‹ L'horticulteur français de (volume 5)Chapitre 15 sur 152 · CULTURE DU ULAS BLANC · texte numérisé non relu

CULTURE DU ULAS BLANC

Depuis quelques années, le Lilas blanc fait sensation, même dans la région extra-horticole. On en parle comme d'une merveille, comme d'une chose extraordinaire, et parmi les hommes du métier^ quelques-uns déclarent que pour l'obtenir il faut des soins, des préparations sans nombre, et des connaissances physiologiques très-étendues. Un des fabricants de Lilas blanc, alla même jusqu'à me dire — il est vrai qu'il ignorait ma qualité — qu'il fallait préparer le Lilas sept années à l'avance, et

loi appliquer une Guiture pleine de difficulté, pour lui faire produire ses fleurs de couleur blanche. J'aurais compris cette

mauvaise plaisanterie^ de la part d'un de ces marchands

ambulants qui courent la province avec des Roses bleues> et des Boules de neige rouges ; je m'en serais même amusé ; mais de la part d'un homme honorable, j'avoue qu'elle m'a profondément affligé. Voici donc cette culture si difficile , les soins minutieux, et les connaissances physiologiques si étendues qu'elle réclame.

Nous nous sommes procuré, à Vitry-sur-Seine, chtz M. Coubmbier, pépiniériste^ plusieurs touffes de Lilas; elles n'avaient pas subi la moindre préparation de sa part, ignorant ce qu'on en voulait faire . Nous en plaçâmes, au mois de janvier dernier, quelques pieds sous la tablette de devant, d'une serre chaude, à Segrez, sans les planter ; ils étaient tout bonnement eouchés, les racines à l'air. L'effet de la chaleur provoqua en huit ou dix jours le développement des bourgeons. À ce moment tous ces bourgeons furent supprimés, moins les quatre ou cinq supérieurs qui accompagnaient les bourgeons floraux ; les tiges qui ne portaient pas de grappes furent également cou» pées. Cette opération faite, nous plaçâmes devant les touffes un simple paillasson pour les plonger dans la plus profonde obscurité; dix à douze jours après, nous avions de belles grappes de Lilas à fleurs du blanc le plus pur !

Rien de plus simple comme on voit ; les connaissances physiologiques nécessaires en cette circonstance sont faciles à acquérir, et les sept années de prépa):ation préalable ne me paraissent plus d'une absolue nécessité. .

En visitant^ vers la fin de février dernier, les serres de madame Purtado, avec le collaborateur chez lequel l'expérience, ci-dessus a été faite, nous retrouvâmes notre culture perfectionnée de Lilas blanc. Sous la tablette d'une serre, est pratiquée en effet nn sorte de fosse construite en maçonnerie.

dans laquelle on jette *— le mot peut paraître fort, mais il est exact — des touffes de Lîlas n'ayant subi aucune préparatioû ; elles y sont à peu prés couchées , et traitées comme nous avons traité les nôtres ; au moment de la floraison on fait Tobscurité, et on obtient du lilas blanc.

Ce procédé est appliqué à Rocquencourt depuis un très-graud nombre d'années. Autrefois, ' on y forçait beaucoup le Lilas blanc ; madame Furtado se faisait alors un plaisir d'en offiîr à ses amies ; aujourd'hui qu'il court les rues, le jardinier n'en force que -quelques pieds pour les besoins du service de la maison.

II n'est donc pas nécessaire, de faire construire une serre spécialement destinée à cette culture. Arracher des touffes de Lilas ordinaire; les coucher sous la tablette d'une serre chaude quelconque; supprimer les tiges sans grappes et les bourgeons moins les supérieurs ; faire alors Tobscurité avec desplanches ou des paillassons ; voilà tout le secret de cette culture qui réunit simplicité et bon marché : deux qualités précieuses, qui permettront à cette fleur^ si recherchée, de faire son apparition Tannée prochaine en province, jusque dans la plus petite bour* gade, oti il y a une serre ; car aujourd'hui il est un peu lard pour commencer; les Lilas vont fleurir dans quelques jours. L'expérience, néanmoins, peut encore être tentée sur les pieds qui ne sont pas trop avancés ; ce serait une répétition pour se faire /a main; tout en effet est là.

F. Hérincq.

LE SEQUOIA GIGANTEA.

Cet arbre, que l'on pourrait dire enficore nouveau dans nos

cultures^ est originaire des parties élevées de la Sierra-Nevada,

en Californie; ses premières graines, furent envoyées en Apgle-

feppe par le botaniste voyageur Lobb en 1853, et la France en recevait de son vice-consul, M. Boursier de Larivière, en 1854, Ces dernières levèrent bien et produisirent un assez grand nombre de sujets, que l'on ne se procurait, même dans ces derniers temps, qu'à un prix très-élevé.

