guère se fortifier; une partie des sels destinés à son alimentation étant absorbée par ses voisins plus forts, tandis qu'un sujet faible, qui serait placé dans un lieu isolé,

pourrait être fortifié par une plus grande somme de lumière et de substances nutritives.

Il me parait convenable de diviser . cette question en fleux parties : Tune relative aux greffes sur sujets de même espèce } Faulre, aux greffes sur sujets d'espèces différentes.

1* Je r^narque en premier lieu, lorsqu'une greffe est placée sur un suj^t, si la vigueur est la même, tout va pour le mieux, c^est*à-dire quMls grandissent et grossissent simultanément par suite de leur identité ; mais si on place une greffe faible sur un sujet fort, et que Ton retranche rigoureusement les bourgeons de ce dernier, au fur et à mesure qu'ils se développent, il arrive souvent que le sujet langiût et qu'il meurt quelquefois ; et, si on laisse développer ces bourgeons, souvent ils tuent la greffe. Il arrive aussi qu'en greffant certaines espèces on n'a pas laissé les bourgeons , soit au-dessus, soit au-dessous, sur * le sujet, l'opération tue le sujet si la gi-effe n'a pas réussi.

i!" Quant à la greffe digenère, oi!i l'espèce de la greffe diffère de celle du sujet, l'influence de la greffe semble apparente, presque évidente, dans certains cas. Je me contente de con^ stater des faits, sans chercher à remonter aux causes.

Lorsque des greffes de variétés de Rosiers peu vigoureuses sont placées sur des Eglantiers d'espèces très- vigoureuses , on ne tarde pas à voir périr la greffe et le sujet ; et si ces mêmes variétés sont placées sur des espèces d'Eglantiers moins vigou* reuses, elles vivent plus longtemps. Des greffes de Poiriers de variétés vigoureuses, placées sur des sujets de Cognassier, se développent vigoureusement, mais le sujet reste faible au-dessous delà greffe; d'autres variétés aussi vigoureuses, placées sur les mêmes sujets, poussent avec force, et le sujet s'accroît en proportion de l'arbre greffé. Mais des variétés de nature faible restent faibles, lors même qu'on ne leur laisse pas. produire du fruit, et, si on leur en laisse produire, elles s'épuisent bientôt. Quelques autres végètent rapidement pendant une, deux ou

troît années^ ptû ^'arrêtent et ne le développent presique phs» Il en est enGn qui se développent lentement, mais la vigaeu? s-ace^ott à mesure que Tarbre prend plus de force; ili arrivent è faire de beaux arbres avec le temps, mais leur mise h fruit est plus lenta à s'effectuer ; on pourrait presque dire que eelui qui vien^ le plus vite s'en retoum^le plus tôt . Il y a là moins d'influence de la greffe sur le sujet que d'influence du sujet sur la greffe.

Toutes ces expérieneea étant pratiques, il est facile d'en faire Tobservation. Mais éteodons^en un peu le oerele , et pren(His quelques exemples divers parmi les arijres d^omement. Le Sophora et le Frêne pleureurs, lorsqu'ils sont très^vigoureux, développent quelquefois à leur partie supérieure de fortes I^an* ches qui tendent à se redresser, influence manifesta de la foret du sujet sur la greffa.

Si nooft examinons le Cytise des Alpes, arbre de troisitaM grandeur, lorsqu'il est abandonné à lui-même, nous voyons que, lorsque nous avons constitue sa tète en Cytise pourpre ou biano^ eu encore en Oenet blanc ou velu, il ne pousse presque plus ni en grosseur de trône, ni en développement de racines, à li condition toutefois qu'on ne lui laissera développer aucun bourgeon autre que la greSé ; œ fait nous démontra la justesse de ee principe ou loi physiologique ; la cpiantité ou le volume des racines est subordonné à oeluî des branches.

Le même foit se remarque sur presque toutes les espèces et variétés naines, lorsqu'elles sont greffées sur des sujets vigoureux.

Le Bignonia grandi ftora et le Teeotnavenusta poussent beau-*' coup plus vigoureusement et fleurissent beaucoup plus tardive- Bfient, lorsqu'ils sont sur leurs propres racines que lorsqu'ils sont greffés.

Enfin (m rencontre des espèces et des variétés quî^ étant greffes sur des sujets de même espèce, deviennent plus fbrtes

que le sujets surtout dau lea Cetincrs^BigarrMiix ; taudis que des variétés de Poiriers greffés aur Poiriers franc» restent tou-^ jours plus faibles que le sujet*

Un appui est donc favorable à quelques essences et déûivo* rable à d'autres. L'influence de la greffé sur le suj^ ou du sujet sur la greffe modifie bietf peu les arbres fruitiers venus de semis. Lors mâme qu'ils sont greffés sur des sujets d'espèces plus faibles, sur quelque sujet que soit placé celui qui naît vi'^ goureuxy il demeure vigoureux, comme celui qui naît peu vi^ gonreux demeure peu vigoureux, et la fructiiicatiou en est rarement avancée de plus d'une année.

La nature, jalouse de maintenir ses droits sur les adolescents dont elle a fixé l'âge adulte» s'en départ rarement; et si elle sort de cette loi en faveur de quelques-uns, et que oette exception porte sur un bon fruits on a souvent plut6t à la regretter q\àk s'en louer^ car on est à peu près sur que l'arbre ne sera pas vi* goureux. ^

Ces remarques, faites sur un grand nombre de sujets, se sont rarement démenties. J'ajouterai, toujours sur les mêmes faits^ que si Ton veut obtenir promptement, par la greffe, du fruit sur un sujet de variété nouvelle, il faut greffer les rameaux de l'extrémité de l'arbre, les derniers poussés ; si on les prend à la base, fassent-ils plus vigoureux, en sera sûr d'attendre iat fruits une ou deux années de plus, car sur les égrains mâmesi e*est presque toujours sur les bois des deux ou trois dernières pousses que naissent les premières fleurs^

Le bois de celte partie de Tarbre, en passant à l'état adulte, se dépouille de ses caractères primitifs et sauvages ; tous sas organes changent d'aspect ôt s'agrandissent ; l'état viril semble àdpucir ses mœurs, les policer en les développant davantage et les sujets qui en naissent ne ressemblent, pour la plupart, 01 rien à la partie inférieure de l'arbre. On ne sent le guère d'actre influence que celle du temps.

