ESSAI BB CULTURE
Au printemps dernier, M. le ministre de Tagriculture distribua aux sociétés savantes une collection de graines et tubercules envoyés de la Chine par M. de Montigny, notre consul à Shang-Haï.
Ayant été chargé officiellement d'expérimenter la culture de ces plantes exotiques , je vais rendre compte de mes observations à leur égard.
Les plantations et semis ont été faits au printemps, dans les mêmes conditions que s'il s'était agi d'espèces analogues indigènes. En semant plus tôt on pouvait redouter l'effet pernicieux des givres et des gelées du matin.
Contrairement à la mauvaise habitude des partisans de TocoHmatatioUj nous n'avons pas voulu entourer les nouveaux venus de soins trop minutieux, craignant d'avoir à en proclamer plus tard un éloge motivé ; éloge qui séduit trop souvent le cultivateur pour le décourager ensuite.
Le terrain destiné à ces essais est celui de notre pépinière de Groncels. Il est tourbeux-calcaire; il n'a été ni fumé^ ni arrosé. Pour mieux en faire comprendre la nature, j'ajouterai que les arbres qu'il produit sont toujours sains, bien constitués, vigoureux, et surtout garnis de chevelu aux racines.^
Ce genre de terrain, joint à la température chaude de 1 859, a dû convenir à ces nouveaux venus du Céleste Empire.
Les détails suivants diront ce que nous pouvons espérer d'eux .
Riz sec blanc; id. rouge. Toutes les graines ont bien levé ;
pas on pied n'a montré d'épi. L'importance de ces deux variétés sera donc complètement nulle chez nous.
Ka-tsé. Crucifère robuste poussant vigoureusement dans les terrains secs ou frais. Les plants semés en place sont préférables à ceux que Ton repique . Quelques pincées de cendres de foyer projetées surle sol, au moment du semis, aident à la germination tout en empêchant les insectes de dévorer les jeunes pousses. Une preuve de la rusticité du Ka-tsé , c'est qu'un semis naturel a succédé au premier et donné des sujets qui passeront l'hiver et fructifieront au printemps prochain. — Mais quelle est son utilité ? Sous le rapport oléagineux il est inférieur au colza. Est-ce une plante médicinale, ou plutôt une plante à moutarde, comme me Ta dit, à Marseille, un médecin qui Ta essayée 7 L'instruction jointe à Fenvoi est muette sur ce point capital.
Épinard sauvage. De grands pieds à'AmararUus suspensus ont été produits par des graines étiquetées «épinard sauvage» ; il est vrai que leur feuillage pourpre avait, à la cuisson, une saveur approchant celle de Fépinard.
La-Komie. Granûnée touffue, haute de 1 mètre, ayant Tap* parence d'un petit sorgho, préférant les endroits frais, fleurissant à Tarrière-saison et ne mûrissant pas ses graines ; ce qui empêchera nos agriculteurs de l'accueillir. M. de Montigny dit qne les Chinois la sèment comme plante de clôture entre les héritages, l'emploient en vert pour engraisser leurs porcs, et se chauffent l'hiver avec ses débris.
Harioot de Haîman blanc; id. rouge. Végétation magnifique ; iiges atteignant 3 mètres de haut ; fleuraison superbe de thyrses verticaux blancs ou lilas violet. Espèce convenable pour garnir un berceau, un grand treillage. Les graines ont mûri difficilement. La gousse cuite en vert possède une amertume qui déplaît au goût ; la pulpe du grain est recouverte d'une enveloppe épaisse comme celle d'une fève, et ne le rend guère plus agréable au palais. Ce haricot ne serait-il pas plutôt
haricot à savoti? Alors bn en distancerait les pieds de 1 inëtre et on pincerait la tètê dfe la tige à 1 mètre de hauteur pour activer et multiplier la floraison.
Haricot à fruits bruns. C'est notre Phàseolii^ tuteohis. Sa tige est demi-ramaiite , sa fleur jaune, et ses petites cosses, conleriant tin haricot gros comme une lentille obiongue, mûrissent mieux lorsque les pieds sont semés par pochets et non en lignes. Quant à la qualité, il ne saurait entrer en comparaison avec nos bonnes variétés maraîchères.
Haricot de 1 mètre de long. J'ai reconnu là un Dolique. A Lyon on l'appelle haricot-asperge ; en Amérique bn le consomme en vert. Un plant est parfaitement venu chez un propriétaire do Ricey ; ses gousses avaient 50 centimètres de longueur.
Chien-Iïu. Les tubercules plantée à Tair libre n'ont pas poussé , tandis qu'un seul placé préalablement sous Châssis, puis livré à la pleine terre, a donné une tige longue de 3 mètres, grimpante n'ayant pas fleuri. Le tubercule lançant ses taclnes dans le genre du Glycine apios, n*a produit qu'un deuxième tubercule. Malgré Tassez bonhe qualité de sa chair farineuse , ce rendement de lOO pour lOO nous k peu flatté, vu l'exiguïté dû tubercule.
