LES CONIFÈRES DANS LES JARDINS D'AGRÉMENT
Les Conifères (arbres résineux, arbres verts), doivent être considérés sous deux rapports, celui du repeuplement des fo« rets et des plantations en grand comme spéculation, et celui de Tornementation des jardins; nous ne devons dans ce recueil nous occuper que de ce dernier.
A proprement parler, aucune espèce de ce genre n'étant indigène à nos provinces du centre delà France, les Conifères, conmie arbres d'ornement, peuvent encore se diviser en trois classes bien distinctes :
1* Ceux qui sont parfaitement acclimatés, rustiques, supportant nos hivers les plus rigoureux et nos étés les plus chauds.
(1) filtrait des bnlietins de la Société d'horticulture d'Autno.
V Ceux qm ont déjà subi une acclimatation presque complète et qui résistent à nos saisons^ sauf aux froids par trop rigoureux.
S"" Ceux qui exigent les abris, les orangeries ou serres pendant l'hiver.
Les limites qui nous sont accordées cette année, ne nous permettent de nous occuper que de la première division ; nous pensons, d'ailleurs, que les plus beaux arbres d'ornement sont ceux qui n'ont rien à redouter des saisons et du climat ; un arbre d'une belle végétation étant toujours un bel ornement, quelque commun qu'il puisse être, qu'un arbre rare et chétif.
Nous avons en outre, parmi les Conifères rustiques et acclimatés, les plus beaux arbres du monde.
De tous les Conifères les plus rares, aucun n'a la majesté ni du Cèdre ni de l'Epicéa ; sans vouloir déprécier la beauté de quelques-uns^ comme du Pin à pignons, dont les immenses parasols donnent un aspect si pittoresque aux paysages italiens ; comme les Séquoias ou WeUingtonia monstrueux de la Californie, comme les Araucarias gigantesques du Chili.
Nous engageons les simples propriétaires de jardins, à laisser ces espèces aux amateurs riches et zélés, dont les louables efforts parviendront certainement à les acclimater, et que nous voyons déjà sinon acquérir tout leur développement, au moins végéter passablement dans certains jardins, mais qui ont exigé des précautions dispendieuses et répétées pendant bien des
années.
Parmi nos espèces rustiques, nous avons des arbres pour tous les terrains^ pour toutes les expositions, pour toutes les exigences de la belle distribution d'un jai*din.
Comme arbre isolé, rien n'est si majestueux qu'un Cèdre du
Liban.
Comme grands massifs, soit pour masquer une montagne
nue, soit pour rompre la monotonie d'une ligne trop étendue d'horizon, rien d'aussi impénétrable, d'aussi grandiose que l'Epicéa .
Comme croissance rapide, pour boiser un parc et établir une futaie sous laquelle on puisse circuler, rien de préférable au Pin Laricio, dont le feuillage donne beaucoup d'ombre et dont les branches latérales menues et peu développées peuvent être supprimées de bonne heure.
Comme réussite dans les rochers, dans le plus aride et le plus mauvais terrain, de quelque nature qu'il soit, rien de compai'able au Pin Sylvestre.
Un massif de Pins du lord Weymouth, afx feuillage doux et soyeux, au tronc vert et lisse, fait un charmant effet dans un lieu frais et même un peu humide .
Une plantation de Mélèzes ménage bien la transition entre les arbres toujours verts et les aî'bres qui se dépouillent de leurs feuilles . Mais nous recommandons essentiellement de ne
pas mélanger dans un même massif les espèces différentes, et de faire invariablement des masses homogènes avec la même espèce. Dans ces mélanges, les différentes essences se nuisen^. réciproquement : beaucoup de sujets dépérissent, et il y a toujours des vides et des lacunes; l'aspect général, surtout quand les arbres sont grands, est désagréable à l'œil : prenez les plus beaux hommes de l'armée, les plus brillants uniformes des corps et formez un régiment; en mélangeant tous les costumes vous n'aurez qu'une mascarade ridicule au lieu de beaux régiments de cuirassiers, de hussards, de lanciers; il en est exactement de même poiœ les mélanges incohérents d*arbres disparates.
Nous allons donner quelques détails sur les espèces que nous avons vues de nos yeux réussir parfaitement dans notre localité et que nous recommandons particulièrement.
Cèdre du Liban.
