VIII. — Production de Fleurs et de Plantes ornementales
Depuis une cinquantaine d'années, la Floriculture française a pris un développement considérable, et l'art des jardins d'agrément a réalisé des merveilles.
D'abord confinée chez de rares amateurs et dans quelques établissements spéciaux, la culture des fleurs et des arbustes d'ornement s'est rapidement étendue sur tout le territoire et au cœur de toutes les classes de la société.
Cet entraînement vers le beau n'est-il pas la résultante naturelle des progrès accomplis dans les sciences et les diverses formes de la civilisation moderne, conséquence logique du bien-être général ?
Avec les améliorations de leur façon de vivre, le citadin et le campagnard ont voulu jouir des beautés de la nature, en concentrant un jardin auprès de leur habitation et en installant des fleurs et des plantes jusque dans l'appartement ou sous un abri vitré, chauffé pendant l'hiver, qui provoque dans la mauvaise saison l'illusion des beaux jours.
A l'extérieur, sur les mers libres, de hardis navigateurs, des explorateurs intrépides se sont dirigés vers l'inconnu et ont rapporté à la mère patrie les richesses de la Flore exotique. Des jardins d'études, les nouvelles venues se sont dirigées chez les horticulteurs de profession qui les ont multipliées et propagées. Plus d'une fois, la perspicacité des fleuristes les a conduits à féconder et à croiser entre elles les indigènes avec les étrangères. Ces tentatives ont souvent été heureuses et nos jardins, comme nos serres, y ont gagné des formes inédites de végétaux qu'il eût paru téméraire d'espérer auparavant.
Les expositions publiques ont été de brillantes occasions offertes à nos horticulteurs de faire connaître les nouveautés obtenues par les chercheurs, ou réalisées par un travail persévérant de sélection, d'hybridation ou d'acclimatation. A son tour, la presse a proclamé leur valeur.
C'est alors que les administrations départementales, municipales ou autres, devenant plus mondaines, ont transformé le macadam des avenues et des places publiques en oasis de verdure et de fleurs.
La perfection florale s'est manifestée dans le domaine de la pleine terre, avec les espèces ligneuses ou herbacées, et sous l'abri chauffé où s'épanouissent les feuillages et les inflorescences des plantes étrangères,
Combien les maîtres du siècle dernier seraient surpris aujourd'hui, devant nos collections de Rosiers remontants, de Dahlias multiflores, de Chrysanthèmes à grandes fleurs ! Avec quel enthousiasme ils viendraient saluer le développement inattendu de nos corbeilles de Pélargoniums zones, des groupes de Glaïeuls hybrides et des bordures de Bégonias tubéreux ou de plantes à feuillage coloré !
Quant aux serres d'Orchidées, de Fougères, de Broméliacées, d'Aroïdées, de Gloxinias, de Caladiums et de tant d'autres perles d'au delà des mers, ce serait un véritable éblouissement pour nos ancêtres qui, cependant, ont préparé la voie du progrès par leurs recherches et leurs observations.
Ce que l'on a découvert pendant les cent dernières années est immense. Nos successeurs auront-ils jamais le même bonheur? Il est permis de l'espérer, en présence de l'ardeur juvénile de nos explorateurs, et des prodiges de patience et de combinaison de nos cultivateurs qui étudient, qui fécondent et qui sélectionnent.
Nous examinerons rapidement la Floriculture sous ses diverses formes arbustives ou herbacées, robustes à l'air libre ou frileuses dans la serre, et nous aurons garde de négliger l'approvisionnement des décors floraux : bouquets, corbeilles, couronnes et parures qui sont devenus les amis et les confidents de notre existence.
Abordons d'abord la classique « Reine des Fleurs ».
Depuis cent ans, nous possédons la Rose remontante. Le Rosier a été sectionné par tribus de Bengale, de Thé, de Noisette, d'Ile- Bourbon, de Perpétuelles, auxquelles se sont ajoutées les Hybrides, les Mousseuses, obtenues par croisement ou par écart. Les Polyanthas et les Rugosas de l'Extrême-Orient ont apporté des formes nouvelles.
Les environs de Paris, de Brie-Comte-Robert, de Lyon, d'Angers, d'Orléans, de Nice sont des centres de grandes cultures de Rosiers greffés ou francs de pied.
Les semeurs tels que Hardy, Desprez, Prévost, Laflay, Vibert, Cochet, Guillot, Beluze, Verdier, Portemer, Lévêque, Ducher, Lacharme, Jamain, Pernet, Levet, Margottin, Damaizin, Liabaud, Vigneron, Moreau, Nabonnand, Bonnaire nous ont dotés de précieuses variétés qui se rencontrent dans toute roseraie bien ordonnée.
Quoi de plus frais, de plus brillant, de plus gracieux que les Roses Reine des Iles-Bourbon, Souvenir de la Malmaison, Louise Odier, Clémence Guillot, Madame Pierre Oger, de la tribu Ile-Bourbon ?
Les Roses Aimée Vibert, Lamarque, Ophirie, Céline Forestier, Solfatare, William Allen Richardson, de la section Noisette?
Les Roses Thé Adam, Sombreuil, Gloire de Dijon, Madame de Vatry, Homère, Maréchal Niel, Belle Lyonnaise, Catherine Mermet,
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Mademoiselle Marie Van Houtte, Madame Lambard, Souvenir de Paul Neyron, Anna Olivier, Jean Ducher, Jules Finger, Reine Marie-Henriette, Madame Eugène Verdier, Honorable Edith Gifford, Francisca Krùger, Beauté de l'Europe, Souvenir de Thérèse Levet ?
Les Roses du Bengale Cramoisi supérieur, Hermosa, Appoline ?
Les Hybrides plus rustiques Baronne Prévost, John Hopper, Jules Margottin, Duchesse de Cambacérès, Madame Victor Verdier, Mademoiselle Thérèse Levet, Abel Grand, Coquette des blanches, Elisabeth Vigneron, Monsieur Boncenne, La France, Duc d'Edimbourg, Baronne de Rothschild, Paul Neyron, Hortense Mignard, Captain Christy, Jean Liabaud, Magna Gharta, Ulrich Brunner, Merveille de Lyon ?...
