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V. — Production fruitière

En Russie, les arbres fruitiers, généralement cultivés sous une forme peu élevée, sont abandonnés à peu près à eux-mêmes.

Les vergers, parfois établis sur le territoire de forêts, se composent en majeure partie de Pommiers et de Poiriers sauvages qui reçoivent la greffe des meilleures variétés appropriées à la contrée.

Ces vergers, appelés « Levada », présentent un aspect étrange, par suite du mélange des arbres fruitiers avec d'autres essences forestières.

Dans les steppes situées sur les plateaux, les levadas sont formés de Cerisiers sauvages.

Ajoutons que l'Administration des Forêts a fait récemment quelques essais de boisement dans des landes incultes, en employant des arbres fruitiers.

Quant aux vergers constitués de toutes pièces, ils se composent des lignes d'arbres régulières, les intervalles étant occupés par des céréales ou des légumes ; ou bien ils sont constitués par petits groupes de trois arbres élevés en buisson et se prêtant un mutuel appui contre les intempéries.

La rigueur du climat des régions septentrionales ou orientales « use » rapidement les arbres fruitiers, et ceux-ci ne produisent abondamment que pendant quelques années ; aussi, un verger doit être renouvelé au bout de vingt à trente ans. Les arbres y seront plantés à des distances très rapprochées.

Seul, le Pommier y est cultivé ; on le rencontre autour du lac Ladoga, gouvernement de Viborg, où l'on estime surtout la Pomme Titovka, et dans les gouvernements d'Olonetz et de Viatka.

Les contrées boréales utilisent pour les préparations ménagères les fruits de l'Épine-vinette, de la Canneberge et des Myrtilles. On récolte de même, sous bois ou dans les friches, les baies de Ronces sauvages, Rubus Chamœmorus, Rubus arcticus, les véritables sœurs de nos Framboises. Il serait intéressant d'y essayer les espèces américaines, Rubus occidentalis, et autres.

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Les habitants de ces régions déshéritées recueillent encore les baies de l'Argousier rhamnoïde, les cynorrhodons du Rosier du Kamtchatka (Rosa rugosa), les grappes du Cerisier (Padus) et les corymbes corallins du Sorbier des Oiseaux, l'ornement par excellence des paysages lapons et la base de boissons fermentées.

Les Gouvernements de Kazan, de Simbirsk, de Saratov et, en général, la zone située sur la rive droite du Volga, produisent des Pommes, dont une grande partie est envoyée en Sibérie.

Les soins de culture ne manquent pas, y compris les arrosages et les feux de paille ou de feuilles humides, qui provoquent une fumée préservatrice lors des gelées printanières.

La plupart du temps, le propriétaire vend la récolte sur pied, au moment de la floraison, à des marchands qui s'occupent euxmêmes de la cueillette et du transport.

Sur la rive occidentale du Volga, au sud de Kazan, douze villages possèdent des plantations de Pommiers rapportant 25o,ooo francs avec les marchés de Nijni-Novgorod et de Kazan.

A Saratov, dans une région où le thermomètre descend jusqu'à — 4°°> il existe, entre autres, un verger de douze mille arbres, qui a parfois requis l'emploi de trois cents personnes pour cueillir les fruits, et de quatre-vingts autres pour les emballer ; il peut fournir jusqu'à mille tonnes de Pommes au marché de Moscou.

Les sortes les plus estimées dans ces contrées sont les Pommes Anisovka et Bagdanoff (celle-ci porte encore le nom de Pipka).

On rencontre, sous cette latitude, déjà quelques Poiriers, mais leur fructification est médiocre ; c'est plus au Sud ou plus à l'Ouest que cette essence devient productive et avantageuse.

A l'Est, dans les Gouvernements de Perm, d'Oufa et d'Orenbourg, outre le Pommier, on trouve le Cerisier généralement à l'état sauvage, ou bien le Griottier qui, par sa résistance aux grands froids, étend l'aire du Cerisier au delà de l'Oural.

La province d'Astrakhan reste digne de sa réputation fruitière. Les environs des villes sont peuplés de vergers et de champs de Vigne. Les cantons de Tcherepacha et de Tzarev, des plus féconds, voient l'étendue de leurs plantations augmenter chaque année.

