‹ L'hospice des enfants-assistésChapitre 44 sur 46 · IV · texte numérisé non relu

IV

La Supérieure de THospice des Enfants-Assistés garda son secret deux jours ; mais le troisième, n'y tenant plus, elle attendit les Nadalewski avec impatience. Dès qu'ils, parurent, prévenue par la Sœuréconome, elle courut au-devant d'eux et les attira dans son cabinet du rez-de-chaussée. Là, avec une tristesse puisée à la source de sa tendresse pour la jeune postulante, elle fit part à ses amis des craintes que lui inspirait la santé de Madeleine ; elle ne leur cacha pas la découverte qu'elle avait faite du mouchoir taché de sang.

Les Nadalewski furent consternés; malgré la séparation amenée par le changement de situation de leur fille, n'ayant pas cessé en quelque sorte de vivre avec

elle, habitués d'ailleurs à sa pâleur, à une certaine nonchalance dans les manières, même à une petite toux sèche qui, plus d'une fois, quand elle était debout, la contraignait à s'asseoir, ils n'avaient pas remarqué que, de pâle, le visage de Madeleine était peu à peu devenu livide, que la lenteur de ses mouvements de jour en jour s'était accrue, que la fréquence des quintes avait décuplé. Pour des parents, pour des amis, veillant au chevet d'un être aimé, la mort est toujours une catastrophe imprévue. On s'était si bien fait au dépérissement imperceptible de la malade, qu'on avait fini par ne plus le voir.

— Dans le fâcheux état où se trouve cette chère enfant, ma position est des plus délicates, dit la sœur ; Bénédicte aux Nadalewski muets de saisissement. 'Malgré l'afifection dont elle est entourée ici, il est

ivident que l'Hospice des Enfants-Assistés n^est pas le meilleur endroit qu'on puisse choisir pour la soigner, car elle y manquera de beaucoup de choses, en dépit de moi. Que faire?

— C'est bien simple, répondit Stéphane, il faut, dès f aujourd'hui, dès ce moment, nous confier celle qui

devait être la femme de mon fils, et que nous considérâmes toujours comme notre fille.

— Bien que ni madame Fuster, ni le révérend père Phalippou ne m'aient laissé ignorer les malentendus qui s'élevèrent entre eux et vous, monsieur Nadalewski, ma première pensée, en voyant Madeleine si

soufifrante, a été de la remettre entre vos mains. Moi, je ne suis pas une savante comme madame la baronne Fuster, je n'ai pas lu ce que vous avez écrit dans vos livres, mais je crois avoir lu ce que Dieu écrivit dans votre cœur, et je sais que notre postulante de Saint- Vincent peut aller demeurer dans votre maison, dans * la maison de madame Nadalewska. Veuillez remarquer, du reste, que madame Fuster, à laquelle j'ai eu l'honneur de m'adresser à plusieurs reprises, à laquelle, il y a un mois environ, j'annonçai la si heureuse rencontre par sa fille de Marie 6â^^ aux Enfants-Assistés, s'obstine dans un silence qui me dégage envers elle absolument.

— Comment! elle ne répond pas à vos lettres?

s'écria notre philosophe.

— Deux ou trois fois j'ai reçu quelques lignes. Encore, dans ces courts billets qui m'arrivent à de longs intervalles, n'est-il question que de l'Ordre du Jugement-Dernier. Voici les dernières nouvelles :

« Les travaux du noviciat vont bon train... J'ai tt pris l'habit religieux le 14 septembre, jour de <c l'Exaltation de la Très Sainte-Croix... Vers le prince temps, j'accompagnerai le Révérend Père Supérieur « à Rome, où nous comptons fonder une résidence tt qui pourra devenir plus tard la maison-mère de <t l'Ordre... Il ne serait pas impossible que, le Rêvé-

« rend Père Supérieur et moi y nous fissions un c voyage à Assise, en Ombrie.... »

— Et elle ne vous parle pas de Madeleine ? interrompit madame Nadalewska.

— Fort peu.

— Cest épouvantable ! interjeta Stéphane.