Combien de centaines de belles Roses à floraison remontante et à rameaux courts ou sarmenteux pourraient être intercalées parmi celles-là, citées à peu près dans l'ordre de leur naissance ?
Le Lilas compte de nombreuses variétés à panicules blanches, roses, lilacées ou carmin violacé, et des fleurons doubles, depuis 1878, véritable succès du fécondateur Victor Lemoine, à Nancy.
La Pivoine en arbre, aux fastueuses corolles, a multiplié ses nuances avec ses protecteurs Noisette, Jacques, Mathieu, Margat, Verdier, Modeste Guérin, His, Paillet, Callot, Lémon, Demay, Méchin.
La Clématite a élargi son disque ivoire, mauve, azuré ou purpurin, et brave nos hivers, festonnant treillages et berceaux.
L'Althéa syrien épanouit, fin été, ses corolles simples ou doubles, blanc de neige, rose, rouge, violet, azuré, unicolores ou marbrées.
LeDierville rose a gagné des tons crémeux, vineux, carnés ou grenat.
L'Hydrangée se couvre d'inflorescences à grand effet.
Les gracieux Céanothes, aux thyrses albâtre, gris de lin, bleu cendré, fleurissent sans relâche le premier plan de nos massifs.
Toute une série d'arbres et d'arbustes transportés du jardin fruitier au parc d'agrément. Cerisiers, Pêchers, Pruniers, Amandiers, Groseilliers, Pommiers sont gracieux par leur floraison à double corolle ou parfumée, et par l'aspect séduisant de leurs fruits minuscules.
Les Spirées, si variées par leur aspect et l'époque de leur floraison, s'imposent au jardinier paysagiste.
Les Staphyliers, Xanthocéras, Aubépines, Seringats, Deutzias, Cornouillers, Genêts, Viornes, Cytises, Buddleias, Ghœnomèles, Chèvrefeuilles, Forsythias, Jasmins, Bignones deviennent les sousbois fleuris ; les futaies et taillis se composent de beaux arbres et de robustes Conifères, rapportés des cinq parties du monde.
La Dendrologie florale est riche en arbres et arbustes de pleine terre ; les pépinières ont su les propager.
Les genres et les espèces à feuilles persistantes ; Alaterne,
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Andromède, Aucuba, Buis, Chèvrefeuille, Ciste, Cotonéaster, Épine- Vinette, Fusain, Houx, Laurier, Lierre, Magnolia, Osmanthe, Phillyrea, Troène, Yucca, ont modifié le ton de leur feuillage et procurent au paysagiste de sérieux motifs de décor d'hiver.
Sous certaines zones favorables, les plus beaux de nos végétaux demi-rustiques : Camellia, Rhododendron, Magnolia, Azalea, épanouissent à l'air libre leur superbe floraison, aujourd'hui augmentée d'espèces distinctes, d'origine asiatique ou américaine, et de variétés qui diffèrent par les nuances délicates ou éclatantes de leurs corolles.
Quant à la flore australienne, si riche et si originale, elle a retrouvé son habitat sous le ciel lumineux et les nuits diaphanes des rivages privilégiés de notre mer bleue.
La serre et l'orangerie ont hérité, dans une large mesure, de ces végétaux sensibles aux températures basses ou changeantes : les Palmiers, les Cycadées, aux belles proportions, les Fougères au feuillage fin, les curieuses Broméliacées, les coquets Caladiums, les bizarres Anthuriums, l'étrange feuillage des Crotons, les bijoux Sonérilas et Bertolonias, les Nepenthès aux urnes aériennes, et le ravissant essaim des Orchidées, ces « Fleurs de Paradis » qui ont changé complètement la physionomie de nos fêtes privées ou publiques, la fleur joue un rôle si puissant de séduction.
Et toutes ces plantes à fleurs : les Cinéraires de Ténériffe, les Calcéolaires du Pérou, les Gloxinias et les Gesnérias du Brésil, les Achimènes du Mexique, les Primevères de la Chine et du Japon, les fines Bruyères du Cap, les Cyclamens de Perse, les Streptocarpus africains, les Pélargoniums grandiflores, toutes charmantes plantes florales, qui viennent égayer les tons émeraude des Aralias, des Araucarias, des Asparagus, des Aspidistras, des Dracénas, des Fougères, des Ficus, des Pandanus, des Phormiums, plantés dans le jardin d'hiver ou garnissant les tablettes du conservatoire vitré ?
Aux anciens parterres, réminiscence du style hollandais, plantés par quartiers, de Renoncules, d'Anémones, de Narcisses, de Jacinthes et de Tulipes, ont succédé des bordures et des corbeilles à feuillage coloré ou à floraison abondante et prolongée :
Le Pélargonium zone ayant quadruplé ses types par la corolle pleine, la feuille peltée et le feuillage maculé ou bordé blanc de lait, bronze, incarnat ou beurre frais ;
Le Fuchsia et ses vingt-cinq ou trente espèces américaines, aux grelots simples ou doubles, préférant les milieux ombragés ;
Les Pentstémons, les Lobélias, les Sauges, les Agératums aux épanouissements successifs ;
Le Lantana, résistant au soleil, et l'Héliotrope, aux senteurs fines;
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Le Pétunia et la Verveine étalant leurs rameaux fleuris sur le sol, ou accrochés aux branches des plantes voisines ;
Les Véroniques sous-ligneuses, la Dentelaire céleste, l'Anthémis blanc ou jaune, le rouge Hibiscus, plantes ou arbustes de garniture;
Et la phalange constamment renouvelée des Bégonias tubéreux, coquets dans l'ensemble ou dans les détails. La première fleur double apparut, il y a vingt ans environ, chez Victor Lemoine, et s'est accentuée encore chez les fleuristes nancéîens ;
Et notre vieil Œillet, toujours jeune, qui sait dresser ses tiges ou les concentrer en buisson et perpétuer sa jolie floraison, restant l'emblème de l'élégance, sous la main habile du fleuriste lyonnais ;
Enfin, l'avalanche de petits végétaux à feuillage vert, carmin, pourpre, crème ou doré : Alternanthères, Achyranthes, Antennaires, Centaurées, Citronnelles, Coléus, Echévérias, Irésines, Lobélia érine, Menthes, Phlox sétacé, Pyrèthres, Orpins, Joubarbes, Spergules, dont l'abus de la mosaïculture n'a pas même ralenti la vogue.
