Lescuykii
NOTE SUR VHOLBOELLIA LATIFOLIA ou STAUNTOMA
LATIFOLIA. Wall.
Depuis deux ans cette belle et gigantesque liane fleurit abondamment dans les serres froides du Muséum ; elle est originaire des montagnes boisées du Népaul, districts de Chaesapany^ Chandaghira^ SheoporOj où elle atteintdes proportions colossales.. Ses tiges dépassent la grosseur d'un bras ordinaire, et sont longues de plusieurs centaines de pieds. Nous allons en donner une description succincte et plutôt horticulturale que botanique.
Feuilles. Les feuilles sont alternes et composées. Leur pé-
tiole est articulé à ses deux extrémités, et chaque foliole est
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également pourvue d*un pétiolule ; son limbe est articulé. Le nombre des folioles varie de 3 à 5. Leur couleur est d'un yert foncé ; elles sont assez charnues et rappellent celles de YAkebia quinata, mais elles sont beaucoup plus amples.
Fleurs. Elles sont disposées en grappes qui semblent, au premier abord, occuper l'aisselle des feuilles; mais lorsqu'on examine les choses de plus près» on voit qu'il existe dans chaque aisselle un petit rameau d'abord fort court, et qui s'allonge considérablement après la floraison. Ce petit rameau porte lui-même des feuilles alternes, et, dans sa partie inférieure, ces feuilles ne sont représentées que par des écailles entières. C'est en réalité à l'aisselle d'une ou deux de ces écailles que les grappes de fleurs se développent. Ces grappes ne sont composées sur certains pieds que de fleurs mftles ; sur d'autres, il y a des grappes mâles et femelles^ et des grappes mixtes. Dans ce dernier cas, les fleurs femelles occupent la base et les mâles le sommet de l'inflorescence. Sur ces variations M. le D' Bâillon dit dans son Adansonia, vol. III, p. 43 :
« J'ai vu plusieurs pieds d'Holbœllia latifolia^ plante dont les affinités avec les Schizandrées sont incontestables, ne donner que des fleurs mâles pendant plusieurs années : quoique les fleurs fussent nombreuses, il n'y en avait pas de pistillées, et cependant la plante est monoïque dans son pays natal; cultivée d'une autre, façon, elle donne maintenant des fleurs des deux sexes. » Et, comme il le dit très-bien, nous avons vu la même singularité se produire aussi chez le Kadsura Japonica. Je puis ajouter ici un fait assez remarquable qui s'est produit dans la floraison de cette année, c'est que toutes les fleurs femelles de VBolbœllia sont situées aux extrémités de notre liane, et qu'il n'en existe plus parmi les fleuri mâles, comme l'avait bien remarqué Tannée dernière M. le ly Bâillon.
Les fleurs femelles sont plus grosses que les mâles et sont
{MMrtées par un péâîcelle plus épais et Au moins deux fois plus long« Le oaUce est vert ou légèrement teinté en pourpre violacé; GOûi n'est pas général et est plus vrai pour les fleurs mâles^ surtout un peu âgées. Le oaliee est plus développé dans la fleur femelle, et c'est lui qui répand cette délicieuse odeur de fileur d'oraùger qui fera rechercher cette plante dans les cultures.
La fleur mèie se compose de deux calices» formés chacun de trois sépales} de six étamines disposées aussi sur deux verti* cilles et superposées par conséquent, en apparence du moins, aux pièces du calice. Ces élamines sont libres ; leurs anthères sont à deux loges, extrorses, et surmontées d'une petite pointe que forme leur connectif* Au centre de la fleur se trouve un petit gynécé rudimentaire représenté par trois colonnetles stériles.
La fleur femelle possède aussi un calice de six sépales fort développés; mais les pétales n'y semblent pas représentés, comme dans la fleur mâle, par six petits corps glanduleux interposés au calice et à Tandrocée. Celui-ci est stérile, mais on distingue cependant les six étamines qui le constituent. Au centre se trouve les carpelles ; ils sont au nombre de trois et sont superposés aux trois sépales extérieurs. Les ovules qu'ils renferment sont nombreux ; ils sont disséminés sur la surface de leurs parois latérales, et entourés d un grand nombre de petites saillies en forme de poils.
Le fruit, que nous n'avons vu que représenté dans la Flore du Népaul de Wallich, offre l'aspect de celui des pivoines, et sa déhiscence semble se faire de même. Ce n'est donc pas une baie, comme le dit Wallich, mais un fruit composé de trois follicules à péricarpe charnu, et à déhiscence interne contenant beaucoup de graines.
Du genre Holbœllia^ deux espèces seulement sont décrites dans le fascicule de Wallich : celle dont nous parlons,, et
VHolbœUia angtutifolia qui diffère du premier par la couleur de ses fleura et par ses feuilles plus étroites.
Nous recommandons cette belle liane aux amateurs» non à cause du brillant de ses fleurs, car elles sont peu apparentes» mais pour Texcellente odeur qu'elles exhalent. Les fleurs mÂles sont d*un blanc Tord&tre prenant une teinte violacée en vieil* lissant, et les femelles, plus grandes de deux tiers» sont presque entièrement vertes. Nous la recommandons principalement pour son feuillage persistant» ample, et d'un vert intense.
VBolhmllia est excessivement rustique, et peut supporter plusieurs degrés de froids sans en souffrir. L'essai que j'en ai {ait cet hiver ne me permet pas de me prononcer sur le froid qu'elle peut supporter^ puisque le thermomètre est à peine descendu à 5* centig. Mais comme elle fleurit en mars et avril» ooug devons craindre» en admettant qu'elle résiste à nos hivers» que sa végétation et sa floraison précoces aient à souffrir sous notre climat. Mais VHolbœUia pourrait jouer un certain rôle dang nos contrées méridionales, où on pourrait l'employer à la garniture des arbres, etc. A Paris et plus au nord» on peut le cultiver avec succès dans les jardins d'hiver.
Culture, n est presque inutile de nous étendre sur les soins qu'elle réclame; VHolbœUia est parfaitement rustique et ne demande pas plus de soin qu'un Jasmin de Virginie ; quant à sa multiplication, cette plante reprend aisément de bouture qu'on fait au printemps à l'étouffée sur couche tiède.
Louis Neumann»
chef des serres tempérées au Jardin des plantes .