III. — Culture fruitière
La culture des arbres fruitiers trouve dans le voisinage des grandes villes, et à proximité des ports, un écoulement facile de ses produits, tant par la vente sur place que par l'exportation.
Les vergers, formés d'arbres à haute tige, laissés en toute liberté, atteignent de grandes dimensions ; il en résulte que la cueillette ne s'effectue pas sans quelque difficulté; on préfère attendre la chute naturelle des fruits pour les ramasser.
La production est abondante dans la région Est de l'Empire, sur les côtes méridionales, et particulièrement dans la presqu'île de Gallipoli, qui forme un vaste jardin de Figuiers énormes, d'Oliviers, d'Orangers et de Citronniers.
Le sol pierreux et sablonneux de la Thrace convient parfaitement à la culture de la Vigne, et, malgré l'imperfection des méthodes de vinification, il y existe plusieurs crus renommés ; le vin, riche en couleur et en alcool, est acheté en majeure partie par la France.
Les « vilayets » ou provinces de Constantinople et d'Andrinople, le centre et le sud de la Macédoine récoltent nos fruits d'Occident : Pommes, Poires, Cerises, Prunes, Raisins, Abricots, entre autres un petit Abricot à noyau amer dit« Zerdalou», Pêches, Figues, celles-ci en abondance, Grenades, Cornouilles, Noix, Châtaignes, Caroubes, Jujubes de l'espèce appelée « Jydèh », ainsi que des Amandes à coque dure ou à coque tendre, produites au bord de la mer.
Au sud de cette région, l'Olivier, le Cédratier, l'Oranger, le Mandarinier et le Citronnier forment de magnifiques vergers.
L'Olive est souvent consommée verte, en saumure ; mais les populations agricoles raffolent de l'Olive noire qui, mangée fraîche, sans préparation, constitue le fond de leur nourriture ; on en fabrique aussi de l'huile, en quantités importantes.
Les Raisins secs et les Figues sèches de ces provinces rivalisent avec les mêmes produits venant de Smyrne, et sont vendus, sous cette marque renommée, aux Européens occidentaux par les Juifs et les Grecs qui détiennent presque tout le commerce ottoman.
Les hauteurs de la péninsule Chalcidique se trouvent couvertes d'Arbousiers qui croissent spontanément, mélangés avec les Myrtes.
Vers l'Est, l'Albanie présente dans toutes ses parties les moins élevées de grandes plantations d'arbres fruitiers, généralement entre les mains des Arnaoutes, qui ne sont autres que des Skiptars (Albanais) ayant accepté la religion mahométane, lors de la conquête turque, afin de conserver leurs fertiles propriétés,
Cependant les paysans chrétiens serbes, près de Métokia et de Kossovopolié, spéculent sur les Prunes qu'ils récoltent et exportent séchées, rivalisant avec les Pruneaux de Bosnie.
Les plaines de la Basse-Albanie ou Epire s'enrichissent avec la Vigne et les Arbres fruitiers. Le Raisin, excellent de qualité, produit un bon vin alcoolisé ; l'industrie des Raisins secs n'y a pas encore atteint le degré de perfection obtenu dans d'autres provinces.
Aux environs de Brutrinto, de Santi-Quaranta et de Pargha, on récolte en quantité des Amandes et des Noix.
Quant aux Oliviers, ils arrivent à une taille très élevée et forment de véritables forêts.
Tous ces produits, apportés sur les marchés de l'Orient, trouvent un débouché immédiat, quoiqu'ils aient été devancés par les primeurs fournies par l'Asie-Mineure ; cette annexe ultra-marine fait concurrence à la métropole, comme l'Algérie à notre Provence française.
Les premiers fruits mis en vente sont d'abord les superbes Oranges et les Citrons de Jafïa, puis, successivement, ceux de Tripoli, des îles de Candie, de Chypre, de Chio, de Rhodes, enfin de Smyrne.
Ces régions envoient ensuite en abondance, Abricots, Amandes, Cerises, Pêches, Poires, Pommes, Coings, Figues, Grenades, Olives.
Pendant le cours de l'année, on peut déguster les délicieux Abricots de Damas et de Beyrouth ; on les consomme frais en été et séchés en hiver ; dans cet état, ils conservent la délicatesse de leur parfum.