Cet arbre, que Lobb a appelé le Monarque de la Californie, et d'autres le Géant du règne végétal, a été décrit par divers voyageurs, et les descriptions qu'ils ont données ont souvent passé pour fabuleuses; mais les botanistes» ayant eu depuis des échantillons et de nouvelles notes descriptives de cet arbre, ne conservent aujourd'hui aucun doute sur les fait^ avanoés concernant la grosseur qu'il acquiert et l'élévation de sa tige. Cet arbre est, en efiet, le plus gros et le plus élevé des conifères connus ; il en est plusieurs dans la locaUté qui ont atteint 80 à iOO mètres de hauteiur sur 3 à 6 mètres de diamètre : la plupart sont dénudés de branches à une assez grande hauteur.

Depuis 1855, on a pu suivre en Europe le développement du Séquoia gigantea et s'assurer de sa rusticité ; aussi est-il appelé à devenir chez nous l'arbre le plus élevé de ceux que nous nommons de haute dimension.

Les graines qui nous furent envoyées depuis n'ont pas toujours été de bonne qualité, et les semis qu'on en fit ne levèrent qu'imparfaitement; on fut donc obligé de chercher les moyens de le propager soit par la greffe, en choisissant les sujets parmi les genres avec lesquels il pouvait avoir quelque affinité, ou* par boutures de ses jeunes rameaux, afin d'arriver à se procurer de jeunes sujets en assez grand nombre à un prix modéré pour pouvoir le planter sur une plus grande échelle.

En 1856, on se servit, pour sujet, du Séquoia sempervirens, espèce d'arbre du même genre avec lequel il avait le plus d'analogie. Les greffes se soudèrent parfaitement bien; mais au bou de deux ou trois ans elles prenaient un tel développement, que les pieds de Séquoia sempervirens, sur lesquels elles étaient en-

— cotées, restaient minces et affaiblis, et la greffe, ne recevant plus la nourriture nécessaire^ finissait par s'altérer et périr.

On essaya alors sur le Cryptomeria Japonica ; les greffes se soudèrent également bien, elles poussèrent avec moins de vigueur que sm* le premier, mais elles se chlorosèrent la seconde année et périrent en partie la troisième. Enfin on se servit des Abies, Cupressus, Thuya de la Chine (Thuya orientalis), etc., mais on n'obtint aucune réussite parfaite.

Dans cette conjecture et pour satisfaire le plus grand nombre des personnes qui, désirant naturaliser ce bel arbre en France, * préféraient avoir des sujets francs de pied, on assaya d'employer comme boutures les petites branches garnies de ramules dont on se servait pour la greffe, en ayant soin de choisir celles qui avaient l£*plus d'affinité avec les sommités des branches et formant ou accompagnant la partie verticale du sujet. . Plusieurs de ces boutures furent faites en 1 856 , et, deux ou trois ans après, il aurait été difficile de reconnaître les sujets qui en provenaient à côté de ceux produits par semis •

En 1 858, lorsqu'on put se procurer un nombre assez considérable de jeunes rameaux sur les pieds de Séquoia dé semis, M. PaiUet, Thabile multiplicateur des végétaux exotiques, entreprit la multiplication de cet arbre sur une vaste échelle. Pourvu de serres et du nombreux matériel que nécessite un pareil travail, il prépara ses boutures à l'automne, les planta même une à une dans de petits pots ou godets de 0"" 2 de diamètre sur 0" 4 de profondeur, remplis de terre de bruyère sableuse, les plaça dans une serre basse chauffée de 18 à 20 degrés au moyen d'un thermosiphon, et les couvrit d'une cloche afin de les priver entièrement du contact de l'air.

Ces jeunes ramules, presque encore à l'état herbacé, réclament, à ce moment, des soins minutieux et redoutent, surtout dans les premiers jours, l'humidité qui se condense dans l'intérieur .des cloches: Peu de jours après, on peut voir, en dépotant

— elles boutures, autour et à la base de chacune d'elles» un peti t gonflement de tissu cellulaire d'où se développe le plus souvent une jeune radicelle^ qui bientôt devient la racine principale. Tai remarqué que le développement des racines sur les boutures du Séquoia gigantea était le même que sur celles du Séquoia sempervirens.

Lorsque ces jeunes boutons ont émis leur première racine, on les retire de dessous les cloches, et, pour leur donner plus de Dourriture on les plante dans des pots un peu. plus grands. Après ce premier rempotage, on les replace dans la serre pour mieux assurer leur reprise, jusqu'au moment où l'on juge nécessaire de les rempoter une seconde fois. Au printemps suivant, on les dispose sur plate-bande, en pleine terre, à Tair libre, et à Tautonme, la plupart de ces boutures atteignent déjà la hauteur de 0" i5 à 20 centimètres. La seconde, mais surtout la troisème année^ elles ont toutes les caractères d'arbres de semis, et peuvent être mises en place avec toute assurance de réussite.