^ Non, monsieur Nadalewski, pas si épouvantable que vous lé pensez. Madame Fuster croit que sa fille a touché le port du salut et ne s'inquiète plus d'elle. W0HJLX la sœur Thérèse, du Jugement- Dernier, car tel est désormais le nom de madame la baronne, ssf fille n'est pas à l'Hospice des Enfants-Assistés, elle est au ciel,

— Agiriez- vous ainsi, madame, si vous étiez mère ?

— Je suis loin, moi, d'avoir atteint le degré de perfection oti madame Fuster est parvenue.

— Je me porte garant pour vous, madame : non, non, vous n'agiriez pas ainsi.

— Peut-être avez-vous raison, murmura la Supérieure.

— La religion vous a laissé des entrailles, à vous î

— Monsieur Nadalewski...

— Enfin, je vous remercie de nous rendre notre îUe, s'écria-t-il s'exaltant par degré... Soyez trân- }uille, nous la guérirons. Qui n'a pas un peu craché e sang dans sa vie! Moi qui vous parle... autrefois... Pauvre Madeleine I assassinée par les siens...

Il s'arrêta court et pleura.

Madame Nadalewska demeurait pétrifiée sur une chaise. Ses lèvres remuaient pourtant. Qui sait? peutêtre la femme du terrible auteur de VEssai sur les Miracles priait-elle. Peu de malheureux ont la force de se déprendre des espérances d'en haut.

La sœur Bénédicte, les yeux pleins, allait de Fun à l'autre, leur prenant la main.

— Mes amis, mes bons amis, leur répétait-elle, du courage, du courage !

— Ce soir même, nous partirons pour Cannes, Nice, Menton... dit Stéphane se levant et secouant une faiblesse qui avait fait passer comme un nuage de honte sur son front.

— C'est cela, dit la sœur Bénédicte, approuvant d'un mouvement de tête... Du reste, ajouta-t-elle, madame Fuster n'ayant pas répondu à ma dépêche d'avant-hier au soir, où je ne lui cachais rien, et la Supérieure Générale, que j'ai vue ce matin, m'ayant laissé toute liberté d'action, dès aujourd'hui Madeleine vous appartient...

— O madame!... ne put s'empêcher de s'écrier Nadalewski.

Comme notre philosophe, dans un transport violent de reconnaissance, saisissait les mains de la Fille de la Charité et osait les presser dans les siennes, la porte du cabinet s'entr'ouvrit. Dans l'entrebâille-

UNE RENCONTRE FATALE 33l

ment passèrent deux têtes ravissantes, Tune brune, l'autre blonde. Les visages avaient un air à la fois souriant et mutin.

— Bonjour à tout le monde ! chantèrent ensemble des voix fraîches de rossignol.

C'étaient Marie David et sa fidèle compagne Henriette Brenner.

— Entrez! entrez! leur dit la bonne Mère.

Loulou courut à Nadalewski ; puis la petite assistée

alsacienne s'élança vers la Supérieure, qui l'étreignit affectueusement.

— Monsieur Nadalewski, dit la sœur Bénédicte, on* répète de toutes parts, à Lormières principalement, que vos livres contiennent beaucoup d'erreurs...

— Mais, madame... interrompit l'auteur de V Essai sur les Miracles^ stupéfait.

— Oh! ne vous fâchez pas...

— Certes, après ce que je vous dois, je n'aurais garde...

— Admettez, pour me faire plaisir, que le révérend père Phalippou ne se soit pas trompé, et qu'en effet il se trouve dans vos écrits plus d'une ligne qu'on pourrait en retrancher.

— S'il s'agit de vous faire plaisir, madame, je conviendrai que je suis un grand coupable... Eh bien?...

— Eh bien, je veux vous proposer de réparer d'un

seul coup tous les torts que vous convenez avoir eus envers le ciel.

— Je ne demande pas mieux.

La Supérieure lui montra Henriette Brenner.

— Vous voyez cette enfant ?

— Elle est adorable.

— Cest une orpheline de la guerre. Elle a huit ans. Son père, parti avec les mobiles parisiens pour le camp de Châlons, n'est pas revenu ; il a été tué à la bataille de Saint- Privât. Sa mère, qui avait beaucoup soufifert durant le siège, est morte à Thôpital Beaujon, il y a six mois. Vous êtes riche, monsieur Nadalewski, surtout vous êtes bon : pourquoi nV dopteriez-vous pas ma petite Henriette?

