IX. — Etablissements horticoles
Le progrès de l'horticulture moderne marehe parallèlement avec la prospérité des Établissements qui multiplient et propagent les arbres, les arbustes et les fleurs. L'un actionne l'autre.
Dans ce mouvement d'ensemble, la facilité des transactions commerciales apporte son tribut ; les pays jusqu'alors inexplorés se laissent fouiller à indiscrétion. Le jardinier, plus instruit, invente et crée lui-même des plantes nouvelles, répondant ainsi aux désirs d'un public toujours insatiable.
C'est ainsi que se sont implantées, sur tous les points du territoire, des pépinières, des serres et des bâches dont l'exploitation est devenue une source de richesses de l'agronomie et de l'industrie nationales.
Jetons un coup d'œil sur les principales branches de l'horticulture productive et commerciale, laissant de côté la section maraîchère qui fait l'objet du paragraphe VI (p. 424 et suivantes).
Pépinières. — Vers la fin du siècle dernier, Orléans, Vitry- sur- Seine, Lieusaint (alors Lieursaint), Metz, Bollwiller, Tarascon, Annonay, Angers étaient les principaux centres de pépinières.
La Révolution ayant supprimé la célèbre Pépinière des Chartreux, installée sur l'emplacement actuel des Jardins du Luxembourg depuis i65o, l'État organisa quelques cultures au Roule, à Trianon, à Versailles, et le Ministre de l'Intérieur, François de Neufchâteau, adressa, le 22 fructidor an V, une circulaire aux préfets les invitant à créer des pépinières départementales.
Quelques années plus tard, son successeur, Chaptal, demandait à en étendre les bienfaits aux-arrondissements.
Les administrations firent ensuite planter les routes et boiser les friches, choisissant des arbres fruitiers ou des essences industrielles.
La guerre arrêta l'essor de ces beaux projets ; on revint aux pépinières libres. Des chefs de culture se dispersèrent et travaillèrent à leur compte, ou tenant une succursale, ou colportant les marchandises produites parles anciennes maisons.
Mais un arbre ne se fabrique pas dans le cours d'une année, comme les légumes et les fleurs ; la confiance du client ne s'acquiert pas de prime-abord, quelles que soient les bonnes intentions du cultivateur.
Ces deux conditions entraînent fatalement une certaine lenteur dans les résultats financiers d'une jeune entreprise ; aussi voit-on
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parfois des Établissements horticoles basés sur l'alliance du travail et de la finance.
Enfin, après la période guerrière, les plantations reprirent leur cours. L'amélioration de la navigation , le développement du réseau de grandes routes et de chemins ruraux, et l'invention des voies ferrées à transport rapide modifièrent le système économique de l'exploitation commerciale des jeunes arbres.
Les Etablissements sérieux, qui ont pris pour base d'opérations la livraison de bons arbres, soigneusement déterminés, ont vu s'étendre leurs débouchés et, par suite, leurs cultures.
Des centres, jouissant déjà d'une notoriété locale, ont acquis ensuite une réputation qui dépasse la frontière départementale ou nationale.
Nous les rencontrons d'abord autour de Paris, région de Sceaux, Bourg-la-Reine, Ghâtenay, Fontenay-aux-Roses ; région de Bougival, Saint-Michel, Louveciennes ; autour des grandes villes, Lyon, Bordeaux, Marseille, Nantes, Rouen, Lille et leurs départements, approvisionnant les planteurs et les compagnies de transport.
Au même titre, nous devons signaler les Pépinières de Versailles, Tours, Nancy, Melun, Meaux, Mortefontaine, Betz, Noyon, Fismes, Château-Thierry, Suisnes,Troyes, Langres, Dijon, Besançon, Amiens, Bernay, Lisieux, Gaen, Rennes, Gennes, Le Mans, Poitiers, Agen, Toulouse, Montauban, Montpellier, Gabannes, Trévoux, Bourg, Mâcon, Ghâlon, Sennecey, Limoges, Bourges, Montélimar, Bagnolssur-Cèze, Pierrelatte ou leurs parages, suivant les milieux plus ou moins favorables à la production et à la vente des sujets.
