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IV. — Arbres et arbustes industriels

L'Administration de l'Algérie encourage, par l'allocation de primes, les reboisements et même les plantations effectuées autour des nouveaux centres de colonisation. Elle a reconnu l'influence des plantations d'arbres à haute tige sur le climat et sur le régime des eaux. Le Hamma a voulu la seconder dans ses essais d'acclimatation.

Le sol forestier de l'Algérie occupe 3,25o,ooo hectares, dont 2,100,000 pour la région Sud et i,i5o,ooo pour les Hauts-Plateaux et les versants Sahariens.

Examinons les essences forestières qui ont obtenu les préférences des planteurs.

Chêne-Liège. — Le premier arbre industriel de l'Algérie est le Chêne-liège, Quercus Suber. 11 s'étend sur /p3, 820 hectares ainsi répartis :

Conservation d'Alger 4207I hectares

— d'Oran 8.347 —

— de Constantine .... 4°3 • 4°2 —

Le décompte fournit 267,000 hectares à l'Etat, 17,000 aux communes, 170,000 aux particuliers.

Le peuplement des plus riches plantations a été évalué de 3oo à 4oo arbres par hectare.

Exploitées à dix ans, ces forêts peuvent, à la première récolte, fournir par hectare et par an 78 kilog. de Liège préparé, et iookilog. à la seconde. Les travaux de démasclage, exécutés sous la direction du service forestier, reviennent à i5fr. au plus par hectare.

En totalisant le Liège en planches et le Liège ouvré, on arrive à un chiffre de 20 millions de francs pour la période initiale, et 25 millions 5oo,ooo francs pour la seconde, soit un revenu net de 25 à 3ofr. par hectare et par an pour la première récolte, et de 35 à 40 fr. pour la deuxième.

A elle seule, l'Algérie consacre une plus grande superficie au Chêne-liège que tout le reste du globe. Le chiffre de son exportation de liège atteint sept millions de francs, plus de la moitié étant destinée à la France.

Les essences forestières d'Algérie sont en outre :

Quelques espèces de Chênes, par exemple, le Chêne vert, le Chêne Mirbeck au bois dense, supérieur pour douves et merrain, le Chêne à glands doux, attendant le Chêne Velani des stations sèches, où sa cupule recèle l'acide gallique ;

Le Pin d'Alep, le Pin Pignon, le Pin Maritime semés ou repiqués sur les dunes qu'ils vont ainsi consolider, concurremment avec des boutures de Tamarix, des semences d'Acacias australiens et des rhizomes d'iVrundos ou de Bambous. Le Pin d'Alep occupe une zone étendue du littoral au Sahara. Associé au Chêne vert, il recouvre les sommets et les versants nord des montagnes où les rivières du Tell prennent leur source. Avec le Genévrier de Phénicie, ces essences constituent les boisements de la chaîne saharienne ;

Le Cèdre de l'Atlas et le Sapin des Babors ou de Numidie, qui couronnent les hautes altitudes (2,000 mètres), visitées par la neige ;

L'Oxycèdre des calcaires élevés à 1,700 mètres, et le Callitris des sols schisteux et pierreux, qui fournit le bois de Thuia ;

Les Ifs, les Genévriers dispersés sur le flanc des Hauts-Plateaux ou sur les croupes dénudées de l'Aurès et du Djurjura ;

Le Pistachier, le Caroubier, de l'Atlas, s'infiltrant dans le rocher;

Le Micocoulier, des sables et grès, pour l'industrie des manches de fouets et des fourches en bois ;

Les Saules, les Aulnes, les Peupliers, — variétés : tremble, noir, de l'Euphrate, — fournissant la feuillée au bétail et affermissant les sols marécageux. Sur le littoral, le Peuplier blanc est très répandu ;

L'Olivier constituant de vastes forêts homogènes, comme celle de la Vallée des Singes ;

Le Châtaignier, cultivé sur les montagnes de Blidah et spontané dans le massif du Goufi, et à l'Edough ;

Des Erables, Acer obtusum et Monspessulanum, des Frênes, Fraxinus australis et dimorpha, abritant des Houx, des Alaternes, des Phyllireas, arbres à fourrages, et les Genêts de l'Afarez ;

Le Frêne dimorphe, ou épineux de l'Aurès, rustique dans les sols secs, à 2,000 mètres d'altitude, est très recherché.