Les plantes dites à bulbes, ognons ou rhizomes éclairent le jardin ou la serre de leurs nuances vigoureuses, tendres ou flamboyantes, ou même le salon, car l'épanouissement d'une tige de Jacinthe ou de Glaïeul détachée de la souche se continue lorsque sa base séjourne dans l'eau.
Les Lis et les Amaryllis indigènes ou exotiques, plantes de haute lignée, y dégageront leurs parfums. Les plus modestes Jacinthes, Iris, Narcisses, Jonquilles, Tulipes présentent les mêmes avantages, et les tiges des Tubéreuses, Galtonias, Montbretias, Freesias, Hémérocalles, Funkias, Scilles, Tigridies, Renoncules, Anémones, et les frais Muguets et Cyclamens, si précieux au printemps.
Et les Agapanthes, les Clivias, les Tritomas, les Fritillaires !
Nous y ajouterons le Canna ou Balisier de l'Inde, la plante du jour, devenue complètement décorative, par suite des croisements combinés qui ont donné à sa floraison un éclat incomparable, se dégageant d'un feuillage ample, étoffé, de belle prestance. Le dernier mot de la Ville de Paris, qui travaille la plante, ni celui du « Père Canna », Crozy, de Lyon, n'est pas encore dit !
La transformation du Glaïeul, par Lemoine, de Nancy, n'est-elle pas un autre triomphe de la Floriculture moderne? Après Souchet et ses continuateurs Souillard et Brunelet, après Courant, Truffant, Verdier, qui ont travaillé le Glaïeul de Gand, Victor Lemoine a su marier l'Hybride et ses générations avec de belles demi-barbares, filles du Cap, de Natal et de Java, aux formes insolites. Or, la progéniture est devenue cette double série de Glaïeuls à macule ou à grande fleur qui nous promettent encox*e de nouvelles surprises.
Déjà le pinceau du hardi fécondateur nancéien avait, par ses agissements polliniques,' troublé — au profit des jardins — la vie calme du Montbretia vermillon, des Pourpiers à grandes fleurs, de la Potentille rampante, des Pyrèthres vivaces, des Dauphinelles azurées, du Streptocarpus toujours fleuri, en doublant leurs formes ou en modifiant leurs coloris, comme il avait révolutionné les genres Bégonia, Fuchsia, Pétunia, Pélargonium, Bouvardia, etc.
Les plantes aquatiques ont repris faveur. On a trop répété que, dans un jardin, une pièce d'eau sans fleurs n'était plus qu'un vulgaire bassin... Si l'aquarium offert à la Reine des eaux, Victoria regia, n'est pas à la portée de toutes les bourses, ne peut-on se contenter des espèces rustiques choisies parmi les genres Acore, Aponogeton, Butome, Galtha, Garex, Iris, Lythrum, Menyanthes, Nelumbium, Nuphar, Pontederia, Rumex, Sagittaria, Thalia, Typha, des sections amphibies, émergées, immergées, flottantes ou nageantes?
Gomme opposition, la flore alpine, avec ses petites sauvages arrachées à la montagne, sait donner de la vie aux ruines, aux rocailles, aux rochers jetés dans le parc d'ornement.
Imitant le grand artiste Barillet-Deschamps, nos architectes paysagistes ont su harmoniser les effets de feuillage des plantes à rapide végétation avec le tapis ondulé des pelouses et les richesses arbustives ou florales ci-dessus énumérées. De ce fait, plus d'une espèce négligée s'est vue choyée, recommandée, propagée. Les Musa, Solanum, Nicotiana, Ricinus, Montaiioa, Polygonum, Acanthus, Senecio, Rheum, Datura, Wigandia, Gunnera, Golocasia, Verbesina. Ferula, Ferdinanda, Eryngium, Onopordon, et nos vieux Cannas, n'ont-ils pas eu, à cette occasion, les honneurs bibliographiques de deux maîtres, Léonce de Lambertye, Edouard André ?
Et les Arroches, les Poirées, les Gardons, les Choux-Frisés ou Géants ? L'Utile veut et obtient sa place au jardin d'agrément !
Ce concert harmonieux de la Nature a donné la note légère aux Graminées. Les Bambous de l'Extrême-Orient, Eulalias et Maïs panachés du Japon, Gynériums de l'Argentine et Gymnotrix de l'Uruguay, Phalaris, Roseaux, Panics, Lagures, Pennisetums, Brizes, Agrostides et Paturins des Deux-Mondes, aux tiges fluettes et gracieuses, aux panicules vaporeuses, aux tremblants épis, se sont élevés, de comparses, aux premiers rôles de la symphonie végétale.
Les éclaireurs de cette marche en avant de l'armée des fleurs sont certainement les plantes annuelles ou vivaces.
Elles aussi ont vu leurs rangs s'ouvrir aux nouvelles venues, et s'agrandir de variétés nées de la sélection ou du croisement.
L'exemple en est généreusement fourni par les plantes annuelles ;
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Amarantes, Balsamines, Belles-de-nuit, Brachycomes, Capucines, Centaurées, Ciarkias, Collinsias, Coloquintes, Coquelourdes, Coréopsis, Dauphinelles, Gilias, Giroflées, Godétias, Ipomées, Juliennes, Lavatères, Linaires, Lupins, Mimules, Myosotis, Némophiles, Nigelles, Phlox de Drummond, Pois de senteur, Pourpiers, Reines- Marguerites, Salpiglossis, Saponaires, Scabieuses, Séneçons, Tagètes, Viscarias, Zinnias... Elles ont pu se sectionner par rang de taille ou par coloris, le semis reproduisant leurs caractères principaux.
Parmi les plantes bisannuelles, ou semées à l'automne, les Campanules, les Coquelicots, les Énothères, les Gaillardes, les Mauves, les Mimules, les Mufliers, les Myosotis, les Œillets de Chine, les Pavots, les Primevères, les Schizanthus, les Silènes, les Staticés,lesThlaspis, les Trachélies, les Valérianes égaient le jardin par leur feuillaison précoce et leurs fleurs délicates ou vigoureuses.
