I. — ROYAUME DE POLOGNE
École d'Horticulture. — Nommé jardinier-chef du Jardin pomologique de Varsovie, en 1874» M. Edmond Jankowski, licencié ès-sciences naturelles de l'Université de Varsovie 187 1, lauréat de notre École d'horticulture de Saint-Mandé 1873-1874, s'efforça de propager sa science dans son entourage, en quoi l'ont puissamment aidé MM. Georges Alexandrowitch, professeur de botanique, et les habiles praticiens Ladislas et Joseph Kaczynski, ainsi que François Szanioz, chef des plantations de Varsovie.
Trois ans après, ils jetèrent les bases de l'École d'horticulture théorique et pratique de Varsovie. Le gouvernement sanctionna le projet, et l'inauguration eut lieu au mois d'octobre 1879.
Des amateurs se cotisèrent et couvrirent les frais d'entretien s'élevant à 20,000 francs.
Un personnel distingué fut placé à la tête de chaque service.
L'enseignement fut ainsi donné à bon nombre de jeunes jardiniers qui venaient de divers points de la Pologne pour se fortifier dans la pratique raisonnée de la fruiti culture, du maraîchage, de l'arboriculture et des pépinières.
Mais la retraite forcée de M. Alexandrowitch, le concessionnaire de l'établissement, provoqua la fermeture de l'Ecole, en 1886.
Depuis quelques années une École privée de jardinage a été créée à Czestochowa, par M. Charles Zawada.
Les jeunes gens qui désirent s'instruire d'une façon plus étendue se dirigent vers les Ecoles d'horticulture de France, de Bohême, de Belgique et d'Allemagne.
Sociétés d'Horticulture. — La plus importante association horticole, la Société d'horticulture de Varsovie, date de 1884.
Le journal Le Jardinier polonais « Ogrodnik Polski », à peine né, la dota d'une provision de 4>°°° francs, comme fonds de réserve. Cette somme provenait d'une exposition de Roses ouverte en 1882 par ce journal, secondé par le jardinier impérial M. Wanasek.
M. Ladislas Kaczynski rédigea les statuts de la nouvelle Société.
Plus tard, l'ingénieur Joseph Sporny léguait à la même société un capital de 3o,ooo roubles, capital qui, par les intérêts accumulés ne tardait pas à doubler et permettait de réaliser les intentions du bienfaiteur :
Création d'un jardin d'expériences ; extension de la Bibliothèque ;
Développement des collections botaniques, pomologiques, dendrologiques et pathologiques.
En 1894, la Société a acheté pour son domicile une magnifique propriété nommée « Bagateta » sur les limites de la ville, composée d'un palais et d'un jardin de 35, 000 mètres d'étendue.
Plus de 5oo membres font partie de cette Société. Les dix séances mensuelles de l'année sont consacrées à l'examen des produits des jardins et des serres ; à la discussion des rapports ; à la tombola des produits présentés ; aux conférences faites par MM. Ed. Jankowski, Hoser, Markiewicz, Joseph Kaczynski, sur l'horticulture, la botanique et l'art des jardins.
Ces conférences ont un succès réel auprès de l'auditoire et les orateurs ont été plus d'une fois invités à les renouveler au dehors.
La Société n'a jamais hésité à récompenser et encourager les jardiniers»
En outre, la Société prime les anciens jardiniers, subventionne les jeunes stagiaires en pays étranger et défend les intérêts des producteurs auprès des Compagnies de transports.
Les expositions publiques sont fort goûtées, depuis la première qui eut lieu en i885, à Varsovie, jusqu'à la dernière, à Lodz, en 1892.
Cours et Conférences. — Depuis l'année 1886, MM. Edmund Jankowski et Josef Kaczynski ont organisé des Conférences et des Cours publics, l'un sur l'arboriculture, l'autre sur les légumes et les primeurs. M. Hoser a quelquefois abordé la culture sous verre.
Les leçons démonstratives sont destinées aux amateurs et aux garçons jardiniers.
La Société avait projeté l'ouverture de conférences nomades dans le pays ; ces bonnes intentions ne purent être réalisées, l'administration n'ayant pas permis que les cours fussent donnés en langue polonaise.
Jardin botanique. — Pendant longtemps l'Université de Varsovie s'était annexé un carré réservé aux simples « Botanika ».
Vers 18:26, un Jardin botanique fut installé au parc de Lazienki. Le professeur Szubert y réunit des espèces rares qui ont laissé comme traces les beaux arbres dont les avenues, les collines et les futaies sont décorées.
De 1866 à i8;8, le Jardin obtint son maximum de développement sous la direction et l'impulsion de Georges Alexandrowitch, doyen de l'Université de Varsovie, secondé par des praticiens expérimentés qui avaient débuté en Allemagne ou en France. La Direction entretint des relations et fit des échanges avec des jardins similaires et parvint à élèvera un rang distingué le Jardin botanique de Varsovie.
