TAILLE EN TROIS TEMPS
Beaucoup de livres ont été écrits pour enseigner la taille des arbres fruitiers; beaucoup de méHjodes ont été imaginées pour aider — soi-disant — à l'intelligence de cette pratique ; mille formes ou tété inventées phur simplifier, ou plutôt pour corn-
pliquer la direction à donner à ces arbres, et, chose singulière, les plus beaux résultats sont obtenus là précisément où il n'y a ni méthode, ni direction^ ni forme. En voyant dans les jardins de campagne, des arbres peu' méthodiquement taillés, et encore moins théoriquement pinces, il me semblait entrevoir que la taille raisonnée n'était pas précisément ce qui produisait le plus de beaux fruits ; qu'elle servait seulement à donner une forme quelconque à l'arbre. Cette opinion se confirme de plus en plus par ce que je vois, et en dernier lieu, par ce qui se pratique, chez un de nos plus habiles pépiniéristes, M. Armand Gontier, de Fontenay-aux-Roses, et que ce spirituel arboriculteur, appelle la taille en trois temps.
M. Aimand Gontier voulant ulihser ou plutôt tirer parti des abris et brise- vents de ses pépinières, i^e crut mieux faire que d'en établir avec des arbres fruitiers. Il fit planter des Poiriers en ligne, à la distance d'un mètre les uns des autres, en employant de préférence les variétés qui réussissent bien en pyramides et haut -vents, et chaque année il les taille d'après une nouvelle méthode, beaucoup moins compliquée que les anciennes. Avec un croissant, il donne un coup de bas en haut, sur un des côtés des arbres, un autre coup de l'autre, puis un dernier en dessus, et l'opération est faite > de là la taille en trois temps. Le pincement est pratiqué de la même manière, avec le même instrument, sans observer ni la deuxième ni la quatrième feuille.
En quelques années tous les arbres se touchent, formant ainsi une haie de 30 à 38 centimètres d'épaisseur, qui produit une abondante récolte de beaux et bons fruits des plus savoureux . Ceci se comprend : la faible épaisseur de la haie permet à l'air et à la lumière de circuler et de frapper tous ces fruits qui, alors, acquièrent cette excellente qualité que n'ont pas ceux qui se trouvent ensevelis sous l'épais et impénétrable feuillage des arbres en pyramides* J'ai vu les nombreux abris
de M. Armand Gontier» et j'ai été frappé de leur vigueur et de leur production.
Mais ce n'est pas seulement le Poirier qui est soumis à ce nouveau traitement de la taille au croissant; les Pommiers, les Pruniers, les Cerisiers, et mémo les Pêchers, forment des haies d'une grande beauté au printemps, et d'un bon rapport en été. Pour le Pécher, une précaution est à prendre au moment de la floraison : M. Armand Gontier, place en arrière de sa haie une cloison en planche, ou souvent des simples paillassons pour favoriser la formation du fruit. A part ce petit soin, Tarbre est soumis aux mêmes rigueurs de taille et de pincement que \( ^ autres arbres fruitiers.
Depuis plusieurs années on a introduit aussi dans les jardins froitiérs, les bordures de Pommiers en cordons horizontaux, courant sur des fils de fer tendus à 25 centimètres au-dessus ia sol. A Foutenay, Fauteur de la taille en trois temps, a formé des bordures de petits Pommiers, plantés à 25 ou 30 oentimèlres les uns des autres, et taillés à coups de cisailles à tondre les haies et les bordures de buis, de manière à les maintenir à 25 ou 40 centimètres de hauteur. Décrire la beauté de ces bordures fleuries est impossible, et la quantité de fruits qu'elles produisent estquelque chose de fabuleux.
Eugène de Martragnv.
DISSERTATION SUR LA VÉGÉTATION
Du SOUS' sol.
Le smtS'Sol n'est pas sans influence sur la végétation ; suivant qu'il est^ ou qu'il n'est pas perméable, il favorise ou entrave l'accroissement des végétaux. Le sous-sol perméable permet aux racines de s'enfoncer profondément et de trouver plus
sÀrement le liquide nécessaire à ralimentatioii de la partie
aérienne.
Un sous-sol glaiseux ou tuffeux est d'autant plus défavorable^ qu'il ne supporte qu'une très-mince couche de terre arable . Aussitôt que les racines atteignent la couche de glaise^ dans laquelle elles n0 peuvent pénétrer, elles s'étendent à sa surface, et là, gorgées d'un liquide froid, elles prennent le blanc et pourrissent; les feuilles alors jaunissent et se détachent de
Tarbre qui ne tarde pas à mourir.
Quand au contraire lesradnes rencontrent un sous-sol formé de tuff, ne trouvantplusd'humiditéelles se dessèchent; et les feuilles cessant de recevoir leur nourriture, se flétrissent comme grillées ; l'arbre est mort .
De pareils terrains ne peuvent jamais porter de beaux arbres ; ils ne conviennent qu'à la culture de plantes herbacées .
Si la couche de glaise ou de tuffestpeu épaisse, on peut, par un défonçage laborieux, la détruire complètement ; on a alors un sol qui peut recevoir toute espèce de plantations. Mais quand il y a impossibilité de la traverser, il faut se garder d'y creuser des trous ou tranchées profondes qu'on remplit de bonne terre pour y planter des arbres; dans la terre glaise le trou ne tarde pas l\ se remplir d'eau qui pourrit les racines; dans le tuff, ces racines sont comme dans une caisse qu'elles ne peuvent franchir ; on prolonge seulement de quelques années Texistence de ses arbres, ou ne les préserve pas d'une mort prémat urée .