Et la Pensée qui suscite un commerce de fleurs blanches ou « noires », pour la confection de couronnes ou d'autres emblèmes funéraires ?
Et l'Immortelle qui vient par milliers de douzaines de fleurs donner une valeur aux « souvenirs éternels »...?
Et la Rose trémière, un des plus heureux motifs floraux, s 'alliant aux massifs de verdure, en repoussoir ?
Pénétrant dans le champ des plantes vivaces, celles dont l'existence est prolongée et qui se multiplient par séparage ou division, la main de l'homme a su perfectionner les types et augmenter le nombre des variétés. Parmi les beaux genres rustiques, on compte :
Les Astères indigènes ou américaines qui approvisionnent, en toute saison, les fleuristes de grappes d'étoiles aux rayons lactés, rubis, grenat, améthyste, azur, turquoise, vieux rose, lilas, pourpre, sur un cœur topaze ou safran ;
L'Ancolie aux clochetons en cornets ruches, teintés bleu ou rose, violet, blanc ou canari ;
La Campanule aux espèces érigées ou gazonnantes, garnissant jusqu'aux murailles de leurs coupes d'albâtre ou de saphir.
L'Œillet de Poète disparaissant sous ses « bouquets tout faits » mouchetés, panachés, striés, ponctués, granités ou veloutés ;
La Pivoine, splendide aux premiers plans ou dans les lointains par sa floraison à grand effet, blanc de neige, incarnat, carmin glacé, crème, rose corallin, gros rouge, ponceau ou pourpre violacé ;
Le Phlox pyramidal ou acuminé, portant haut et ferme des bouquets de fleurons frais de couleur unie, striée ou étoilée ;
Le Pied-d' Alouette réunissant sur ses longs épis toutes les phases de la couleur céleste, bleu de ciel, lapis, outre-mer, violet, indigo.
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Les Soleils, robustes, dont le plateau à rayons dorés n'est pas déplacé au grand jardin, isolé ou jeté dans les lointains ;
Les modestes Violettes, avec leurs quarante ou cinquante variétés formant de charmantes bordures parfumées ou des gazons fleuris avec les Primevères, Auricules, Hépatiques, Scilles et Crocus ;
D'autres espèces encore, parmi les robustes, à longues tiges, comme les Galanes, Gauras, Digitales, Juliennes, Liatris et Lychnides; ou naines, à la façon des Pâquerettes, des Arabettes et Alysses ; à floraison soutenue Comme les Asclépias, ou d'arrière-saison, par exemple l'Anémone du Japon ;
Enfin le Chrysanthème rivalisant avec le Dahlia pour l'ornementation florale de l'automne et la riche palette de couleurs. Le Midi, favorable à la maturité de la graine, en a inondé le continent. Déjà, les catalogues spéciaux ont annoncé des milliers de variétés de Chrysanthèmes.
Ce suprême cadeau de la Chine et du Japon, qui a suscité l'organisation de sociétés et d'expositions à lui seul consacrées, est devenu l'ornement prédestiné du champ du repos et la ressource inspiratrice du peintre de fleurs. Ne cherche-t-on pas, comme au Dahlia, de lui refaire une seconde jeunesse, avec des fleurs simples, des ligules planes, tuyautées ou chiffonnées? Il est encore de beaux jours pour le Ghrysanthème !
Introductions nouvelles. — A côté de l'amélioration provoquée par la culture et par les semis, on doit compter avec les importations de plantes appartenant à des genres inconnus ou des espèces inédites.
Les pays lointains sont explorés par des botanistes français ou étrangers qui voyagent, soit aux frais de l'État, soit aux frais de grands établissements publics ou privés, soit même à leurs risques et périls, entraînés par l'amour de l'art, malgré les dangers à courir.
L'histoire de ces vaillants pionniers serait une des plus belles pages de notre horticulture nationale.
La grande famille des Orchidées est celle qui s'est montrée la plus généreuse envers les chercheurs de ces « colibris » végétaux : Angraecum, Cypripedium, Cattleya, Cœlogyne, Dendrobium, Epidendrum, Lœlia, Lycaste, Masdevallia, Maxillaria, Oncidium, Odontoglossum, Phalsenopsis, Sobralia, Vanda et Zygopetalum.
Combien de Broméliacées : Billbergia, Caraguata, Nidularium, Pitcairnia, Tillandsia, Vriesea..., qui décorent nos galeries vitrées ou nos salons, et qui, dans leur retraite, ont failli coûter la vie à un explorateur passionné pour ces bijoux de la nature!
Leur enthousiaste ami, et leur historiographe en même temps,
M. Edouard André, a voulu contempler ces perles précieuses et les étudier dans leur pays natal. Il en a rapporté lui-même, en 1876, ou introduit vivantes depuis, un grand nombre de nouveautés parmi lesquelles nous notons les espèces suivantes :
^Echmea Drakeana, Ecuador, 1882.
Ananas Abacaxi, Brésil, 1890.
Anthurium Andreanum , Colombie ,
Anthurium Dechardi, Colombie, 1876.
Bomarea Kalbreyeri, Ecuador, 1878.
Billbergia Breauteana, France, 1884.
— vexillaria, — 1889.
— blireiana, — — Coburgia trichroma speciosa, Ecuador, 1876.
Caraguata Van Volxemi, Colombie,
Coutarea Schermana, Colombie, 1876.
Caraguata cardinalis, — —
— sanguinea. — 1878.
— Morreniana, — —
— conifera, Ecuador, 1880.
— Andreana, Colombie, 1881. Eupatorium serrulatum, Uruguay,
Epidendrum arachnoglossum, Colombie, 1878.
Genista Andreana, France, 1886.
Gynandropsis coccinea, Colombie,
Hemitelia Parada?, Colombie, 1876.
Hedera Hélix aurantiaca, France,
Ismene Andreana, Ecuador, 1880.
Loasa vulcanica, — 1879.
Lathyrus pubescens, Uruguay, 1870.
Monnina obtusifolia, Colombie, 1876.
Macroscepis tristis, Ecuador, i883.
Nectandra angustifolia, Uruguay,
Neumannia arcuata, Colombie, 1876.
Odontoglossum crispum Mariœ, Colombie, 1876.