La production du vignoble, la majeure partie en Raisins de table, dépasse 16 millions de kilogr. ; une partie est destinée à la cuve, le reste sera consommé sur place ou expédié vers les villes du Centre et du Nord, avec les Pommes, les Poires, les Prunes, les Cerises, les Abricots, les Pêches et les Coings.

A l'Ouest, la culture du Pommier donne de bons résultats ; elle se développe surtout à proximité des chemins de fer ; les variétés les

mieux appropriées au climat s'y répandent rapidement, grâce au concours généreux du Jardin d'acclimatation de Varsovie et des Sociétés d'horticulture.

Si la région de Visla est boisée de vergers, cela tient à l'ancienne coutume des seigneurs polonais qui autorisaient leurs serfs à contracter mariage, à la condition que ceux-ci eussent planté un certain nombre d'arbres fruitiers.

Aux environs de Saint-Pétersbourg et de Novgorod croissent en abondance les Fraises, les Groseilles, les Framboises et les baies de Ronces ; quelques parties du Gouvernement de Novgorod produisent beaucoup de Cerises et de Pommes.

Au marché de Saint-Pétersbourg, les Pommes populaires Anisovka, Titovka, Borovinka, dont l'arbre résiste aux grands froids, sont vendues au détail, environ o fr. jd le kilogr.

La jolie Pomme Grand-Alexandre, très grosse, est cotée plus cher, 1 fr. la pièce ; tandis que les arrivages du Tyrol, par barillets, de second choix, ne dépassant guère à o fr. 40 le kilogr., fruits mélangés.

Les Poires Duchesse d'Angoulême et Doyenné d'Hiver, qui viennent de France par le Havre, sont emballées avec du papier de soie et des rognures de papier, en caisses contenant de 80 à 100 fruits, portant sur le couvercle le nom de la variété et l'indication du « choix ». Aux arrivages d'automne, la Duchesse premier choix atteint le prix, en gros, de 45 fr., et la Doyenné, 70 fr. les 100 kilogr.

Les belles Pêches sont vendues 80 fr. la dizaine de fruits.

L'étalage luxueux de la Perspective Newski a, certes, plus de valeur — argent — que la simple corbeille de la Sennaya, marché populaire de Saint-Pétersbourg.

Quant au Raisin, il arrive en paniers, en caisses, surtout en tonnelets contenant de 5 à 16 kilogr. de grappes emballées, à plein, avec de la poussière de liège ou des graines fines de graminées.

Près de la capitale, les cultures sous verre, perfectionnées, fournissent aux tables opulentes principalement des Ananas, des Pêches, du Raisin et des Fraises.

Les superbes produits des serres impériales de Gatchina ont une renommée qui fait honneur à leurs cultivateurs.

Les confiseurs, les distillateurs et les liquoristes de Riga ouvrent un débouché avantageux aux importantes cultures des environs, et même des régions éloignées.

Cerises, Fraises, Framboises, Groseilles, Pêches vertes, Poires, Pommes, Prunes, Sorbes, Cassis, Abricots sont employés par ces industriels qui en achètent annuellement pour une valeur dépassant la somme de 100,000 francs.

Vers le Centre, le Gouvernement de Tver cultive le Pommier en grandes surfaces ; on y rencontre aussi le Cerisier, mais cette dernière espèce semble préférer le territoire de Vladimir. Le fruit est destiné aux desserts ou à l'alambic, avec la variété Roditeleva ; pour le marché, la Cerise Schpanka a la préférence, puis Loutovka, Ostheimer Veiksel, Morelle hâtive, Morelle de Hollande.

Non loin de là, le district de Mourom produit la Groseille rouge.

La récolte des jardins situés aux alentours de Moscou consiste principalement en Pommes et en Framboises, Fraises ou Groseilles.

Le gâteau de gelée de Pommes, appelé Pastila, est une spécialité de la ville de Kolomna.

Dans le Mohilew, et partout, la Pomme Antonovka est en honneur.

Aux environs de Malozaroslavet, Gouvernement de Kalouga, le Cerisier pullule et drageonne ; de même en Petite-Russie, où il s'entremêle avec le Prunier.

Les paysans russes commencent à reconnaître la supériorité de la Reine-Claude, de la Mirabelle et de la Quetsche sur leurs Prunes locales, et les propagent par la greffe, le drageon ou le semis.