Le Cèdre du Liban est un des plus beaux et des plus grands arbres de la nature; son trono acquiert jusqu'à douze mètres de circonférence, et sa tige s'élève jusqu'à quarante mètres. Ses branches latéitdes disposées en étages irréguUers, s'étendent horizontalement et peuvent prendre un immense développement. Ces feuilles sont étroites; serrées et persistantes ; ces fruits ou cônes mettent une année à mûrir. Le Cèdre est par-^ faitement acclimaté en France, quoique originaire d'A^sie et notamment du mont Liban.
Il est souvent question du Cèdre dans l'antiquité. Les écrivains hébreux faisaient du Cèdre Temblème de la grandeur et de la puissance ; son bois parfumé passait pour incorruptible ; il servait à faire les statues des dieux du paganisme, et l'on disait à Rome d'une chose devant être immortelle, digna Cedro.
La naissance du Cèdre est assez lente dans les premières années, mais arrivé à l'âge de dix à quinze ans^ sa croissance devient très^rapide • Noos en avons un, qui à Tàge de quarante ans> avait acquis trois mètres de circonférence* Sans adopter les calculs qui portent l'âge des plus gros Cèdres à mille ans, il est certain que le Cèdre vit et grossit pendant plusieurs siècles. Le Cèdre aime une terre profonde, mais il croit dans les terrains les plus secs comme les plus humides.
Aucun arbi^ n'a en même temps un port aussi magnifique et aussi majestueux ; un seul de ces arbres, planté isolément et comme point de vue, est 4' un effet infiniment pittoresque.
Mélèze d'Europe.
Le Mélèze est le plus grand arbre d'Europe, son élévation allant à cinquante mètres; son tronc, parfaitement droit, peut
arriver à d'énormes dimensions. On a vu dans le Valais un Mélèze que sept hommes suffisaient à peine à embrasser.
Il produit des branches nombreuses, horizontales^ disposées par étages irréguliers, dont l'ensemble forme une vaste pyra* mide : ses feuilles sont étroites, éparses sur les jeimes rameaux et caduques l'hiver. Au printemps^ les nouvelles feuilles sont d'un vert gai et o&ent un aspect charmant. Il croit sur les Alpes, en Allemagne et en Sibérie, mais jamais dans le Midi. Son bois est d'une grande durëe, et on cite en Suisse un chalet construit entièremeni en Mélèze, sans peinture, et dont la durée a dépassé deux cents ans. Le Mélèze n'est pas délicat sur la nature du sol, pourvu qu'il ne soit pas marécageux, mais il préfère un sol granitique et profond ; l'exposition du nord lui convient essentiellement, cet arbre craignant la chaleur, mai résistant aux froids les plus intenses .
Sapin commun , connu aussi sous les noms de Sapin blanCj
Sapin de Normandie.
Le Sapin est un arbre dont le tronc acquiert une circonférence de trois mètres et une élévation de trente mètres. Sa tige droite est garnie de branches étalées horizontalement et régulières ; ses feuilles, d'un vert luisant en dessus, sont blanches en dessous, solitaires, éparses, mais rangées régulièrement ée chaque côté des rameaux ; il croit dans les Vosges, en Suisse, en Allemagne, en Ecosse, en Suède, en Russie; mais il est cependant un peu délicat surle terrain, ne croissant pas dans les terrains trop secs, arides et peu profonds.
H.-C. Delaplanche.
(A continuer.)
Puis. — Imp. horticole de E. Donmauo, rue Cuiette, 9.
CHRONIQUE
Une statue à Parmentier. — Réflaxion sur remplaeemant où alla d<»t être érigea. — Le jardin d'acelimatation. -» Un mot d'hUtoire sur la Pomme de terra. — Récompensa accordée à H. Charles Baltet. — Le Congrès pomologiqae belge. ~ Cinquième session du Congrès pomologique de Lyon. ^ Le Melon géant et le petit Melon anglais. — Les Chênes du quai des Tuileries. — Les squares de Paria* — Une pelouse en Verveine. — Les expositions d'automne.
Depuis quelques années la France tient à honneur, à rendre hommage aux hommes qui Tont illustrée ; de toutes parts on voit s'élever des statues pour les immortaliser, et pour populariser leur gloire ou leurs découvertes. Mais parmi tous ces bronzes, tous ces marbres, l'œil cherche en vain, cependant, l'homme qui a rendu , sans nul doute , le plus grand service à rhumanilé, en introduisant dans son alimentation, le légume le plus précieux, la Pomme de terre, qui est la base de la nourriture des classes laborieuses des villes et des campagnes. On comprend difficilement qu'un homme, qui a rendu presque impossible le retour des affreuses disettes des temps passés, ait pu être ainsi oublié. Serait-il donc vrai que la reconnaissance, cette'mémoire du cœur^ comme l'appelle une femme célèbre^ n'est pas la vertu dominante du peuple français? Gest triste à penser.