Onoseris Drakeana, Colombie, 1878.
Oreopanax Andreanum, Ecuador,
Philodendron gloriosum, Colombie,
Philodendron Mamei, Ecuador, 1880. — Andreanum, Colombie,
Podachaenium andinum, Ecuador,
Passiflora atomaria, Ecuador, 1880.
Phyllanthus salviœfolius, Colombie,
Puya Gigas, Colombie, 1878.
— pastensis, Colombie, 1878.
Pitcairnia Poortmani, Ecuador, 1882.
Rubus nubigenus macrocarpus, Colombie, 1876.
Streptosolen Jamesoni, Ecuador, 1878.
Stenomesson Hartwegii, Ecuador,
Solanum Poortmani, Ecuador, 1882.
Senecio sagittifolius, Uruguay, 1890.
— leucostachys, — —
Sicana atropurpurea, Paraguay, 1890.
Triteleia uniflora caerulea, Uruguay,
Tillandsia Arequitœ, Uruguay, 1890.
— microxiphion, Uruguay ,
Tillandsia Armadae, Colombie, 1898.
— umbellata, Ecuador, 1884.
— Duratii, Uruguay, 1890.
— Lindeni tricolor, Ecuador,
Tillandsia Lindeni violacea, Ecuador, 1878.
Tournefortia cordifolia, Ecuador,
Tydœa Ceciliœ, Colombie, 1876.
Verbesina Mameana, Ecuador, 1882.
Et beaucoup d'autres plantes parmi lesquelles de jolies Orchidées. L'une des plus belles d'entre les nouveautés découvertes par M. André, Y Anthurium Andreanum, a fait sensation quand elle parut sur la scène horticole, et sa vogue dure toujours.
Florigulture régionale. — Paris est le débouché insatiable des plantes vertes ou fleuries, et des fleurs destinées, les unes au décor des jardins ou des appartements, les autres à la confection de bouquets, couronnes ou parures, pour la consécration de cérémonies et de fêtes publiques ou privées.
De notre temps, le nombre des marchés aux fleurs parisiens a décuplé ; des magasins de plantes se sont installés dans tous les
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quartiers. Des charrettes de fleurs circulent dans les rues; des kiosques, des étalages sont affectés au montage des bouquets à la main ; et l'on ne compte plus, nulle part en France, les circonstances ni les jours où la Fleur devient un hommage de politesse ou d'amitié, un symbole d'espérance ou de souvenir.
On peut dire que la fleur n'est plus un luxe, mais un besoin entré dans nos mœurs.
La passion des fleurs ne se refroidit pas en contre-saison. Aussi les praticiens ont-ils organisé des ateliers de forçage et des conservatoires, pour hâter ici, retarder là, de façon à pouvoir, en tout temps, donner satisfaction au goût du jour.
La région parisienne, c'est-à-dire Paris et dix lieues à la ronde et notre région Sud, d'Hyères à Menton, suffisent à peine à répondre aux commandes. Télégraphe, téléphone et trains express sont les auxiliaires rapides de cette élévation de l'esprit vers les beautés de l'art et de la nature.
Un profane ne se douterait pas que notre capitale cache, dans les replis de sa ceinture, un pareil arsenal de serres et de bâches consacrées au forçage des Roses et des Lilas.
L'humble Violette occupe des milliers de châssis, bénéfice de la famille du jardinier ou du maraîcher qui l'exploite, alors que l'aristocratique Orchidée arrive de Versailles et des environs, — au nord jusqu'au Vésinet, à l'est jusqu'à Châtillon, — et ne dédaigne plus l'éventaire du faubourg ou du marché.
Parcourons un instant la banlieue parisienne et jetons un coup d'œil sur les jardins, modestes en apparence, mais riches en produit, des spécialistes :
Avant de quitter la Ville, nous trouvons l'Avenue de Châtillon, produisant les Roses, les Orchidées, les plantes annuelles en pot, les arbustes de décor;
La Glacière continuant ses Orangers, Grenadiers, Eugénias, Gamellias, Myrtes et Nériums en caisse, y ajoutant les plus modestes Cyclamens, Pervenches, Héliotropes et Lantanas.
Franchissons le mur d'enceinte :
Bagneux se livre à la culture de l'Hotéia paniculé et au Muguet, au Rosier pour la vente de la fleur, à diverses plantes destinées à la « fleur coupée ».
Bagnolet et Rosny sont abondamment pourvus de Thym et de Buis à bordures, de Jacinthes parisiennes, de Staticés faux Arméria, de Roses Pompon de Bourgogne.
Belleville chauffe le Rosier et produit la petite Fougère,
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Boulogne et Billancourt approvisionnent le quai d'Anthémis, de Bouvardias, de Pensées.
Bourg-la Reine et Fontenay-aux-Roses forcent l'Œillet et la Violette et cueillent les Roses des pépinières. Fontenay fait, en plus, les Soleils vivaces, le Chrysanthème lacustre, la Pervenche, la Gentiane, le Saxifrage granulé double, l'Aspérule odorante.
Brie-Comte-Robert prélève le droit du seigneur sur ses roseraies et le transmet aux parisiennes, le soir, par le « Train des Roses. »
Charonne produit la fleur de l'Oranger sous verre, et ne perd pas de vue la petite plante marchande.
Ghevreuse, par ses fleuristes et les maraîchers, amène au marché la plante en bourriche : Pâquerette, Pensée, Julienne, Mignardise, Œillet de poète, Amarante, Pyrèthre, Aubrietia, Alysse, Primevère, Gentiane, Hépatique, Saxifrage, Arabis, Myosotis, Réséda, Giroflée.
Les plantes apportées au quai, en petites bourriches de 12 à 24 plants, comprenant Anthémis, Pélargoniums, Fuchsias, Pétunias, Verveines, Goléus, et autres espèces à parterre, sont l'œuvre des jardiniers de Bagneux, MalakofF, Montrouge et Vanves, un des quartiers les plus producteurs de l'horticulture populaire.
Glamart et ses environs jusqu'à Bièvres fournissent les Violettes de Parme et des Quatre-Saisons, donnant l'hospitalité du châssis à l'Héliotrope, au Bégonia tubéreux, aux Fougères, à la Tubéreuse mexicaine et au Cyclamen de Perse.
