III. — Production fruitière
Au début de la conquête de l'Algérie, on a voulu introduire la culture des espèces fruitières de l'Europe ; mais les déceptions n'ont pas tardé, surtout avec les arbres fruitiers à pépins. Il y a pourtant des situations privilégiées dans les ravins Kabyles, parmi les massifs boisés des Djidjelli, de Gonstantine, de l'Edough, des Beni-Salah, province de Gonstantine ; à Milianah, à Médéah, sous les contreforts du Petit- Atlas, province d'Alger ; enfin, aux environs de Tlemcen et sur la ligne des faits non steppiens de la province d'Oran.
L'Abricotier et le Pêcher fournissent des fruits au marché. En sol frais, celui-ci est greffé sur Prunier, celui-là sur Abricotier franc. La Pêche dure tend à céder la place aux Pêches molles, c'est-à-dire que la Pêche à chair libre, non adhérente au noyau, est préférée à la Pêche dite Pavie, qui n'offre pas cet avantage.
L'Amandier a de grandes plantations dans la province d'Oran ; on y achète le fruit lorsqu'il est encore vert. L'Amande amère trouve sa place à la pharmacie et à la distillation.
Le Prunier, assez commun, se localise à Laghouat, au Souk-Ahras, où le fruit est séché par les indigènes. Ailleurs, en jardin arabe ou européen, on le greffe sur le Prunier-Cerise ou Myrobolan.
Le Cerisier vient en futaie ou à revers côte, dans une situation élevée, préférablcment irriguée. La Cerise ordinaire, la Merise, le Bigarreau forment le fond des plantations.
La Figue blanche, violette ou noire, est consommée fraîche ou sèche, I/arbre vit longtemps sur les grès de Souaraks,
La Figue de Barbarie abonde sur les rochers, les talus, les friches. Des essais de distillation ont obtenu 25 litres d'alcool industriel rectifié à 5o° par ioo kilog. de fruits. A Beni-Mancoua, des champs de l'Opontia inerme nourrissent le gros bétail, faute de mieux.
La Figue caque ou Plaquemine est dans son élément et pourra, comme au Japon, devenir un fruit de consommation, alors que son arbre aura son entrée à l'ébénisterie. Les premières plantations Font démontré. Il appartient aux pépiniéristes de vulgariser le Diospyros par la greffe sur le type italien.
Les Coings, les Nèfles prospèrent autour de Gherchell, à des altitudes différentes, et les Alises, dans les Babors.
Les Framboises, les Groseilles et Cassis de Médéah sont en renom sur la place publique. D'autres contrées en produisent également.
La Jujube, la Pistache, la Goyave, la Bibace restent assurées de la vente, comme l'Arbouse et l'Azerole ; trop de plants sauvageons réclament encore leur amélioration par la greffe.
Les Châtaignes, les Noix, les Noisettes se récoltent en montagne.
Les vallées élevées du massif de FAurès plaisent au Noyer.
Le Caroubier prospère à Bougie, le Grenadier à El-Kantara et Milianah, et le Câprier sauvage rapporte au Kerata, gorges du Chabet.
Les Poires et les Pommes sont quelquefois parfaites dans le haut de la vallée de FOued-Sahel, à Saint-Denis-du-Sig, aux environs de Perrégaux et dans toutes les positions tempérées, à l'abri du siroco ou privées de l'ardeur accablante des rayons solaires.
Nous donnerons plus de détails aux fruits réellement d'avenir pour la première de nos possessions d'Outre-Mer : les Oranges, les Bananes, les Olives, les Dattes, les Raisins, en attendant que FEugénia, le Goyavier, le Philodendron, l'Avocatier, le Lit-Chi, le Corossolier, le Jacquier, le Manguier soient entrés dans la culture commerciale, ce qui ne saurait tarder sous l'impulsion d'une administration vigilante et propice aux tentatives des hommes de progrès.
Les Oranges. — Aux premiers temps de notre occupation, les Orangers et congénères avaient une place marquée dans les jardins arrosés des indigènes, et quelques propriétaires possédaient, au centre même de la plaine de la Mitidjah, de vastes orangeraies, notamment au pied du Petit- Atlas, aux environs de Blidah à l'Arbah.