Quoi qu'il en soit, l'oubli va être réparé; une statue en bronze sera prochainement élevée à Parmbntœr, dans le jardin de l'Ëcole de Pharmacie de Paris.
Nous applaudissons à l'érection de la statue ; mais nous regrettons l'emplacement qui a été choisi. Sans doute Parmentier a été pharmacien; mais ce n'est pas comme auteur du Code de Pharmacie j qu'il a pubUé en 1807, que son nom a été rendu populaire; c'est comme bienfaiteur du genre humain, c'est surtout comme héros d'une pacifique conquête (l'introduction de
la Pomme de terre dans l'alimentation de l'homme, et son accli- 3« liT. isao.
matation sous le climat de Paris), que Parmentier a droit à la reconnaissance publique. Or, devant le courageux philanthrope et le savant agronome qui a lutté pendant près de 1 5 ans, contre tes fureurs d'un peuple qui se croyait outragé dans sa dignité, le pharmacien disparaît, et placer sa statue dans le jardin de TÉcele de pharmacie, -c'est l'inhumer une seconde fois, ce n'est pas rendre hommage à sa mémoire. Si cette mémoire pouvBit parler, le jour de l'inauguration de la statue, elle dirait bien certainement, comoie Bîppodaime daas te$ PiMopides, de Voltaire :
Dans ce tombeau sacr^^ je reste eneetalie.
En effet, le jardin de l'Ëcole de pharmacie n'est pas im jiavdin public; il n'est fréquenté que par quelques élèves pharmaciens studieux, et, pour pénétrer dans ce sanctuaire de Ja science, il faut présenter sa carte d'étudiant. La France — non pkannaceutique — ne pourra doûc jamais alors connaitre Pwmenlier, auquel elle doit tant; elle ne pourra jamais lire, non plus, sur ses traits, reproduits par le bronze^ tout oe qu'il y avait de bon^ de généreux et de dévouemientj dans le cceor de cet homme de bien, qui a consacré toute son existence àJi'étode de l'améUoratiûn de l'alimentation publique.
Une statue, en outre, n'est pas seulement un monument éleivé à la mémoire d'un homme, le plus souieeid; elle est encore ime page détachée de l'hiâtoipe, mise en relief, pour la vulgariaer parmi les classes peu lettrées. Celle de Parinentier résume ainsi riiistoire du précieux tubercule péruvien qui sanva la France, en 1793, d'une ai&euse disette, et celle de l'acdimatation' d'autres végétaux utiles, tels que maïs, topinambours, eftc., etc. Quel en]{)lacement alors plus naturel que le jandin d'acclimatation ? Ce jardin, qui vient d'être créé au boi^ de ^Boo* logne, par des hommes non moins dévoués que Pairmentîer aux souffrances populaires , et parmi lesquds il oonvi^U de
JQ0^^3le^ JJBA. Geoffiroy Ssônt-HUaip^»» l^rowQ de Lhuy^^ A» I^assy , 4e rimjlîtut, Ë- DujÛB, Richard du Cantal, Ajuguste Dumélil^ etc., n'est-il pas de&tiné à recevoir et k acclimater tout ice qui peut concourir au perfectionnameBit de notre aystèaie atuneutaire, qui préoccupa tant Parmentier? N'.est-il pas la continuation de son œuvre? Où poucrait-on mieux ériger sa ^^talue? Là, au moins, Thommage £|^^t vraiment public. Plar cée au dehors, dans un hémicycle^ cette statue pourrait regarder .et montrer, d'un air de douce béatitude^ tous ces produite nouveaux destinés à la nourriture de la race humaine, et le 4erj^er voau du philanthrope longtemps oublié , se trouveraiit exaucé . Ce bronze, qui doit le représenter, « f^ait rpiEce de la pierre à aiguiser qui ne coupe pas, mais qui dispose l'acier à couper (1). »
pi effet, placée sous les yeui: des mem)3ret$ de la Sooiété d'ajQdimatation, cette statue leur rappellerait constamjoieixt le but sacré de l'institution ; elle les exciterait à persévérer dans ToBuvre toute d'humanité qu'ils essayant de fonder^ et pour laq^elle, eux aussi, auront bien de9 diffîcult^^ à vaincre, bîfni àfis luttes ^ soutenir.