Je reviens aux greffes des Conifères, que j'ai un moment oubliées, mais dont je me suis éloigné moins en réalité qu'en apparence, puisque tous les arbres de nos pays sont soumis aux mêmes lois.

En effet, les observations que je viens de faire démontrent: qûepour faire un sujet de première grandeur, en le faisant vivre par un autre sujet, celui-ci doit, autant que possible, être aussi de première grandeur; qu'un sujet d'une nature ne changera pas la nature d'une greffe fsdble et que Ton veut conserver faible ; que Ton place une greffe trop faible sur un sujet trop fort, on court le risque de perdre les deux, et enfin qu'il y a tout avantage à ce que la greffe ait, avec le sujet, le plus de similitude possible et ne diffère pas trop en gro3seur.

Lorsqu'on a greffé une espèce qui prend facilem^it de boa* ture, il y a tout avantagé, en la mettaut ea pleine terre, à en* terrer la greffe, si celle-ci n'est pas trop haut placée au-dessus du collet du sujet ; ainsi enterrée, la greffe peut développer des racines, l'individu s'affranchit alors et vit de sa propre vie.

Pour que les sujets provenant des greffes ou des boutures puissent bien se développer, il ne faut pas qu'ils soient trop longtemps en pot, surtout les espèces vigoureuses, auxquelles il faut beaucoup de nourriture et d'espace pour permettre aux racines de s'étendre ; la culture en pots, surtout en pots de petite dimension, les affaiblit beaucoup ; ils restent plusieurs années pour se remettre et reprendre leur vigueur, encore arrive-t-il souvent qu'ils ne peuvent la recouvrer, bien que livrés à la pleine terre.

Mais on ne saurait trop le dire : pour qu'une greQe ou une bouture de CSonifère soit bonne, il est urgent qu'elle soit issue d'un rameau ou d'un bourgeon bien constitué.

Les sujets provenant de boutures ou de greffes ne sont pas tous bons, comme ceux provenant de graines ne sont pas tous

bons non plos i il faut^ parmi les uns comme parmi les autres, élaguer les mauvais, ceux que Ton reconnaît de mauvaise venue.

F. MOREL, HorUenlteur à Lyon,

MÉMOIRE

SUR LA PRODUCTIOSI ET LA FIXATION DES VARltTtS DANS LIS

PLANTES D^ORNRUENT;

^ Par M . B. Vkrlot, chef de culture au Jardin des plantes de Paris

(C9 Mémoire a remporU le prix daûs le coneoars de 1862, per U Société impériûte $t

' ttntfâk ^Hortieitlfre.)

(buite.) § II« He la fêcoBflatloB «pérée enire 4e«x espèces Alailmetes*

La fécondation entre individus d'espèces légitimes est assez rare. De ces croisements na!t> si la fécondation a lien, et si les graines sont fertiles, une variation qu'on est convenu d'appeler Ay&nVfe ; mais Hlors ces variations sont ou d'une stérilité complète, ou d'une fertilité limitée à quelques générations, et disparaisent prompteroent, soit par leur retour à l'un ou à Tautre ou quelquefois à un seul des parents, soit par extinction Je la fécondité. Ce sera seulement par boutures^ greffes^ marcottes qu'on pourra les propager.

La question de lliybridité ressemble fort à celle de Tespèce, c'est-àdire qu'à ce sujet les opinions ont été et sont encore très-partagées. Quelques personnes, les Anglais notamment, ne considèrent comme hybride que le produit du croisement entre individus de deux genres distincts : par exemple, en parlant du Bryanthus erectus, ainsi qu'on a pu le remarquer, MM. Mac-Nab et J. Anderson le citent comme un f?rai hybride ; pour d'autres et avec plus de raison, Thybride est le résultat de la fécondation entre individus de deux espèces ; pour d'autres enfin (et ils sont malheureusement très-nombreux en horticulture), l'hybride est le produit d'un croisement quelconque, opéré soit entre une espèce et sa variété, soit entre deux races ou variétés, soit même entre deux individus de la même espèce.

Pour nous, l'hybride est le produit d'un croisement opéré entre individus d'espèces différentes. Cette définition, qui est celle des auteurs du Manuel du jardinage, est loin d'être purement théorique; elle s'ap* puie, au contraire, sur de nombreuses expériences auxquelles s'est livré l'un des deux auteurs de ce livre. Nous considérerons encore

comme bybride le produit du croisement, quand^ par extnofdinaini, il est poeeible entre individue de gem*ea dieUacte; tel est, par ^um«« pie, le Bryanthmertctus, et cela avec d'autant plus de raison qu'il présentera au plus haut degré Tun des caractères les plus essentiels de Thybride : la siérilité.

Nous verrons dans le chapitre suivant, en nous appuyant sur des laits, que la plupart des plantes^ que les jardiniers désignent sous le nom d'hybrides> ne sont, en réalité, que des êtres analogues à ceux qu'on obtient dans le règne animal par le croisement d'individus de deux races d'une même espèce, êtres qu'an est convenu, avec raison, d'appeler métis.

p'après notre définition des hybrides et les caractères que nous leur avons assignés, ces produits, quoique plus nombreux chez les végétaux que chez les animaux, sont cependant comparativement rares ; il ne pouvait en être autrement, puisque la nature leur a refusé la faculté de se reproduire indéfiniment au moyen de leurs praj^es graines.