Colombes,Bois- Colombes, Taverny s'appliquent à la propagation des Bégonias, Gloxinias, Cyclamens, et de diverses Gesnériacées.
Fontenay-sous-Bois ajoute les Orchidées aux Violettes, la Primevère de Chine aux Œillets, les Cinéraires et les Calcéolaires aux Narcisses et aux Jacinthes parisiennes, sans négliger les plantes vertes, les Fougères et les Montbretias.
Grenelle cultive en grand les Cannas et les Pensées.
Ivry a la renommée des Rosiers, des Œillets, des Lis, Jacinthes, Tulipes et Tubéreuses.
Malakoff et ses alentours relèvent la vieille réputation des plantes vivaces de pleine terre, à feuillage ou à fleurs. Ses Chrysanthèmes et la petite plante en bourriche y viennent à profusion.
Mon treuil inscrit plus de 600,000 francs au chapitre de ses recettes, vendant aux marchands la série des plantes bulbeuses, qui s'étend du Galtonia à l'Ornithogale, de la Jacinthe parisienne au Lis, du Narcisse à la Fritillaire, soit en bulbes, soit en gerbes fleuries. Ajoutons la plante en pot : Primevère de Chine, Grenadier, Azalée, Hortensia... Et la fleur cueillie dans la grande serre, sur les Camellias, les Gardénias, les Orangers 1 Et la grappe du Lilas blanchie sous
bâche! Et les capitules du Chrysanthème, passés au blanc, pour la Toussaint, dans les caves destinées à l'étiolatde la Chicorée sauvage! A Montrouge, un des centres pourvoyeurs du marché et des commerçants intermédiaires, se sont multipliées les bâches et les serres de Lilas, de Rosiers, de Nériums ou Lauriers roses, de l'Hotéia, du Stévia et les carreaux des plantes dites de jardin. Neauphle-le-Ghâteau fait le Glaïeul et les Reines-Marguerites. Neuilly s'est créé une réputation avec le Muguet. Picpus force le Réséda, les Giroflées quarantaines ou parisiennes. Pierrefitte fait les Œillets de pleine terre, de toutes catégories. Le territoire de Romainville varie ses cultures : Azalées et Camellias, Violettes et Giroflées, Œillets et Jacinthes parisiennes, et récolte la Rose Cent-feuilles.
Saint- Mandé embaume sa clientèle avec les Giroflées et le Réséda. Sarcelles s'adonne au Cyclamen et au Montbretia. Santeny et Ville cresnes forcent les Rosiers sous bâche. Sceaux et sa région fabriquent la plante dite de quai. Sèvres se livre à la multiplication des plantes vivaces, au forçage de l'Azalée, du Rhododendron, de l'Hotéia...
Vanves chauffe les Rosiers, les Lilas, les Bouvardias blancs, les Primevères de Chine et crée des spécialités de plantes vivaces qui prospèrent dans un sol propice, au milieu d'une population horticole laborieuse.
Verrières s'applique aux diverses Violettes des Quatre-Saisons. Le Vésinet prend de plus en plus faveur avec les Bégonias tubéreux, les Orchidées, les Broméliacées.
Vincennes accroît le nombre de ses cultivateurs d'Azalées, de Bruyères, de Fougères, de Dahlias, de Cannas.
Enfin Vitry, la pépinière de centaines de mille de Lilas destinés aux forceries françaises et étrangères, n'hésite pas à en démontrer l'application complète en soumettant, sous bâche, les Lilas de Marly ou Charles X, à la production de grappes virginales ou carnées destinées au grand marché parisien.
En général, les arrivages de la province ont une origine de plein air qui les aguerrit aux fatigues du transport et leur permettrait de lutter avec nos cultures parisiennes sous verre, si celles-ci, venues hors saison, n'étaient pas abritées et presque à pied d'œuvre.
Le climat ou le sol permettent à Angers de vendre ses Roses en primeurs, RoscofT ses Camellias en janvier, Angoulême ses Violettes de Parme en hiver, et Fontainebleau des Glaïeuls tout l'été.
Sans nous attarder à ces exceptions, abordons les rivages coquets et embaumés de la mer bleue. Depuis les premières tentatives de
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Rantonnet et Denis, à Hyères, d'Alphonse Karr, à Saint-Raphaël, jusqu'aux expériences de Charles Huber, de Rossignol, de Solignac, à Cannes, Nice et Golfe- Juan, d'Henri Vilmorin, à Antibes, d'Edouard André, à Cannes, combien d'espèces végétales importées, étudiées et exploitées, pour la seule vente des fleurs ?
Toute l'Europe s'y approvisionne. Quelle avalanche de petits paniers carrés, tressés en roseau, ou de caisses en bois cintré, recueillant des millions de fleurs isolées ou groupées par petites bottes, poignées ou douzaines, ou montées en bouquets et parures? Il y en a ainsi pour trois millions de francs par an.
Pour répondre aux commandes de chaque jour, Rosiers, Orangers, Camellias, Mimosas, Jasmins, Œillets, iVnthémis, Sauges, Giroflées, Violettes, Résédas, Pensées, Thlaspis, Jacinthes romaines, Anémones, Ails, Narcisses, Freesias, Ixias, Tubéreuses, Agapanthes, Bluets sont taillés, coupés, rabattus, replantés et multipliés à merci. Les premiers, arbrisseaux ligneux survivent à la taille et renouvellent leur floraison, ainsi que les Eupatoires, Pittosporums, Polygalas, Gardénias, Habrothamnus, Véroniques, Passiflores, Choisyas, et le faux Poivrier ou Schinus Molle, aux grappes de perles rose corallin; les autres, plantes herbacées ou sous-ligneuses, disparaissent et sont immédiatement reconstituées par l'horticulteur.
L'Œillet fournit un million de fleurs coupées, surtout la variété « Enfant de Nice. » Quant aux Roses, la Safrano domine : puis, Paul Nabonnand, comte Bobrinsky, Lamarque, La France (pour l'hiver), Niel et Malmaison ; ces deux dernières en plein air ou sous verre. Le pays du soleil a, lui aussi, ses primeurs et ses forceries de Roses, de Lilas, d'Œillets, de Jasmins, d'Anthémis, de Giroflées, de Violettes, de plantes bulbeuses.