De toutes les essences exotiques, l'Eucalyptus est le plus propagé. Depuis i856, date de son importation par Prosper Ramel, et à la suite des tentatives hardies des planteurs Cordier à la Maison-Carrée,

et Trottier à Hussein-Dey, le géant australien compte cinq millions de sujets en Algérie, particulièrement dans la région littoralienne, qu'il contribue à rendre salubre. L'Eucalyptus globulus, admis au début, semble devoir faire place aux Eucalyptus rostrata, colossea, polyanthemos, maculata, çiminalis, saligna, obliqua, tereticornis, etc., plus robustes et plus vigoureux.

Aux environs de Ain-Baïhnen, des Eucalyptus âgés de 17 ans mesurent 3o mètres de hauteur et une circonférence de im6o ; ils sont le produit d'un boisement à raison de 1,200 plants à l'hectare.

L'exploitation du bois d'Eucalyptus a commencé ; on peut en constater l'usage à l'établissement agricole des Pères de la Trappe, à Staoueli, défricheurs, planteurs, cultivateurs et distillateurs aux usines d'Aïn-Mokra, à Bône.

L'essence d'Eucalyptus résultant de la distillation s'élève déjà à 3,ooo kilog. par an pour toute l'Algérie.

Les Acacias et Mimosas ne tarderont pas à approvisionner l'art des fleuristes, l'industrie de la corroierie et même à alimenter de leurs jeunes ramilles les troupeaux ovins ou camelins. La ramure libre et les frondaisons élégantes de ces jolies espèces australiennes vont agrémenter quelques profils de la campagne algérienne et adoucir les brusques horizons.

Un semis de l'Acacia à bois noir, A. melanoxylon, en mélange avec le Pin d'Alep, dans le sol argilo-sableux de Baïhnen, a produit des plants d'Acacia hauts de 7 mètres à l'âge de i5 ans.

Une autre variété, Acacia leiophylla, est, dans les terrains sablonneux, un abri contre les vents de mer.

Les Bambous, section littoralienne et section de montagne, sont d'un grand avenir pour l'hygiène et l'industrie.

Les Gasuarines, les Mélaleuques, les Grevilléas, les Frenelas, les Cyprès viennent enjoliver les habitations.

Le Molle du Pérou décore les routes poudreuses par ses panicules de baies corail, précieuses à la confection des bouquets d'hiver.

Signalons quelques autres végétaux utiles et acclimatés :

Le Savonnier de l'Inde, Sapindus, peut donner à l'âge de vingt ans 80 à 100 kilog. de fruits à 1 fr. le kilog. Le fruit contient 5o 0/0 de sapindine, sorte de saponine qui remplacera le savon pour le blanchissage. L'écorce et le feuillage sont également saponifères.

Le Gédrèle de Chine, Faux Acajou, sert à la fabrication des boîtes à cigares et d'autres articles de l'ébénisterie de luxe.

Le Croton à suif, Euphorbiacée arborescente donne des fruits blancs qui contiennent de trois à cinq graines recouvertes d'une substance sébacée dite « suif végétal »,

ALGÉRIE a3

Le Figuier de Roxburgh est représenté par de jeunes exemplaires d'une envergure extraordinaire ; abondant en suc laiteux, élastique, coagulé, qui découle des incisions sur le tronc, il laisse entrevoir un arbre utile pour l'exploitation de la région littoralienne.

Le Mûrier, précieux à la sériciculture, est propagé par la greffe sur le type sauvage.

Les Sumacs des terres sèches et calcaires, où leurs racines drageonnent à Taise, sont des arbrisseaux tannifères et tinctoriaux.

Le Camphrier, bel arbre toujours vert, n'a pas dit son dernier mot sur les sols frais de la zone montagneuse et littoralienne.

Une Lythrariacée sous-frutescente, le Lawsonia blanc, croît dans les oasis où elle est récoltée pour la teinture en rouge brun.

Mentionnons aussi les arbres à groupes ou rideaux, ou brise-vent: les Cyprès, les Thuias, les Troènes, les Lauriers ; et enfin, les arbrisseaux destinés aux haies vives, le Maclure, le Paliure, le Limonier trifolié, le Colletia, le Coulteria, le Févier de Chine, l'Aubépine Ergot-de-coq, le Mimosa épineux, les Rosiers à long bois, sans oublier les Agaves et les Opontias, clôtures naturelles et impénétrables des douars, des gourbis ou des habitations particulières plus luxueuses.

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