Anciennement, les botanistes avaient appliqué, à plusieurs plantes qu'ils supposaient d'origine hybride, les épilhètes de spuria, hybrida^ notha; mais on sait que le plus souvent l'hybridation n'a joué aucaâ rAle dans leur formation.

Parmi les hybrides cultivés, nous ne pouvons en citer aucun avec certitude. Cependant le Ribes Gordontanum^ qu'on dit provenir d'un croi* sèment entre les Hiàes palmatum et sanguineum^ a tous les caractères d'un véritable hybride, car il tient à la fois de ces deux plantes et, de plus, il est constamment stérile. M. Naudin essaya vainement de le féconder et nous-même n'obtînmes aucun succès dans cette opération.

Le CtfHsus Adami^ d'une stérilité complète, est, quoiqu'on n'en ail pas la preuve absolue, indubitablement un hybride des Cytisvt puîj>u^ reus et LabumumionX il reproduit, sur un seul individu, tousles caractères extérieurs. Il en est de même des Orangers biji^rreries qui sont moitié orange et moitié citron. C'est par disjonction que^ dans ces deux derniers cas, les formes spécifiques reparaissent ainsi sur des plantes hybrides; et c'est, on le remarquera, chez les végétaux ligneux quB ce fait se présente, c'est-à«dire sur des individus qui, persistant de longues années, doivent accomplir toutes les phases de Texistence d'une plante hybride, existence dont cette disjonction serait le dernier terme. Cependant M. Naudin Ta pu constater che^ le Datura Siramoniolœvisy dont les capsules étaient épineuses d'un côté et lisses de l'autre, offrant ainsi les d^ux types réunis sur la même capsule. Ici la disjonction s'était non-seulement opérée par ce cai*actère extérieur, mais encore par un autre d*uae haute importance : c'est que le^ graines recueillies sur le côté lisse de la capsule n'ont reproduit^que le patura

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lœvis, tandis que celles qui ont été prises sur le c6té épineux n'ont donné naissance qu'à des Datura Stroyixmium.

II 7 a sans doute d*autres bybrides parmi nos plantes cultivées ; mais on sait combien est grande rincertitude qui règne dans cette grave ques* tion; aussi nous abstiendrons-nous d*en indiquer d'autres exemptes. Nous rappellerons seulement quelques-unes des expériences de M. Nandin. Ces travaux, dont la scrupuleuse exactitude n'est pas sujette idi8<« cusfiion, nous fournissent matière à établir quelques lois qui nota serviront i indiquer, mieux qu'on ne Ta pu faire avant lui, le carac* tèredes bybrides; et des résultats qui découleront de ces expériences» nous tirerons quelques conséquences relativement au r61e que lliybri* dation est appelée % jouer dans la production des variations chez les végétaux.

4* De ta fécondation hylHndê dans le» eêpke» emmueitei^

Ces croisements se manifestent parfois naturellement» et les produits auxquels ils donnent naissance mnX ordinairement stériles. A.insi^ en 4858, nous vîmes se formep sous nos yeux, i l'école de botanique du Muséum, unbybride entre les Digùalis tuteo L. var. micrantha et purm purea. Cet hybride était tout k fait intermédiaire entre ses deux parents ; son feuillage se rapprochait du D. micranilta plus que du 2>. purpurea ; ppur la grandeur, ses fleurs étaient intermédiaires entre les parents, et leur coloration était légèrement teintée de rose sur fond jaune, pv coq« séquent aussi» elle tenait à la fois des deux espèces qui l'avaient produite, En outre, cet hybride (ut complètement stérile et par la mauvaise conformation du pistil et par Torganisation non moins défectueu9iei du pollen^

La science possède, du resta, un fait presque identique dans celui qu'a si bien observé M. J.-S. Henslow et qu'il a publié en 1851 dans les Transactions de la Société philosophique de Cambridge. Les parents de son hybride étaient les DîgUalis purpurea et D^ luiea^ et les seul^ différences que nous ayons trouvées entre 9Qn observatiw et U, n6tre tiennent à la différence de parenté.

En fécondant le Nicçiiam ruMtica par le pollen du N. catifonàea^ U. Naudin obtint un hybride entièrement stéi^ile-^ Vèm^ TésuUat en léeondant le Nicotiana glutinosa par le iV, awiculata^

Nous rappelleras anssi que, par le croisement des Mirabilis Jalapa et longiflora, M. Naudin obtint un unique individu trè$-fort, vigou^ reux, et à peu près entièrement stérile, puisque la fécondation artificielle d'une soixantaine de fleurs (par son propre pollen* il cat vrai) n'amena qu'une aenle graine*

Cependant, à l'égard des Mirabilis^ nous devons rappela, comme un

fait qui a eu cours dans la science, que M. A. Lepelletier a vu se former sous ses yeux un hybride des M. longiflora et Jalapa qu'il appela M. ky brida et qui, au rapport de Bosc> se reproduisait idenliquement de semis (Bosc, in Deterville, <809). Nous n'avons jamais eu occasion de voir cette plante, et bien qu'elle soit encore portée sur quelques catalogues^ nous n'avons toujours obtenu^ en en semant les graines, que des Mirabilis longiflora ou des M. Jalapa aussi caractérisés que possible.

De ces quelques faits il ressort, que les hybrides obtenus entre Mi" vidus à végétation monocarpique ne peuvent se perpétuer^ et cela par extinction des organes reproducteurs* Pourtant, des expériences eatreprises au Muséum par M . Naudin sur différentes plantes annuelles, notamment sur les Pétunia, démontrent que les hybrides peuvent être quelquefois fertiles.

Ainsi, en 4854, M. Naudin recueillit des graines sur un pied deP^ ttmia hybride entre les P. molacea et nyctaginiflora ; ces graines furent semées en 4855. Sur 47 individus qui en naquirent, 19 présentèrent des fleurs blanches ou faiblement rosées, à gorge violacée et k pollen gris-bleu, dans lesquelles le tube de la corolle était encore évasé et comparativement court, comme il Test dans le P. violacta; ^ individu avait les fleurs comparativement petites et était presque la reproduction de celui de Thybride qui avait fourni les graines du semis. Les 27 autres pieds reproduisirent à peu près les 2 autres types : les P. violacea et nyctaginiflora.

Cette observation démontrait le peu de fixité de cet hybride, mais elle prouvait aussi qu'il n'était pas entièrement retourné à ses types. Les 20 plantes qui se rapprochaient le plus de Thybride donnèrent un grand nombre de graines qui, semées en 4856, produisirent 4f6 plantes, sur lesquelles 43 répétaient à peu près les caractères du premier hybride.

M. Naudin s'est arrêté là dans cette expérience, mais il est probable que, s'il l'avait continuée, en choisissant chaque année pour portegraines les plantes qui reproduisaient le plus exactement possible la forme hybride premièrement obtenue, il aurait été possible, pendant une longue suite de générations, de reproduire cette forme intermédiaire, mais toujours accompagnée d'individus retournant plus ou moins complètement i l'un des parents, et cela jusqu'à ce que la disjonction des types spécifiques, devenant complète, eût entraîné le retour total aux parents.

Donc dans les plantes monocarpiques, nous le voyons, la fécondation hybride ne donne naissance qu'à des produits stériles ou qui, s'ils sont fertiles, présentent au plus haut degré l'instabilité des caractères

de lenr descendance. Comme coméquence pratique^ cette fécondation, dan»ce9 planta^ pourra donner naissance à des variations, mais ne pourra

servir à la création de races ni de variétés.

(A continuer.)

SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'HORTICULTURE

Séance du iSjuin. — Les Cerises^ fruits de la saison^ étaient abondantes sur le bureau. On y remarquait les lots de MM. Gosselin, Briffant et Lepère. Ce dernier exposait de beaux fruits de la Cerise Royale. M. Lepère reconnaît à cette variété une grande fertilité ainsi qu'une aptitude particulière à pouvoir croître en espalier. MM. Briffant et Deydier^ de Yalréas (Vaucluse), avaient envoyé, le premier un rameau de Cerisier de semis chargé de fruits. Le Comité^ tout en reconnaisant la beauté et la bontéNde ces Cerises, n'a pas voulu leur assigner un nom avant de s'être assuré que le greffage n'apporterait aucune modification à leurs caractères. Le second adressait des fruits, malheureusement trop avancés^ d'une Cerise venue spontanément et dont le Comité n'a pu reconnaître Torigine. Toutefois il a supposé que cette variété pourrait bien provenir de celle qui^ dans le Midi, est désignée sous le nom de Rodane.

Les Fraises o^xupaîent également une large place ; nous rappellerons les variétés Sir Harry et ÉLéonore présentées par M. Gauthier, qui, au moyen d'une culture entendue^ est parvenu à augmenter considérablement le rendement habituel de ces variétés. M. Robine en présentait 45 variétés dont 3 d'obtention récente.

M. Petit fils, jardinier à Saint-Cloud, obtient une récompense de premier ordre pour un Pelargonium de semis qui parait très-florifère et dont les fleurs sont vraiment remarquables ; le fond de leur coloris est d'un rose foncé, tandis que la partie centrale est purpurine.

M. Margottin reçoit une semblable distinction pour sa présentation, de 2 Roses nouvellement obtenues par lui : l'une, qu'il a nommée Baronne de Ménars^ a été reconnue, par le Comité de floriculture, comme étant la plus belle Rose blanche conmie jusqu'ici. — Le second gain de M. Margottin a reçu le nom de Charles Margottin.

En fait de plantes fleuries, nous signalerons les Pétunias de M. Tabor, . deux Delpkinium de semis de M. Rémy, de Pontoise ; enfin les Mufliers' de M. Fontaine et les Pétunias de M. Fournier, de Paris.

M. Rivière soumettait un exemplaire fleuri^ d'Agave xylinacaniha.

Cette préMitatiaa vaut è la Gompagaie one {«marque cocieuM sur le développemeat de la hampe de cette plante* M. Rivière^ ea effet, dit , avoir remarqué que chaque matin l'infloresceace avait une propension manifeste & e^ineliner du côté de l'Est, et que^ dans le jour, elle suivait révolution du soleil. Ce phénomène s'est répété journellement jusqu'au développement normal de la hampe, et la formation des boutons à fleura. M. leviôe-Président Lucy rappelle avoir vu le môme phénomène se produire lors de la floraison.de V Agave mexicana. Sans citer d'exemples, M. Forçât dit aussi qu'un asfiez grand nombre de plantes tendent également à répéter plus ou moins complètement cette particularité.

A cette occasion» nous rappellerons t]ue depuis longtemps déjà cette tendance a été remarquée sur plusieurs Composées, notamment sur ua genre propre à l^Amérique septentrionale^ les Silphium et surtout las S. laeiniatum L^'ti dUêectum L«> avec cette aeule difiérence que ce soVt les fleats qui s'inclinent et s'épanouissent dans la direction précitée. Au dire de quelques voyageurs qui ont eu occasion d'examiner le £ttt dans les pays où ces Silpkium croissent spontanément, le phénoiQèBe est plus constant que dans nos cultures, où on trouve sur le même iodh vida des fleurs manifestement inclinées à TEst^ et d'autres» en plus faible proportion il est vraij qm s'épanooissent dans une position dia^ métralement opposée.

M « Delaville alaé> jardinier au château de Fitz-James, avait adressé nne notice sur la destruction du puceron lanigère. La lectiire de ce travail a été faite au milieu d'un profond silenceé Chacun étant désitett de eonnattie un procédé par leqœl on peut obtoûr un ré»il(at depuis aussi longtemps cherché.

Voici le moyen employé par l'auteur t en décembre il £rotte énergi** quement d'eau bouillante à l'aide d'une brosse datB éi\A paâse^partoni, les parties atteintes par le puceron; ensuite^ avec un instrument tra** chant, il met à nu toutes les exostoses causées par cet inseete et qui leur servent de refuge. C'est après avoir ainsi découvert un grand nombre d^entre eux que M. Delaville procède à on second lavage eiè* cuté dans les mêmes condîtioos que le précédent.

Comme on le voit, ce procédé est d'nne extrême simplicité. Quelques membres, notamment M. Forest dit que ce remède a déjà été employé et qu'on ne fui a pas reconnu les avantages qu'on s'était plu à lui aitri* buer. Il nons semble que l'efficacité du lemède proposé par M* Delaville doit résulter de la manière plus on moins rapide avec laquelle l'eau bonillante est fépandoe sur les parties atteîn tes. C'est sans douta un * procédé qui o^a^quiert traie sa valeur que par fhahileté de eelui qui le met en œuvre*

SéoMe du tijuUkt. ^ V%ppM le pluiintémMQt ooisistait en trois tètes de Choux-fleur présentées par M?Dervaux, jardinier de M. Delamarre. Cette variété obtenue par l'exposant figurait déjà à la dernière Exposition partielle de la Société; elle est remarquable parle peu d'élévation de ses tiges^ par le volume de ses tètes et enfin par sa précocité. C'est, erofoas^-noua, une i>aoe que les maralehers emptoieruAtupédaiement pour la colture forcée.

M. le Comte L. de Laoïbertye écrivait à la SoeiAlé pour lui aiiftoircer le fait suivant : Dans un bois des environs de Chaltrait il avait arraché 3 pieds d'un Fraisier tiès voisin du F. tlatior ; il les avait hivernes sous ehâseis k froid, puis mis sur touche an printemps. A Tépoque de leur floraison, H. de Lambertye remarqua que les fleurs étaient peu stami* aées et que les anthères étaient dépourvues de pollen. Cependant, grâce sans doute à l'intervention du pollen de Fraisiers cultivés dans le voisinage, il recueillit quelques Fraises qui, par leur forme, leur colpratimi et leur parfum, rappelaient les caractères des Capronniers.

A cette occasion M. de Lambertye rappelle, ce qu'on savait déjà , que le F. elafior est bien le type des Caprôns.

Une lettre de M. Gatineau de Bacy-le-Long (Aisne) apprend à la Compagnie qu'ayant fkit usage de Teau qui avait séjoarné quelque temps dans un tonneau enduit de goudron, pour arroser des Melons atteints de la Grise, il avait obtenu un résultat inattendu, la guérison de ses plantes. Il nous semble que ce procédé a déjà été employé sans succès bien apparent. Il serait pourtant très-^utile de pouvoir prévenir Vapparitioa de ces ^userons, qui, cette année encore , ont été d'une atbondanee telle, que la plupart des maraîchers de Paris ontdA arracher ces plantes et leur ont substitué des Choux-fleurs.

Depuis plusieurs années le Muséum dt histoire naturelle possède une nombreuse série de Cueurbitacées. En juin dernier la santé de ces plantes était parfaite ; mais, vers le milieu du mois dernier, la plupart d'entre elles, notamment les Cucumis^ Cucurbila, tagenaria, etc., ont été si subitement envahis par les pucerons, qu'au bout de quelques jours seulement il était impossible, en examinantla face inférieure des feuilles, de trouver on point, même très-petit, qui n'en fût pas recouvert*

B. VcSLOt.

Travaux in mois d'AoôL

PotogAi* Les chaleurs da mois d'aoAt nécessitent de eopteux anosemenfs aux CSioux-Fleurs, Choux, Gardons, Céleri, etc. ; les Concombres, Cornichons, veu* lent aussi des bassinages nombreux. — A mesure que les Artichauts cessent de produire, il faut couper immédiatement les tiges au niveau du sol, &i faisant attention de ne pas endommager les œilletons qui commencent à se développer, -p- Toutes les Laitues doivent être i*ohjet d'une attention soutenue de la part du jardinier; il faut lier les Laitues et les Scaroles, empailler les Car* dons et Céleri pour les faire blanchir selon le besoin de la consommaUon; semer de la Romaine d*hiver^ de la Laitue de la Passion, qu*on replante sur rotière. On peut encore 4 bonne exposition, semer dans les premiers jours du mois, des Haricots pour récolter en vert, pour les conserves d*hiver; maisalon le terreau etles arrosements se doivent pas manquer, on sème aussi, Radis roses^ Oignon blanc. Poireau, Salsifis, Scorsonères, Ëpinards, Cerfeuil,- Navet, Mâches, Carotlos, Choux-Fleurs, Choux de Milau, Pommiers b&tifs. Si on veut avoir du plant de Fraisier Quatre-Saisons, il faut, dès les premiers jours du mois, laisser les coulants se développer librement, on les paille uo peu pour faciliter rémission des racines. On veillera enfin à abattre, avec le dos d'un râteau, toutes les tiges d'Oignons qui seraient restées debout, pour que la sève se concentre dans rOigoon et en augmente le volume.

Jardin fruitier. Palisser, ébourgeonneri pincer, sont les principaux travaux à opérerf on doit avoir soin aussi de découvrir les fruits qui approchent de la maturité, et profiter de cette opération pour visiter les branches malades, soit par la gomme, le chancre, etc. — On commence la greffe à œil dormant, à mesure que le bois sur lequel on veut pratiquer est parfai tendent aoûté.

Jardin d'agrément. Les travaux de ce mois sont è peu près les mêmes pour Tentretien. On commence i greffer les Rosiers en écussonà œil dormant; on sèvre les oeillets qu'on aurait marcotté le mois précédent, et on les plante dans des pots ou en pleine terre. 11 faut s'empresser de lever et mettre en place les plantes annuelles d'automne repiquées en pépinière , telles que Reine-Marguerite , Baisamioe et Rose d'Inde, etc. On -sème des Quarantaines pour les repi* queren pots et^qu'on abrite pendant l'hiver, des Giroflées grosse espèce, Calcéo* laires, Cinéraires, Pensées, Pelargonium, Pivoines, Renoncules, etc.

Serre» Comme au mois de juillet.

l'Arto. — lapiinerie hortlMlt de E. Doiwav», me CasMlie, 9*

SOHlAttl DES AllTIGLRS GORT^CS DARS CI RDnkBO.

F. IlEKiiiCQ, Chronique : Eue. se Mastbagkt: Camellfa LatIbIa ll*sst (PI. XVII); — 0. LuccTBJi : BraekyMOM «peeUm (PI. XVUI); ^ E. Bona»» : €boix de C}|al«nla ; — B. Virlot : Caltare des Ce^hmlotufl. DUbaa et 0Arr«ceBl«; B. VBIU.OT : M é«fe«tre nt U prodnetioa des variétés (3« article) : de la ttcondation hybride dans les espèees vivaeos, dans les cspècei ligneuses, et entre individas d'one espèce et sa Tariété : déûnition de l'espèce; F. Hkrinco : Kx^obIIUb de Veriailirs; n. YnLOT : SoeMté inpériale d*Hortieohora de Paris; A. ni Taloo : mev«« é99 |««inMiMi étrans^^* * Plantes rares ou nonvelks ; -^ C«Uil*9iie« d'h«r(leHlt«i*e poar l'antomne de 1864. ^ Travaas da mois de septembre.

CHRONIQUE

Le marché de la Sainte-Marie; Mauvais effets des serres à double vitrages; Moyens d*obvier i rinconvénient d*unc serre trop élevée; La chanson n'vst pas de notre domaine; Nos correspondants et l'exposition de Versailles; Le jardin de Louis XVIU; Floraison de V Agave amerkana, ou Tarbre qui ne fleurit que tons les cent ans; Naturaliste et romantique; Refloraison d'un maronnier transplanté; Nouvelle société d*borticuUure d'Asg^ers; Différence entre les sociétés horticoles et les sociétés musicales : Congrès pomologîque de Caen; Expositions divers d'automne.

Qu'il était triste et pauvre, notre marché aux fleurs de la Sainte-Marie 1 .. • Et moi qui avais devancé l'aurore pour jouir de sa splendeur, j'ai été péniblement déçu. Je l'avais vu jadis si beau, si riche, si varié en plantes de toutes espèces, que j'allais en toute confiance, vers le quai aux fleurs, pour y admirer les richesses de l'horticulture parisienne. Et qu*ai-je vu?. . . Je voudrais le taire ; mais le métier de chroniqueur a ses exigeances, et il me faut parler. J'ai don(^ vu, au marché aux

fleurs du 1 4 août dernier Le courage me manque

Prenez pitié de moi, lecteurs ; la sueur perle sur mon front et la plume s'échappe de mes doigts.. . Eh ! bien, ce marché, dont on parlait tant autrefois, n'ofirait, cette année, aux parents et amis des Marte, que des Dahlia^ des Balsamines et des Reine- Marguerites en pots, des Fuchsia et des Géranium Tom -Pouce. Des Reine-Marguerites pour la Sainte-Marie ! . . . Mais les

Septembre 486(. 17

Mathieu, les Durand^ les Chauvières, les Lémon , se seraient pendus s*ils n'avaient eu que de pareilles fleurs à leur étalage, même un jour de marché ordinaire. Où est-elle, notre bonne vieille horticulture marchande qui faisait de nos marchés de véritables expositions florales? Elle offrait, aii moins, de la variété et du choix ; elle se livrait è la culture de toutes les jolies plantes; on faisait, alors , de Thorticulture. Aujourd'hui, on ne fait plus d'horticulture; on fait de l'agriculture florale. On cultive des arpents de Reine-Marguerite , de Géranium, ou de Verveines, comme on cultive le Blé et l'Avoine; et, à la fin de la saison, le jour de la Saint-Fiacre, c'est avec orgueil que le jardinier dit à ses confrères : < j^ai fait, cette année- ci, trente mille Fuchsia, ou trente mille Verveines. » Beau chef-d'œuvre ma foi, car c'est grâce à lui que la culture de toutes les charmantes fleurs est délaissée, et que les marchés n'offrent plus qu'une repoussante uniformité. Mais c'est une des conséquences du progrès horticole, qui veut qu'il en soit ainsi; acceptons cet état de choses et n'en parlons plus.

— Tout directeur de journal, tout chroniqueur, a ses corres* pondants plus ou moins intimes qui lui demandent ou lui fournissent des renseignements. Parmi les renseignements de* mandés ce mois^^i, il en est un dont la réponse peut intéresser plusieurs de nos lecteurs^ ce qui m'engage à lui donner la publicité de ce recueil.

Un de nos abonnés possède une serre beaucoup tix)p élevée ; pour en diminuer la hauteur, il a pensé qu'on pourrait mettre dans l'intérieur un second vitrage à la hauteur voulue; mais il craint que des vitraux ainsi superposés, n'empêchent la lumière de pénétrer dans la serre et nuisent à la végétation des plantes. Ces craintes sont foudées. L'essai en a été fait^ et, après une seule année d'expérience, on a reconnu le mauvais effet du double vitrage. Une serre ainsi vitrée conserve mieux

sa cbaleuri mais la lumière est obscure, et bientàc la ponssière, / pénétrant entre les deux coucheB de vitres, s'attache aux verres, et s^oppose ainsi au. passage des rayons lumineux ; on a alors une serre sombre, humide^ dans laquelle les plantes pour» rissent; en outre,*les vitres sont toujours très^ales. Dans le cas que nous signale notre correspondant, il n'y a qu'un moyen d'obvier au défaut de construction de la serre ; c'est de combler les sentiei^ et de surélever les bâches et les tablettes, ou le sol s'il s'agit d'un jardin dliiver.

— Au sujet de la Saint-Fiacre , qn jardinier-poëte nous a envoyé une chanson de' circonstance, avec prière de l'insérer dans notre plus prochain numéro. Malgré notre vif désir d'être arable à notre correspondant, il nous est impossible de lui ouvrir nos colonnes, comme ont ait jaumalistement ; la chanson n'est pas de notre domaine.

<— En6n, je dois adresser mes remerclments à plusieurs de mes tConcitoyens qui sont venus m'engager à visiter l'exposition de Versailles, ou qui ont fait remettre, au bureau du journal, des notes sur ce qu'ils avaient remarqué . Ayant visité cette expo** sition, j'ai pu constater jqu'il n'y avait rien d'exagéré dans leur appréciation . La Société d'horticulture de Versailles, en effet, n'a pas voulu abandonner les vieux errements de l'ex-société nationale de Paris ; elle a Qonservé la tente rustique qui place les plantes dans ce demi-jour si favorable à la beauté ; on pourrait croire que ce sont des femmes qui ont présidé à l'installation de cette exposition qui était vraiment ravissante; nous lui consacrons plus loin un article spécial.

— Jen'aipas votilu quitter le parc de Versailles sans faire une visite àcedélicieux petit coin qu'on désigne sous le nom de jardin du Roi. C'est bien le plus coquet parterre anglais que je conjiaisse. Il a été créé sous Louis XVIlï, qui s'en était réservé la jouissance; mais depuis 1830, la garde qui veille à la porto de cet Éden, n'empêche plus le public de s'y promener, et de

jouir du spectacle jadis réservé aux rois. Là, ce sont des fleurs, partout et toujours : les beaiux) feuillages et les panachures n'y ont pas encore fait irruption ; grâce sans doute au factionnaire qui, ayant conservé le sentiment du vrai beau, leur en défend l'entrée. Dieu veuille qu'il ne se laisse pas corrompre par les partisans du beau de convention, et qu'il transmette scrupuleusement la consigne à ses remplaçants

— L'honune, a dit je ne sais plus quel auteur, est un animal qui se blase de tout ; et, en vérité, je suis toité de croire qu'il a raison, «-non pas de le considérer comme animal, mais de dire qu'il se blase de tout. Exemple : Il y a qnelqoes années , un Agave americana, fleurissait an Jardin des Plantes de Paris ; aussitôt tous les journaux d'annoncer que l'arbre qui ne fleurit que tous les cent ans, en faisant entendre une détonation^semblable à celle d'im coup de ^anon^était en fleur; et tous les curieux d'accourir voir une plante que la longévité humaine ne permet pas de voir fleurir deux fois« Actuellement un« autre agave, est en fleur; les journaux se taisent» et le public passe devant lui sans y porter la moindre attention. Je ne sache cependant pas, qu'on ait désabusé ce bon public, à Tendroit du coup de canon et de la période de cent ans qui s'écoule entre deux floraisons. Est-il déjà blasé de ce phénomène, ou a4-il simplement deviné que coup de ca^^on et cent ans, étaient une mystification, et se garde*t-il, cette fois, de donner à rire de lui? Quoi qu'il en soit, un Agave est en fleur, et dans quelques jours, il aura cessé d'exister. Comme pour les Yucca dont il a été parlé dans le précédent numéro, tout Agave qui fleurit a atteint au terme de son existence. Pendant que les fleurs s'épanouissent, ses épaisses et solides feuilles se ramollissent, se flétrissent, et la maturité parfaite de ses fruits est le moment de sa mort ; mais de la souche souterraine, naissent des drageons qui croissent plus ou moins lentement, selon les climats et les soins de culture qu'on leur donne. En Amérique, fapér

riode d'exiE^tenoe d'un Agave est de 6 à 8 ans, c'est-à-dire qu'il fleurit à l'&ge de 6 ou 8 ans, et meurt ensuite. En Europe sa croissance est moins rapide ; il lui faut 50, 60 et même plus de 100 aimées de cdture pour par\'enir à la. floraison; Y Agave actuellement en fleur au Jardin des Plantes^ a plus de 150 ans. C'est à cette lenteur qu'il faut attribuer cette croyance vulgaire, que les Agaves ou Ahês^ comme on les désigne encore, ne fleurissent que tous les cent ans. Quant à la détonation qu'ils font entendre au moment de fleurir, elle se réduit à une sorte de bruissement produit par le frottement des feuilles centra* les au moment où elles s'écartent pour livrer passage à la hampe florale ; bruissement qui ne s*entend plus à 5 ou 6 pas de la plante. Les amis du merveilleux vont faire plus de bruit en criant contre moi ; que voulez-vous, le naturaliste est Tan* tipode du romantique; il dépoétise tout.

— Une autre floraison, moins rare que celle de Y Agave, fait courir tout Paris en ce moment au petit square du Théâtre- Français, près le Palais-Royal. G'esC celle d'un marronnier qui est entièrement renouvelé : sesfleurs sont accompagnées de nouvelles feuilles ; en le voyant ainsi, on se croit au printemps . Mais à ses côtés il y a d'autres marronniers moins privilégiés qui marquent l'automne : ils n'ont déjà plus de feuilles, et les fruits sont encore tout verts. Ces deux états de choses n'annoncent pas une bien bonne santé des arbres, qui, il est vrai, sont d'assez gros arbres transplantés par le procédé peu ingénieux du tronçonnement des racines.

