LA VEUVE BERNARD III
bien troubles, et je suis sûre que maintenant elle pleure...
Nadalewski salua et, sans pratiquer le moindre crochet vers la rue Barbet-de-Jouy, où sa femme impatiente l'attendait, se précipita vers l'hôtel Trémière, où sa fille se consumait dans les larmes et dans le désespoir.
pourrait bien être rempli de Prussiens, que j'aurais le courage de le traverser pour rejoindre ma Loulou...
Nadalewskî la suivait à travers le salon marchant à grands pas, portée par un coritentement qui lui communiquait tous les héroïsmes. Soudain elle s'arrêta, et, dévisageant Stéphane de ses deux yeux grands ouverts, dont un vent de colère avait desséché la vapeur humide des larmes répandues :
— Il est une chose qui m'a souvent affligée, ditelle, et qu'il faut que je vous reproche à la fin. ^
— Parle.
— Vous n'aimez pas les enfants.
— Moil
— Je ne vous vis jamais, à Paris, embrasser ma filleule, et, à Bordeaux, vous ne caressâtes jamais Flavie Réthel.
— Mais ce n'est pas sérieux, cela,..
— Tout ce qu'il y a au monde de plus sérieux.
— Tu sais bien que je t'aime, toi pourtant! El qu'es-tu, sinon une enfant, la plus adorable des enfants et la plus gâtée !
Il tenta de la saisir. Elle se rejeta en arrière et réussit à fuir Tétreinte,
Une voiture roula dans la cour de l'hôtel.
— Enfin I soupira-t-elle avec un élan de son âme laquelle déjà, tout entière, la devançait auprès d( Loulou.
LA RUE DE LA FÉLICITÉ Il5
Le fiacre allait au pas à travers les rues désertes. La neige, fondant sous un coup de soleil, avait transformé les chaussées en ruisseaux sordides, chargés de détritus immondes, qui barraient les bouches des égouts. La place du Palais- Bourbon s'étalait clapotante comme un lac.
— Mais nous n'arriverons jamais, dit Madeleine, ne sentant pas remuer la voiture, tant elle gravissait lentement la montée de l'ancien Corps-Législatif au pont de la Concorde.
-» — Allons donc ! allons donc ! cria Nadalewski au cocher.
Le véhicule eut une secousse, et le cheval, sur qui tombèrent des coups drus et pressés, traversa la rue Royale au galop.
— A la bonne heure 1 fit Madeleine battant des mains. Joyeuse... Voyez-vous, mon bon père Stéphane, moi, j'ai dans l'idée qu'il s'est passé, entre le révérend père Canitrot et David, des faits plus graves que ceux qu'on nous a rapportés. Est-ce la faute du révérend père Canitrot ? Est-ce la faute de David? J'incline à croire que David, à qui la mort de Rosalie avait très probablement troublé la tête, aura dépassé toute mesure. Mon Dieu ! il n'est pas méchant, notre dragon ; mais, vous savez, il vous ressemble, il n'aime pas les prêtres, et il aura débité certainement à ces dames et à ces messieurs du Jugement-Dernier quel-
I l6 LA PETITE MÈRR
que long chapelet d'injures, après lequel il n'aura plus osé reparaître rue Vaneau.
Notre philosophe, la tête à la portière, absorbé par le spectacle de Paris dépeuplé, de Paris silencieux, où glissaient, avec la rapidité d'ombres inquiètes, des femmes, des hommes, des enfants, serrant de tous leurs bras contre la poitrine, qui un pain, qui un quartier de jambon, qui un chou, l'entière vie animale retrouvée, notre philosophe ne soufflait mot.
— Peut-être, reprit la jeune fille, pour venir à rhôtel Trémière, David attend-il que la paix soit signée. Il a pensé que notre retour de. Bordeaux ne serait qu'à la paix, et il a attendu tranquillement. Il est vrai que je lui ai écrit; mais le révérend père Canitrot n'a pu lui faire parvenir ma lettre, puisqu'il ignore son adresse... Enfin, tous nos ennuis vont tinir,.. Quand je songe pourtant que, dans moins vie quelques minutes, il me sera permis de dévorer nu Loulou de baisers I . . . Ah ! j'ai éprouvé jfsJiC^ vie malheurs, pour qu'un bonheur me soit ré- >«o^x 4i pwsent... Mon Dieu! mon Dieu! regardez, x> '«vNî^ en supplie, le fond de mon cœur : je ne suis ^>^ ^y^jMintc» Je ne vous demande qu'une chose, ^vxi >(g5^ r*îwic : puisque votre divine Providence .H <i*4:«»t UtnîcU celui qui devait être mon époux, ^ .'i-x H ^ccoïNic inon père et qu'elle m'accorde mon
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>;> NSikN: ^ ï<»uma. Il vit Madeleine, les mains