En dehors des cultures générales, qui sont l'apanage des maisons anciennement établies, ou jouissant de capitaux suffisants et d'un personnel expérimenté, des spécialités se sont localisées avec quelques fluctuations qui paraissent ou disparaissent de temps en temps.
Ainsi, tout en cultivant la généralité des arbres et arbustes, Orléans fabrique, par millions de sujets, les jeunes plants fruitiers, forestiers, résineux, d'utilité ou d'ornement, par semis, bouture ou greffe, et les exporte dans les cinq parties du monde.
Le Calvados, l'Eure, le Maine-et-Loire, les Vosges approvisionnent également les pépiniéristes et les forestiers de jeunes sauvageons semés en plaine ou repiqués en nourrice.
Les arbustes de terre de bruyère et les Clématites sont produits de Paris à Versailles, d'Orléans à Nantes, sur le littoral de la Manche et de l'Océan.
Au climat de l'Ouest reviennent les végétaux toujours verts.
Les Rosiers à tige se cantonnent à Brie-Comte-Robert, Angers,
Lyon et leur voisinage. Les sujets nains sont écussonnés sur semis d'Églantier, à Lyon, ou greffés sur racines par centaines de mille à Orléans et Olivet, ou sur bouture de Bengale-Thé à Nice, Cannes et Golfe-Juan, toutefois par quantités plus modestes.
D'immenses champs de Lilas sont en culture à Vitry et Ivry, aux portes de Paris, prêts à fournir la serre au forçage.
Les arbres fruitiers en bonne, « marchandise marchande », se font à Vitry-sur-Seine, Doué-la-Fontaine, Blois, Cabannes et dans l'Aube, la Haute-Marne, la Somme, la Gôte-d'Or, Seine-et-Marne, Seineet-Oise, le Doubs, la Haute-Saône, Saône-et-Loire, Ain, Rhône...
Les arbres fruitiers dressés ou formés, à Paris, Bourg-la-Reine, Ghâtenay, Bougival, Louveciennes, Vitry, Suisnes, Troyes.
Les arbres à cidre, en Normandie, en Bretagne, en Picardie, à Doué, Troyes, Genneviliiers, Ghâtenay, Vallée d'Aunay, Vitry (Seine). Les Noyers greffés se confinent dans l'Isère et l'Ain. Les arbres d'alignement sont en grande culture et les Conifères occupent les terrains sablonneux purs ou composés.
Les Platanes prennent de la vigueur sur les sols irrigués de Ghâteaurenard et Boulbon.
Les Peupliers, élevés par milliers dans l'Aube, l'Yonne, la Marne, l'Aisne, Seine-et-Marne, Loiret, Sarthe, restent rarement invendus. Les Orangers et Citronniers, région de Nice, Cannes, Solliès-Pont, La Crau-d'Hyères, et dans l'île de Corse, où résident encore des pépinières officielles, se greffent à l'air libre et en pleine terre.
Le greffage de la Vigne, imaginé dans le but de lutter contre le phylloxéra, ayant réussi, certaines maisons ont modifié leur mode de travail, se consacrant à l'élevage de sarments ou de plants greffés. Au xvme siècle, les premiers catalogues parus portent déjà l'empreinte d'une grande loyauté dans les descriptions des végétaux et les relations d'affaires. Tels sont ceux des Frères Chartreux, à Paris; des frères Baumann, à Bollwiller ; de Simon Louis, à Metz ; de Charles-Thomas Alfroy, à Lieursaint ; de Vincent Transon, à Orléans; des frères Audibert, à Tarascon; Jacquemet-Bonnefond, à Annonay; Gels, à Paris; Leroy, à Angers ; Baltet-Petit, à Troyes...
Aujourd'hui, les difficultés de la main-d'œuvre s'accroissant et la cherté des salaires s'accentuant, le praticien a dû simplifier les systèmes de culture. Labour du sol à la charrue, arrosage à l'aide de réservoirs et d'irrigations, arrachage des arbres à la machine font partie de ces améliorations économiques.
Les procédés de multiplication par le semis, le bouturage et le greffage ont été perfectionnés et peuvent être pratiqués en toute saison, avec le concours d'étouffoirs, d'abris vitrés et de chaleur factice,
Les travaux de culture et d'entretien se font à la journée ou à la tâche.
