LA VEUVE BERNARD IO
seigné pour rien la rue où demeure David . Je vous f. remercie tout de même de venir à mon secours. En a-t-on mangé de cet argent! Je n'en ai plus, mon Dieu ! je n'en ai plus.
Les paupières plissées de la pauvre femme laissèrent déborder de rares larmes. Il lui tendait toujours le billet, qu'elle n'osait prendre. Enfin, elle avança une main dont tous les doigts tremblaient et le saisit.
— Il faut bien que je sois ruinée de fond en comble, sanglota-t-elle.
— Oh ! la guerre ! la hideuse guerre ! grommelait Stéphane avec fureur.
La veuve Bernard, troublée, crut qu'il se fâchait.
— Monsieur, lui dit-elle du ton le plus humble, vous trouverez David et Loulou chez mon neveu Merlot, nourrisseur, rue de la Félicité, 6, aux Batignolles. Faites-leur mes amitiés ; et merci pour moi au moins !
Sans écouter les derniers mots, Nadalewski, enlevé de terre par le souffle d'une espérance qui gonfla son âme comme un vent propice gonfle subitement la voile détendue d'un navire, s'était élancé hors de la forge.
« Enfin, il partirait pour Sedan ! Enfin, Madeleine serait heureuse ! »