L'arrondissement de Grasse est le centre des usines qui distillent les fleurs ou les feuillages des Orangers et Bigaradiers, du Myrte, des divers Jasmins, de la Cassie ou Acacia de Farnèse, du Géranium ou Pélargonium rosat, de la Violette, du Réséda, de la Sauge, du Thym, de la Lavande, du Lippia odorant dit Verveine citronnelle, du Basilic, de la Menthe, de la Mélisse et du Narcisse Jonquille.
Grasse absorbe de cette façon 1,200,000 kilogr. de fleurs d'Oranger, autant de Roses ; 70,000 kilogr. de Violettes, autant de Jasmins ; 3o,ooo kilogr. de Tubéreuses, autant de Résédas, dans une année.
Nous n'aurions garde d'oublier les Immortelles. Lancé depuis i8i5, l'Hélichryse ouGnaphale d'Orient a fini par se substituer aux Céréales dans les sols caillouteux de Bandols, le Beausset, La Cadière, Ollioules et Saint-Nazaire, près de Toulon, où il épanouit ses capitules coriaces et jaune doré. La production en est immense ; que l'on
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juge d'après les funérailles nationales où les fleurs françaises ont été la sympathique expression des sentiments universels !
Le littoral est couvert de Violettes ; Grasse et Pégamas, entre autres, ne peuvent plus répondre aux commandes toujours pressantes. Les jardiniers de Toulouse et d'Angoulême se sont livrés à cette culture facile et lucrative, surtout en hiver, avec un simple abri vitré ; des maraîchers y consacrent jusqu'à 2,000 mètres carrés.
Nous terminerons cette rapide revue florale par le dernier épanouissement de l'année, le Chrysanthème. Tout en gardant ses cantonnements et stations à Toulouse, Valence, Grenoble, Lyon, Ghâlon, Paris, Troyes, Bourges, Épernay, Nancy, jusqu'à Douai, Roubaix, Lille, Arras, la « Fleur d'or » a envahi le territoire, y faisant naître des spécialistes, des livres, des expositions, et passant du champ du repos au salon ou à la salle des fêtes avec un égal succès !
Culture forcée des plantes à fleurs.
L'énumération qui précède laisse entrevoir les spécialités et la localisation des cultures de plantes forcées à fleurir à contre-saison.
Le forçage des fleurs, industrie née avec le siècle, réclame un talent d'observation et des aptitudes spéciales chez les cultivateurs.
Chaque espèce a son tempérament et sa manière de développer ses inflorescences.
L'expérience, seule, indique au praticien les travaux préalables ou complémentaires de l'éducation première de la plante, de sa préparation au sacrifice, en la laissant jeûner ou en l'engraissant, la taillant ou la conservant intacte, simplifiant ou multipliant les empotages , réglant les composts, les mouillages , obstruant ou favorisant les courants d'air et les rayons de soleil, et surtout fixant le degré graduel ou régulier de la température et la durée du supplice.
Tout cela exécuté avec une surveillance continuelle et minutieuse.
C'est mieux qu'une industrie, c'est un art ; en tout cas, c'est un travail utile à la population, et fructueux pour celui qui l'exerce.
Veut-on quelques exemples ?
Le Staphylier de Colchide, aux grappes nacrées, et la Viorne Boule de Neige, dont le nom est suffisamment caractéristique, fleurissent au bout de quinze jours, étant bien aérés, et se contentent de -f- i5°, tandis que le Lilas blanc se refuse au forçage, et que le Lilas rouge produit des grappes blanches, sous -f-3o° pendant vingt*deux jour s, sans redouter l'obscurité.
Au Gardénia et au Deutzia, le pincement de la jeune poussé Voisine de la fleur empêche l'étiolement de cette dernière. Leur
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empotage préalable aura moins d'une année de date, alors que les Pruniers et les Pêchers de Chine en exigent le double.
Un mois de serre suffit à l'Œillet, avec +6 à 120, pour arriver à point ; il faudra quatre mois au Pélargonium, et une température initiale de -f- 8° qui s'élèvera à -f 160.
Plus ligneux, l'Hortensia réclame -f 200 et six semaines de chauffe, une aération bien comprise et des arrosages au purin. Le Gloxinia, plus tendre, préfère des bassinages à l'eau d'égout.
Capricieuse sur le calcaire, la Jacinthe de Hollande redoute les poteries neuves ou non baignées préventivement. La mise sur couche lui est indispensable, comme aux Tulipes hâtives, alors que la Jacinthe romaine peut s'en passer.
Au-dessus de -f 120, le Diélytra perd la fraîcheur de son teint. Le double de chaleur et l'engrais liquide favorisent l'épanouissement des thyrses charmants de l'Hotéia, tandis que la Violette de Parme dégage son parfum, tout l'hiver, sous un châssis froid.
Le choix des variétés n'est pas une valeur négligeable, si l'on ne veut pas s'exposer à perdre temps et argent.
L'Œillet remontant s'épanouit docilement, à la chaleur artificielle. On n'éprouve aucune déception en choisissant parmi les suivants :
Coloris blanc : La Neige, Madame Charles Molin, Miss Moore ;
Carné : Enfant de Nice, Madame Dutfoy ;
Strié : Madame Biessy, Giraud, Lafontaine, William Harwey ;
Canari : Comtesse de Paris ;
Rubané : Jean Sisley, Laurent Pellet;
Rose tendre : Chateaubriand, Madame Ernest Bergman, Merveilleux, Pierre Forelle ;
Rouge : Alégatière, Jean-Pierre Nugue, Roi des rouges;
Pourpre et violet : Docteur Raymond, Roi des Violets.
Une fleur non moins fine et parfumée, le Muguet... fait remuer des millions de francs, en France, dont un million pour la capitale.
Comme lui, la Violette de Parme et d'autres variétés sont recherchées, que le bouquet soit ample... ou simple miniature.
Le Cyclamen suit leurs traces, et tient sa place au salon et dans les corbeilles de fêtes, après une élaboration de dix-huit mois à l'officine horticole.