L'étendue des pépinières françaises est d'environ 20,000 hectares. Le chiffre total d'affaires dépasse certainement 5o millions de francs.
Les bénéfices réalisés par l'impression des catalogues et circulaires, et par l'administration des Postes, et les compagnies de transport sont considérables.
On évalue à 3, 000 le nombre des chefs pépiniéristes, en France, et à cent fois autant la totalité des ouvriers et apprentis ; ces chiffres ne sauraient être fermes, à cause des manouvriers supplémentaires, à l'époque des travaux de défoncement, d'arrosage et d'arrachage des plants.
Les terrains affermés le sont par bail à long terme ou à bénéfices partagés. Le repos du sol s'obtient par la rotation des cultures, sans jachères ; après une pépinière, la terre se prêtera mieux aux emblaves de céréales, fourrages et autres plantes économiques ou industrielles.
Floriculture. — La culture et le commerce des plantes et des fleurs sont quelquefois l'annexe de la pépinière, l'auxiliaire du potager ; ce qui nous intéresse ici, ce sont les établissements spéciaux.
D'abord les arbrisseaux et arbustes à fleurs sont élevés chez les arboriculteurs : les Lilas, Aubépines, Spirées, Diervilles, Géanothes, Staphyliers, Pivoines, Althéas, Cytises, Deutzias, Seringats, et les arbustes verts. Le jardinier fleuriste s'approvisionne auprès d'eux.
Il agit de même à l'égard des plantes de terre de bruyère, Azalées, Gamellias, Rhododendrons, Kalmias, Andromèdes, Ericas, Eugénias, Hortensias, qu'il saura ensuite amener à fleur, en temps opportun.
Quant aux Rosiers, souvent le fleuriste leur consacre une partie de son terrain ou de ses bâches à multiplication. Généralement, il préfère demander ses plants aux rosiéristes, ses confrères.
L'œuvre capitale de la floriculture s'entend plutôt avec les plantes molles de pleine terre et tous les végétaux de serre.
Les plantes annuelles, bisannuelles ou vivaces sont cultivées aux environs de Paris, pour la vente de la fleur et la production de la graine; et en Provence, pour la fleur et la semence. Ce genre de culture nécessite un assez grand terrain, avec un certain nombre de couches, de châssis ou de bâches.
Dans les pages précédentes, nous avons signalé les spécialités de la banlieue de Paris, pour les productions forcées ou de saison normale, nous n'y reviendrons pas ; ce sont des établissements de modeste apparence, fabriquant une quantité de végétaux et chez lesquels les négociants et les grandes maisons s'approvisionnent à l'occasion,
La province, — suivant l'expression consacrée — a des centres de
production d'arbustes et de plantes qui méritent d'être cités. Les renseignements ci-après, recueillis hors du rayon de Paris,
compléteront notre inventaire sommaire :
Ajaceio. — Bulbes à fleurs, Cyclamens, Freesias, Lis, Pancratiums,
Amiens. — Plantes de pleine terre, de serre et d'appartement.
Angers et environs. — Azalées, Bruyères, Gamellias, Gléthras, Gypérus, Érythrines, Ficus, Fougères, Gardénias, Grcvilléas, Grenadiers, Dracénas, Hibiscus, Hortensias, Jonquilles, Hotéias, Kalmias, Araucarias, Œillets, Passiflores, Glivias, Orangers, Rynchospermums, Rhododendrons, Palmiers, Lauriers, Anémones, Violettes, Phormiums, Plantes vivaces.
Avranches. — Œillets, Azalées, Gamellias, Rhododendrons.
Caen. — Anémones, Renoncules, Chamœrops, Pivoines.
Châlons -sur-Marne. — Fuchsias, Pétunias, Résédas, Cannas, Glivias, Galadiums, Bégonias, Plantes à feuillage et à mosaïculture.
Châtellerault. — Bambous.
Cherbourg. — Rhododendrons himalayens, Dracénas, Fougères, Ficus, Aralias, Phormiums, Fuchsias, Pensées.
Dijon. — Pélargoniums, Verveines, Fuchsias, Pétunias.
Épinal. — Plantes de parterre et de garniture.