Nous avons, à Harcourt, plusieurs Séquoia provenant de bou* tiires qui n'ont pas moins de 1 mètre de hauteur, ayant toutes leurs branches parfaitement disposées et la tige verticale bien développée.

Cet arbre reprend aussi de boutures faites en pleine terre à lair libre et, mieux encore, placées à Fombre et recouvertes d*une cloche; mais la réussite est bien moins assurée que par le procédé qu'emploie M. PaiUet. J'ai vu des boutures faites en pleine terre, être plus d'une année avant d'être enracinées, quoique les bourrelets de tissu cellulaire fussent parfaitement développés à la base de chaque ramille.

Depuis 1856^ époque à laquelle M. Paillet a commencé de multiplier le Séquoia par centaines, il en a livré au commerce, en 1859, 40,000 pieds, et près de 30,000 en 1860. à raison de 100 fr. le cent, et j'ai pu voir, au mois d'avril dernier, ses nouvelles multiplications, au nombre de 25,000 sujets, qu'il

pourra livrer, à Tautomne prochaia, au prix de 40 fr. le cent.

M. PaiUet aurait pu faire un plus grand nombre de boutures ; mais^ quelque minces que soient les branches que Ton prend à cet effet, il faut avoir à sa disposition un certain nombre de forts sujets sur lesquels on puisse les couper sans trop les alté^ rer. Néanmoins, depuis cinq ans, cet habile multiplicateur est parvenu à livrer plus de 70,000 Séquoia à prix très-minime^ attendu qu'aujourd^hui les jeimes sujets de semis se. vendent encore de o à 6 &• la pièce.

Un des premiers pieds de Séquoia provenant de boutures et sur lequel il a été coupé, de l'année 1 856 à l'automne de 1860, plus de 2,000 branches pour boutures, mesurait en circonférence, le 24 avril 1861, à 0"10 du sol, 0*26, et à 0"33^ 0"'24. Sa hauteur est de 1"35, et l'envergure de ses branches est de 1"20.

Cet aibre est en parfaite santé, de forme irréprochable et tout à fait identique par le faciès, aux autres pieds provenant de semis. Cependant je dois dire que cette mutilation, celte suppression presque continuelle des jeunes branches a beaucoup atténué son développeùient , et ce fait a son importance dans la physiologie végétale ; car on remarquera que les arbres dont les jeunes branches et les organes foliacés sont souvent enlevés éprouvent à peu près les mêmes effets que s'ils étaient soumis à un pincement continuel des jeunes bourgeons, lequel, s'il est trop sévère ou souvent répété, altère le sujet, l'affaiblit et linit par lui faire perdre sa vigueur et quelquefois la vie.

J'ai mesuré un autre sujet provenant d'une bouture de branche prise sur ce dernier en 1856; il porte l^iS de hauteur (la pousse du bourgeon terminal de 186Q a atteint, pendant sa période de développement^' O^fiS), et la circonférence de la tige, à 0-10 du sol, est de 0"20 ; à 0°^33, de 0*18. L'envergure de ses branches^ en diamètre, est de 3'°40; il faut dire aussi qu'aucune branche n'4 été coupée sur cet arbre pendant les diverses

périodes de son développement. Aux mois de mai et d'août 1860, j^eus la facilité de mesurer les deux plus beaux Séquoia gigantesques de semis que nous possédions en France; le premier, dans Vétablissement de M. André Leroy , à Angers^ le second, dans celui de M. Cochet, pépiniériste à Suisnes , près Brie-Comte-Robert.

Celui planté chez M. André Leroy avait^ à cette époque, c*està-dire au moment où il entrait en végétation, 2"75 de hauteur, 0*52 de circonférence, mesuré à O'^SO au-dessus du sol^ et 0*25 à 1 mètre de haut.

Le second, planté au mois de mai 1856, dans l'école d'arbres de M. Cochet, avait, au mois d'août 1860, 2*70 de hauteur, et la lige, mesurée à 0^33 du sol^ avait O^'^O de circonférence, et à 1 mètre de terre, 0'!26; il avait lors de sa plantation, 0*25 de haut.

Ces deux arbres, très -remarquables au point de vue forestier, étaient d'une belle vigueur; ils ont, depuis cinq ans, résisté à nos hivers sans éprouver aucune altération et sans perdre une ramiUe; car il arrive souvent, dans plusieurs espèces de conifères, que le bourgeon terminal est détruit par les intempéries. Je n'ai pas encore observé ce fait sur le Séquoia.

Péhn.

{BuU. SaciéU imp. et cent. (T Agriculture de France*)

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