Le massif montagneux de la Kabylie se faisait également remarquer par quelques orangeraies réputées pour l'excellence de leurs produits et leur vigueur de végétation ; à part le Citronnier et de rares Cédratiers, l'Oranger dominant était le Franc ou sujet obtenu par le semis des graines,
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L'arboriculture française a bien développé cette branche importante de la production fruitière et introduit en Algérie une certaine quantité de variétés ou d'espèces, dont la plus belle conquête, jusqu'à ce jour, est certainement le Mandarinier.
Un colon, M.François, exploitant i5 hectares du clos« Tapis Vert» à Blidah, expédie quatre millions de Mandarines en France.
L'arbre se propage par la greffe sur le semis du Bigaradier.
Les terres profondes, très fertiles, à sous-sol perméable, où l'irrigation est assurée et abondante, ont permis de créer, depuis dix ans, de vastes orangeries ou orangeraies, abritées de la violence des courants atmosphériques par des brise-vents de Cyprès.
Les plaines aérées conviennent mieux à ces Aurantiacées que le littoral bas et étouffé ; elles y vivent cependant, mais n'ont pas le rendement économique de la première station ; aussi les orangeries et mandarineries se sont rapidement étendues dans la plaine de la Mitidjah, aux environs de Blidah.
Blidah est justement renommée pour ses plantations situées au pied de l'Atlas, à l'entrée d'une gorge dont le torrent, l'Oued-el-Kébir, déverse ses eaux, sagement aménagées par les intéressés syndiqués à cet effet, dans des vergers d'Orangers, d'une étendue évaluée à 4oo hectares et produisant une moyenne annuelle de 5o millions de fruits.
Autour de Blidah, il y a dans la montagne, chez les Beni-Salah, de petites, mais de superbes et fécondes orangeries. Dans la plaine, quelques plantations de valeur sont à la Ghilfa, à Dalmatie, à Soumali, etc., et au pied du Petit-Atlas, à Rovigo, à l'Arbah, etc.
Des vergers analogues ont été créés de toutes pièces à Boufarik. En peu d'années, de luxuriantes plantations, régulières et bien alignées, se sont développées; actuellement, elles s'étendent sur plus de 200 hectares en plein rapport.
Quoique de moindre importance que celles de la Mitidjah, des orangeries sont en création aux alentours de Bône et de Bougie; d'autres, prospèrent aux environs de Philippe ville, où elles ont été complantées à l'aide de variétés Maltaises, pour la plupart.'
La province d'Oran possède à Misserghin un véritable peuplement d'Orangers en parfaite exploitation ; puis, des créations récentes, semblant surgir spontanément sous l'effet de l'irrigation, se font remarquer à Perrégaux et dans le domaine de l'Habra.
En général, les Aurantiacées ont leur place acquise aux environs des grandes villes installées au milieu des plaines aérées, malgré la présence du climat marin. L'irrigation pendant l'été est une condition indispensable de succès.
Les Aurantiaeées de la montagne donnent les véritables Oranges de choix, toujours appréciées par leur tardiveté : elles mûrissent au soleil du printemps, quand celles des plaines ont disparu depuis longtemps ; toutefois, l'arbre ne saurait atteindre les cimes froides, ni les steppes des Hauts -Plateaux, ni les altitudes au-delà de 5oo mètres. L'ombrage des Dattiers, dans les oasis du Sahara algérien du Sud-Est, leur serait plus salutaire.
L'orangerie kabyle, la plus remarquable par la densité de son groupement comme par sa culture soignée, est acquise au massif montagneux de Bougie, au-dessus du village de la Réunion ; elle est connue sous le nom d'Orangerie de Toudjah.
Toudjah, véritable jardin des « Pommes d'or, » semble accrochée aux flancs d'une montagne qui reçoit les chaudes effluves du sud-est ; elle est protégée des courants froids par une niasse rocheuse qui la domine et l'arrose de mille cascades, se perdant en ruisseaux fécondants sous l'ombre touffue des Hespéridées.
Les produits de Toudjah sont connus et estimés; ils font prime, aussi bien que les oranges de la vallée de l'Oued - Sahel, près d'Akbou.
Actuellement, Blidah est encore le marché principal des Oranges et centralise, dans une certaine mesure, les produits de ses environs. Ses Oranges sont recherchées comme primeurs ; elles sont ensuite délaissées quand vient l'époque de maturation des similaires d'Espagne et d'Italie ; celles-ci sont belles, bien mûres et peuvent arriver sur nos grands marchés dans des conditions économiques de transport, qui font encore défaut aux produits algériens.
Les frais de culture et d'entretien d'une orangerie s'élèvent à 3oo fr. environ, et la production d'un arbre en plein rapport est de ^oo à 800 fruits.