Fontainebleau. — Agapanthes, Cyclamens, Galtonias, Glaïeuls, Hellébores, Hortensias, Lis tigré, Pensées, Muguets.
Golfe Juan. — Aspidistras, Ophiopogons, Palmiers, Aralias.
Hyères. — Palmiers, Orangers, Nériums, Bambous, Arbustes et Plantes exotiques, Plantes grasses, Plantes bulbeuses.
Ille-sur-Tet. — Mimosas, Violettes, Plantes vivaces.
La Crau d'Hyères. — Palmiers, Orangers, Plantes bulbeuses, Bambous, Anémones, Giroflées, Muguets, Violettes.
Le Havre. — Plantes de garniture, de parterre et de salon.
Le Temple -sur -Lot. — Plantes aquatiques.
Lille et environs. — Pélargoniums grandiflore et zone, Bégonias, Fuchsias, Cannas, Dahlias, Glaïeuls, Chrysanthèmes, Clivias, Plantes bulbeuses et de décor, Nouveautés.
Lyon et environs. — Bouvardias, Cannas, Dahlias, Pélargoniums, Pétunias, Verveines, Fuchsias, Lantanas, Nériums, Plantes de corbeilles et de décor, Plantes aquatiques (à Oullins).
Marseille. — Bégonias, Gesnérias, Glaïeuls, Cyclamens, Richardias, Ophiopogons, Agaves, Aloes, Plantes vivaces.
Melun. — Glaïeuls, Ognons à fleurs, Chrysanthèmes, Fuchsias, Verveines, Plantes vivaces ou annuelles, Plantes de garniture,
Milly. — Plantes aromatiques et médicinales.
Montpellier. — Nériums, Chrysanthèmes, Dahlias, Cannas.
Moulins. — Amaryllis, Orchidées, Broméliacées, Fougères, Azalées, Camellias, Rhododendrons, Bégonias, Nouveautés.
Nancy. — Pélargoniums, Pétunias, Fuchsias, Verveines, Bégonias, Glaïeuls, Montbretias, Delphiniums, Streptocarpus, Plantes d'appartement et de garniture.
Nantes. — Arbustes de terre de bruyère, Araucarias, Plantes bulbeuses et autres de pleine terre.
Nice et région. — Primevères, Œillets, Cinéraires, Nériums, Grevilléas, Orangers, Scabieuses, Muguets, Plantes bulbeuses, Jacinthes romaines, Araucarias, Arbustes australiens.
Orléans. — Azalées, Pivoines, Pélargoniums, Hortensias, Bruyères, Choisyas, Tritomas, Fougères rustiques, Plantes vivaces.
Poitiers. — Araucarias, Fuchsias, Cannas, Pétunias, Verveines, Coléus, Salvias, Fougères, Broméliacées, Nouveautés.
Reims. — Plantes de parterre, de décor et d'appartement.
Rennes. — Plantes de serre, à fleurs, et à feuillage ornemental.
Rouen. — Azalées, Camellias, Rhododendrons, Orchidées, Fuchsias, Broméliacées, Fougères, Pélargoniums, Nouveautés.
Saintes. — Clivias, Bouvardias, Hortensias, Aspidistras, Tritomas, Aralias, Dracénas, Broméliacées, Pensées.
Saint- Clément (Maine-et-Loire). — Azalées, Hotéias, Aspidistras, Rhododendrons, Araucarias.
Toulon. — Jacinthes romaines.
Toulouse. — Chrysanthèmes, Dahlias, Cannas, Violettes, Plantes de serre et de pleine terre.
Troyes. — Dahlias, Cannas, Chrysanthèmes, Glaïeuls, Œillets, Pélargoniums, Plantes annuelles ou vivaces.
Versailles. — Plantes de serre chaude, tempérée ou froide, Azalées, Orangers, Rhododendrons, Kalmias, Camellias, Orchidées, Broméliacées, Fougères, Dracénas, Palmiers, Phormiums, Crotons, Ficus, Aspidistras, Anthuriums, Caladiums, Amaryllis, Cyclamens, Asparagus, Plantes d'appartement. L'exploitation d'un fleuriste commercial nécessite une certaine
mise de fonds, un outillage bien entretenu et, avant tout, une
direction intelligente et active.