Nous faisons donc des vœux pour ;une modification du.dâcgelt qui autorise l'érection — j)ar ^ouscriptiop — de la statue de Parmentier.
Maintenant qu'il me soit permis de rectifier une erreur accréditée dans le public au sujet de la Pomme de terre. D'a^n^ès 1^ chronique populaire, cette plante aurait été découverte par Parmentier; là e^t Terreur. Cet honneur revient à deux Anglais : Hawkins ;ei Drake, dit-on; à chacun ses œuvres.
Voici ce qui appartient à Parmentier.
La Pomme de terre était connue en Europe au xvi* sièqle.
(4) Paroles que Parmentier répétait sans cesse & ses neveux, lorpqûe les i léado la ¥ieiHes9e ne lui permettaient pins aucun travail actif.
Cultivée en grand, dansTItalie dès le xvn% c'est seulement sous le règne de Louis XIV^ pendant les longues guerres de Flandre, qu'elle fut introduite en France par les Anglais. Sa culture se répandit d'abord dans le provinces du Midi ; Turgot retendit dans le Limousin et I* Anjou ; elle pénétra ensuite dans la Bourgogne, la Lorraine et les Vosges. Mais son produit n'était alors destiné qu'à la nourriture des animaux ; une aveugle prévention Tempêchant de s'étendre à celle de l'homme. Si la Pomme de terre était, à ce moment, aussi antipathique à la race humaine, c'est uniquement parce qu'elle servait d'aliment à la race porcine. On voulait, disait-on, dégrader le peuple en le faisant asseoir à la table du pourceau ! Le mot infamie était dans toutes les bouches, la révolte dans tous les cœurs, et les plus exaltés criaient à l'empoisonnement : la Pomme de terre donnait la lèpre, elle engendrait toutes espèces de fièvres pernicieuses, etc., etc. ; et les disettes faisaient chaque année de nouvelles et nombreuses victimes.
Aussi, l'Académie de Besançon, qui s'est toujours beaucoup occupée de l'amélioration matérielle et morale des populations, crut-elle devoir intervenir, en mettant au concours l'importante question des substances alimentaires propres à atténuer les calamités de la famine; c'était en 1771 .
Parmentier venait d'être nommé Pharmacien en chef de l'hôtel des Invalides. Mais les Sœurs de Charité s'élevèrent avec une telle véhémence contre cette nomination, qui leur enlevait la direction de la Pharmacie, que Louis XVI recula devant cette opposition , et Parmentier fut obligé d'abandonner aux Sœurs la domination exclusive de l'officine. Vivre en sinécuriste, avec une âme trempée comme la sienne, était impossible. C'est alors que commença pour lui cette nouvelle existence, toute d'abnégation et de dévouement, qui en fit un bienfaiteur de l'humanité.
Après un travail sur les substances alimentaires, qui remporta
— sale prix de l'Académie de Besançon, Tannentier porta son attention sur la Pomme de terre qui, à cette époque, était connue déjà depuis près de deux siècles. Il entreprit d'éclairer le public sur les qualités prétendues malfaisantes de ce tubercule. En 1 778, il publia son Examen chimique de la Pomme de terre^ pour démontrer que l'homme pouvait trouver dans cette racine un aliment aussi sain que nourrissant ; que la plante n'appauvrissait pas le sol comme on l'afGr mait ; qu'elle poussait et donnait d'abondantes récoltes dans les terrains les plus ingrats, etc. Appliquant aussitôt l'exemple à l'écrit, il en ensemença 54 arpents dans la plaine des Sablons, condamnée jusque-là à une stérilité absolue; il en obtint les plus brillants résultats* C'est ici que se place l'histoire du bouquet de fleurs de Pomme de terre présenté au roi qui en orna sa boutonnière, etc., etc.
