‹ L'horticulteur français deChapitre 49 sur 132 · CHRONIQUE HORTICOLIÎ DES SALONS · texte numérisé non relu

CHRONIQUE HORTICOLIÎ DES SALONS

< Une fièvre brûlante » dévore en ce moment une pai*tie des mortels parisiens favorisés des dieux. Cette fièvre n'est pas celle qui terrassait im jour, en sol mineur^ je crois, le malheureux Richard Gœur-de*Lion, abandonné de Tunivers. Ce n'est pas non plus la fièvre jaune, ni la scarlatine; c'est cette fièvre re« nouvelée des Grecs et [des Romains, dont il a été parlé ici, et que, pour cette raison, j'appelle aujourd'hui HortigoloIoe ; mot hybride — deux tiers latin : horii-colo, un tiers grec ESJôç — qui signifie d'apparence horticole, et qu'on peut traduire librement : avoir Tair d'aimer, de cultiver les fleurs, et au fond s'en moquer pas mal • Cette fièvre est quasi-endémique , mais elle sévit avec plus de force chaque année, au moment des bals et des fêtes d'hiver. Elle naît de l'excès du luxe ou de l'ostentation, et se manifeste, comme la vraie fièvre horticole, par un grand déploiement de fleurs^ d'arbustes à feuillage dans les appartements. Seulement, aussitôt que la lumière a reflété, sur les tentures, la salutation d'adieu du dernier convive , les fleurs disparaissent camme par enchantement ; il n'y a plus la moindre trace de fièvre. •• Quelquefois cependant^ le malade est encore plus agité; il a presque le délire; on l'entend sans cesse répéter : « Mille écus de fleurs ! mille écus sans boire ni manger ! maudit soit la mode; c'est stupide 1 » Je ne suis pas de son avis, pour moi les fleurs sont le plus bel ornement d'un salon, . . . après la femme toutefois ! et je les préfère à tous les orne* ments de l'art : sculpture, dorure, peinture, etc., qui autrefois ornaient exclusivement les salles de réceptions et de fêtes . Ce genre d'ornementation coûte plus cher, il est vrai, mais c'est précisément pour cela que l'aristocratie et la finance l'ont adopté.

Aujourd'hui qu'on imite parfaitement les pierres précieuses,

9«Ut., t.V.

les bijoux de grand prix, les étoffes les plus rares; qu'on fait des meubles de pacotille, de la potiche avec une feuille d'image d'un sou, et de la peinture verte, etc., etc., le petit bourgeois gentilhomme, voire même l'employé à particule, peut a bon compte se meubler un appartement, couvrir sa femme de bijouterie, de dentelles, de soie, de velours, etc., et ouvrir ses salons au moins une fois Tan. La première dépense faite, et en ayant soin d'emmailloter son mobilier, de mettre la parure féminine dans du coton et les robes dans du poivre, pendant les 364 autres jours, il pouvait avec une dizaine de pistoles donner sa soirée d'hiver, dansante et plus ou moins amusante, comme le premier maréchal de la finance venu, ou jouer au grand seigneur. Ayec le système floral, c'est plus difficile. Les fleurs ,ne se conservent pas dans une armoire; c'est une nouvelle dépense chaque fois, et par le temps de fièvre qui court, les prix ont considérablement augmenté. Le petit bourgeois gentilhomme se trouve donc réduit à n avoir qu'une ré union d*amis, avec orgeat et petits fours î le jour do la fête de sa femme, qui alors démaillottc son mobilier, fiât voir le jour à sa pendule^ et se transforme en devanture de bijoutier. Les positions ne se trouvent pas confondues; chacun est à sa place, et personne ne se ruinera inutilement.

Et pourtant, j'ai vu une de ces grenouilles de la fable, pousser le besoin de paraître jusqu'à employer les fleors artificielles à l'ornementation de son salon : c'était des roses, des pavots^ des roses-tf émières, dont l'artifice n'a dupé personne* Il y avait des gloxinia et des primevères de la Chine, dont l'imitation était si parfaite, qu'elle a pu tromper les yeux moins exercés que les miens. Mais c'était parfaitement grotesque.

Un autre genre d'artifice qui donne une bien pauvre opinion de ceux qui l'emploient, c'est l'attachage de fleurs de Canielha et autres sur les feuilles de cet arbuste, ou sur celles de Laurier de Portugal. J*ai vu des arbustes ainsi alTublés de fleurs étran-

gèteSy daftsune des dermères soirées d'un prince de la finance ; Vâspeôi de ces flears, attachées sur des afbnstcs d'une antre nature, produisait une impression plutôt pénible qu^agréable ; on voyait la tromperie, et ce tableau menteur faisait naître de tristes pensées.