Le Gouvernement de Koursk possède des quantités de Pommiers et de Poiriers sauvages qui ont été greffés ; une partie de la récolte est séchée au four, puis exportée. Diverses préparations ménagères et la fabrication du Kvas, le breuvage favori du peuple russe, utilisent ces séchons.

Les vergers de Pommiers et de Cerisiers du Gouvernement de Voronèje sont d'une grande importance commerciale ; le produit est expédié en partie à Moscou et autres villes importantes.

Situé favorablement, le Gouvernement de Kharkov jouit, au point de vue de la culture fruitière, d'une réputation méritée.

Les Prunes Vengherka, vendues fraîches ou sèches, proviennent de Poltava, comme les variétés Ochakovsk, Skorospelka, Hartois.

Quittant ces régions, où le cultivateur lutte contre les intempéries, nous arrivons aux contrées du Sud-Ouest, dotées d'un climat moins aride et plus chaud, d'un sol plus fertile, conditions qui permettent d'employer les méthodes de culture de l'Europe occidentale.

Ce sont les Gouvernements de Kiev, où la confiserie utilise une fraction de la récolte, de la Podolie, de la Bessarabie, du Kherson oriental ; celui-ci, seul, consacre 5o,ooo hectares aux vergers.

La Podolie a de grandes pruneraies pour les conserves et le séchage du fruit ; de là, provient lePruneau « Moldave »; cette région en expédie annuellement près de cinq millions de kilogrammes.

Si nous suivons la zone de la Terre-Noire, — bande fertile qui s'étend de la Podolie et de Kiev jusqu'au delà de Kazan, — nous

rencontrons les arrondissements de Korotschov et de Phateje (Koursk), possédant des vergers fertiles ; les Poiriers et les Pruniers du Gouvernement de Tchernigov, dont les produits sont bien connus au marché ; enfin, les plantations fruitières des Gouvernements de Saratov et de Simbirsk, remarquables par leur culture entendue.

Quant à la Bessarabie, connue seulement depuis peu de temps parce qu'elle fut le séjour octroyé, autrefois, aux poètes trop bavards..., cette ancienne terre d'exil est devenue aujourd'hui un plantureux jardin, couvert, au printemps, d'une neige odorante de fleurs et rapportant, à l'automne, de bons roubles à ses heureux cultivateurs.

Tous les ans, un certain nombre de propriétaires abandonnent la culture des céréales pour s'adonner à l'arboriculture fruitière ; et des émigrés allemands viennent aussi profiter des conditions exceptionnelles que présente ce pays fertile.

Près d'Ackerman, il existe une petite colonie franco-suisse, fondée au commencement du siècle ; on y parle français. Les cultures prospèrent et le vignoble est réputé pour la qualité de son Vin.

Sur les bords du Dniester et de ses affluents, aux environs d'Odessa, de Nikolaïev et jusqu'à Kherson, s'étendent 75,000 hectares de vergers produisant à profusion Abricots, Pêches, Prunes, Cerises, Noix, Nèfles, Coings, Pommes, Poires, Raisins.

Chaque année, plus de 6,000,000 de kilogr. de fruits à pépins et à noyau sont séchés et exportés ; les Prunes Damas de Hongrie, Mirabelle et Reine-Claude sont les variétés les plus répandues.

La Vigne couvre une surface de 70,000 hectares ; une partie de la récolte est vendue sur les marchés ; le reste, pressuré, produit près de i,5oo,ooo hectolitres de vin qui sera livré à bon compte ; aussi, tous les paysans de Bessarabie boivent-ils maintenant du vin.

En Russie, les variétés populaires du Poirier sont :

i° Russie centrale. — Poires d'Été : Bergamote d'été, Spasovka, Tonkovetka, Yinnaja verte, Williams;

Poires d'Automne : Bergamote rouge, Bera Sloutskaja, Beurré Liegel ou Suprême Coloma, Bezsemianka, Limonnaja, Sapezhanka.

20 Russie méridionale. — Poires d'Été: Baba Funtovaia, Doyenné blanc, Illinka, Sakharnia ;

Poires d'Automne : Beurré d'Apremont, Dekanka rouge, Duchesse d'Angoulême, Fondante des Bois, Panna ;

Poires d'Hiçer : Beurré Diel, Beurré d'Hardenpont, Forelle, Sylvestre d'hiver.