— Et Marie David, madame?

— Loulou! ma Loulou! appela une voix faible.

Stéphane s^ élança vers la porte et se trouva nez à

nez avec a sa fille ».

— Oh ! pardon, ma bonne mère Bénédicte, articula Madeleine, essoufflée... Figurez- vous que les enfants m'ont échappé... Ah! mauvaises l... Je m'étais mise un moment à genoux pour faire ma méditation, et, comme j'avais négligé de fermer la porte, elles se sont envolées à travers les corridors...

— J'avais vu madame Nadalewska par la fenêtre, moi, dit Henriette. *

— Moi aussi, je Tavais vue, maman Nadalewska, ajouta Loulou,

Stéphane, attentif à la respiration courte de la petite mère, sentit une inquiétude poignante lui parsemer le front de gouttelettes de sueur glacée.

— Assieds-toi, ma chère enfant, lui dit-il.

Madeleine s^assit sans difficulté, car ses jambes ne la soutenaient plus.

— Devine si tu peux, reprit notre philosophe, lui caressant les mains, qu41 n^avait jamais senties ni si maigres ni si froides, devine la proposition que nous faisait madame la Supérieure quand, tu es entrée ?

— Quelle proposition ?

— Elle nous proposait, à ta maman Nadalewska et à moi, d'adopter Henriette Brenner.

— Et ma filleule ? s'écria-t-elle.

De son œil fiévreux avaient jailli des étincelles.

— C'est justement ce que je viens de lui répondre. •^ « Et Marie David? et Marie David? » — Mais la bonne Mère a insisté, prétendant que Loulou est ta fille, et que c'est toi, toi seule, qui dois l'adopter.

— Comment, moi, postulante de Saint- Vincent, adopterais-jc une orpheline ? Est-ce que, en revêtant le saint habit que je porte, je ne les ai pas adoptées toutes ?

— JMa bien chère mignonne, intervint la Supérieure , secondant, les vues de Stéphane, réfléchissez-y, rien d'irrévocable ne vous enchaîne à notre Société. Vous n'avez pas été même autorisée à faire

334 tA PETITE MÈRE

les premiers vœux intérieurs. Vous restez donc, aujourd'hui, aussi libre de disposer de vous-même que vous Tétiez le jour où je vous reçus à la crèche Saint- Julien.

— Dans ma situation de postulante...

— Dans votre situation de postulante, je ne vois aucune raison à de vains scrupules, Madeleine; et vous" ofifenseriez Dieu si, en dépit des épreuves dont son amour ne vous accable que pour vous éclairer, vous vous obstiniez à rester dans une voie où peutêtre il ne vous a pas appelée.

— De quelles épreuves entendez - vous parler, Mère Supérieure ? interrogea-t-elle intimidée.

— Je n'en citerai qu'une : votre santé momentanément ébranlée. Croyez-vous que si Dieu vous réservait aux durs labeurs de Fille de la Charité, il vous eût ainsi, goutte à goutte, privée de vos forces ? En rendant à votre tendresse Penfant que vous aviez perdue. Dieu, manifestement, vous appelait hors d'ici pour élever cette enfant qui, n'étant plus orpheline désormais, devait sortir de cette maison d'orphelins. Vous n'avez pas entendu l'avertissement d'en haut, conséquemment vous n'avez pas obéi. Qu'est-il arrivé? La maladie a torturé votre corps, et vous souffrez davantage chaque jour. C'est encore Dieu qui « s'incline » vers vous, selon le mot de l'Ecriture, et vous prévient.

. — Ma sœur Bénédicte, ma Mère, que voulez-vous

que je fasse? répondit la jeune martyre, pénétrée de terreur, épuisée, vaincue.

— Vous devez quitter Phospice et suivre la famille Nadalcwskî, dont vous êtes l'enfant. Rue Barbet-de- Jouy, dans la paix des plus douces affections, loin surtout du tumulte d^une maison comme celle-ci , vous rétablirez votre santé; puis, après la saison mauvaise, quand vous irez tout à fait bien, s'il vous plaît de retourner auprès de moi...

