VI. — Floriculture
Si l'arboriculture russe varie suivant la climatologie, la floriculture présente encore une plus grande mobilité. A part la région Sud, la culture des fleurs se fait à l'abri pendant une grande partie de l'année.
Les serres et les orangeries munies d'un double vitrage, triplé au besoin par un système de volets, chauffées au bois de Bouleau ou à la houille, sont bondées d'arbustes et de plantes attendant les beaux jours pour s'épanouir au soleil.
Les bâches et les serres basses, non moins bien capitonnées, chargées de potées de boutures ou de bulbes, de terrines de semis, de jeunes plants repiqués, représentent un capital précieux au fleuriste.
Œillets, Fuchsias, Pélargoniums, Bégonias, Pétunias, Verveines, Pentstémons, Violettes, Giroflées, Calcéolaires, Cinéraires, Cannas, Muguets, Glaïeuls, Cyclamens, Jacinthes, Gloxinias, Broméliacées, Anthuriums, Orchidées sont amenés à diverses périodes pour la vente au détail à toute époque de l'année, surtout au printemps, lorsque chacun veut fleurir son parterre, son jardin ou sa demeure.
L'arbusterie florale ne manque pas de ressources.
Les Camellias, les Rhododendrons, les Azalées, les Bruyères meubleront les vestibules, les jardins d'hiver, les abords des habitations avec les robustes Azaléas mollis et Rhododendrons du Caucase, les Andromèdes, les Kalmias, les Clématites, les Troènes verts, et une foule d'arbustes rustiques préparés en pots, particulièrement les Rosiers choisis en variétés vigoureuses et fleurissantes.
Les Rosiers Thé ou Noisette tapissent de leurs rameaux sarmenteux et multiflores plus d'une serre ou d'une vérandah vitrée.
La culture en pot ou en caisse, basée sur une méthode de taille, d'engrais et de couverture ou de chauffage, a acquis, entre les mains des horticulteurs russes, un véritable degré de perfection.
Privée pendant de longs jours des plaisirs du jardinage et des beautés de la nature, la population russe est enthousiaste des fleurs. Toutes les classes de la Société en réclament. Grand seigneur ou bourgeois, ouvrier, négociant, paysan, artiste, veut posséder des plantes vertes ou des fleurs fraîchement épanouies. Eussent-ils un grand domaine, un parc paysager, un jardin modeste, ils tiennent à décorer de feuillages persistants, de plantes fleuries, ou de gerbes éphémères ses appartements et ses fenêtres.
Mais une fois le réveil du printemps, la garniture des jardins, des
parterres et des bosquets absorbe presque toutes les provisions du cultivateur marchand ou du jardinier en maison.
La foire aux fleurs qui se tient chaque année à Saint-Pétersbourg, du i5 mai au 25 juin, est l'occasion d'un trafic important, ce qui démontre la passion du peuple russe pour l'horticulture. Des marchands juifs ou tatars en profitent pour amener des arbres de pépinière, des semences maraîchères et florales, des outils et accessoires de jardinage ; toutefois le succès est acquis à l'avance aux arbustes verts, colorés ou panachés, aux plantes d'appartement et aux fleurs, celles-ci ne dussent-elles vivre que la saison d'été.
La plupart des villes admettent, à certains jours déterminés, la floriculture sur l'étal réservé aux fruits et aux légumes.
A Saint-Pétersbourg, un grand nombre de magasins, en ville, bien clos et chauffés, s'approvisionnent à la foire ou chez les fleuristes et détaillent ensuite ces achats à leur clientèle.
Les cadeaux de plantes sont toujours bien accueillis. Les Roses et les Orchidées conserveront longtemps le monopole du bon goût.
L'art de la bouquetière prend un cachet particulier — variable suivant la localité — de même que les parures de la toilette et l'illustration des fêtes par les feuillages et les fleurs.
Comme en France, l'industrie de la fleur coupée a gagné les grands et les petits établissements de culture.
La Provence, le Tyrol et l'Italie savent pourvoir à cette consommation, mais rencontrent déjà la concurrence des tièdes rivages delà mer Noire, de la mer d'Azoff, de la mer Caspienne et des gorges abritées du Caucase. Ici, le jardinier agrandit le champ des productions florales et les envoie à toute vapeur, aux régions délaissées, en caissettes ouatées, par wagons clos et chauffés .
La campagne de Sukhum-Kalé, au Sud-Est du Caucase, obtient de beaux résultats par la grande culture des Jacinthes et autres plantes bulbeuses, expédiant vers le Nord, bulbes, ognons ou fleurs coupées.
Dans ces parages favorisés, lesCamellias fleurissent abondamment ; les Palmiers se développent en toute liberté ; les Araucarias conservent leur port original ; les Eucalyptus, les Mimosas, les Grévilléas rappellent la végétation australienne. L'Oranger fleurit et fructifie comme en Perse ; les Lauriers, les Magnolias, les Dracénas, les Yuccas, les Phormiums, etc., produisent des graines qui en facilitent la vulgarisation.
Plantes économiques. — Sur plusieurs points de la Russie, l'exploitation de plantes médicinales devient lucrative et gagne du terrain jusque dans les possessions asiatiques.
Le Gouvernement de Moscou produit les Mélisses, Sauges, Pavots, Gochléarias, Thyms, Origans, Rues, Tanaisies, Pyrèthres, Gardères.
La Menthe poivrée, toujours recherchée par la distillation, s'étend dans les Gouvernements de Voronèje et de Kazan. Nous la retrouvons abondante à Loubny, Gouvernement de Poltava, où Pierre-le-Grand fonda le premier jardin médicinal, puis à Rostov(Iaroslav), à Bournac (Tambov).
L'Anis, en réputation sur le marché européen, provient des Gouvernements de Voronèje, de Toula, d'Orel, et il est vendu par les négociants de Leipzig.
La Cumin et le Garvi de ces contrées obtiennent le môme succès.
La Bessarabie et la Transcaucasie réussissent le Ricin et tentent l'introduction des Sumacs à cire et à vernis de la Chine et du Japon.
D'ailleurs, les stations d'essais de Sukhum-Kalé, en Abkhasie, de Bakou, en Ghirvân, d'Elisabethpol, en Géorgie, de Batoum, sur la Mer Noire et de Taschkent, en Turkestan russe, étudient la propagande du Thé, du Coton et d'autres végétaux économiques.