De vénérables représentants de la Flore arborescente, de plein air ou de serre, témoignent encore aujourd'hui de la sollicitude des premiers administrateurs. Depuis l'année 1886, l'honorable M. Fischer V. Waldheim est le directeur du Jardin botanique.
École Pomologique. — Depuis 1869, Varsovie possède un Jardin pomologique dû à MM. Dembowski et Alexandrowicz. L'État lui accorda un terrain permettant le transfert en ville de l'ancien Jardin d'expériences de l'Institut agronomique de Marimont.
Sur une surface de douze hectares, une École fruitière et une pépinière organisées d'après les principes du célèbre André Thouin, jardinier-chef du Muséum de Paris, ont réuni les espèces d'arbres et d'arbustes à fruit comestible du continent, pour les multiplier et les
répandre dans les écoles de village, chez les pépiniéristes et les amateurs. La collection est très riche et ne contient pas moins de 2,5oo variétés différentes.
Écoles Dendrologiques. — Sous ce titre, nous comprenons les collections d'arbres et d'arbrisseaux d'utilité ou d'ornement qui, en dehors des parcs publics ou privés, sont groupées ou disséminées dans les Pépinières et les Etablissements de commerce. Les sujets sont classés et numérotés; le propriétaire sait en apprécier la valeur et n'hésite pas à la démontrer à sa clientèle et aux visiteurs.
Nous indiquerons leur siège à l'occasion des Pépinières.
Productions horticoles.
Légumes. — L'exemple donné par les Bénédictins et par les jardiniers français, italiens ou allemands appelés dans les domaines seigneuriaux a porté ses fruits.
Des champs de maigre rapport ont été affectés à la culture de Pommes de terre, Haricots, Lentilles, Pois, Choux, Courges, Raves et Navets, pour les besoins locaux ; et peu à peu les cultivateurs venaient s'y approvisionner.
D'importantes cultures potagères sont à l'ancienne abbaye de Bénédictins de Przybyszew-sur-Pilica, d'où l'on expédie des Concombres hâtifs jusqu'à ioo kilomètres.
Les bords de la Nida et de la Yistule, et surtout les villages qui entourent Varsovie, ont de nombreuses exploitations maraîchères. Il en est qui occupent 2,000 châssis à la production des primeurs.
Les Tomates et les Choux hâtifs sont envoyés, pendant l'été, à Saint-Pétersbourg. Une variété de Chou, assez dure et précoce, est spéciale aux jardiniers de Wola et de Czyste, bourgades suburbaines de Varsovie. Ils en surveillent et conservent scrupuleusement la graine à leur profit.
Les maraîchers des environs de Varsovie, en nombre approximatif de 600, produisent de différents légumes pour la ville contenant 53o,ooo habitants, pour à peu près 3oo,ooo roubles.
Aux portes de Varsovie, la culture de Fraisiers est assez étendue; à Jankow, deux hectares sont consacrés aux Fraisiers : Sharpless, Noble, Victoria, Lucida, cultivés à la charrue, système américain d'un bon rapport.
Fruits. — Le verger « Jankow » de M. Ed. Jankowski, où 8,000 Framboisiers accompagnent les Fraisiers, compte, sur 20 hectares, plus de 6,000 Pommiers, Poiriers, Cerisiers et Pruniers, plantés en
1880 ; à la douzième année, il a fourni 20,000 kilogr. de fruits vendus près de i5,ooo francs à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, à Moscou. La fructification continue en augmentant, et le revenu suit la même progression.
A Otwock, un verger de 16,000 sujets, les deux tiers en Pruniers, le surplus en Pommiers et Poiriers, vend son produit à Moscou, à Varsovie ou aux marchands juifs.
Les Pommes Glogierowka, Reine des Reinettes, Transparente de Groncels y sont les plus estimées, par la résistance de l'arbre, l'aspect et la qualité du fruit.
Les fruits polonais les plus populaires sont, parmi les Poires :
Jedwabnica (Poire de soie), mûrissant en août ;
Ogonatka (Poire à queue), mûrissant en septembre ;
Krolewna (Princesse royale), maturité en septembre, excellent fruit de confiserie.
Et parmi les Pommes :
Brzeczka (faisant du bruit), maturité en octobre ;
Glogierowka (de Gloger), d'automne jusqu'à Noël ;
Kosztela (Pomme du château), mûrissant en hiver ;
Râpa czerwona (Râpe rouge), de bonne conservation, d'hiver;
Zietona (Râpe verte), maturité tardive, d'hiver ;
Zorza (Aurore), gros fruit d'hiver.