— J'y retournerai, interrompit-elle, sentant toute sa volonté défaillir et se cramponnant à un suprême espoir. ,

— La porte des Enfants-Assistés vous restera toujours ouverte, ma chère Madeleine, comme celle de mon cœur, lui dit la Supérieure, profondément remuée.

Elle l'embrassa. Mais, tout à Coup, la novice trembla dans les bras de la Fille de la Charité ainsi qu'un oiseau pris au piège*

— Qu'as-tu, ma chère petite, qu'as-tu? lui demanda celle-ci avec le plus tendre, le plus maternel des tutoiements.

— Je pense à maman, qui esta Lormières, articulat-elle tristement. Si elle allait désapprouver ma sortie de l'hospice, si le Révérend Père Supérieur me blâmait!...

La sœur Bénédicte lui répondît sans hésitation :

— En te retirant rue Barbet-de-Jouy, chez les

l'adoption.

Un long moment on se regarda en silence ; puis on échangea quelques paroles. Les paroles entre la baronne et la sœur Bénédicte furent aimables, affectueuses, empreintes d'une sorte de cordialité religieuse ; celles entre la baronne et les Nadalewski furent réservées, simplement polies.

— O ma fille, que tu es belle avec cet habit! dit madame Fuster s'adressant enfin à Madeleine, qu'elle dévorait de ses deux yeux enthousiastes, ravis.

— Vous-même, chère maman, que ce costume du Jugement-Dernier vous va bien !

— Ah I si le Révérend Père Supérieur pouvait te voir avec la cornette de sœur de Saint- Vincent I s'écria la religieuse de Lormières, dont le révérend père

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alippou, après Dieu, demeurait toujours la plus celante, la plus douce préoccupation.

ît, rendue sensible, maternelle par la joie de dévrir son enfant dans la robe grise de Fille de la irité, ne remarquant pas sa mine défaite, presque urante, ne songeant en aucune façon à prendre nouvelles de sa santé, encore une fois elle Tétrei- :. Mais notre novice, trop lasse pour subir impulent de si terribles émotions, à bout de force, à t de vie, comme sa mère, avec des élans pieux, "murant une oraison jaculatoire, la conservait sportée en Dieu contre son sein, notre novice lit soudainement dans ses bras et s'évanouit. - O ciel ! s'écria madame Fuster soutenant sa fille, t la tête blanche s'affaissait pareille à la corolle laculée d'un lis.

adalewski voulut lui arracher Madeleine, mais la retint violemment, et tandis que d'une main gardait son précieux fardeau, entraînant de l'autre Lipérieure Bénédicte hésitante, elle rentra dans )spice des Enfants-Assistés, iélas! pauvre, adorable, sainte petite mère, elle lit donc pas rue Barbet-de-Jouy?...

près quelques jours passés au lit, entourée de c qui l'aimaient, même de Georges et d'Angélica ss, accourus de Belfort, oîi ils s'étaient fixés dej l'annexion de l'Alsace à la Prusse, même de

M. Darnétal, devenu Tami du philosophe de Bellevue, Madeleine put se lever encore, marcher dans sa chambre et jouir des Jeux de Loulou et d'Henriette Brenner, auxquels elle aimait à se mêler. Malheureusement, il était manifeste pour tous que, dans cette crise, notre postulante de Saint-Vincent avait perdu sa dernière énergie, et, comme elle le disait elle-même, avec un sourire où le ciel qui allait s'ouvrir peut-être pour elle mettait je ne sais quel reflet divin, sa dernière goutte de sang.

Cependant Stéphane, qui ne voulait pas se résigner à perdre sa fille, n'attendait qu'une lueur de relèvement pour remporter dans le Midi, vers le soleil qui la réchaufiferait, la guérirait, la sauverait. Le docteur Guibal avait eu beau, dans une conférence interminable, lui faire toucher du doigt la consomption arrivée à ses limites extrêmes, lui montrer le dépérissement universel des organes, l'atonie générale de la machine, incapable d'aucune réaction généreuse et vivifiante, ce père hébété de désespoir s'entêtait à ne pas comprendre et à espérer.