Le patron demeure à l'établissement ; les ouvriers, employés et
apprentis restent au dehors, sauf quelques-uns pour les travaux du
soir et la surveillance de nuit.
Un matériel solide et en bon état comprend habituellement : Des serres, bâches, châssis et cloches, pour la multiplication et la
conservation des végétaux ;
Des appareils de chauffage et d'arrosage et leur alimentation ;
Un outillage de culture et de transport; donc, cheval et voiture;
Des claies, toiles, paillassons, tuteurs et baguettes de palissage ;
De la poterie : terrines, pots et godets ; caisses et bacs ;
Des terres de bruyère, terreaux, composts, engrais, fumiers, etc.
La confection des bouquets et parures de fleurs nécessite' des bâtiments et des accessoires particuliers.
Le personnel doit savoir entretenir et réparer l'outillage.
La production des plantes sera combinée de façon à pouvoir approvisionner les diverses époques de vente, les fêtes, les marchés, etc., et à alimenter l'entreprise et la garniture des parterres et des corbeilles fermes ou renouvelées des parcs et des jardins d'agrément, ainsi que le décor des appartements.
Graines. — La semence est un facteur puissant de l'horticulture pratique. Potager, pépinière, parterre, serre ou orangerie trouvent dans les graines le point de départ de l'œuvre culturale.
Tout le inonde sait combien est précieuse la semence de légumes, d'arbres ou de fleurs que l'horticulteur confie à la terre. Il est absolument nécessaire que la graine soit saine, pure de race et qu'elle possède toutes les chances de germination. On l'obtient dans ces conditions en la récoltant soi-même ; sinon il convient d'en remettre le soin à une personne de confiance, capable de vous en garantir l'identité et la qualité.
Nous avons dit que le maraîcher réservait un emplacement à ses porte-graines. Le fleuriste prend les mêmes précautions ; l'un et l'autre doivent être certains de la valeur des graines ou des jeunes replants qu'ils vont cultiver ou livrer à leur clientèle.
Le pépiniériste ne trouve pas aussi facilement à faire ses provisions de semences. Il lui faut de grandes quantités de pépins, de noyaux, d'osselets, de glands, de noix, de samares... enfin de tous les principes du semis d'arbres et d'arbustes.
Des intermédiaires se chargent de les lui procurer ; il n'aura pas moins les opérations préalables d'hivernage et de stratification.
A proximité des centres d'éducation des plantes, le métier de ramasseur de semences, dans les bois, les haies, les friches, les parcs et les jardins est assez lucratif.
Cependant, en même temps, une industrie s'est créée, la graineterie ou grainerie ; elle a pris des proportions considérables.
Son but est de cultiver ou de faire cultiver des types de plantes qui deviendront des porte-graines, d'en récolter la semence et de la livrer à leur clientèle.
En dehors des graines, ces maisons s'occupent d'ognons, de bulbes, de rhizomes, de tubercules, jusqu'aux jeunes replants et au blanc de Champignon. Elles ont à leur service des employés chargés de fournir la matière première à la succursale, d'en surveiller la culture et la sélection, de contrôler la récolte.
Malgré les contrats signés à l'avance, la loyauté doit présider de part et d'autre à ces transactions.
Le directeur des cultures sait éviter les croisements fâcheux et les hybridations inutiles ou nuisibles, en plaçant à une distance raisonnable de leurs congénères les plants reproducteurs des espèces sujettes à ces causes de dégénérescence.
D'autre part, la nature différente des sols et des climats réclamés par chaque sorte de plante ne permet guère de grouper, sur un point unique, une exploitation de ce genre. Au contraire, le service commercial et la manipulation des marchandises, nettoyage, épuration, paquetage, vente, expéditions..., peuvent être réunis.
Aussi, les établissements d'une certaine envergure ont-ils des succursales ou des tenanciers sur plusieurs points de la France, même en Algérie, en Australie, au Japon, aux Etats-Unis... où les espèces sensibles à notre température variable peuvent arriver à la maturité complète des éléments aériens ou souterrains de reproduction végétale.