Les contrées favorables à la culture fruitière ne manquent pas là-bas. Les Poiriers et les Pommiers des montagnes de Sainte-Croix sont de véritables géants.
Les bords de la Vistule, fertilisés par le limon qui descend des Garpathes, ont des champs plantureux de Pruniers Quetsche. Le fruit s'expédie par wagons dans les grandes villes de la Russie, avec les Cerises, les Guignes et les Griottes de la campagne de Varsovie.
La Poire allemande de Grumkow, connue sous le nom de Calebasse de Plock, est assez recherchée en Pologne, alors que, en France ou en Angleterre, sa qualité laisse à désirer.
Les Poires d'hiver se propagent vite ; le marché polonais voudrait s'affranchir, sur ce point, de la Crimée et du Tyrol.
En général, on compte dans le royaume de Pologne dix millions d'arbres fruitiers.
Parmi les amateurs pomologues, citons MM. Joseph Konczewski, Luszczewski, etc.
Tout récemment, les pépiniéristes varsoviens se sont réunis sous les auspices du Comité fruitier, et ont arrêté la liste des espèces fruitières à propager. A côté des variétés locales, nous retrouvons une partie des bons fruits adoptés en France.
Floriculture. — Depuis une vingtaine d'années, le goût des fleurs a grandi. Plantes de pleine terre ou de serre ornent les jardins, les abris vitrés, les appartements.
Entre toutes, la Rose a pris un développement rapide ; c'est elle qui domine au milieu des parterres et des magasins des bouquetières.
Plusieurs Etablissements se sont créés à cet effet, quoique le Rosier y réclame un hivernage sous bâche, à l'orangerie ou en terre, recouvert de feuilles.
La culture forcée pétersbourgeoise du Rosier est imitée à Varsovie. La maison Ulrich et celle des frères Kaczynski forcent chacune jusqu'à 3o,ooo Rosiers par an.
Le Muguet livré aux étrangers, pour la culture hâtée, occupe 12 hectares chez Ulrich et Hoser. L'exportation annuelle s'élève à trois millions de rhizomes.
Une trentaine de boutiques, en ville, sont affectées à la vente des fleurs et au montage des bouquets. Les fleuristes de la banlieue les approvisionnent.
Pépinières. — La Pépinière a pris une grande extension depuis l'émancipation des paysans, et surtout à la date de 1870 à 1875. Les grands propriétaires n'ayant plus le même nombre de bras à leur service, durent boiser leurs terres ou les transformer en vergers, et accroître ainsi leurs revenus.
Actuellement, Varsovie expédie 100,000 arbres fruitiers par année et trois fois autant d'arbres et d'arbustes d'ornement.
Les plus importantes pépinières sont à Varsovie et aux environs. La firme Gustave Ulrich exploite 3o hectares en sol sablonneuxargileux, et les frères Hoser, 25 hectares.
L'établissement Bardet, à Varsovie, est également considérable et renommé.
D'autres cultures se trouvent à Jankow, au Jardin pomologique, à Nowy-Sad, à Wola.
Plus loin, des pépiniéristes se sont établis à Kroczew, près Zakroczym ; à Kluczkowice, près Opole ; à Corneline, près Radoin, etc.
Les collections dendrologiques doivent, à cette partie de l'ancienne Pologne, un Noyer à gros fruit, au feuillage lacinié, et une Aubépine à feuille panachée jaune d'or.
Parcs d'étude ou de plaisance.
Il y a bientôt cent ans, le comte Wodzicki a créé un Arboretum sur sa propriété de Niedzviedz ; après avoir servi de centre d'observations et de propagande, ce champ d'études ne fut pas respecté.
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Une collection d'arbres rares est à Pulawy, dans le parc décrit par l'abbé Delille.
Au centre de la ville de Varsovie, le Jardin Saski, sur une surface de 3o hectares, confié à la direction de François Szanior, jardinier chef de la ville, élève de notre Ecole d'arboriculture et de dendrologie de Saint-Mandé, renferme des arbres magnifiques.
Une autre création, le Jardin Krasinski, moins étendu, est nouvellement refait par M. Szanior.
Le nouveau et très joli parc, à Ujazdow, est également projeté et exécuté par le même jardinier, auquel les plantations de Varsovie doivent beaucoup d'excellentes améliorations.
Le Parc impérial Lazienki. œuvre du dernier roi Stanislas Poniatowski, est renommé par ses pièces d'eau et autres motifs de décor, mais avant tout par ses beaux arbres, ses Conifères, les Orangers et les serres de plantes rares.
Sur le versant d'une colline, mourant presque au bord de la Vistule, le Parc de Frascati, riche en végétaux herbacés et ligneux, est un des mieux entretenus. Les espèces recueillies en Sibérie et au Kamtschatka, par Benedict Dybowski, ont été plantées à Frascati et s'y développent parfaitement.
