‹ L'Hôtel de Beauvais (rue Saint-Antoine)Chapitre 3 sur 30 · L'HOTEL DE BEAUVAIS. 3S · texte numérisé non relu

L'HOTEL DE BEAUVAIS. 3S

« rouge cramoisy, enricliy de larges passemens et de hautes « crespines d'or et d'argent, sous lequel la reytie-mère fit mettre « à sa droite la reyne d'Angleterre et entre elles la princesse sa « fille. Le niilord Germain, le comte de Nogent père (1) et peu « d'autres estoient derrière elles debout.

a Les deux autres balcons, aussi bien que celuy-ci, avoient sur « leurs appuis de très fins tapis de Perse. Les dames de la cour « des reynes remplirent celui du côté des Jésuites ; monsieur le « cardinal Mazarin, qui ne se trouva pas encore assez bien remis « de sa maladie pour paroistre à la cavalcade et prendre part à « un triomphe auquel il avoit tant contribué, se mist sur l'autre « et eut presque toujours auprès de luy M. de Thurenne en « habit noir (2). »

Remarquons, en passant, celte petite vengeance de Mazarin, montrant ainsi au peuple de Paris, à cette fenêtre de l'hôtel de Beauvais, debout derrière son trône, le renégat et le fléau de la Fronde, le vainqueur de ce capitaine espagnol qui avait nom le Grand Condé; tandis que le roi traînait, dans son cortège triomphal, à travers ce faubourg Saint-Antoine, champ de bataille où les deux adversaires s'étaient mesurés jadis, le dernier défenseur de cette cause avilie, contraint de figurer « da7is un état très magnifique » à son rang de premier prince du sang, comme à un mouvant pilori. Quel regard durent échanger ces deux hommes, quand le cortège royal fit halte devant l'hôtel

(1) