D*APRÈS LA MÉTHODE DE VERVIERS
L'Œillet proprement dit est la fleur de Jupiter ^ s'il faut en croire le mol latin Dianthus, qui vient du grec DiaSf Jupiter, et anthoSf fleur. En France il porte indistinctement les noms d'ÛEillet desjardifiSy des fleuristes, à bouquet^ commun, grenadin, des bois, des murailles, à ratafia, et enfin Œillet giroflée, du nom botanique Dianthus caryophyllus. En outre de ces dénominations vulgaires, les jardiniers en emploient d'autres pour désigner certaines races obtenues par la culture. En France on divise les variétés de cette espèce d'OËillet en grenadins ou à ratafia, — crevarts ou à cartes,— /antom>« — flamands — et remontants. En Angleterre on les divise en : bizarres, — flambés ou flakel^ — piquetés ou picotés— et fardés. Dans la Flandre^ pays de la culture d'OEillets par excellence^ les jardiniers re*connaissent trois races : les bohèmes, les anglais et les flc^ mands, qu'ils cultivent avec amour et entourent de soins tout particuliers.
V Œillet flamand, tel que l'exigent les amateurs, doit offrir, sans la moindre exception, un fond blanc très-pur, les pétales
bien arronâis sans la moindre dentelure, et une forme parfaite.. Les amateurs de Verviers, dont la réputation comme cultivateurs d'CEillets est universelle » ne transigent pas avec la loi: toute variété nouvelle qui ne présente pas rigoureusement ces caractères est impitoyablement rejetée. Cette race a la réputation, en France, d'élie très-délicate ; mais nous croyons que Tinsuccès de leur culture tient plutôt aux mauvais procédés employés ; c'est ce qui nous engage à faire connallre la méthode des cultivateurs belges, diaprés une note très- intéressante d^un ama* teur de Verviers, publiée dans la Belgique horticole^ de notre savant confrère M. Edouard Morren.
Les Yervîétois classent TOEillet flamand en bicolores, tricolores ou bizarres^ten quadricolores .
Le bicolore est celui qui est orné de bandes rubanées d'une seule nuance : ils ont ainsi les couleurs feu, cannin, rose, violet, marron et lilas ; c'est la race préférée.
Les ti^icolores ou bizarres prennent le nom de la couleur prédomnante. Ainsi, les tricolores feu sont ceux qui portent feu et cramoisi sur fond blanc ; les tricolores cramoisi portent cramoisi et rose ; les violets ont des bandes violettes et des roses ; et, dans les roses, les principales bandes sont roses et les secon* daites cramoisi.
Les quadricolores ont toujours un fond blanc et des bandes de violet^ de lilas et de rose ; les variétés de ce type sont trèsrares.'
. Enfin il y a encore, dans les Œillets flamands, les fantaisies et les vervié0isj variétés naines dont les tiges florales ne dépassent p$s les rameaux stériles.
L'CEillet est sujet à dégénérer^ un marcottage trop répété» sur des sujets provenant d'une même plante, déterminela dégénérescence de TŒliilet flamand; certaines couleurs disparaissent et les Œillets sont alors dits rentrés. La dégénérescence consiste dans la disparition du Uanc, et c'est la couleur des bandes qui
s'étale et persiste* Ainsi Je hkolore fea déviait uBifoemém^t feu ; le tricelore feo, rentre bicolore^ cramoisi et fea ; les qnadricolores deviennent toujours Incolores, rose et vic^et.
Une terre tropriehe en humus est aussi parfois une cause de dégénérescence. Pour ramena la plante au type, U suffit, àsm ce cas, de placer les nouvelles marcottes on les boutures dans une terre moins riche ;: les fleurs reprennent leurs cfouleursnop* maies. Pour éviter cette dégénérescence, dit Fauteur de la note publiée par la Belgique horticole, il y a un moyen très-simple : c'est de sraier» de semer sans cesse; mais n'achetez point les graines ; récoltez-les vous-même sur des sujets vigoureux, l)ien conformés, auxquels on ne laisse qu^une tige florale, dont les fleurs parfaitement faites doivent ôtre composées de 1 3 ou 44 pétafea*
Daqs las flenmiamv-doables, laféoonàatioa s'opère naturellement ; il faut seulement avoir soin de ^cer les perte-graines au midi près d'un mur; de les abriter par une toîtura mobile, contre les (duies et les chaleurs trop ardentes du solcâl, et de les arroser chaque jour, s'ils sont en pots. Pour les êaar» trèsdoubles, il est essentiel de les féecnderaHâficieUemaity en portant le poUen des étamines snr les styles papiUeux qui sent toujours saillants. Il est à observer que les meilleurs porte-graines sont les (Eillets blancs, parce qoe, parla fécmidation artifiâelle, ils peuvent recevoir toutes les coideurs, qu'ils affaiblissent en leur conservant néanmoins toute leur pureté. Cette fécondatiw est indisp^Eisable ; car le pluf souvent les étamines mal eonformées ne renferment pas ou que peu de pollen, et les ovaires ne recevant qu'une insuf&saule action poUinique ne produisent que de mauvaises graines. L'opération en elle-même eat des plus simples; néanmoins elle ne réussit pas toujours, le succès dépend du moment où l'on opère. Ce moment, il faut le con« naître et le saisir ; chez les végétaux la fécondation s'opère naturellement le matin, avant les fortes ehal^irs du jour. Un peu
avant rouvertnre des anthères, le stigmate sécrète une matière comme mudlagineuse dont le rôle est de retenir les grains de ^a poussière fécondante; peu d'insfants après, Tanthère s'ouvre et laisse échapper le pollen ; cet état du stigmate ne dure que peu de temps ; dans les journées très-chaudes^ après quelque heures seulement, il est impropre à la fécondation. C'est donc le moment de Fouverlure des anthères, alors que le stigmate est en état d'exsudalioui qu'il faut choisir pour féconder les (Xillets, comme au reste toutes les plantes.
Quant à la récolte des graines, il faut attendre la complète maturité du fruit ; on ne doit recueillir que les capsules des tiges qui sont bien vertes et qui ont conservé toute leur ngidité.
Des «0mis.«-*Les semis d'CEiUets se font vers le 15 avril. On prépare, à cet effet, des petites caisses de 16 ou i 7 centimètres de profondeur, au fond desquelles on place ime bonne épaisseur de tessons, pour faciliter l'écoulement des eaux et prévenir tout aooès d'humidité ; on charge de 1 0 à 1 2 centimètres de vieux terreau i»ovenant du fumier de oheval, et on finit de remplir avec de la terre ai^o*silieeuse bien tamisée.
Les graines employées pour le semis, par les horticulteurs de Yerviers, ont un an ou 18 mois de récolte; elles produisent^ disent^ila, des plants beaucoup plus beaux que ceux qui pro^ viennent des graines de récoltes plus récentes. On place les giainei sur la terre, à la distance de 2 ou 3 centimètres ; une légère pression avec le dos de la main les fait adhérer au sol ; on les recouvre ensuite d'un centimètre de terreau bien décom« posé, et on mouille légèrement avec la seringue à aspersion.'
Ces semis sont ensilite exposés au soleil et doivent être garantis des fortes chaleurs et des grandes phiies ; on attend que les jeunes plants aient six feuilles pour les repiquer en pépinière, à la distance de 15 centimètres les uns des autres. Lorsque les graines sont bien récoltées, elles produisent peu de plants à fleurs simples. On a donné certains caractères pour
reconnattre les plants à fleurs simples, doubles et pleines ; mais la pratique a démenti le fait ; il n ^ a aucun signe qui puisse indiquer ce que produira tel individu. Comme la floraison des Œillets n'a lieu que la deuxième année du semis, il faut, au mois de mars suivant, transplanter les Cfiillets en planche, en mettaitt, entre chaque pied* une distance de 35 centimètres. Si la terre est trop compacte, il faut l'amender avec du sable ; mais, dans tous les cas, il faut y ajouter une certaine quantité de fùmi^ bien décomposé.
Pour favoriser le développement de ces plantes, on ne laisse, à chacune d'elles, qu'une seule tige florale qui est assujettie avec une petite baguette, et, au moment de la formation des boutons, on abrite la plantation avec des toiles, au moins pendant les heures les plus chaudes de la journée.
A cette époque, on peut déjà reconnaître les bonnes plantes; un bouton bien cylindrique à sa partie supérieure^ de grosseur moyenne, est un caractère de bonnes fleurs doubles; au contraire, un bouton maigre et effilé est l'indice certain d'une fleur siiùple; et un bouton trop gros annonce toujours un GEillet crevart. On peut donc, dès ce moment, faire l'épuration de ses plantes de semis. Les(£illets de bonnes qualités sont alors relevés de la pleine terre des pépinii^es et mis en pots.
Empotage. --^Les cultivateurs de Yerviers emploient des pois d'une forme particulière ; ces pots ont 20 centimètres de hanteur sur 1 5 de largeur au sommet et iO à la base. Avant de s'en servir, ils les font séjourner, pendant une journée^ dans de l'eau trouble ou de l'eau de chaux pour leur faire perdre de leur porosité. La terre que préfèrent les OEillets est une terre argilosiliceuse. Pour la culture en pot, il est important de la tamiser et d'y ajouter un bon tiers de vieux terreau; on la prépare une année à l'avance, et on la rentre sous un hangar ou dans une cave ; puis on Tarrose avec un engrais liquide , et où lareioume tous les mois.
Des marcottes et boutures. — Le marcottage se fait en pots ou en pleine terre, dans le courant d'août et au commencement de septembre. On choisit des rameaux stériles , bien constitués et sains. Une incision transversale, qui atteint jusqu'au milieu de la tige , est pratiquée à la base de chaque rameau, du côté tourné vers le sol, puis on fend, longitudinalement au-dessus de cette incision, de manière à décoller les deux moitiés de la tige sur une faible étendue. Ceci fait, le rameau incisé est rabattu avec soin^ pour ne point le détacher de la tige, dans la terre bien ameublie préalablement, et retenu ainsi couché à l'aide d'une fourchette ou crochet en bois ; on recouvre de terre, et un légère humidité est entretenue par de fréquents bassinages. Un mois après, de nombreuses radicelles garnissent la partie incisée des rameaux; on peut les sevrer. Vers le milieu du mois de novembre on les relève pour les mettre dans des pots de 7 ou 8 centimètres en tous sens^ et, pour favoriser la reprise, on les place sur une couche de tannée, à l'air libre, oh ils passent l'hiver ; on les abrite seulement des vents du nord et surtout de la pluie. Au mois de mars suivant, on les livre à la pleine terre où ils. demandent moins de soins que conservés en pots, et on. peut les relever en mottes, même pendanj; la floraison, sans nuire à la beauté des fleurs.
Toutes les races d'OElillets peuvent être marcottées de cette manière; il faut cependant en excepter les variétés remontantes. Les cultivateurs de Verviers les marcottent en mai, en pleine terre et au soleil. Dans les premiers jours d'octobre, ils relèvent les plantes de la pleine terre et les mettent en pots, pour les rentrer dans une orangerie bien aérée ou mieux sous châssis froids exempts d'humidité. Les Œillets se couvrent bientôt de fleurs qui se succèdent jusqu'au mois de mai. A cette époque, on les rabat et on les remet en pleine terre, où ils poussent des rameaux vigoureux qui servent aux marcottages. Une bonne précaution à prendre pour favoriser cette opération,
— 3(tt —
c'est de c^sèer les lutorietneûtt une httitsdûe de joux's avant de marootter; privés de nourriture, les rameaut s'amoUisseut et sont moins cassants.
Le bouturage est très simple ; on coupe tes rameaux )e plus bas possible, et on les pique suf une couche tiède, en serMuit de temps en temps la terre autour de chaque bouture pour éviter des chambres d'air chaud, qui déterminent la pourriture des rameaux bouturés. Les Verviétois préfèrent le bouturage au marcottage ', ils prétendent qu'il conserve miecx la pureté du coloris, et que les sujets qui en proviennent sont plus robtistes. Hais, quel que soit le mode de multiplication, la dégénérescence apparaît toujours au bout de trois ou quatre ans. n faut donc sans cesse semer pour renouvelé]^ sb coUectlon.
C'est évidemment pour avoir ignoré Ce fait, de dégénérescence causé par le boutumge et le marcottage multipliés , que les horticulteurs parisiens n'ont jamais pu pratiquer la culture de rOEillet remontant plus de quatre ou cinq ans. Les deux premières années, leurs plantes étaient magnifiques ; mais à la troisième, elles dépérissaient, et à la quatrième, elles étaient tellement chétives, que leur vente n^était plus possible.
Ëtt France , les horticulteurs font leurs marcottes dans des petits cornets de plomb laminé , de 4 centimètres environ de hauteur. Ce procédé n'a qu'un seul avantage, c'est de faciliter l'emballage pour les expéditions .
De ta greffe. — La greffe de lOFillet n'est pas un mode sérieux de multiplication ; c'est une affaire de curiosité, pour réunir sur k même tige plusieurs variétés * A cet effet, on choisit un rameau floral très-vigoureux auquel on enlève, moins deux des plus jpunes, les boutons arrivés au quart de leur grosseur; puis on prend des boutons d'autres variétés, plus avancés que ceux laissés sur la tige-sujet , en leur conservant 1 ou 2 centimètres delongueul^ da pédtcelle qui est taillé en biseau d'un côté; on fait ensuite une incision sur la hampe du sujet pour y intro'
dnire to boukm^gNffe^ qtt'oa aimjettit avec dé 1& làinë; 8 ou 10 jours aprës^ lar^rim 6st atfsoréé^ et les boutons gkt)ssissent et finisseut par fleurir,
Animauœ nuis^les. — Les ennemis de l'Œillet sont : souris, pucm:<Mâ 9 theniUes » fourmis et perce^oreilles , ces derniers surtout; ils coupent les onglets des pétale^, et rongent la partie inférieure des tiges. Il faut donc leur faire la chasse, et employer les mojnens de destruction qui sont recommandés , mais qui sont toujours très4nsuffisants.