Sbya. Les bulbilles, envoyées dans du charbon plié, ont été plantées à demeure. Leur tige volubile, leur feuillage luisant, cordiforme- aigii, et leurs rhizoûies allongés en forme de massues, à chair mucilagineuse, nous ont fait reconnaître dans le Soya l'igname de Chine. S'il n'est pas précisément le Diôscorea batatas, il lui en est considérablement rapproché , et il aura comme lui l'avantage de produire une bonhe racine alimentaire, avec le déFaiit d'en rendre l'extraction difficile en s'eiifoDçant trop profondément dans le sol. — Ces petites bulbilles rigolées à courte distance, nous ont procuré un bon plant qui est rentré à la cave, en attendant sa plantatiDn défifaititd ctû printem^ts prociiain.
PoU'Kalié. Plante de la famille des Composées ; elle réussit plos régulièrement quand elle a été semée sur couche et repiquée à deux feuilles. Chaque graine a donné une touib qui s'est couverte toute l'année de fleurs jaimes , à effet, se succédant sans interruptioii et mûrissant parfaitement ses graiiies. tel encore nous nous demandons quelle peut être l'utilité de bette espèce vigoureuse en terrain léger ou compacte. Serait^elle culinairet le feuillage est bien Acre. Ne serait-elle pas plttidt médicinale? ou insecticide comme ses congénères les pyrèthrnsf •— • Questions vagues que nous nous sommes poséeâ satls pouvoir les résoudre ; parce que le mérita d'un produit économique on industriel dépend^ ou de son extraction plus ou moins habile^ ou de son mélange avec d'autres substatices, dans une proportion donnée.
Tels sont les résultats obtenus dans la culture de ces plantes exotiques, n ne nous a pas appartenu de les rendre plus décisifs, attendu que nous avions affaire, d'un côté, à des sortes qui né peuvent OToltre ni se reproduire sous notre latitude ; d'un autre à des espèces robustes mais dont l'usage nous est inconiiil. Il est regrettable que des indications spéciales n'aient pas accompagné l'envoi de ces graines. Le règne végétal nous cache certainement encore une foule de richesses à utiliser. Mais combien de tâtonnements, combien d'essais, combien d'années ne perdrions-nous pas pour rencontrer la trace d'une découverte que déjà d'autres connaissent avant nous !
Quoi qu'il en soit j nos observations comparées avec celles qui seront recueillies sur tous les points de la France oh des graines semblables ont été distribuées , serviront à établir d'une manière plus précise la valeur de ces introductions nouvelles.
Charles Baltet,
Pépiniériste, à Troyes.
LE NOm ANIMAL ET LA COLLE FOBTE COMME ENGRAIS.
Le» Bicim pourpre et sanguin, les Melons éTArkangel et de Chypre.
Pennettez-moiy monsiear le rédacteur, de vous dire un moi ror le résultat de quelques-unes de mes expériences :
J^ai arrosé avec de Teau de colle un pied de Bkin pourpre semé au commencement du mois de mai ; il s'est élevé à 2'", 60. Un Ricin sanguin, arrosé avec de Teau dans laquelle j'ai délayé du noir animal^ a Ï^^Zd de hauteur. Je viens de les mesurer à l'instant ; mais déjà les feuilles sont gelées. Tous les amateurs qui les ont vus en étaient surpris. D'autres pieds , arrosés avec de l'eau pure , n'ont atteint que 1"',40 à 1°^,50 de hauteur. Le Jardin des Plantes de Paris n'a peut-être pas possédé de Ricins d'une telle élévation. Ces végétaux ont quelque chose d'imposant lorsqu'ils sont mollement balancés par le vent, et qu'ils dominent, au milieu d'un massif, toutes les autres plantes.
Le Gynermm argenteum et YArundo donax seront les seuls ri« vaux de mes Ricins. Le Bambusa gracilis figurera dignement au milieu d'eux. Pourriez-vous m'avoir quelques graines de Gynerium (1)î
J'ai récolté cette année six Melons d'Arkangel, du poids de 9 à 10 livres. Cette sorte est bien loin, à mon avis, de valoir le Melon de Chypre^ que je cultive avec succès : il est ovale; sa chair est juteuse, parfumée, exquise. J'espère que le Melon anglais sera son rival pour la saveur.
Agréez, etc. Funiaux.
Ronsoy, 5 novembre 4859.
(^) Voira la page 487.
Ptris. — ' Imp* horlicolc de IC. Do>'iHAUDt rnc CszuV.Ct 9.