I. — Enseignement agricole et horticole
Dès l'année i838, année de la fondation de la Société Chilienne d'agriculture, germa le projet de créer une Ferme modèle, dite Quinta Normal de agricultura.
Ce projet ne fut réalisé qu'en 1842, époque où l'Etat acheta une ferme de 20 hectares, située aux portes de Santiago, et l'affecta à une École théorique et pratique de l'exploitation du sol, confiée aux soins de la Société d'agriculture.
Après les vicissitudes causées par les tourmentes politiques, son installation prit assise en 1876, lors de l'Exposition de Santiago.
L'inauguration eut lieu l'année suivante, en même temps que la France faisait revivre son Institut national agronomique,
En ce moment, la direction de l'Établissement chilien est confiée à un brillant élève de notre Ecole nationale de Grand- Jouan, M. René Le Feuvre; son collègue Bernard est un des professeurs.
En leur attribuant une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1889, le Jury de l'Enseignement agricole honorait nos compatriotes de suffrages mérités.
La durée des Etudes est fixée à trois années.
A l'enseignement pratique, la production des fruits et des légumes marche de pair avec la zootechnie et la botanique.
Sur une surface totale de 126 kilomètres, le parc composé d'arbustes et de fleurs a pris dix hectares.
Un magasin, destiné à la vente des graines de plantes d'utilité ou d'ornement, recueillies sur place, attire de nombreux clients.
Un potager et un jardin fruitier alimentent le personnel de l'Ecole et les marchés voisins.
Les pépinières d'arbres forestiers, d'alignement ou de parc occupent six hectares.
Le verger est commencé avec les fruits de consommation, d'économie ménagère, de pressoir; il abrite les légumes de grande culture, Asperges, Artichauts, Choux, entretenus à la charrue, et les mères porte-graines.
Un vignoble de 20 hectares se complète par des installations vinaires.
Les avenues d'Eucalyptus et d'Araucarias empruntent 3oo mètres de longueur aux dix kilomètres de chemins carrossables.
Le superbe Araucaria du Chili, Colymbea imbricata, y développe à merveille ses verticilles pittoresques, et le Cocotier du Chili, Jubœa spectabilis se couronne de palmes magnifiques sur un stipe hardi, aux proportions superbes.
Des bouquets de bois de feu ou destinés à la construction ont été dispersés dans la campagne un peu nue de Santiago, avec les Eucalyptus, les Casuarinas, les Acacias, de provenance australienne, les Peupliers, les Robiniers, les Chênes, d'origine Nord-américaine.
Un jardin d'hiver splcndide, des serres à multiplication, un parterre fleuriste reposent la vue et propagent une foule de plantes livrées aux amateurs qui veulent embellir leurs habitations.
Le jardin botanique intéresse les agriculteurs et les jardiniers.
Les champs de plantes médicinales ou industrielles, si précieuses dans l'économie rurale de l'Amérique du Sud, servent en même temps de base aux expériences d'engrais.
Le chef-jardinier, qui seconde les professeurs dans leur œuvre, cultive des plantes potagères ou fruitières, indigènes ou d'une acclimatation facile.
Parmi les légumes, citons l'Igname, la Tomate, l'Aubergine, 1« Piment, les Concombres, les Melons d'eau et Pastèques, la Pomme de terre, la Patate, les Haricots, Pois, Fèves, Lentilles, les Ognons, l'Ail, sans oublier les espèces vulgaires d'Europe, Laitue, Chou rouge, Rutabaga, Chou à jets, Chou-fleur, Poireau, Carotte, Navet, Panais, Radis, Céleri, Oseille, Épinard.
Au jardin fruitier, l'Anone, le Citronnier, l'Olivier, le Bibacier, l'Oranger, le Plaqueminier, le Grenadier côtoient nos arbres favoris, Poiriers, Pommiers, Pruniers, Cerisiers, Pêchers, Abricotiers, Amandiers et même le Noyer, le Châtaignier, le Noisetier.
Le Raisin de table occupe un premier rang au chapitre des études et de la production.
Le trop plein de la consommation est expédié dans la région minière du Nord privée d'eau, cet élément indispensable de la végétation, ou sur toute la côte du Pacifique, jusqu'à Panama.
Le Gouvernement chilien n'a pas voulu consacrer « Quinta Normal » exclusivement à l'enseignement ; il en a fait un centre de propagande. Par ses ordres, l'Institut a envoyé aux diverses municipalités, pour le boisement de leurs promenades, jusqu'à 5o,ooo plants d'arbres et d'arbustes dans le cours d'une année.
La subvention de l'État pour cet acte est de 10,000 piastres ou 20,000 francs ; ses autres recettes s'élèvent au double, ce qui contribue à équilibrer son budget.
Les ventes sur place et les envois intra ou extra-frontières, aussi bien que les expériences de laboratoire, viennent alimenter sa caisse, outre l'allocation ministérielle de 400,000 francs.
Des Ecoles d'agriculture sont à Santiago, à Talca, à Chillan, à San-Fernando, à Conception, à Elguier, à Salamanca.
Le jardinage est enseigné dans le but de propager la culture des végétaux, la connaissance des arbres et des plantes utiles.
Sous l'impulsion de professeurs et de jardiniers français, il a été créé des pépinières nationales parfaitement agencées au point de vue des semis, des repiquages, du bouturage et de la greffe.
Les élèves et les auditeurs de ces écoles rentrent ensuite dans leur famille ou exploitent, à leur tour, une propriété rurale, et deviennent ainsi des pionniers de l'agriculture raisonnée et de l'horticulture de rapport.