En même temps qu'il se livrait aux essais de culture de sa plante de prédilection, Parmentier révélait tous les avantages que promettaient ses tubercules. A l'hôtel des Invalides, en présence de Franklin, il prépare un pain savoureux avec la pulpe et l'amidon de Pomme de terre sans mélange de farine ; il communique gratuitement, aux pâtissiers de la capitale, le secret de la fabrication du Biscuit de Savoie j dont la base est encore l'amidon do Pomme de terre ; il ofire à ses amis un dîner spiendide, dont tous les apprêts, même les liqueurs, sont tirés de la Pomme de terre, etc., etc.; mais il ne peut vaincre la répugnance du peuple. — Dans les premiers jours de la révolution de 89, alors qu'on parlait de le nommer à des fonctions municipales : c Gardez-vous-en bien, cria-t-on de tous côtés ; il ne nous ferait manger que des Pommes de terre ; c'est lui qui les a inventées; c'est un empoisonneur! d
Parmentier n'a donc ni inventé ni introduit la Pomme de terre en France ; il n'a fait que l'introduire dans notre alimentation. C'est là sa gloire et il l'a gagnée chèrement ; car, pour nous imposer ce. précieux aliment, il lui a fallu subir toutes
espèces (f Ofittages, et s'i) à pu jouir dn fruit' de taM de peines, c'est grâôe au cott^urs impifévu que lui prè'faf Ghaumette. En effed, ce fougueux procureur de la cortmaHime,-^ q^ûi voulait que tous les Parisiens ne portassent qtte des sabofs, -^ proposa un joua» de planter les jardins du Luxembourg et des Tuileries avec les tubercules préconisés par le protégé du roi captif : < C'est avec des Pommes de terre, disait-il, que tous les Français doivent se nourrii^ ; » et il obtint en quelques heures ce que Parmentier n'avait pu obtenir en quinze années. G^est qu'aussi, à l'école de la misère, le peuple s'était démocratisé ; il alla s'as^ seoir, sans répugnance et sans honte, à la fable du pourceau ! et la cause du pauvre philanthrope fut gagnée.
Ilest temps, je crois, de revenir aux nouvelles du jour. Eq voici une qui va me servir de transition pour rentrer en mâtine. Il s*agit encore d'un hommage rendu à l'un de nos savants français^ Cette fois c'est un pomologiste dont le nom a été souvent cité par nous. Nos lecteurs connaissent, au moifls de réputation, M. Charles Baltet jeune, pépiniériste à Troyes, auquel on doit l'idée initiale d'un Congrès pomologique. Cet éminent pomfologue vient de recevoir de Y Académie nationale de Paris, une médaille d'honneur de l** classe, pour ses travaux arboricoles et spécialement pou^ l'intéressante brochure qu'il a publié sous le titre : Les bonnes Poires. Nous sommeK heureux d'avoir à enregistrer cette nouvelle récompense qui loi est accordée, et qui est si bien méritée.
Si nous sommes bien informés, la Belgique se proposerait d'imiter la France en constituant un Congrès chargé d'élucider la grave question de la synonymie des fruits. Elle se serait adressée à notre concitoyen de Troyes pour en jeter les bases, et elle lui aurait proposé la présidence de la première session. C'est un honneur qui, certainement, vaut bien la médaille de l'Académie de Paris, car elle témoigne en faveur de là science et du mérite du président du premier Congrès de Lyon. S'il en
est WMf nous nous en réjouissons, et pour M. Baltet, et pour les earpophiles; c'est un signe certain d'une prochaîne entente cordiale entre les deux pays ; entente si désirable pour la porno* logJe, en ce qu^efle facilitera le travail du Congrès français. Et pais de là à la fusion il n'y a qu'un pas. Nest-ce pas le cas de dire : « Cette greffe par transfusion fera produire, au Congrès, fruits plus savoureux et plus abondants. »
On annonce pour le 27 septembre prochain, la 5* session du du Congrès de Lyon. La Société d'horticulture du Rhône fait aq[>pel aux Sociétés, aux Pomologues, aux Amateurs ; elle espère que son appel sera entendu, car tout le monde doit désirer une nomenclature de fruits épurée et simplifiée. Mais pourquoi les Pomobgues belges ne s'y rendraient-ils pas aussi? Il me semble que ce serait plus simple qpie d'élever un second autel à Pomone !