Les variétés de Pommes les plus répandues sont :

i° Russie septentrionale. — Pommes d'Eté : Avenarius, Miron doux et les Transparentes, blanche, rouge, verte ;

6g2 RUSSIE

Pommes d'Automne : Asheropai, Borovinka, Brown Ananas, Skovznoinaliv, Titovka ;

Pommes d'Hiver : Anisovka, Antonovka.

La Sibérie se limite au Pommier microcarpe « Malus baccata », robuste au froid, fertile, capable d'entrer en fécondation avec le type Pommier commun et de produire des sujets résistants.

2° Russie centrale. — Pommes d'Été : Astrakhan rouge, Calville blanc d'été, Charlamovsky, Reval groushevka, Reval Borsdorf, Shampansk, Tsarskiship ;

Pommes d'Automne : Ananas rouge, Calville rouge d'automne, Empereur Alexandre, Korobovka, Malinovoe, Miron, Pipka, Reval Stkliantka, Titovka, Vinnoe rouge ;

Pommes d'Hiver : Anisovka, Antonovka, Boikin, Calville rouge d'hiver, Chernoe derevo, English pippin, Good Peasant, Groushowka d'hiver, Reinette Oberdieck, Repka, Serinka.

3° Russie méridionale. — Pommes d'Eté : Astrakhan blanc ;

Pommes d'Automne : Cellini, Domnesht, Shafran ;

Pommes d'Hiver : Gold Pearmain, Goloubok tirolsky, Stettin rouge, Ziganka du Dniester.

Les « Sinape » et autres Pommes de la Crimée sont citées page 694.

Au Caucase : Président Lincoln, Belle fleur jaune, Calville blanc ou rouge, Reine des Reinettes.

La Crimée est la province de Russie la plus riche en fruits ; nous lui consacrons un paragraphe spécial.

Les Vergers de Crimée.

La Crimée, surnommée « le verger de la Russie », est sillonnée par de nombreuses vallées, suivant la direction des cours d'eau, favorables à la production fruitière et peuplées de vergers féconds.

Au versant sud de Yaylà, les vallées de l'Alouschta, de Partenite, de Kourouzene et Koutchouk-Ouzenne se prêtent à la végétation du Poirier, alors que le Pommier domine au versant nord, dans les vallées du Belbeck, de la Katcha, de l'Aima, du Salghir; puis la région de Simféropol à Karasoubasar, où les anciens vergers de Daïre, de Betcher, sont désormais distancés par de plus modernes; entre autres, ceux de Djepar, Roude, Acundjii, Bobowitch, Selinoff, d'une étendue de 5o, 60, même 100 hectares, — certains rapportent 800,000 kilogr. de fruits, et la vente dépasse cent mille francs, en bonne année.

Le verger Alexiano, de la vallée du Belbeck, bien connu pour la qualité de ses fruits, a 5o hectares de la fameuse série des Pommes

Sinape; la production atteint le poids de 800,000 kilogr. et une valeur de 80,000 francs.

Du même rayon, les 22 hectares du verger Konari fournissent 490,000 kilogr. de la Pomme Sinape et 16,000 kilogr. de Pêches ; la vente en gros dépasse 5o, 000 francs.

Partout, nous trouvons le Pommier Sinape en grande majorité. Grâce aux travaux des sociétés ou des congrès pomologiques, et des auteurs praticiens tels que M. Léon Simirenko, à Goroditsche (Kiev), le choix du Poirier commence à se modifier. Par exemple, le verger de Kalile comprend 7 hectares composés de i,3oo Poiriers, ainsi répartis : ,

5oo Beurré d'Hardenpont ; i5o Saint-Germain d'hiver;

200 Doyenné d'hiver ; i5o Duchesse d'Angoulême ;

200 de Curé ; 100 Fondante des Bois.

D'anciennes plantations de Poiriers ont été favorables à la finesse de goût de la Poire Saint-Germain d'hiver. Son prix courant est de 10 francs le poud, — mesure de 16 kilogr., — à la récolte.