— On croira difficilement que la ville d'Angers n'avait pas encore de Société d'horticulture. Elle vient seulement d'être instituée sur les instances de MM. André Leroy, l'abbé de Beaumont, Bonneserre, Cachet et Audusson atné, anciens membres de la section d'horticulture de la Société impériale d'AgricuU ture. Science et Arts de l'Anjou. En parcourant la première livraison de ses Annales, qui vient de paraître, j'ai été surpris de

ne pas retrouver, au bureau, tous ces honorables fondateurs. Décidément, les Sociétés d'horticulture diffèrent essentiellement des Sociétés musicales j on n'y vit pas au sein de l'har* monie; Taccord n'est jamais parfait.

— La Société d'horticulture de Caen annonce la troisième session de son congrès pomologique, pour le 8 novembre prochain. Ce congrès a pour but spécial Tétude des fruits de près* soir {Pommes et Poires)^ de la région du Nord-Ouest de la France. L'Exposition de ces fruits sera ouverte du 8 au 13. La Société a décidé, en outre, qu'elle joindrait, comme accessoire, une exposition de fruits de table de toute espèce.

— Les autres expositions d'automne sont les suivantes :

Strasbourg et Valogne du 3 au 6 septembre.

Pontoise 7 au 1 i —

Bordeaux 10 au 13 —

Beaune • ..... 17 au 19 — Coulommiers. . . . ^ . . S5 au 28 — Paris (fruits, roses, dahlias, etc 24 au 27 — .

Charleville • 1 au 3 octobre .

Nancy. ....•• 5 au 10 —

Pour les amateurs qui désirent faire des excursions horticoles à l'étranger, ils ont Floreùce et Hambourg qui auront des expositions du 16 au 18 septembre, Florence prolonge même jusqu'au 21 ; l'exposition de Cologne aui*a lieu du 2 au 9 octobre.

F. Herincq.

FLORICIJLTDRE

CAMELUA LAVINIA MAGGI (Pl. XVII).

Comme toutes les plantes à (leurs, le genre Gamellia a subi, depuis quelques années, une dépréciation fâcheuse qui a fait disparaître du commerce les belles et riches collections que chacun se plaisait » admirer autrefois. Et pourtant le Gamellia possède, au suprême degré, la qualité qu'on exige actuellement d'une plante : un beau feuillage persistant, et à cette qualité, il enjoint une autre cent fois préférable, celle d'une fleur qui n'a d'égale, pour la beauté, que la Rose, cette reine des fleurs 1 Que peut-on trouver de plus admirable que la fleur du Camêllia Lavinia Maggi^ variété connue depuis quelques années seulement, et qui réunit perfection de forme, ampleur et coloris? 0 caprice de l^mode ! Pouvions-nous donc voir une aussi magni* fique fleur sans éprouver le besoin de la faire figurer pour en fairejouir nos abonnés^ qui éprouveront sans nul dout^, à leur tour, le besoin de la posséder.

Le Cainellia Lavinia Maggi est, comme on peut le voir, d'après notre planche XVIi , bien au-dessous encore de la vérité, une variété supérieure. Sa fleur mesure 12 centimètres et plus de diamètre; les pétales, d*une imbrication parfaite, sont largement ovales, réguliers^ arrondis ou à peine aigus au sommet. Quant au coloris, rien de plus riche ; sur un fond blanc virginal, se détachent une infinité de bandes, de stries et de points du plus beau rose carminé •

Nous avions déjà admiré celte belle variété chez M. Berlin fils, à' Versailles; nous l'avons retrouvée splendidement fleurie chez

MM. Thibaut et Keteleér, rue de Charonne, le seul établissement que nous connaissons à Paris possédant encore une collection choisie de Camellias .

Eug. DE Martragny.

BRACHYSEMA SPECIOSA (Pl. XVIII).

Les Brachysema sont de petits sous-arbrisseaux de la famille des PapiUonacées, et tous originaires de la Nouvelle Hollande. Leur tige est grêle, retombante, et leurs feuilles sont alternes simples et entières. Les fleurs sont généralement réAnies plusieurs en petits bouquets qui naissent de l'aisselle des feuilles ou au sommet des rameaux. Le calice est monosépale, à cinq grosses dents un peu inégales. La corolle est allongée^ composée de cinq pétales : le supérieur ou étendard est à peine redressé, plus court que les deux pétales latéraux ou ailes, qui sont oblongs^ appliqués sur les deux nétales inférieurs formant une carène comprimée droite. Dans l'intérieur de cette carène sont enfermées dix étamines libres, à filets glabres, et un ovaire stipité dont le stipe est enveloppé, à sa base^ par une sorte de gaine : le style qui surmonte Tovaire est très-long, filiforme, terminé par un très-petit stigmate . Le fruit est une gousse ventrue, qui coniienl plusieurs graines.

On trouve dans le commerce un Brachysema speciosaj qui a beaucoup d'analogie avec un Brachysema acuminata, dont on ne trouve non plus aucune trace dans les ouvrages de botanique; ces deux noms pourraient bien s'appliquer à une même plante. L'espèce que nous figurons, d'après des individus de l'établissement de M. Rougier-Chauvière, rue de la Roquette, Paris, est une charmante plante à feuilles alternes et opposées sur la même branche; elles sont ovales-aiguës, ou oblongues-oUiptt-

ques, d'un vert foncé en dessus, et d'un vert glauque en des* sous. Les fleurs sont disposées par trois ou quatre en bouquets axillaires, d'un beau rouge vermillon; mais Fétendard est blanc au sommet, et une bande jaune orne sa portion inférieure.

La culture des Brachysema est très-simple et facile. En pleine terre dans un jardin d'hiver, ils ne réclament que des arrosements et quelques petits liens pour i*etenir les branches trop flexibles. Cultivés en pots, il leur faut une bonne terre de bruyère mélangée de ten*e franche, et un bon rempotage chaque année ; l'air libre pendant l'été, et la serre froide pendant l'hiver. On les multiplie très-aisément de boutures. Elevés dans des pots à basilic, on en obtient de très-jolies petites plantes pour Tomemenl des jardinières dans les appartements, au printemps, alors que les fleurs sont encore rares.

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