Les îles de l'Archipel cultivent le « Frapa », hybride du Bigaradier et du Cédratier, très estimé pour les confitures.
Quant au Raisin, son aspect engageant et sa saveur exquise lui assurent une vente certaine ; il figure bon premier sur les marchés russes, avant les originaires d'Espagne.
D'ailleurs, le passerillage en emploie des quantités énormes ; la France, à elle seule, reçoit jusqu'à 3o millions de kilogrammes de Raisins secs, provenant surtout de Smyrne qui s'est fait, de cette production, une réputation européenne.
Les variétés de Raisins les plus répandues sont : Soultanina; Rosakia ;
Les « Noirs », se divisant en plusieurs sous-variétés, portent le nom de leurs localités de production : le Voula, le Tzesmé, etc.;
Le Thyra, de Smyrne, spécial aux vins de coupage ;
Le Vouria, destiné aux vins de liqueur, façon Madère.
L'île féconde de Samos cultive le Muscat, base d'un vin alcoolique de dessert, et les plants Noirs destinés au séchage.
Près de 5o millions de kilogrammes de Raisins, produits par le Vilayet d'Alep, entrent moitié à la cuve et moitié au passerillage.
Les campagnes de l'Anatolie, de Maritza, de Salonique ne manquent pas de vergers fertiles. L'île Mytilène vend Raisins et Anis.
A l'Est de l' Asie-Mineure, on récolte les Noisettes, les Prunes, les Poires de Genruchkhane, les Pommes d'Amosha.
Vers le Sud, outre les espèces citées plus haut, nous trouvons le Bananier, le Dattier, le Bibacier, le Pistachier, la Canne à sucre, l'Opontia, dit Figuier de Barbarie.
La Mésopotamie, l'ancienne terre promise des Hébreux, autrefois la patrie des Raisins légendaires, produit encore des Bananes, des Dattes et des Grenades.
Enfin les provinces du Hedjar et du Yémen, bordant la mer Rouge, aux sujets féconds, aux plantations généreuses, récoltent des Dattes renommées, le Café et la Canne à sucre.
Les fruits récoltés dans la péninsule turco-hellénique sont d'un goût délicieux ; mais les difficultés de transport et l'importance de la consommation locale ne leur ont guère permis, jusqu'alors, de se faire apprécier en quantité notable sur les principaux marchés européens ; il faut en excepter, cependant, les Figues et les Raisins : ces derniers comptent pour moitié dans le chiffre de 5o millions de francs, représentant la valeur des fruits exportés.
Quant aux Figues, elles proviennent surtout de la province de Smyrne hautement réputée pour ses vergers de Figuiers, véritables échiquiers qui s'étendent à perte de vue. Bien fumés dans leur jeunesse, ils se prêtent d'abord à la culture dérobée de Melons et de Pastèques. La fructification commence à 10 ans et s'accroît jusqu'à 5o ans ; elle arrive à 225 kilogrammes par sujet, puis décline ; alors un rejet de souche s'élèvera à tige comme l'arbre primitif et le perpétuera. La récolte annuelle dépasse i5 millions de kilogrammes ; pendant trois mois, la voie ferrée transporte exclusivement des caisses et des sacs de Figues sèches préparées par des essaims de jeunes filles juives, grecques ou arméniennes.
Les premières qualités de Figues sèches, en caisses de i à 5 kilogr., sont vendues de 5o à 70 fr. les 100 kilogr.. La deuxième qualité, jetée en vastes sacs et cotée 35 fr., se dirige ouvertement vers la Russie,
la France, et , en tapinois, à Carthagène où son alcool servira à
tonifier les vins secs d'Espagne.
Riche en figueraies et en vignobles, le vilayet d'Aïdin, de l' Asie- Mineure, conduit ses récoltes au port de Smyrne et livre à bord. Il paraît que des industriels autrichiens viennent y acheter les Figues non préparées pour en fabriquer une poudre torréfiée à mélanger au café...!
En matière d'exportation, les paquebots et les chemins de fer emmènent encore chaque année une quantité appréciable de Dattes, d'Oranges, de Citrons, de Noisettes et d'Abricots.