C'est souvent une eireur de croire qu'un labour profond des terres légères est nuisible à la végétation . Oui, certainement il est mauvais de labourer profondément un terrain sableux qui repose sur un sous-sol imperméable. Cet ameublissement faciUte l'évaporation, et en peu de temps le terrain devient sec, stérile. Mais il n'en est plus de même quand on peut traverser le sous-sol; car alors l'humidité delà couche inférieure monte,
par l'effet de l'attraction capillaire, jusqu'à la couche supérieure qu'elle fertilise- C'est ainsi que les plaines sableuses de Champerret. frappées de stérilité , sont devenues des plus fertiles depuis qu'on a rompu le sous-sol imperméable pour en extraire le caillou. C'est ainsi que M. Lierval^ horticulteur aux Ternes et dont le jardin est composé des mêmes éléments, voyant chaque été toutes ses plantes périr par la sécheresse, fit défonœr son terrain jusqu'au-dessous de la couche caillouteuse, (2 mètres de profondeur) — opération qui lui attira les quolibets de ses confrères — - et qu'il obtient maintenant, dans un sable mouvant, la plus luxueuse et vigoureuse végétation d'arbres et d'arbustes de toutes sortes .
De la température du sol.
La couleur du sol exerce aussi une certaine influence sur les végétaux . Les couleurs brunes, la noire particulièrement, qui ont la propriété d'absorber les rayons calorifiques du soleil, favorisent la végétation en aidantlesol à se pénétrer de chaleur. Le blanc au contraire, qui reflète les rayons lumineux, ne permet pas au sol de s'imprégner de calorique; il renvoie la chaleur aux parties aériennes qui, souvent, lorsqu'elles ne reçoivent pas des racines assez de liquide séveux, se trouvent complétement grillées .
La température du sol n'est pas soumise à autant de fluctuations que la température atmosphérique. Celle-ci, en effet, peut varier dans l'espace de 24 heures, de 15^ 20 degrés et même plus, surtout pendant l'hiver; tandis que celle du sol ne varie que de quelques degrés, et encore, ce n^est qu'à sa surface qu'on peut observer cette variation. Les terrains constitués par des terres friables , sableuses par exemple , sont ceux qui subissent le plus rapidement l'mfluence des rayons calorifiques du soleil, et qui sont soumis à plus de variations. L'été ils s'échauffent très-vite et perdent rapidement leiœ hu-
midité par Tévaporation ; ils sont dans ce oas défavorables à la végétation. On atténue l'effet de cette évaporation en couvrant le âol d'une couche plus ou moins épaisse dejitière ou de feuilles sèches. D'un autre côté« comme ils ne contiennent pas d'eau en abondance^ ils conservent mieux les plantes pendant l'hiver. 1
Les sols compactes s'échauffent plus difficilement et conseN vent mieux leur humidité; Tévaporation n'a lieu «{ue pour la * couche superiicielle qui alors se durcit, et devient un obstacle à la pénétration de l'air atmosphérique et de la chaleur. G^est pour rompre cette croûte et favoriser Tinfluence de ces agents sur les racines, qu'on multiplie/ dans ces terrains, les binages et les labours profonds.
Mais les effets des rayons calorifiques du soleil, sur le sol, ne sont sensibles que jusqu'à une certaine profondeur où se trouve une couche dont la température est invariable. Cette profondeur varie selon les climats, la nature du sol et le degré de latitude. Ainsi, entre les tropiqnes, MM. de Humboldt et Boapland ont observé, qu'à Om. 33 centimètres de profondeur la température du sol était invariablement la même : de 27* 50, d'après M. de Humboldt, et de 26* à 28* 50, suivant M. Boussingault.
Sous liblre climat l'observation a fait connaître qu'au delà de 2m. 20 de profondeur, les variations diurnes ne sont plus sensibles^ c'est-à-dire que la température reste la même, quelle que soit la température atmosphérique du jour; ce qui montre que la pénétration de la chaleur solaire, dans la terre, se fait lentement, et que les racines des arbres n'ont pas à subir les effets pernicieux de ces brusques changements de température qui s'opèrent dans l'atmosphère, et qui nuisent au développement des organes aériens des végétaux. A la profondeur de 8 ou 9 mètres, la variation de température, dans le courant de l'année, n'est plus que de un degré ; à 15 ou 16 mètres elle
if
est de un dixième de degré seulement^ et à. 24 mètres les variations sont nulles.
Un fait très-remarqnable et qui prouve combien le sol est mauvais conducteur du calorique, c'est que la chaleur du so* leilmet 6 mois pour pénétrer à 8 mètres de profondeur. Ainsi, d'après les observations de M. Quetelet, de l'observatoire de Bruxelles, à 8 mètres au-desaoua du sol, le maximum de température se manifeste vers le mois de janvier^ et te minimum an mois de juin ; c'est-à-dire que la chaleur que le sol a acquise au mois de juin, à sa surface, ne parvient dans cette partie infé* rieure(à 8m.), qu'au mois de janvier, et que les firoids de l'hU Ter ne s'y font sentir qu'au mois de juin.
Par ce fait, la température du sol se trouve , en été , plus basse que la température de l'air, et en hiver plus élevée ; ce ({ai explique la végétation hivernale des souches et rhizomes Auterrains. ' F. Hêringq«