Ce n'est pas comprendre, en elfel, le but de rinlroduction des plantes dans rornementalion des appartements, que d'en composer ainsi de toutes pièces. Ce qu'on veut, c'est d^atténuei* lamassiveté des meubles, des tentures et des objets d'art, en y mélangeant la légèreté, la grâce, et surtout le naturel des végétaui. En détruisant ce naturel, on détnrit cette sublime harmonie de la nature que Tartisfe n'a jamais pu et ne pourra jamais reproduire ; l'homme voyant alors, dans cette composition^ le passage de la main de l'homme, cesse aussitôt cette religieuse contemplât ton, qni nous attache devant tout ce qui nous semble d'origine divine, et il se retire T&me attristée, répétant, s'il 8*eli âonvient, Ce passage d'un cantique que je n^ai pas oublié :

4 Tout tfest qne vanité, mensonge et fragilité. »

Pour bien tirer parti des plantes, dans Tome m^ntaf ion des appartements, il fant avoir le goût parfaitement épuré, et être ennemi dn fSsste, qui fait toujours abuser et prodiguer les choses. Je n'ai rencontré cet hiver qn'un salon bien orné ; il est vrai que la maltresse est une femme qui réunit au suprême degré cette trinité rare : esprit, grâce et bon goût ; il n'est donc pas surprenant de rencontrer aussi chez elle la simplicité. Elle aime les plantes, et non*seulement les fleurs, ce qui est fort dif-fièrent; die les aime par goût, et non pnrce qrrc c'est la fiioae«

Ijè jow ob elle reçoit, ses serres se vident en partie, et les plantêt viennent prendre place dans les appartements.

A sa dernière soirée^ madame de X***(sa modestie nous oblige à mettre trois étoiles) avait disposé avec un rare bonheur ses ptaMéi ptMqne elimatériqHenMnt. J'ai trouvé l'idée très-heu-

reuse. De chaqae côté de la porte du vestibule, en dehors, se prélassaient quatre magnifiques Yucca gloriosa^ qui ont eu Tinconvenance d*arréter et de déchirer plusieurs dames trop amplement crinolinées; on a dû retirer ces quatre s^tinelles vigilantes. Madame de X*** avait oublié que les pointes sont toujours dangereuses*

Le vestibule était garni de quelques arbustes de plein air ; Garya elliptica^ aux longs chatons duveteux et jaunes, retombant avec grâce dé Faisselle des feuilles ; Mahonia, au feuillage rouge brun ; bordure de tulipe duc de Thol. D<)U2e Magnolia grandiflora, formaient avenue dans le large escalier de marbre blanc ; des violettes quatre-saisons tajussaient la terre des magnolia et préludaient, par la douce et suave odeur de leurs fleurs, aux plaisirs de la fête.

Dans la vaste antichambre, un groupe de Camellia variés^ bordés de primevères de la Chine ; dans les angles des Sparviannia africana^ entourés de cinéraires avec bordure de Cyclamen. Le premier salon, genre Ix)uis XI, était orné d'arbustes, appartenant en général au Cap et à la Nouvelle-Hollande. Acacia r/^a/6a/a et autres, Chorizema, Conea^ Crowea^ Diosmay Erio- Hiemon^ Polygala^ Pinielea^ Bruyère, Epacris^ elc, — Les Azalées, Pelargonium. étaient réservés pour le second. La splendeur végétale s'épanouissait dans le grand salon. Latmiia, Baliùers, Caladium, Dracma^ Maranta, Aspidislra, dont plusieurs à feuilles panachées, Slreliizia^ Tradesccmtia^ et différ^ites espèces de Broméliacées, formaient au centre un groupe d'un aspect tropicald'un majestueux effet ; autour de ce groupe étaient . disposées toutes ces charmantes espèces et variétés de Bégonia à feuillage ornemental; puis des corbeilles de Bégonia manicata, jmlmata, Verschafeltii^ caroUnœfolia, lucida, aux élégantes panicules de fleurs rosées.

Ënfin^ dans le salon deTintimité, des Orchidées, /y*2ia, Caitleyaj etc. , des Fougères , des Lycopodes^ toutes ces plantes

/ hirOrahear /ranf-au J<- iMl

dëticates que Fatmosphère deg salons, les jours de fête surtout^ asphixie en quelques heures.

L'impression que j'éprouvai à la vue de cet appareil floral, je ne saurais Téaûe; mais en voyant chaque invité examiner, avec intérêt, chacune de ces plantes, je me crus au milieu d'un monde nouveau, sorti seulement d'hier des mains de la création. Eugène de Mahtragnv.

SOfANlM RANTONNETIf. carr. (PI. 16.)