Il est d'autres vieilles variétés d'hiver qui ne semblent pas vouloir abandonner le sol de la Crimée ; après la Saint-Germain qui s'exporte par 200,000 kilogrammes vers le Nord, voici les Royale d'hiver, Colmar d'hiver, Virgouleuse, Marquise. Celle-ci atteint un prix élevé au marché de Moscou.

La Russie prise peu la Poire Williams, son arrivée coïncidant avec la maturité des fruits rouges et des Pastèques, qui affluent alors sur les marchés.

Notre Poire Duchesse d'Angoulême, expédiée de France en octobre, mûrit à Saint-Pétersbourg, en décembre, alors que son époque ne dépasse pas septembre en Crimée, et que la fleur y coule souvent.

Le Beurré Liegel, arbre généreux au Tyrol, a changé d'allures dans la presqu'île russe et n'obtient pas le même succès.

Le Doyenné blanc est là-bas le Beurré jaune ; Fondante des Bois porte le nom de Marie-Louise ; Beurré d'Apremont devient Beurré Alexandre ; Jaminette s'appelle Joséphine d'hiver et Triomphe de Jodoigne, sous le titre « Duchesse impériale » a séduit l'aristocratie. Quant à la Poire de Curé, désignée sous la synonymie « Williams d'hiver », son exportation atteint déjà 100,000 kilogr.

Les Poires Louise-Bonne d'Avranches, Beurré Clairgeau, Beurré d'Apremont, Napoléon, Beurré Diel ont du succès auprès des consommateurs. Beurré d'Hardenpont et Doyenné d'hiver prennent en bonne situation ; près de 100,000 kilogr. de ces deux excellentes Poires sont vendus chaque année ; enfin Tardive de Toulouse flatte l'acheteur par son épiderme sain et sa longue conservation,

En dehors des grands domaines nécessitant une mise de fonds relativement considérable, le modeste enclos du paysan approvisionne la table de la famille et les marchés voisins.

Le Pommier a de nombreux types locaux : Arabka, Demir-Alma, Dolkrane, Goulpembe, Kousoubach, Pamouk-Alma, Rolle-Reinette, Tzigane, et l'une des plus jolies, Tcheleby. Plus de 800,000 kilogr. de ces fruits indigènes alimentent le commerce extérieur.

Du Tyrol, se sont acclimatés les Pommiers Edel-Bôhmer, Edel- Rother, Kostlichster, Mantaner, etc. et la populaire Romarin blanc, accaparée par les deux capitales russes, malgré le droit d'entrée payable en or.

Cependant le groupe des Pommes Sinape est le plus répandu ; d'abord Gandile-Sinape, puis Sara-Sinape, Sabla-Sinape, Kara-Sinape, Blanc-Sinape.... Plus de huit millions de kilogrammes de la Pomme nationale criméenne se dirigent chaque année vers le nord.

En même temps partent 5oo,ooo kilogr. de Gourtpendu et de Reinette d'Orléans « Shafran rouge » ; 1,200,000 kilog. de Reinette de Canada et de Reine des Reinettes « Shafran rayé ». Puis viennent Reinette franche « Shafran blanc », Reinette de Champagne, Reinette de Breda, les Calvilles et quelques variétés plutôt affectées à la cuisine ou au pressoir.

Le sol riche et le climat attiédi par le soleil et les vapeurs marines sont propices à la vie normale de nos principaux genres fruitiers.

L'Abricotier se propage à Baktchis-Saraï, sur les terrains non arrosés, depuis la création de débouchés par les usines à conserver le fruit. La variété précoce Kaïssy ou de Syrie a le plus de vogue. La récolte annuelle s'élève à 400,000 kilogr. d'Abricots.

Habitant les terrains secs de Simféropol, les rives du Katcha, du Belbeck et la vallée de l'Aima, le Cerisier approvisionne la fabrique de conserves avec les Bigarreaux Jaune de Dônissen et Drogan, très demandés, les Bigarreaux Rose et Kis-Skatzap pour les confitures, et des types locaux de Cerises douces.

La Prune de Reine-Claude est recherchée pour le fruit glacé ou candi, comme la Cerise. La Quetsche et la Mirabelle ont le pas sur les sortes indigènes : Vengherka, Abricot jaune, Mozheron.

La Crimée produit 100,000 kilogr. de Cornouilles et de Coings ; puis des monceaux de Noix se dirigent vers les grandes villes du Nord.