La grande famille dés Cncurbrtacées vient de s'enrichir d*un nouveau membre qui a tout esl'es proportions d'un monstre. C*est le Melon géant, découvert dans un oasis des steppes des Kîrghiz, en Tartane, par un colonel russe, M. Komaroff. Ce Melon phénoménal ne mesure pas moins de 75 centimètres de diamètre, et il a une saveur très-agréable ; c^est du moins ce que rapporte l'histoire. Dans ce cas, je conseille aux Cantaloups de se bien tenir, et de ne pas chercher à sTiybrider; car si les Melons du Nord commencent à faire irruption dans leur domaine, c'est qu'ils ont eu vent d'un commencement de décadence melonique. En présence de ce roi des Melons nouvellement débarqué, c'est tout craintif que je demande des nouvelles de notre petit Melon anglais ( Tumer scarlet gem melonj, à ceux de nos abonnés qui en ont eu des graines. Pour moi, je le trouve toujours exquis. Le premier a été mangé au commencement de mai; il était parfait. Mais comme les Melons sont, en général, des êtres très-capricieux, qui ne se plaisent pas partout, que celui qui est bon dans une localilé est souvent détestable dans une autre, et "oice ver sa j il serait très-intéressant de connaître les conti'ées
qui plaisent au Tumer scarlet gem melon. Nous pourrons en offrir encore des graines» cet automne, aux personnes qui désireraient en faire Fessai.
Un de nos abonnés, qui a passé sur le quai des Tuileries, il y a quelques mois, nous demande : « Pourquoi "a-t-on coupé la tète de tous les Chênes exotiques qui y sont plantés depuis quelques années et qui y vivent chétivement, pour les greffer avec des mêmes espèces ?» — Nous nous sommes rendu sur le quai indiqué, pour examiner cette singulière opération, et, après examen attentif , nous nous sommes assuré : l^'que ces pauvres Chênes végètent très-pauvrement, comme au reste tous les arbres plantés trop forts et sans soins ; S"" que les têtes ont été, en effet, coupées, mais qu'il n'y a pas eu de greffe appliquée. Nous croyons que cet étêtement a été commandé par le mauvais état des sommités des arbres ; qu'on les a rabattus pour essayer si^ avec une petite branche latérale redressée, on ne parviendrait pas à en obtenir une belle cime; car, ce que notre correspondant a pris pour ime greffe, et ce que nous avions pris aussi pour telle d'abord, n'est qu'une petite brindille redressée et attachée avec de l'osier. Si l'opérateur a cru qu'il pourrait former une belle cime avec cette pauvre et chétive brindille, nous croyons, nous, qu'il n'obtiendra pas de meilleurs résultats que ceux obtenus, jusqu'à ce jour, avec la transplantation des gros arbres. Dans l'un comme dans l'autre cas, on fait fausse route : les arbres de la Bourse, du Chàtelet, du jardin de la Préfecture de police, etc., en sont la preuve*., morte, puisque la plupart de ces arbres ne sont plus que des cadavres.
La Touraine est, dit-on, le jardin de la France ; dans quelque temps on pourra dire que Paris est l'école botanique populaire de l'Empire français; car tous ses squares sont actuellemeut ornés des végétaux rares et curieux des pays tropicaux. Le Caféier, le Dattier, le Latanier, le Ricin arborescent, le Ficus elas-
tica, etc.^ se prélassent daus celui de la tour Saint-Jacques ; desDracenaDraco« le Cycas revoluta, etc., s'élèvent majestueusement du milieu des frais gazons du square des Innocents. Malheureusement le public regarde sans savoir ce qu'il voit ; ces arbres n'étant pas étiquetés. C'est une lacune que nous signalons à qui de droit.
Nous avons vu, à la tour SainiJacques, un emploi trës«heureux de la Verveine Mcumetti; on en a formé tout une grande pelouse^ qui fait le plus charmant effet ; il est fâcheux seulement qu'il se trouve quelques pieds de la variété à fleurs blan* ches qui rompent l'uniformité de la couleur violacée. Nous engageons nos lecteurs à suivre cet exemple. Cette petite espèce est vraiment charmante ainsi; à défaut d'espace, on en pourrait faire des bordures.
Plusieurs exposititions sont annoncées pour les mois d'août et septembre. Déjà celle de Besançon est en pleine activité : elle est, diion, superbe. Les autres sont :
Au Mans, du 15 au 17 août ;
A Autun, du l'' au 4 septembre ;
A Saint-Diâer, 7 septembre.
A Bergerac, du 7 au 9 septembre ;
A Fougères, le 7 septembre ;
A Valognes, du 8 au 1 1 septembre ;
A Meaux^ du 1 4 au 1 7 septembre ;
A Beaune, du 15 au 17 septembre.
A Dijon, du 27 au 30 septembre ;
A Lyon, du 28 septembre au 4 octobre ;
A Orléans, cette exposition coïncidera avec la tenue du Congrès pomologique de Lyon, de manière à pouvoir y envoyer une collection ; c'est donc du 28 septembraau 4 octobre.
F. Herinqq.