L'introduction de cette belle espèce remonte à dix ans à peu près ; c'est un officier de la marine française, qui en a rapporté les graines de la Plata et qui en a donné quelques-unes à M. Rantonnet, ce zélé horticulteur d'Hyères, auquel nous devons déjà plusieurs autres intéressantes acquisitions.

Ce Solanum a été livré d'abord au commerce sous les noms de Solammi Japonicum^ Trigynum et Nycterium amazofmum; mais M. Carrière reconnaissant que ces trois noms étalent également faux, lui a appUqué celui de Hantonnetii. Celui de Japonicum, dit-il, lui a été donné dans un but de spéculation, fK) Il !• faire rvoire à ^a rostirité. Il f^st. H»i«*()ntraipe, Irès-sf-n- >il«ie. yu iVoid , ses ti^es (JHl•i^:.Srtut k t4UHli|ues «Jeiirés iiti-dpssiui- »le zéro.

L»* Sohunnn Huiifottufiii e>t niu r^spinr vivatv. y tj,:iv sihis lVutes(vnt^ .'iUiirnteus^, d'iiiiuris rt^inlr(^. Ses tVnilles suuï lauréulées, acuiiûnées, obtuses, eulières. molles, iruii \ert foucé, glabre en dessus, pubescentes en dessous, atténuées dans le jeune âge à la base en un pétiole long de 1 à 4 centimètres. Ses fleurs sont d'un bleu plus ou moins violacé, avec une étoile blanc jaunâtre au centre ; elles naissent plusieurs en dehors de Taisselle des feuilles. Le calice est largement évasé, à dix divisions, dont cinq très-étroites et longues comme des soies.

UiCi^U^ est jnopop4tdle^ ea voue, un p««p}is«é« ai cbîflbnnée, présentant cinq lobes angideux» Cinq éimmBê d'ua beau jftUfle» drâS0ée$ et rapprochées, oocupeot h centra, tatourant VQYMiKf le »tyle et la stigmate. Le fruit a Ut forme et la gros* seul' d'une guigne, un peu comprimé^ d'abord d'un Manc mat luisant, puii prenant une teinte jaunâtre à la maturité*

Noun croyons que ce Solanum est une bonne acquisition* La grande quantité de fleurs dont il se couvre, et qui n'est pas suffisamment indiquée sur notre dessin, leur beau coloris, la floraison prolongée, sont dee qualités qui le recommandent aux amateurs (1). Mais tous les goûts sont dans la nature, et, pour beaucoup, on ne verra dans cette plante qu'une espèce de pomme de terre. Ce sera un grand tort, car nous le répétons, labondance de ses fleurs en fait un arbuste vraiment omemental. Il s'élève à plus d'un mètre et .fleurit depuis mai*juiii jusqu'aux gelées*

Le Solanum Rantantietii vient à peu près dans tous les ter« rains[;qui ne sont pas argileux; il préfère les sols légers mais substantiels : terre franche sableuse, mélangée de terreau, et rexppsition du midi. On sème, en général, vers le 15 septembre sur un bout de planche au midi» en terre légère , terre de bruyère, par exemple, et on ne recouvre que trèfr*peu les graines. On bassine pour entretenir la moiteur du sol. Un mois après, on repique le plant dans des petits pots qu'on place sous châssis froid pour les hiverner ; l'air peut être donné toutes les fois que la température extérieure est sèohe et que le thermo»

(1) Nous en tenons des graines à la disposition de nos abonnés. Toute pefsonne qui a soldé son abonnemeûl, et qui, en nous en faisant la demandé, Jofodra un timbre-poste de tO centimes, pMir noua oouyrir des A*als, recevra franco ces graines. En nous envoyants timbres da fû cenUmea on reavra iaa graines dont la liste est placée sur la V page de la couverture. Nous répétons s qui en fera la demande, afln d'éviter des reproches mal fondés^ comme eeot qui noua ont été adressés par qudquet personnes^ au sujet de notre première distribution , F. 9.

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niètre ett à qaaire ou cinq degrâ aa-dêssu8 (k séro* Au moÎ0 d'avril, ekmieax au commencement de mai, on livre à la pleine terre. Ensuite on traite les plantes comme le Pelargonium zonoie : on les relève à l'automne pour les rempoter et lei rentrer en serre ou châssis pendant Thiver. Les années suivantes on a de fortes touffes qui fleurissent vers la fin de mai, commencement de juin. On peut semer aussi en hiver, mais alors en terrine placée sur couche et sous châssis ; le plant est repi* que comme ci-dessus et replacé sous châssis Jusqu'au moment de la mise en place. Nous avons semé, en janvier, des graines qui nous ont donné des plants actuellement de sept à huit centimètres de hauteur.

