III. — Sociétés d'horticulture
Depuis un temps immémorial, les jardiniers avaient compris l'intérêt qu'il y a pour eux à se réunir, à se grouper et à s'entretenir de leurs petites affaires. Vers la fin d'août, on célébrait avec entrain et respect le patron des jardiniers, saint Fiacre. On ne manquait pas d'assister aux funérailles des confrères ou de leur famille.
Il y avait même des corporations où les secours étaient donnés gratuitement aux membres adhérents, moyennant une faible cotisation, et les travaux interrompus par la maladie ne tardaient pas à être repris par les confrères valides. Quelques-unes de ces confréries existent encore ; l'esprit qui les animait a persisté ; mais les intérêts de la science et de la propagande horticole sont restés étrangers au but de l'association.
Quelques Sociétés d'agriculture ou d'économie rurale — dont la Société nationale d'Agriculture de France a toujours été la plus haute expression — traitaient pourtant dans leurs réunions des questions de jardinage, quoique d'une façon incidente ; c'est une des raisons qui excitèrent les amis des jardins à se grouper d'une façon spéciale, stimulés déjà par la lecture des journaux, de YAlmanach du Bon Jardinier et d'autres publications en vogue.
Sans remonter jusqu'à la Société des jardiniers et des amateurs de Gand, qui s'organisa en 1808, alors que cette ville était incorporée à notre territoire, on peut dire que la première Société d'horticulture créée en France l'a été à Paris, le 11 juin 1827. Le Roi s'en déclara protecteur, et sa cassette payait les jetons de présence des membres du Conseil d'administration.
Les séances furent tenues régulièrement et le journal parut à date fixe ; cependant, la première exposition n'eut lieu que le 12 juin i83i.
Pendant cet intervalle de quatre années, les amis des jardins habitant la ville de Nantes fondaient la Société nantaise d'horticulture, le 21 mars 1828 et organisaient une exposition le 29 juin suivant, à l'occasion du passage d'une princesse du sang.
Vinrent ensuite les fleuristes, les pépiniéristes, les botanistes de Lille, qui s'associaient le 16 août 1828, et manifestaient leurs intentions, huit mois après, par une exposition publique.
Ces faits étant connus par la presse et par les relations qui existent depuis longtemps dans le monde horticole, des associations analogues s'installent où le groupement des amateurs et des praticiens devient facile, surtout quand un homme actif et considéré se place à la tête de l'organisation et entraîne les adhérents à sa suite,
FRANCE 3l?
Nous devons dire que les statuts de toutes nos Sociétés horticoles excluent les questions étrangères à leur programme et ne varient guère dans leurs moyens d'action :
Séances et bulletins périodiques. — Expositions publiques.
Conférences et leçons pratiques. — Propagande des végétaux.
Un certain nombre possèdent un jardin d'études et d'expériences, dirigé par un professeur conférencier.
Quelques-unes se sont annexé une caisse de secours mutuels en faveur des vieillards, des malades et des orphelins.
D'autres créent des bourses ou des subsides en argent, destinés à subvenir à l'entretien d'élèves dans une école d'horticulture.
D'autres encore fêtent saint Fiacre, patron des jardiniers, et profitent de la circonstance pour récompenser les travailleurs et célébrer, le verre en main, la prospérité du jardinage et la bonne confraternité de ses adeptes.
En général, les Sociétés encouragent les professeurs et les instituteurs qui les secondent dans leurs efforts.
Les ressources financières des Sociétés sont le produit des cotisations, des subventions de l'Etat ou des administrations locales, et des dons particuliers.
Une vingtaine de ces associations sont reconnues d'utilité publique. Leur situation financière le permettant, elles jouissent d'un état civil qui les autorise à recevoir des legs et donations.
Plusieurs Sociétés ont subi la loi fatale d'une existence mouvementée. La majeure partie a progressé ; quelques-unes ont sombré ou se sont mises en sommeil.
La présence ou l'absence de Sociétés horticoles n'empêche pas l'action de certains Comices et Sociétés agricoles, appelant à leurs concours et inscrivant au programme de leurs études l'horticulture, la viticulture, la sylviculture. Le dévouement des professeurs d'agriculture leur vient en aide sur ce point.
L'horticulture n'est-elle pas un peu le laboratoire de l'agriculture, la pépinière de la sylviculture et n'est-ce pas elle qui a secouru la viticulture en combattant l'oïdium par le soufre, le mildew par le cuivre, le phylloxéra par la greffe ?
Remercions aussi les Sociétés de botanique qui, tout en concentrant leurs études sur le domaine des sciences naturelles, favorisent le progrès du jardinage, les Comices viticoles et les Associations forestières qui empruntent à l'arboriculture et à l'art de la pépinière les méthodes de reproduction et d'entretien des végétaux ligneux.
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