— Vois-tu, ma chère enfant, disait-il à la malade, un matin qu'il était seul avec elle, la baronne ayant quitté un moment l'hospice pour courir à travers Paris aux mille affaires dont l'avait chargée le révérend père Phalippou, vois-tu, le temps est un peu humide encore, mais il va changer. Un de mes condisciples de l'Ecole polytechnique, attaché à l'Observatoire, et que

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je viens de rencontrer tout à l'heure, m*a annoncé un mois d'avril magnifique. Une semaine de soleil, et tu auras assez de vigueur pour supporter un voyage. Au lieu d'aller jusqu'à Nice ou à Menton, nous nous arrêterons à Cannes, qui est plus près...

— Non, non, mon père Stéphane... Croyez-moi, je n'en puis plus... Je ne sais pas, comme je viens de le lire dans ce livre de maman, — elle montra un petit tome broché d'une feuille de papier bleu sans titre apparent, — je ne sais pas si je suis mûre pour le ciel, mais assurément je suis mûre pour la mort...

— C'est à mon tour de te crier : non I cent fois non !

Elle courba la tête, se recueillant en elle-même. Puis, en s'interrompant de temps à autre, elle laissa doucement couler son âme.

— Qui eût dit pourtant que ma vie finirait ainsi !... Par quels chemins rudes Dieu conduit ceux qu'il aime!... A la page 20 du petit livre que voilà, j'ai lu cette pensée : — « C'est par une infinie variété de sup- « plices que Dieu affine la créature qu'il médite de « s'attacher. » — Hélas! que de supplices j'ai endurés, moi, depuis deux ans... Quand je pense que je suis si jeune encore!.. Vous souvenez-vous, mon excellent père de Bellevue, comme j'étais étourdie, folle autrefois!... C'est la mort de Daniel qui me rendit grave, c'est cette mort héroïque qui me dépouilla de ma jeunesse... Je n'avais guère de piété à l'hôtel Tré-

mière... Vous seriez bien surpris si je vous avouais que c^est de la mort de Daniel que me vient toute ma religion... Daniel mort, je n^ai vu que Dieu... Ahl pourvu qu^une dévotion si humaine me soit comptée, quand bientôt je paraîtrai au tribunal de l'inexorable Juge!...

De k chaise longue où elle se tenait à demi-couchée, elle se pencha vers Nadalewski et, avec un murmure d^oii les paroles se dégageaient à peine distinctes :

— Je n'ai plus besoin, puisque j'ai retrouvé ma Loulouy de la tête delà poupée de Metz, mais...

Elle n'osa ou ne put en dire davantage. Stéphane, vivement, passa une main dans sa poitrine et en retira un fragment de chiffon rouge.

— Comment I dit-elle d'une voix pleine, sonore, où vibrèrent des notes indignées, vous avez déchiré mon ruban ?

— Quand tu ne l'as plus voulu, ta maman Nadalewska et moi, nous nous le sommes partagé.

Elle fut muette une seconde.

— Vous avez bien fait, dit-elle enfin.

Puis elle ajouta, couvrant de baisers le lambeau de soie :

— Oh! ne croyez pas que je sois jalouse au moins! Nous ne serons jamais assez nombreux pour nous occuper de mon Daniel, le regretter, l'aimer.

La porte de la chambre s'ouvrit, et la sœur Béné»

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diae entra, amenant Loulou et Henriette Brenner, qui ce jour-là avaient fait grasse matinée. Derrière la Supérieure, parurent d'abord madame Nadalewska, puis Georges et Angelica Reiss, enfin M. Darnétal, désormais très assidu à FHospice des Enfants- Assistés. Madeleine embrassa sa filleule; puis elle la caressa de regards longs, douloureux, attentifs. Comme si elle comprenait que c'était là un adieu que lui adressait sa marraine au moment de la quitter, «Loulou ne dit pas un mot, mais ses yeux se troublèrent soudainement et elle pleura. La petite mère ^'étreignit de nouveau.

— Il faut emmener les enfants, murmura tout bas ^otre philosophe à la sœur Bénédicte.

— Non, non, articula Madeleine qui avait entendu. D'un effort énergique elle se redressa, et, poussant

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