Les meilleures Noisettes proviennent de Karassou-Bazar, Belbek, Partenite. Total : 4,000,000 kilogr. Les arrondissements de Pheodocie et de Simféropol vendent pour 5oo,ooo francs de Noisettes par an. Eu 1886, la coupe des taillis de Noisetiers a produit 4°o>ooo francs à la Grimée,

Le Pêcher, à titre de sujet intercalaire du verger, fructifie promptement et disparaît quand les arbres de fond sont en production.

La Vigne a recueilli les cépages renommés de l'extérieur : Médoc, Languedoc, Beaujolais, Bourgogne, Hongrie, Espagne, Italie.

Toute la récolte n'est pas destinée au pressoir. Le vigneron vend son vin après trois années de cuve ; or, s'il est pressé d'argent ou encombré par la marchandise, il envoie sa récolte au marché, où la vente aux consommateurs et aux courtiers est chose assurée.

Le Muscat d'Alexandrie, à grains nacrés, pour les desserts de luxe et le passerillage, provient en partie des vallées de l'Alouschta.

L'Asma, noir comme notre Uiliade, Boudalès ou Ginsaut, cépage de bon rapport, est propagé sur les collines du pays vignoble.

Le Chabasch, plant généreux, la fortune des bourgades Otouzi et de Skout à Soudak (à la Côte), fournit 800,000 kilogr. de Raisins au commerce extérieur.

Le Schaousch, au goût sucré, est resté de consommation locale.

L'Isabelle est robuste dans les jardins de la Côte et au nord de Jaïla.

Enfin, notre Chasselas circule partout, sous sa robe ambrée.

Les usines d'Abricosof, de MM. Eynem, à Konstantinof, où les fruits arrivent pour être glacés, confits, conservés ou transformés en compotes, ont fait augmenter la culture des Poires Blanquet et Douce d'été, des Noix, des Figues, des Coings, des Cerises d'Anadolie et des Bigarreaux jaune ou rose, des Pêches Madeleine blanche et Grosse Mignonne, jadis envoyées de Turquie, des Abricots provenant des steppes, enfin des Prunes de Reine-Claude, de Mirabelle, etc.

Les Cantaloups, Pastèques et Tomates y sont également l'objet de manipulations qui en assurent la longue garde.

Autrefois, les cultivateurs cédaient leurs récoltes sur place aux revendeurs de la localité. Depuis 1869, les maisons de commerce des deux capitales viennent s'approvisionner directement.

Du 10 mai au i5 juin, après la floraison, les propriétaires font annoncer par des Tatars, dans toute la Crimée, le jour de la vente aux enchères, et les traités se font ainsi, à l'encan, après la tasse traditionnelle de café ou de thé. Le prix, payé moitié comptant, sera soldé complètement à la récolte, avant l'enlèvement des fruits.

Le fruit « marchand » est celui qui se place le mieux, par exemple : la Poire d'été, qui mûrit dans la quinzaine ; la Pomme d'automne ou d'hiver, ayant un bel aspect, juteuse, de maturation lente.

Un triage des fruits les classe en plusieurs catégories.

L'emballage, soigné, réclame une caisse plate; le fruit, enveloppé de papier fin, est rangé par lits et entouré de rognures de papier, le fond et le dessus étant tapissés avec de la paille fine.

Les Raisins s'enfutaillent en tonnelets, avec garnitures de liège pulvérisé pour les grappes de choix.

La valeur annuelle des fruits exportés de Grimée dépasse trois millions de francs.

La différence du revenu proportionnel est la conséquence de lage des arbres, de leur fécondité et de la facilité des débouchés.

L'Arboriculture au Caucase.

La partie septentrionale de la région caucasique se compose de plaines chaudes, manquant d'humidité, souvent ravagées par des orages qui ne permettent guère la culture fruitière. La Vigne n'en souffre pas et constitue la culture dominante.

L'état florissant des vignobles fondés par des émigrés allemands dans les vallées de la Kouma et du Kouban le prouvent suffisamment ; on y rencontre aussi des Poiriers, des Pommiers, des Cerisiers, des Abricotiers et des Pruniers. Les Poires Noire d'Alaghir, Nélis, Beurré d'Hardenpont, Fondante des Bois y sont appréciées.

Pour encourager les plantations, la ville d'Ekaterinodar a mis en vente, à bon compte, 3o,ooo hectares, à la condition pour les acheteurs d'y créer des vergers.

Dans les gorges sauvages de la région montagneuse qui s'étend au Sud de la Caucasie, on retrouve, cultivés ou à l'état spontané, les espèces que nous avons remarquées sur le sol accidenté de la Crimée, et des vignobles situés à i,5oo mètres d'altitude.

Par suite de la faible densité des populations, et de la difficulté des moyens de transport, l'arboriculture est encore peu avancée.

Les environs de Vladikavkas jouissent d'une végétation luxuriante ; mais les étés souvent brûlants et surtout les hivers, d'une rigueur parfois excessive, y causent de grands ravages.

Sous les effluves tempérées de la mer Noire, les environs de Novorossisk présentent des vignobles superbes, produisant souvent cent hectolitres de vin par hectare.

Vers Tanapsé, les Cosaques procèdent comme jadis les montagnards indigènes ; ils défrichent les bois environnant leurs villages en laissant intacts seulement les nombreux arbres fruitiers sauvages qui existent, et les greffent. Ces vergers pittoresques descendent les pentes des ravins, franchissent les éboulis ou escaladent les escarpements des contreforts rocheux de la chaîne du Caucase, produisant d'excellents fruits : Poires, Pommes, Pêches, Prunes, Cerises, Coings, Amandes, Noisettes et Châtaignes ; une partie de la récolte sera séchée au moyen de fours primitifs, creusés en terre.

De Tanapsé à Sotchy, les vergers et les vignobles, isolés ou

confondus, sont entre les mains de riches propriétaires qui ont introduit plusieurs de nos meilleures variétés d'Europe.

Près de Psereta, le couvent du Nouvel- Athos possède de superbes plantations de Vignes, d'Orangers, de Citronniers, d'Oliviers.

La côte orientale de la mer Noire, et aussi la vallée du Rion, sont dans une situation privilégiée ; une chaleur tropicale, aidée par une humidité abondante, a fait naître une végétation splendide. Le pays de Koutaïs en fournit la preuve permanente.

Les vergers et les vignobles du Gouvernement d'Erivan, vastes et bien tenus, appartiennent généralement à des Arméniens.

Dans la partie méridionale prospèrent l'Oranger, le Mandarinier, le Citronnier, le Figuier, le Grenadier, le Pistachier.

L'ensemble du territoire caucasien comprend 1 25, 000 hectares de vignobles, s'étendant en Transcaucasie.Une partie, destinée à la cuve, produit 1,600,000 hectolitres de vin ; le reste est consacré aux Raisins de table. Pour cet usage, on cultive entre autres les variétés Zekroula Khabistoni, sorte robuste à grain blanc ambré, et Anadasaouri blanc, plant vigoureux, que l'on traite en longs cordons.

Les possessions russes du Turkestan cultivent la Vigne sur une surface de 20,000 hectares environ, principalement dans les districts de Fergansk et de Samarkand ; la récolte est vendue à l'état frais ou sous forme de Raisin sec ; on y fait aussi un peu de vin.

Malgré les récoltes considérables entrevues dans ce rapide parcours à travers l'immense empire russe, la production ne répond pas aux besoins de la consommation.

Sur les marchés, tout se vend, môme les fruits tombés avant la récolte régulière, même les fruits sauvages des bois et des forêts.

Les Pommes, les Poires, les Cerises se consomment plutôt à l'état frais ; cependant on sait les utiliser à l'industrie des conserves, à la cuisson, au séchage et à la confiserie.

Les méthodes de dessiccation sont peu employées, parce qu'il n'y a pas d'excédant de production de fruits frais, et que le matériel y est rare ; aussi l'usage des fruits secs est encore peu répandu.

Prévoyant que, dans un avenir assez rapproché, le cultivateur serait obligé de recourir à ces procédés pour utiliser le surplus de ses récoltes, le Gouvernement a fait déjà venir d'Amérique, et expérimenter dans diverses régions, des appareils de séchage perfectionnés pour les fruits et les légumes.

Actuellement, le commerce est obligé d'importer des fruits de l'étranger; il y. a donc encore de beaux jours pour les planteurs d'arbi^es fruitiers en Russie.

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