A côté de l'obscur Réséda, aux senteurs agréables, toujours bien accueilli, le fleuriste de banlieue élève des Orchidées pour le Quai, à tout vent. La spéculation en a été d'autant plus fructueuse que la fleur, sur pied ou cueillie, « tient bien » ; jusqu'ici, elle était restée l'apanage de l'aristocratie. Il a fallu chercher des espèces avantageuses à cultiver pour le producteur, faciles à conserver par l'acheteur^
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Les genres Aerides, Cattleya, Gœlogyne, Cypripedium, Dendrobium, Epidendrum, Lœlia, Lycaste, Masdevallia, Odontoglossum, Oncidium, Phalaenopsis, à floraison souvent hivernale et parfumée, ont réalisé ce double désir.
Déjà l'Odontoglossum Alexandrse, hôte exclusif des serres basses, ajoute une note élégante au bouquet de cérémonie, au service d'une table à la mode, à la toilette simple ou savamment combinée de la femme.
Ah ! si l'on connaissait toutes les ressources, tous les secrets de l'art raffiné de la bouquetière ! A ses fournisseurs elle commande les fleurs qu'elle est certaine de faire valoir au magasin, par une apparence toute naturelle, ou montées en gerbe, en couronne fardée d'un simple nœud de ruban, ou jetées sur une vulgaire vannerie.
Et l'artiste chargé de décorer une salle de gala, de réception ? Avec quel sentiment délicat, il groupe les verdures et les fleurs ! Quel luxe de festons, de guirlandes et d'astragales chamarrés de Lilas, de Roses, d'Hortensias, d'Œillets, de Pivoines, de Gamellias, de Boules de Neige, de feuillages et de Fougères...
L'Horticulture peut produire à profusion. La consommation est en mesure de lui répondre.
Combien d'espèces ont été essayées par le praticien ; une fois le stage fini, la situation acquise, combien de variétés passent chez le petit cultivateur et gagnent le Quai aux fleurs, l'étiquette du nom étant trop souvent dénaturée ou absente ?
Combien de Rosiers ont été expérimentés avant que l'on classe, au premier rang de la forcerie, Rose de la Reine et Paul Neyron ; puis la France, Madame Boll, Jules Margottin, Captan Christy, Général Jacqueminot, Baronne de Rothschild, Merveille de Lyon, Duchesse de Cambacérès, Anna de Diesbach, Ulrich Brunner, Magna Charta, parmi les Hybrides; la Noisette Lamarque; Portland rose du Roi ; les Ile-Bourbon Mistress Bosanquet, Souvenir de la Malmaison ; les Thé Maréchal Niel, Niphétos, Safrano, Gloire de Dijon, Belle Lyonnaise, Madame Falcot, Homère, PapaGontier, Paul Nabonnand, Madame Bérard, Madame Chedane-Guinoisseau ; le Bengale Sanguine et le Cramoisi supérieur ?
Hâter la floraison du Camellia est facile avec Alba plena, Eclipse, Lavinia Maggi, Variegata, Donckelaari, Nobilissima, Lefebvriana, Chandleri elegans, Tricolor, Swetti de Golville, Iride. Au contraire, la prolongation ou le retard de la floraison s'applique au Prince Albert, Mathotiana alba, Henry Fabvre, la Vestale, Verschaffelti, Robertsoni, Leeana superba, Valtevaredo, Innocenza, Candidissima.
Parmi les arbustes élevés en terre de bruyère, l'Azalée offre de
grandes ressources à la culture forcée ; en première saison : Madame Vander Cruyssen, Pauline Mardner, Sigismond Rucker, Deutsche Perl, Punctulata, Versicolor, Narcissiflora simple ou double. En deuxième saison : Bernhard Andréa alba, Apollon, Mademoiselle Marie Planchon, Joseph Bernard, Alba speciosa plena, Phcebus, Camille Vervaene, Dame Mélanie, Paul de Schryver, Raphaël.
Les Azalea Mollis, liliiflora et pontica, le Kalmia, l'Andromeda se prêtent aussi à la culture hâtée.
Dès novembre, les Rhododendrons précoces : Madame Masson, Glio, Boule de Neige, Altaclarense, Madame Wagner, Rembrandt, Vesuvius, Prince Camille de Rohan, Duc Adolphe de Nassau, Alexandria, Madame Bertin, Princesse Alice, peuvent être rentrés en serre et tenus au thermomètre, insensiblement jusqu'à -f- 24°, au moment où le bouton s'entr'ouvre. Les Rhododendrons à retarder seraient : Député Georges Berger, Alexander Addie, Lefebvrianum, Evelyn, Madame Didier.
Au Quai, vous trouverez à bonne heure les Pélargoniums grandiflores Gloire de Paris, Vénus, Bosc, le Printemps, Gloire de Crimée,
Le Lis de Harris, dit des Bermudes, épanouit sa corolle avant les autres espèces japonaises, sans réclamer beaucoup d'eau, contrairement au Richardia ou Calla d'Ethiopie.
A partir de décembre, les Freesias pourront être mis à chaud à-{-i80, en plusieurs périodes, aussitôt que les feuilles commencent à s'allonger. Un bon compost ordinaire leur suffit, et une serre froide préalable, pendant que l'Amaryllis à rubans se nourrit dans la terre de bruyère et sur couche tiède de + 180. Avant et après le forçage, le mode de végétation des Libonias et du Cytise élégant ou à grappes, de floraison précoce et abondante, autorise le pinçage des rameaux en sève, mais l'interdit au Chionanthe et au Dierville rose.
A l'un, la chaleur artificielle ; à l'autre, une chaleur de fond, ou le châssis froid. Celui-ci réclame l'étouffée, tel autre préfère une aération raisonnée. Ici, la sécheresse; là, une saturation réfléchie d'humidité.,, Ainsi que nous le disions, la pratique seule permet de connaître ces petits détails, qui ont leur importance pour les résultats.
Sur tous les marchés, on rencontre des plantes bien dressées, parfaitement réussies, comme port et floraison ; la plupart du temps, le cultivateur en ignore le nom, et il est bien rare qu'il confie à son voisin ses secrets de travail.
Nous avons indiqué précédemment les principales localités renommées pour leurs cultures forcées et la nature des végétaux traités de cette façon,
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