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LES SERRES-ABRIS

Dans les parties tempérées de l'Europe, en France, en Angleterre, dans une grande partie de l'Allemagne, il importe beau* coup de pouvoir donner à un nombre considérable de plantes demi-rustiques un abri léger qui, moins complet et aussi beaucoup moins dispendieux que les serres et orangeries proprement dites, suffise cependant pour les garantir quelque peu des froids

rigoureux de Thiver, surtout pour les préserver des gelées blaaches dues à peu près exclusivement au rayonnement, à la fin de Fhiver et au commencement du printemps , et qui en même temps leur fournisse un ombrage indispensable pour les fortes chalem*s de Tété. Pour la construction de pareils abris, soit temporaires et en quelque sorte mobiles» soit permanents et fixes, on a essayé, particulièrement en Angleterre, difiérentes sortes de tissus. On a reconnu aussi, par des expériences nombreuses, que la laine a des inconvénients en ce que , par sa mauvaise conductibilité^ elle tient les plantes trop chaudement, les déter- Tûine dès lors à entrer de bonne heure en végétation, et les expose ensuite , par cela même , à des accidents fâcheux. Les tissus de fil ont été reconnus défectueux par une raison contraire ; et , en dernière analyse , on s'accorde aujourd'hui à donner une prééminence marquée aux tissus de coton sur tous les autres. — Mais quel est , parmi ces tissus 9 le plus avantageux? Un industriel anglais, de Manchester, M. Shaw, enfabrique un auquel il donne le nom de Tiffany, qui revient assez bien à une mousseline écrue. Dans le numéro du Gardener's Chro^ niclej en date du 21 avril dernier, M. John Standish, de Bagshot, a consacré un assez long article accompagné de figures à la description des serres-abris et des abris volants de diverses sortes qu'il a construits, dans son établissement^ avec ce Tiffany et à l'exposé des avantages qu'il leur a reconnus.

c Ayant éprouvé le besoin , dit-il , d'avoir un lieu où je pusse ombrager mes plantes et les endurcir avant de les abandonner au plein air, en les retirant de la serre à multiplication ou avant de les expédier, j'ai pensé que le Tifiany, en raison de la nature de son tissu, serait fort propre à la construction de ce que je nomme une serre de Tiffany. > Il décrit alors la charpente et la disposition de cette serre. La charpente est formée de pieds droits en mélèze écorcé , dont la hauteur audessus du sol est de 7 pieds anglais (2*135), et qui sont écarté

les uns des autres de 7 à 8 pieds (2"135 ou 2*440) • Le bout supérieur de ces pieds droits est entaillé pour recevoir des impostes qui les relient entre eux, lesquelles consistent en perches fendues par le milieu à la scie , et qui sont posées le côté con vexe en bas. Cette construction est complétée par des traverses en sapin, simples tringles épaisses d'environ 1 8 millimètres et hautes de près de 4 centimètres, espacées de i 9 pouces (0"'480), de telle sorte que le Tiffany, ayant deux fois cette largeur, doit être fixé de deux en deux traverses , maintraoi par de petits clous et une bande de lisière. Cette serre est à deux versants^ qui reposent sur des côtés droits peu élevés, couverts de Tiffany dans leur moitié inférieure, et d'un tissu plus fort dans leur moitié supérieure. Elle n'a pas moins de 60 pieds anglais (18»500) de largeur et 90 pieds (27*450) de longueur. Le sol qu'elle couvre est divisé en plates -bandes dans lesquelles M. Standish a placé un grand nombre de plantes différentes , pendant le]demier été. c Sans une seule exception, dit-il, toutes ces plantes y ont végété beaucoup mieux qu'elles ne l'avaient jamais fait sous le verre. x> Pour reconnaître si le tissu dont elle est couverte laisse passer assez de lumière, il y a mis quelques Rosiers qui put poussé et fleuri admirablement ; jamais il ne les avait vus plus beaux. Même les Rosiers-Thés y ont passé l'hiver dernier sans souffrir le moins du monde, tandis que tous ceux qui étaient restés en plein air ont péri. < Je considère le Tiffany, dit M. Standish, comme la matière la moins chère et la plus avantageuse pour beaucoup d'usages horticoles dont on ait parlé depuis nombre d'années; c'e&t un véritable trésor pour les jardiniers. Mon expérience m'a prouvé qu'on peut^ avec très-grand avantage, s'en servir pour couvrir des jardins d'hiver, des serres pour les arbres fruitiers , des abris volants pour ces mêmes arbres et pour des légumes qu'on peut y cultiver, pendant toute l'année, à l'abri des fortes gelées en hiver, du soleil trop ardent en été , et qui y deviennent meilleiffs qu'en plein

air. Je crois que je parviendrai à faire mûrir, sons cet abri , presque toutes les sortes de fruits ; aussi y à titre d'expérience , ai-je construit une serre-verger où je me propose de cultiver des Pêchers, des Brugnoniers, des Pruniers, des Vignes, etc. » — Toutefois une objection importante se présentait naturellement : une simple mousseline est un tissu bien léger et bien peu durable. M* Standish y répond endisant que dernièrement M. Shaw s'est mis h fabriquer du TifTany plus lort que précédemment , et qu'il est même parvenu à Timprégner de substances conservatrices, de manière à le rendre plus durable. Avec cette amélioration, et pourvu qu'il soit bien cloué, il ne fait aucun doute qu'il ne dure deux ans. Or, il n'en coûtera pas plus pour le renouveler, après ce temps ^ que pour donner une nouvelle couche de couleur à Thuile à une serre ordinaire qui aurait les mêmes dimensions.

A côté de réloge sans réserve'que M. Standish fait du Tiffany, voici maintenant la critique de ce même tissu. Dans le Gardener's weekly Magazine (cahier de mars 1860, p. 160), un auteur qui signe son article d'un simple pseudonyme, selon le ridicule usage adopté par la plupart des horticulteurs anglais, qui s'exposent ainsi à enlever à leurs écrits toute Fautorité que pourrait leur donner un nom connu, parle très-élogieusement d'un réseau de coton qui est fabriqué à Manchester dans l'usine de M. Andr. Hall, et qu'il regarde comme beaucoup plus avantageux que le Tiffany. « J'ai , dii-il, une mauvaise opinion du Ti&ny , et je n'ai rien trouvé d'aussi utile que le réseau fabriqué chez M. Àndr. Hall. » Or ce réseau est fait avec des fils de coton iouples et élastiques ; ses mailles varient de grandeur, du quart à la moitié d'un pouce anglais; elles permettent ainsi, sans difficulté, la circulation de l'air, et en même temps elles empêchent le refroidissement par rayonnement^ et^ par conséquent , les gelées blanches. Il est très-facile à manier et plus durable que les autres tissus destinés aux mêmes usages, tels en particulier

que le Tiffany. *— > Il resterait maintenant à faire un essai comparatif de ces deux tissus afin d'établir leur valeur relative, soit comme abri, soit au point de vue du prix d'achat, et surtout de la durée. Or cet essai comparatif ne parait pas avoir été fait par l'auteur anonyme de Tarticle dont nous venons d'indiquer Tobjet. — Nous ajouterons^ en finissant, que les journaux d'horticulture anglais sont remplis d'annonces de tissus en réseaux plus ou moins analogues, imprégnés ou non de substances conservatrices, destinés à être employés^ soit seuls, soit encehors ou en dedans des Titres des serres.

(Bnlletio, Soc. dliort. de Paris.)

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