La production des semences s'est ainsi disséminée sur notre territoire, tout en fondant, ça et là, des établissements sérieux qui s'y livrent et en font commerce.
Combien de noms honorables ont surgi, transmettant une réputation intacte à leurs successeurs ! Vilmorin, Jacquin, Bossin, Louesse, Tollard, Thiéry, Tripet, Simon, Jacquemet-Bonnefond, Guénot, Loise, Duvivier... appartiennent à l'histoire de la grainerie française.
Un exemple frappant de la science héréditaire, de la loyauté proverbiale, et d'une renommée qui plane sur les Deux-Mondes, n'est-il pas fourni à chaque génération par la famille de Vilmorin ?
Depuis son alliance avec les Andrieux, en 1774» sur l'emplacement actuel du siège social, à Paris, son extension est parlante.
i° Jardins d'essais, magasins d'approvisionnements et bureaux d'expéditions à Reuilly, reliés à une gare de chemin de fer ;
20 Champs d'expériences et de production florale ou maraîchère à Verrières, tenant à un parc d'arbres d'ornement ou forestiers.
N'avons-nous pas dit (page 297) qu'un des Vilmorin avait donné à l'État, en 1826, le domaine des Barres, où se trouve installée l'Ecole forestière de ce nom ?
3° Ferme de Saint-Fiacre, consacrée à l'étude comparée des Céréales,
des Fourrages, des Betteraves et autres plantes de grande culture, relativement à la qualité et au rendement ;
4° Station d'Antibes, peuplée de végétaux qui ne pourraient devenir prolifiques et féconds, sous un ciel moins clément.
Ajoutons un matériel approprié à la ventilation, au triage, au criblage, à l'emmagasinage des semences et à la préparation des commandes, etc.
Un pareil développement de moyens d'action a forcé la création d'annexés, qui sont à la fois le corollaire et le moteur de la prospérité générale.
Station d'essai des semences, constatant leurs facultés germinatives.
Laboratoire d'analyses, titrant la richesse alimentaire ou industrielle de la récolte.
Ateliers de peinture et de modelage, fixant le portrait des plantes florales ou maraîchères, en instance ou en délibéré.
Galerie-musée d'échantillons, de collections et de spécimens.
Gaves, souterrains et sous-sols destinés aux tubercules, racines, bulbes, rhizomes, plants, porte-graines, etc.
Imprimerie affectée aux rapports d'intérieur, aux étiquettes, aux indications imprimées sur les sachets de graines ou de bulbes..,
Atelier des racommodeuses de sacs.
Magasin pour les préparations, combinaisons et mélanges des semences destinées aux prairies et aux pelouses de jardin.
Quel chemin parcouru, depuis le Catalogue de 1771, et celui de 1776 « à l'enseigne du Goq delà Bonne-Foi, près l'Arche-Marion... chez les sieurs Andrieux et Vilmorin, Marchands-Grainiers-Fleuristes et Botanistes du Roi et Pépiniéristes »... jusqu'au Catalogue descriptif moderne et aux ouvrages ou albums instructifs, illustrés en noir ou en couleur, publiés aujourd'hui par la maison Vilmorin- Andrieux et Cie ?
Get établissement unique n'a pas cessé de vivre et de fonctionner sur ses propres ressources.
L'augmentation du personnel a marché parallèlement avec l'accroissement des affaires. Les quelques garçons de magasin d'il y a i5o ans, sont devenus plus de 5oo employés : jardiniers maraîchers ou fleuristes, expéditionnaires et expéditeurs, inspecteurs de cultures, voyageurs* comptables* paqueteurs et emballeurs. Les plus capables deviennent chefs de section ou de service, et intéressés dans les bénéfices* par un système ingénieux et philanthropique.
C'est la véritable association syndiquée du travail* de l'intelligence, du capital, de l'épargne et des services rendus,
Les chefs de la maison Vilmorin, successivement appelés à faire partie des grandes Sociétés d'agriculture et d'horticulture, n'ont jamais manqué de communiquer à leurs collègues le résultat de leurs recherches culturales ou de sélection, de fécondation ou d'application.
Voici, d'ailleurs, un résumé des conquêtes et des trouvailles les plus récentes, inédites, gagnées ou propagées par cet établissement :