Les Mandarines se sont vendues jusqu'à a5 fr. le mille ; leur emballage se pratique en caisses ou en petits paniers, chaque fruit étant enveloppé d'un papier de soie. De nombreux colis postaux s'expédient aux époques de Noël et des étrennes.
Les Oranges ont été emballées dans de grandes caisses en bois, classées par dimension ou grosseur, suivant un calibre convenu qui en détermine le prix. Le fruit de choix fait l'objet d'un paquetage plus minutieux.
L'expédition des fruits utilise une grande main-d'œuvre, où les indigènes eux-mêmes trouvent de l'emploi. La cueillette, le triage, le papillotage des trois premiers choix, la confection des caisses à claires-voies et à compartiments, etc., créent un véritable mouvement industriel.
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L'Orangerie est donc appelée à se développer largement, et certains planteurs partagent tellement cette opinion, que l'on peut rencontrer à Boufarik, par exemple, des propriétaires possédant jusqu'à 20 et 4° hectares d'un seul tenant et de création récente. Le rendement brut est évalué à environ 1,200 fr. par an dans la Mitidjah. L'estimation d'une orangerie en plein rapport est de 6,000 fr. Les orangeries nouvelles, créées dans le périmètre irrigué de l'Habra, laissent entrevoir les mêmes résultats.
L'Algérie exporte 3, 000,000 de kilog. d'Oranges et de Citrons.
Les Bananes. — Le Bananier se voit dans les jardins des grands centres du littoral, d'Alger notamment. Pour prospérer et donner de réels résultats, il lui faut une exposition chaude, absolument abritée des grands vents, tout en restant sous l'influence immédiate du climat marin. Un sol frais, profond, substantiel et non compact, où l'irrigation estivale est assurée, sont des conditions indispensables à la bonne venue de la plante.
Le Bananier se cultive en ligne et par touffe. Chaque sujet porte plusieurs stipes fructifères ; mais le stipe ou tige disparaît après la fructification, pour faire place aux rejets de la souche. Une bananerie bien entretenue et abondamment fumée peut durer six ans.
Aux environs d'Alger, on en rencontre quelques plants dans les jardins. Un certain nombre d'horticulteurs, des Mahonais, entre autres, possèdent, au Hamma et à Hussein-Dey, des bananeries qui ont souvent près d'un hectare d'étendue.
La zone de bonne culture est restreinte. Les dépenses de création et d'entretien exigées par une bananerie sont assez élevées pour limiter l'extension de ces plantations ; celles-ci néanmoins tendront toujours à s'accroître, afin de satisfaire à la consommation des villes algériennes et aux besoins de l'exportation.
En effet, les régimes de Bananes s'expédient facilement, emballés dans un panier long contenant à l'intérieur de la paille sèche pour éviter le choc et le frottement des fruits. Par mains détachées du régime, bien disposées en boîtes de colis postaux, les Bananes supportent aisément d'assez longs trajets pour arriver à destination, parfumées et en parfaite maturité.
Il va sans dire qu'on parle ici des fruits venus à point sur la plante môme et en plein soleil, et non de ces produits à peine formés, qu'on fait jaunir et mûrir à la chaleur d'un four.
Le régime du Bananier, issu d'une bonne culture, peut encore présenter de 100 à 100 fruits, et il n'est pas extraordinaire de trouver un premier choix dépassant ces chiffres.
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Les prix actuels sont basés sur l'estimation de o fr. o5 par fruit, au minimum.
Les variétés cultivées sont les Musa Sapientum, à petit fruit, paradisiaca, à gros fruit, sinensis, de Chine.
Les Olives. — L'Olivier est l'arbre méditerranéen et essentiellement algérien. On peut citer les groupes d'Oliviers de la Grèce, de l'Archipel, de l'Espagne, de la Tunisie même; mais, pour avoir une idée exacte d'un peuplement de ces arbres oléifères dans toute sa beauté et sa vigueur de production, il faut voir les véritables massifs de l'intérieur de la Kabylie, de TOued-Saliel ou du Djurjura. Les arbres, plantés régulièrement, y deviennent séculaires, et leurs dimensions gigantesques sont la conséquence de soins constants et d'une irrigation assurée.
Les variétés différentes, et toutes de races préférées, sont les résultats d'une culture avancée, après avoir été fixées par la greffe ou par la multiplication de bouture, pratiques culturales fort anciennes et perpétuées par la tradition.
