VÉGÉTAUX D'ORNEMENT
Ainsi que nous le verrons tout à l'heure, l'Amérique septentrionale est riche par ses ressources naturelles en arbres, arbustes et plantes pour le décor de ses jardins.
Mais avec une population cosmopolite, d'origines tellement variées, le goût des jardins garnis de plantes et de fleurs de toute espèce s'est développé. Les fortunes rapidement gagnées ont suscité un étalage de luxe d'où l'horticulture n'était pas exclue,
La prospérité du jardinage d'ornement et la fortune des hommes intelligents qui s'y livrent en ont été la conséquence.
Les États-Unis possèdent vingt mille établissements de pépinières et de fleurs, exploités par un capital de huit cent millions de francs, et occupant un personnel dépassant 200,000 personnes, non compris les maisons de fleurs en boutique.
C'est ici surtout que l'on débite les centaines de mille Rosiers forcés dans la banlieue et les milliers de Lis, de Jacinthes, d'Amaryllis, de Narcisses, de Tubéreuses, de Glaïeuls, de Muguets, de Violettes, de Lilas fleuris sous bâche et accaparés avec avidité par la population indigène ou étrangère.
Les États du sud ont imité la Provence maritime en fournissant l'hiver des fleurs élégantes et parfumées.
Gitadin ou campagnard, vertueux ou volage, l'amour des plantes fleurit les fenêtres de l'américain du nord, garnit son balcon, s'élève jusqu'aux toits et mansardes, stationnant au vestibule, presque à l'ascenseur. Il s'égare à la fenêtre populaire ou au balcon de la famille, ornant la boutonnière du financier, et se piquant sur le corsage de la déesse de la Liberté ou en pleine chevelure de l'Indienne libre.
Ne s'est-il pas installé sur le transatlantique où les passagers goûtent le farniente... de la traversée, l'imprévu des rencontres ou les voluptés d'une lune de miel précipitée ?. . .
Un romancier n'a-t-il pas laissé entendre que les maîtres d'hôtel affichaient la galanterie — ou la cruauté — de présenter leur note au milieu d'un bouquet de fleurs qui, hélas ! n'est pas toujours sans épines?
Les administrations sont entrées dans le mouvement ; elles ne pouvaient laisser construire des maisons à douze ou quinze étages, ni tailler à plein drap des quartiers neufs et rectilignes, sans offrir à l'habitant les conditions de l'hygiène et les agréments du séjour.
De là, ces oasis de verdure sur le parcours des tramways, une véritable ceinture pittoresque et paysagère qui encadre la cité toujours trop étroite, toujours insuffisante à l'expansion de la population.
Après Central Park occupant une superficie de 3oo hectares, à New- York, les villes importantes ont créé des parcs publics, des promenades, des squares, qui ont encore encouragé les particuliers à orner leurs demeures ou leurs villas avec toutes les ressources du jardinage.
Les municipalités poussèrent le scrupule du culte floral jusqu'à autoriser l'horticulture à s'installer, toutes voiles déployées, dans le champ du repos. Aussi rencontre-t-on, à la porte des cimetières,
des cultures de fleurs et d'arbustes réservés aux familles et aux visiteurs du Jardin funèbre. On cite des jardiniers entrepreneurs qui entretiennent les concessions au moyen d'abonnements annuels s'élevant de 5 à 10,000 dollars... jusqu'à 5o, 000 francs !
Des traités semblables sont contractés avec des particuliers, qui désirent vivre au milieu des fleurs dans leur salon de réception ou en plein magasin de commerce.
Pendant la guerre franco-allemande, les Américains ont profité de l'ouverture des ports japonais et pénétré dans l'empire du Mikado pour y recueillir des végétaux rares. L'Hortensia à fleur blanche et le Chrysanthème à ligules duveteuses sont les souvenirs les plus intéressants de cette paisible incursion.
Nous voudrions citer en détail les arbres et les plantes que nous devons à l'Amérique du Nord, grâce aux recherches de Michaux, de Robin, de Bosc, de Noisette, de Boursier de la Rivière, de Hahn et autres explorateurs européens. Il faut nous borner à signaler les principales espèces ; ce sera notre manière de célébrer le quatrième centenaire de la découverte du Nouveau Monde.
Signalons dans leur ordre alphabétique :
A. — Les arbres et les arbustes ;
B. — Les conifères ;