Lescuyer
DE L'ORNEMENTATION DES PARTERRES DU JARDIN ROYAL DE KE W ET DE QUELQUES AUTRES JARDINS ANGL AÏS
En Angleterre, la décoration des parterres est non-seulement différente de l'ornementation des parterres français, elle présente de plus un je ne sais quoi qui frappe tout d'abord. Tandis qu'en France on emploie un nombre plus ou moins considérable d'espèces à floraison simultanée^ au moyen desquelles on obtient des contrastes très-variés, en Angleterre, au contraire , outre que le nombre des plantes employées est plus restreint, celles qui sont surtout les plus répandues ne le sont généralement que pour leur feuillage qui est, ou blanc, ou blanc panaché de jaune ou de vert.
Voici rénumération à peu près complète des plantes qui entraient dans l'ornementation des parterres du jardin de Kew, en octobre 1862 :
AIy$sum mca^itimum, feuilles panachées.
Pétunia violœea,
Mentha rotundifolia, (. panachées.
Pelargcmum zonale et plusieurs variétés à feuiiies panachées.
Tropœolvm minus .
Ageratum mexicanum.
Dahlia purple zelanda (var. trèsnaine) .
Senedo marititnuê.
Centaurea Cinerêria,
TrofXBolum Lobbianum, Caleeolaria mipkxicmHi.
Cuphêa platjfepUm,, Lobelia Erinus.
ffiliotrapium perwianum var.
CeroêHum ttmentotmn.
Verb&ta Melmdres yar:
Perilla nankinensis.
Parfois 9 ces plantes sont employées déparéxàent, c'est-àdire qu'une seule espèce entre dans la coinpositicm d'une cor« beille ou d'un massif; c'est alors une masse homogène, ttaôce^ lore, qui ne tranche que sur le vert intense d'un gazon toujours frais* Plus souvent l'ornementation se fait avec une réunion de deux, trois^ voire même quatre espèces « Dans ce cas, les plantes à fenillage panaché sont plus nombreuses.
Il est à remarquer que toutes les espèces de la liste précédente ont, en général, peu d^élévation, et toutes les fois qu'on se sert de plusieurs espèces pour la composition d'un massif ou d'une corbeille, outre la variété de coloration des feuilles ou des fleurs, on cherche aussi à n'associer que les espèces qui s'élèvent à une hauteur à peu près identique.
Voici que1(jues exemples de forme et de composition des massifs ou des corbeilles du jardin royal de Kew :
La forme de la corbeille fig. i est très-commune : tantôt le rang extérieur est occupé par F Alysse odorante à feuilles panachées, tantôt par une plante à feuillage blanc, tels que les Cerastium tomentosum , Stachys lanata^ Gnaphalium lanatum.
Le centre est tapissé par des Pe^ largonium inquinans, ou bien par des Verveines lilas, ou bien encore par des Pétunias violets. Ce dessin, simple avant tout, produit de l'effet. Il est vrai que cet effet serait moindre si les corbeilles n'étaient pas placées au milieu d*une pelouse.
L'aspect delà corbeille/!^. 2 était peu élégant : outre qae le Tagetes patula était comparativement trop élevé, ses fleurs ne
Fig. 4.— AA. Alyssam maritimum à feuilles panachées. -^ B^ Pétunia violet.
contrastaient pas arec celles de ]'espèee qui Tentourait- Le Gazania splendens^ aux fleurs orangées, faisait un très-bon effet. Le Lobelia Erinus était certainement d'une belle venue et ses fleura très-nombreuses, pourtant leur couleur ne ressortait pas assez : cette plante eût été plus voyante, si on Vavait placée entre les cercles 4 etC*
Fig. t. — A. Taget«« jiatula.— B. Oasania splendens.— C. Lobelia Eriimst
Fig. 3.*-A» PeriUa nanldnensis. «— B. Ptlargonîum à feuilles panachées.— C> Verveine ronge, •— D. Alyssum mahtimom à fèailles panachées.
Cette corbeille fig. 5 est plutôt curieuse ou originale que jolie. C'est, qu'on me passe le mot, une chinoiserie qui n'a rien d'at« trayant. Je préfère Tomementation suivante :
Ptg. 4. — AA. Cineraria maritima. — BB. Perilla nankinensis. — C. Caleeolaria ampleocicaulis.