Dans le cours de la vallée de l'Oued-Sahel, se trouvent quelques plantations véritablement remarquables. Citons les bois d'Ichou, de Boudjelil, de Tixeriden, de Mzaïa et Ferrayas, de Beni-Aïdel, etc. Les principales variétés d'Oliviers caractérisées par leurs fruits portent des noms locaux : Azernic, Chmellal, Zeradj,...
En dehors de la Kabylie, qui est le centre le plus important de végétation de l'Olivier et de la production de l'huile, l'arbre précieux se rencontre encore à l'état vigoureux, au cœur des ravins frais et fertiles avoisinant la plaine de la Seybouse à l'Est, et sur le mamelon arrosé de ïlemcen à l'Ouest.
L'aire d'extension de l'Olivier est considérable en Algérie, et des plantations nouvelles y sont déjà prospères. Depuis la colonisation assez récente de la Kabylie, de jeunes arbres ont été plantés. Le périmètre irriguablc du barrage de Perrégaux, le village de ce nom, le domaine de l'Habra, puis Sahourïa, l'Habra, etc., renferment de jeunes Olivets très vivaces ; enfin, le cultivateur du Sahel d'Alger commence lui-même à soigner par la greffe et la culture des sujets abandonnés au hasard de la broussaillc.
L'huile d'Algérie est de qualité fine et supérieure : la couleur et le goût de fruit peuvent être ou accentués ou modérés par l'art de la fabrication, qui, entre les mains des Français, fait de rapides progrès. Deux centres ont une réputation : Tlemcen, dont le marché est restreint par rapport à celui de la Kabylie, ensuite Bougie, qui est le véritable marché Kabyle et le port d'exportation.
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Le tableau des douanes accuse une sortie de 5 millions de kilog. d'huile d'Olives et de 3oo,ooo kilog. d'Olives vertes.
La création dolivets" doit donc tenter l'arboriculteur qui, en dehors de la fabrication de l'huile, peut obtenir par des cultures spéciales les meilleures olives de conserves. Les variétés fort nombreuses se fixent toujours par le greffage et se trouvent aisément en Algérie : Olives Pandoulier, Grosse de Séville, de Salon, de Constantine, etc.
La rusticité de cet oléifère est incomparable. Depuis les rives tièdes jusqu'aux altitudes neigeuses, aux environs de 800 mètres, l'Olivier* se maintient vigoureux et productif; même abandonné dans la broussaille, où il est connu sous le type sauvage d'Oléastre, il supporte longtemps tous les mauvais effets de l'inculture pour redevenir rapidement, sous la main habile de l'arboriculteur, un sujet amélioré à production normale.
On sait que l'Olivier est l'arbre perpétuel par la raison que. si l'arbre jeune ou séculaire disparait, ses racines émettent des rejets qui seront greffés par le cultivateur.
Les Raisins. — L'extension considérable prise par la Vigne pour la production des vins rouges, des vins blancs ou mousseux et des eaux-de-vie ne pouvait manquer d'attirer l'attention des vignerons intelligents ; ils ont compris l'importance de la vente du raisin, et, à l'exemple de leurs collègues de France, ils ont mis la Vigne en treilles sous une situation chaude, pour l'exploiter en primeurs, et tenu les gros raisins à longue arborescence pour la production des fruits tardifs.
Le Chasselas doré et les similaires se trouvent aux environs d'Alger, sur la côte Ouest jusque vers Sidi-Ferruch, notamment à Guyotville, abrités des vents de mer par des séries de brise-vents artificiels. Du 26 juin au i5 août, la récolte est complète et embarquée en caissettes ou en petits paniers.
Le champ de vigne est soigné « comme une vache à lait... »
A son tour, le vignoble détache de ses souches, en faveur du marché, des mannes d'Aramon, de Ginsaut, de Clairette, de Mourvèdre, d'Ugni blanc..., et les hautins taillés à long bois deviennent fournisseurs des Raisins Gros Guillaume, Khanat, Malaga, Persan, Kilianer ou Lignan, Sultanieh de la Carabournou, Rosa Reveliotti, Rumonya de Transylvanie, Milhau blanc, Monique, Roussea blanc, et quelques cépages locaux : Chaouch, de Dellys, Kisch Misch...
Les Muscats d'Alexandrie devraient être séchés au soleil et livrés aux négociants. Un jour, les Kabyles étudieront sans doute la
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