L'architecte-paysagiste Valérien Kronenberg, ancien élève de l'Ecole d'horticulture de Varsovie et du maître Suessmayer, s'est distingué dans la conception ou l'organisation des Parcs seigneuriaux : Zawisza, à Mlochow ; Ledochowski, à Wadowice ; du Tzar, à Bialowieza, etc.
Le haut commerce a le droit de revendiquer les jolies Créations paysagères de Dittrich, à Zyrardow ; de Scheisbler et Herbst, à Lodz ; de Schloesser, à Ozorkoff ; de Bersohn, à Pruszkow, etc.
Les paysagistes Valérien Kronenberg et Théodore Ghrzanski se sont fait sur ce terrain une réputation méritée.
Publications horticoles.
Ouvrages. — La littérature horticole s'est réveillée après les guerres intérieures et extérieures.
Dès l'année i8o5, paraissait « Mysli rozne ozakladaniu ogrodow », Pensées diverses sur la création des Jardins, par la princesse Isabelle Czartoryska, de Pulawy.
Le même sujet était présenté en 1827, à Varsovie, par un auteur inconnu, traitant De la décoration des sièges rustiques.
Le premier ouvrage important date de 1826-1828, « Ochodowaniu Drzewi Krzewow», Culture des arbres et arbrisseaux, par le comte Stanislas Wodzicki, président de la République cracovienne»
Cette publication, en six volumes, s'étend sur la Dendrologie, révélant ainsi les goûts de son auteur.
Il faut citer encore « Ogrody Polnocne », Jardins du Nord, par Jos. Strumillo, propriétaire amateur à Wilno. Il eut six éditions, et fut pendant longtemps le guide des jardins d'agrément ou de profit.
En 1846, apparut «Ogrodnictwo powsrechne », Horticulture universelle, par Michel Gzépinski, bon praticien ; cet ouvrage laissa le précédent au second plan.
La quatrième et dernière édition révèle la collaboration de Lange, dans les chapitres de la Rose et de la Fraise.
Entre temps, des praticiens et des amateurs ont écrit quelques petits livres.
Depuis 1876, période de renaissance horticole, M. Edmund Jankowski a livré à la publicité son beau et instructif volume :
« Sadi Ogrod Owocowy », Le Verger et le Jardin fruitier. La troisième édition, 1893, contient plus de 700 pages et près de 3oo dessins.
Du même auteur, la bibliographie relate :
« Ogrod przy dworze wiejskim », Le Jardin de la maison de campagne, 2 vol.
<( Ogrodnictwo przemyslowe », L'Horticulture industrielle;
« Sad przy chacie », Le Verger d'un paysan, trois éditions ; traduit en langue russe et en ruthenique ;
« Ogrody polne », Les Jardins en pleins champs ;
« Krzew winny », La Vigne, deuxième édition ;
« Kwiaty naszych mieszkan », Les fleurs de nos habitations, deuxième édition ;
« Kwiaty naszych ogrodow », Les fleurs de nos jardins, troisième édition.
Et bientôt un Vade mecum pour les jardiniers, par le laborieux vice-président de la Société, journaliste et cultivateur.
Un autre praticien, non moins expert, Jozef Kaczynski, est l'auteur de :
« Warzywa w gruncie », Légumes de pleine terre ;
« — w inspeckcie », Légumes sur couches ;
« Roza », Monographie de la Rose ;
Durst a fait éditer sa brochure sur les Plantes annuelles ou çivaces ;
Théorie des Gartenbaues, de Max. Kolb, de Bavière, sous le titre « Teorya Ogrodnictwa », traduit par Al. Szanior.
Wl. Kaczynski a publié la traduction de YOrchard House, par l'anglais Th. Rivers, avec le titre « Ogrod Pod Szklem ».
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Journaux. — Le principal et spécial Journal horticole est l'« Ogrodnik Polski », Le Jardinier polonais, fondé le Ier juillet 1879; il est devenu l'organe de la Société d'horticulture.
Son Directeur est M. Edmond Jankowski, auteur, professeur, conférencier horticole et inspecteur de l'École d'horticulture.
Les principaux collaborateurs sont les frères Kaczynski, rosiéristes et fleuristes ; les frères Hoser, pépiniéristes et pomologues ; les frères Szanior, paysagistes - floriculteurs et chimistes ; Joseph Trojanowski, cultivateur de graines, etc.
Nous avons dit que ce Journal avait puissamment contribué à la fondation de la Société d'horticulture.
Les services qu'il rend à la cause des jardins sont considérables.
Antérieurement, de 1826 à i83i, le comte Wodzicki avait créé le Journal horticole « Dziennik Ogrodniczy », aujourd'hui disparu.