DE VUE HORTICOLE
KENSEIGNEMENTS SUR LE CEDRUS DEODORA.
L'art de cultiver consiste, dit-on, à placer les plantes dans un milieu, ou dans des conditions analogues à celles où elles croissent naturellemenL Pour réussir dans la eulture d'une espèce quelconque il importe donc de connaître ce milieu^ c'est-à-dire le terrain et Texposition, qui constituent ce qu'on appelle Vhatntoi* C'est ce que nous ignorons le plus généralement. Lorsqu'une plante nouyelle est introduite dans le commerce, l'horticuUeur qui la reçoit n'a souventaucune donnée sur ses mœurs, ses habitudes, le lieu où elle croit ; quelquefois même il en ignore la pabria. Il est donc obligé de s'en rapporter aux analogies, c'està-dire qu'il lui apidique les soins qu'il donne aux espèces congénèim ou voisines. Or, il arrive souvent que des espèces d'un même genre, croisseni dans des conditions tout à fait différentes, et que, par conséquent, ce qui convient à l'mie est con« traire à Tautre. D'une belle plante, il n'en obtient^ par ce fait, que des individus grêles, insignifiants, qu'il juge indignes de figurer dans les collections, et bientôt il en abandonne la culture; de là les insuccès et les pertes regrettables des nouvelles introductions.
En parcouraiitrintéresaant oavrage de Michaux^ sur les arbres de rAmérique du Nord/ je fus étonné d'y trouva une foule de renseignements culturaux, basés sur V habitat des plantes, et qui, s'ils étaient suivis en Europe, produiraient oerlainement (tes résultats tout autres que ceux qu'on obtient en plaiçant oes mêmes végétaux dans des conditions préciaément opposées à celles de leur pays natal.
Dernièrement encore, je trouvai dans un journal anglais : The naturalhistary review, un fait semblable au sujet du Cedrw deodora. Procédant toujours par analogie, les horticulteurs européens^ assurés que cette nouvelle espèce supportait les rigueurs de notre climat, se sont placés devant le Cèdre du Liban^ et ont fait ce raisonnement : Ce cèdre vient parfaitement dans les mauvaises terres poussiéreuses du Labyrinthe, au jardin des plantes de Paris ; donc le sol du Liban doit être un terrain sec ou aride, comme celui où croissent les Pins Sylvestres et les Sapins d'Europe. Le CMre de V Atlas, qui n'est qu'une variété, croît aussi dans les sables de nos possessions africaines; donc le Cèdre de l'Hymalaya, qui n'est aussi qu'une variété, et qui croit dans les montagnes, doit pousser dans les terres sèches et sableuses : par conséquent nous devons, ou, au moins, nous pouvons le planter dans nos plus mauvaises terres. En effet, le G. Deodora est planté partout indistinctement, mais dans les terres sableuses et sèches, de préférence, quand on en possède dans sa propriété.
Eh bien 1 c'est là une erreur. Ce raisonnement qui peut faire tomber juste dans certains cas, est, dans celui-ci, comme daos beaucoup d'autres^ tout à fait faux.
M. Joseph Hooker, qui a observé les Cèdres à l'état spontané au Liban, au Taurus, en Algérie et à l'Himalaya, fait connaître, dans une note insérée dans le journal anglais cité plus haut, que le Cedrus Deodora croit dans des lieux plus humides que 1^ C. Atlantica exposé au climat saharien, et le C. Libani qui habite les montagnes du Taurus et xlu Liban.
Je poQfiais Picore citer de nostbrenx faits analogues; mab je laisse ee soin à un honune plus compétent, notre collaborateur^ IL Alphonse Lavallée, qui élabore en ce moment, un gnmd et important travail sur les arbres, et qui rendra un véritable service à l'horticulture et surtout à la silviculture, le jour oh il publiera les utiles renseignements qu*il a réunis sur TAo^ttôt des végétaux ligneux, trop négligés en France, mais préciséraait à cause de notre ignorance de leurs conditions d'existence.
Bug. DE Martraont.