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HIVERNEMENT DES PLANTES DE SERRE

CCLTIVÉES EN PLEINE TERRE PENDANT l'ÈTÉ.

A Monsieur P. A. à V.

Je comprends, monsieur, votre embarras.

Depuis quelques années qu'un certain nombre de plantes de serres sont appelées à concourir à l'ornementation des platesbandes et massifs de jardins pendant la belle saison, on croit qu'il est absolument nécessaire, pour pratiquer en grand leur culture, d'avoir à sa disposition des milliers de pots, de grandes serres ou de nombreux châssis ; erreur. On peut se donner le luxe des massifs de Géranium, Fuchsia, Verveines, etc., sans serres ni pots.

n y aqnelques années, j'étais comme vous, très-embarrassé. Ne possédant qu'une modeste serre en plaques de gazon, de 6 mètres de longueur sur 2 mètres 75 de largeur, je me trouvai « fort dépourvu, quand la bise fut venue, » pour resserrer mes Pelargonium inquinana^ Fuchsia^ Chrysanthèmes frutescents et autres, qui, au printemps, n'étaient que pauvres petites

boutures, mais qui, par la liberté dont avaient joui leurs racines, étaient devenues plantes fortes et vigoureuses à Tarrière-saison. I..es gradins étaient couverts d'espèces qui ne souffraient pas le dépotage pendant Tété et qui exigeaient impérieusement de Tair et un peu d'eau pendant l'hiver. Que fallait-il faire? Je me hasardai alors à arracher mes plantes et à les replanter dans la terre de la serre, Tune près de l'autre, comme en jauge, sous le gradin appliqué le long du mur. Elles se trouvaient là dans de tristes conditions : sans air, sans lumière et entourées d*un peu d*humidité. Pour éviter la moisissure, j'avais laissé mes plantes, arrachées avec très-peu de terre tenant aux racines, toute une journée à l'air, exposées au soleil, et, avant de les rentrer, toutes leurs feuilles avaient été supprimées.

Cette exposition au soleil avait pour effet d'arrêter la végétation de ces plantes, qui, autrement, auraient continué à végéter, à développer de jeunes pousses qui se seraient chlorosées par le manque d'air et de lumière, et, en cet état, la moisissure en aurait eu beau jeu.

Pendant tout l'hiver, pas une goutte d'eau ne leur fut donnée. Au printemps suivant, mes Fuchsia, Pelargonium et Chrysanthèmes étaient tous parfaitement vivants. Quelques branches de Pelargonium avaient leur extrénûté pourrie ; je les taillai sur le vieux bois, et les enlevant de leur sépulcre ^ — car c'en

était bien un, — je les plantai, ainsi que Fuchsia et Chiysanthèmes, en plein air, en pépinière, dès le mois d'avril ; pour

la nuit, je les couvrais de paillassons disposés en toit, afin de les garantir des gelées . Vers le 4 5 mad, je les enlevais en motte de cette pépinière pour les planter à demeure, et j'en obtenais une végétation des plus luxueuses à laquelle ne tarda pas de se joindre la plus abondante fleuraison.

C'est, comme vous voyez, un moyen simple et peu coûteux d'hivernation pour certaines plantes. On peut faire moins

encore pour les Pelargonium, mais le succès ne couronne pas toujours l'œuvre.

Le jardinier du château de Guitrancourt avait, il y a deux ans^ de très beaux pieds de Géranium qu'il avait ordre d*abandooner à cause de leur vieillesse. Il lui était pénible de jeter ainsi d*aussi belles plantes. Quand vint l'époque de la rentrée, voyant ce brave jardinier regarder, d'un œil humide, les Géranium que les premiers froids allaient détruire, je lui en fis arracher vingt, des plus beaux, en lui recommandant de débarrasser les racines de toute la terre et les branches de toutes leurs feuilles. Nous les laissâmes exposés au soleil, et lorsqu'ils furent très-bien ressuyés, nous leur passâmes une corde au collet de la tige et nous les suspendîmes au plafond de Torangerie. Ils restèrent ainsi tout l'hiver, suspendus la tète en bas. Au mois . de mars, je les fis planter sur une couche garnie de châssis, puis tailler et arroser : dix-sept revim^enl à la vie et ne furen^ pas les moins beaux à l'époque de la fleuraison.

Du reste, monsieur, au temps oîi Burel se livrait avec éclat à l'élevage de ces magnifiques plantes, que vous avez sans doute admirées comme moi à nos expositions, ses Fuchsia ne recevaient aucun soin pendant l'hiver. 11 supprimait leurs feuilles et les empilait, — c'est le mot, — dans son orangerie, pot sur pot, et quand les piles étaient arrivées à une hauteur qui pouvait faire craindre pour TéquiUbre, il en suspendait au plafond avec des fils de fer comme j'ai fait pour les Géranium ; seulement ses Fuchsia étaient en pot, mais ils ne recevaient pas une goutte d^eau durant tout l'hiver. La température était aussi basse que possible : quelquefois elle descendait à zéro.

Eufin, monsieur, voici un autre procédé plus rationnel d'hivernement, que je trouve dans le dernier huUelin du Cercle d'horticulture du Havre et que je vous propose avant tout autre; il est appliqué avec succès, depuis deux années, par l'auteur de la notice, M. Angammare :

a Od lève» dit-il, avec le plus de motte possible, des Géranium, Verbena, Ageratum, Cuphœa, Nierembergia , soit i rétat de plante formée, soit à celui de bouture ; on les met dans du sable sec, en jauge, et on les prive d'eau jusqu'au moment de les mettre en pleine terre. Cette conservation se fait sous châssis ; on donne de Tair toutes les fois qae la température le permet.

« Il faut avoir soin de nettoyer les plantes de leurs feuilles jaunes pour éviter les moisissures, parce que si plus tard on était forcé de faire des suppressions de branches on serait esqposé à perdre la plante mutilée, j'en ai fait l'expérience.

ce J'ai aussi conservé, pendant l'hiver de cette année, sous châssis^ mais dans du terreau très-sec, des Fuchsia, Canna, Salvia et Colocasia esculenta. »

Vous pouvez, je crois, monsieur, avec ces renseignements, vous tirer d'embarras. Il n'est plus besoin, comme vous voyez, de vastes serres ni de nombreux pots. De siniiples châssis froids ou des chambres bien éclairées, du sable sec, de l'air, point d'humidité ni gelée, voilà tout ce qu'il faut pour hiverner des milliers de plantes de serres. Placées dans d'aussi simples eon*^ ditions, elles goûteront le r^os qui leur est nécessaire et, au printemps suivant, elles pr^dront une luxueuse végétation que n'ont jamais le& individus constamment soignés en serre et arrosés pendant tout l'hiver. F. llEaiNCQ*

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