La multiplication est facile encore par boutures^ faites avec des jeunes bourgeons aoùtés, puis placées sous cloche dans une sen-e; mais la graine est plus simple. O.Lesouyer.

POLYDACTYLON CALIFORNICUM. Hook. (pl. 17.)

ËTTMOLOGffi du grec polys beaucoup, et dactylos doigt : allti* sion à la forme des feuilles^ qui sont divisées Jusqu'à leur htxie en un grand nombre de segments cylindriques qu^on a comparé à des doigts I

Famille : Polémoniacées, — Pentandrie monogynie.

CABACTiREs GBNÉRTQUES. Ce genre a été fondé par M. Hooker, pour une plante que M. Bentham avait nommée Gilia Catifomica. II comprend des herbes vlvaces ou de très-petits arbrisseaux, trè»»rflmeux, â feuilles alternes, prdondément palmatiséquées, à segment» subalés^ roides et terminés par une pointe piquante. Les fleurs sont tràs^élé^ gantes, terminent les petites ramifications, et rappellent celles des Phlox* Elles ont un calice campanulé-tubuleiix à cinq lobes subulés épineux; une corolle à limbe étalé, divisé en cinq lobes obovales obtus, et porté par un tube très-long ptesqtte cylindrique ; cinq étamines sont insérées dans ee tube, et led anlbëres, qui sont obiongues, n^en dépassent pas Veriiice* ht slylsi divisé en trois lanières stigmatiques^ est )s deiiMé

plus 60on que le tobe de la êbvolle. Le frait est une capsule qui s'outre au sommet, et renferme dans chacune de ces deux ou trois loges plusieurs graines.

De&cription et msTORiQLE. Le Polydactylan caUfornicum est un petit sous-arbrisseau ou plutôt une herbe vivace, à tige ligneuse, très-rameuse, qui peut atteindre de 50 à 40 centi* mètres de hauteur, et dont les rameaux grêles sont naturelle* ment retombants quand la plante est un peu fort^ (Notre dessin représente une jeune bouture, que nous nous sonnnes procurée chez MM. Thibaut et Kefeleer. 146, rue de Charonne^ Paris.) Les feuilles sont digitées et présentent à leur aisselle un petit faisceau de feuilles simples cylindriques. Les fleurs sont d'une grande élégance et d'une belle couleur rose ; elles apparaissent en juillet. Surles'pieds un peu forts, elles sont tellement nombreuses que les rameaux et les feuilles disparaissent* Les autres caractères de la fleur ont été indiqués aux caractères gêné** riques*

Cette charmante petite plante, considérée par MM. Hooker et Amolt comme pouvant constituer un genre nouveau, est réunie BuGiltaj par M. Bentham, qui en a fait {Prodrame de Decandolle, t. 9, p* 310) le type d'upe section, dans laquelle il fait entrer ]ePhlo:cHookeri AeDougUa, pt 1p flont^m ^tungi^fn rte Torrf*y. «(iii sont pouf lui tif» \érilalilr»s ^îili.i.

\j^l.fiptoc/(n'ttjloit 4'olifonn'rtnti h.s». ainsi i^n*^ hMiunèSpéiiUque rindique, on^iiiaii*f de ia CalitoriiiH, où il U\\ observe par Douglas; maisr/esl à Williaiu Lobb qiroii*-udoit rijitrodnctioa en Europe. Ce zélé voyageai*^ qui le retrûuva à San Bemardino, dans le sud delà Californie^ en envoya des graines à MM. Weitch, par lesquels il fut répandu dans le commerce.

Culture. Cette espèce est de serre froide, et fond facilement à la chaleur; terre de bruyère bien drainée; pendant Tété miconbre. Sa nature retombante pommait permettre d'en faire des bordures de massif de terre de bruyère ; mais nous ne la croyons

pas assez rostique) nos essais n'ont pas été heureux. Nous engalons les personnes qui la possèdent à la cultiver enpoi.Qnla multiplie par bouttires» faite avec les extrémités aoùtées des petits rameaux, k froid, dans des petits godets^ mais sod^ cloches, et dans un endroit où il n'y a pas d'humidité.

F. HSRDiGQ.

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L'année qui vient de s'écouler a détruit quelques illusions sur des plantes noutelles, espèces ou variétés ornementales, dont nous espérions tm heureux succès ; mais elle laisse aussi quelques bonnes acquisitions. Nous o&ons dans cet article les appréciations et les remarques des rédacteurs de V Horticulteur^ sur ces nouveautés de 1859, dans toute leur sincérité, et nous enregistrerons ensuite les espérances, souvent aventurées, que notre amour du rei herbariœ nous entraîne toujours à 'ooncevoip. F. H.

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