Les plantes des parterres de Hampton-Court étaient plus variées qu'à Kew. Outre les espèces déjà citées, j'y trouvai les suivantes :
Laumum maculaium fol* yarieg.
Phalaris arundinacea picta.
Pelargmivm. var. Asa Gray.
AnUnnaria margaritacea»
Vinca major foliis Tariegatis.
Symphoricarpos montante foK
variegatû (4).
Alrpsutn saxatile.
Héliotrope var. Perîcles.
Callistephus sinensis (de cbétive
venue).
Lantana camara.
IberU $etnpérmrens, Evpatorium gledumophyllum, Saxifraga umbrosa, Calceolcuna prince dCOrange.
Salvia patens (de chétiTe venue).
Chrysanthèmes pompon (quelques variétés).
Ici rornementatioa esi, à peu de chose près, identique à celle du jardin de Kew. En voici quelques exemples :
Quelquefois^ au lieu d^ employer, comme dans le cas précé* dent y deux plantes à feuillage à peu près semblable de couleur,
on recherche les contrastes. Ainsi, dans un massif de même forme figure Â, on avait planté du Tagetes patula dans le carré du milieu, et on l'avait entouré avec le Vinca major à feuilles panachées. Plus rarement, les massifs étaient AA.Senecioma- formés d'une plus grande association d'esritimus. ;— pèces; on les avait disposées alors comme dans
B. Slachys la. j^ ^ g^
Ce groupement, que nous avions déjà remarqué à Kew, produit de l'effet . Il n'est pas toujours facile, à cette époque de
l'année surtout, d'avoir des plantes à fleurs blanches^ sans lesquelles il n y a pas d'ornementation possible. Aussi, cette pénurie de fleurs explique-t-elle l'emploi disproportionné de plantes à feuillage argenté.
Fig. 6. A. Calceolaria amplexicauli». -- B. Verveine violeUe. — €. Alysmm maritimum à feuilles panachées. — D. Pelargonium inquinans (rose). — E. Perilla nankinensis. — • F. Calceolaria amplexicaulis.
(4 ) Cet arbuste produit de Teffet lorsqu'on couche ses rameaux et qa*on les lient fixés au sol au moyen de crochets. C'est aiosi qu'il était cultîTé à Haropton-Gonrt,
z la coriwille sunraate, Hgvre 7 :
Kg. 7, — A. Bower hwte lige.
— B. PelargoDiuni puitché. — C.
PtriU&niDkiDetuu. — D. Galceolaria angwtifolift. — M. Venreine Tîotette. — F. ADleanarik marga* TÎt&ces. — G- Meotba rotundiraHa à boillM paBBckén. — H. Perilla
Tout à c6té du jardin de la Société d'horticulture de Chis- TÎch^ dans ua iauneose jardin appartenant au duc de Devonshire^ je remarquai, devant les serres, no parterre des mieux soignés. Parmi hs nombreuses formes de massif ou de corbeilles dont se composait ce parterre, j'y retrouvai la plus grande partie de cdles que je viens d'indiquer. Je n'en reproduirai qu'une, parce que, outre son originalité , elle offrait un coup d'œil presque agréable.
Fia.S.~AA. Palargomam nag«.—BB. Pelugoolum à fènillM pacMliées.
Comme on a pu le remarquer par les exemples qui précèdent, romementation des parterres anglais n'a aucun rapport avec celle que nous pratiquons . Potimons-nons l'adopter avec quelques avantages? Cest là une question indiscutable. Je dirai néanmoins que la condition première, pour que cette décoration produise réellement de l'effet, c'est celle de n'être pratiquée
que sur les surfaces planes et dann des partie aoceâsibbft aux promeneurs ; il faut surtout que ces parterres soient entourés d'un gazon toujours frais^ toujours soigné comme l'était celui des jardins dont j'ai parlé : sans cet accompagiiemeut indiq;>easable, ces parterres ne produiraient réellement aucun effet, et le résultat serait absolument le même si ToBil ne pouvait pas embrasser l'ensemble de chacun de ces massifs ou de ces cor* be\lles. Je suis donc à peu près conyainca (jue tant que nous ne pourrons pas réunir ces conditions, il nous sera impossible* de pratiquer celte ornementation , autrement elle serait loin d'en être une.
B. Vbrlot,
Cftti de l'éMie dft bouaiqae an itréia ieê PlâiHea de Paris.