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CULTURE DE L'IGNAME DE LA CHINE

Depuis quatre années la France étudie la culture de l'Igname de Chine, précieuse plante dont toutes les personnes qui l'ont goûtée louent les qualités nutritives et le goût agréable, voisin de celui de la pomme de terre dont elle admet toutes les préparations culinaires. Les seules objections qu'ait soulevées jusqu'à ce jour la culture de ce légume, d'abord l'objet de chaleureuses recommandations à peu près maintenant tombées dans l'oubli, c'est d'occuper trop longtemps le sol et d'être d'une extraction trop laborieuse.

Quelques essais, cependant bien récents, me porteraient à penser qu'il serait possible, par une culture raisonnée, d^ohvier au premier inconvénient justement signalé .

Tous ceux qui ont observé la manière de végéter de l'Igname ont pu remarquer que ses tub^cules^ comme ceux de la pomme de terre, ne vivent qu'une année ; s'ils végètent plus longtemps, au lieu de grossir par l'addition de nouvelle substance, ils nourrissent ua jet, lequel émet un nouveau tubercule à côté de

l'ancien qui ne tarde pas à se décomposer, ne laissant qu'une mince écorce. Alors le sol a été occupé en pure perte.

Ne paraltrait-il pas alors rationnel, de planter une première année les bulbilles ou tronçons de racines sur un espace restreint, cinquante à soixante par exemple au mètre carré, et de faire ainsi une pépinière dans laquelle on trouverait, à la fin de mars suivant, des tubercules de grosseur convenable pour assurer une bonne végétation et qui , mis inmiédiatement en place dans un sol profondément labouré, ameubli et fumé, donneraient une abondante récolte dès là fin de Tannée? L'essai me semblerait mériter être tenté par des personnes plus compétentes que moi.

Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que j'ai procédé cette année, niais trop tard pour que l'expérience soit parfaitement concluante.

Au mois de mai dernier, j'ai levé quelques tubercules produits par des bulbilles plantées l'année précédente; je les ai traitées ainsi que je viens de le dire et, quoique la végétation, trouMée à une époque aussi avancée , me donnât peu d'espoir de succès, les résultats ont été assez satisfaisants pour m'autoriser à penser que la mise en terre six semaines plus tôt eût donné des produits tout autres en volume.

Le Soi trop compacte, en même temps que mêlé de cailloux, du jardin que je cultive, n'est pas favorable au développement des tubercules de l'Igname, qui, rencontrant de petits cailloux, se trouvent dérangés de leur direction naturelle et toujours mal conformés •

Cette observation me donna l'idée, encore au mois, de mai dernier, d'arracher une douzaines de rhizomes d'un an et de les planter dans une terre de bruyère peu riche en débris or ganiques. Une végétation luxuriante s'est aussitôt manifestée, les tiges ont atteint près de 4 mètres, et l'un des tubercules produits, ^irraché à la fin d'octobre, pesait 2 kilogrammes 480 grammes.

La vitalité de cette plante est extrêmement persistante quant à la racine : hors de terre dans un lieu sec, non-seulement ses propriétés alimentaires ne s'altèrent pas, mais encore elle ûosserve la faculté de germer d'une année à l'autre .

L'an passé, j'en envoyai à l'Exposition d*Alençon une don* zaine de tubercules qui me furent retournés eiivifon deux mok plus tard. Je fus tout surpris en ouvrant la caisse qui les reDfe^ mait, de les trouver chargés de pousses dont une était longue de près de 3 mètres, fis avaient, de plus, produit des tubercules de la forme ordinaire, mais peu allongés et de la longueur d'un bon œuf. Ce fait, joint à celui de la végétation extraordinaire dans la terre de bruyère cette année, corrobore ce qa^on savait déjà;, que l'Igname puise surtout ses éléments daui Falmosphère-

Ces données ne semblerait-elles pas suffisantes pour autoriser et encourager de nouveaux essais, surtout dans les sables, même dans ceux qui ont été jusqu^à ce jour conçîdéréis comme totalement improductifs? Le résultat, qui ne me semble nullement douteux, serait le triomphe assuré de l'Igname.

LpUVEL, Institutenr, officier d'Académie^ ^ Réinalard.

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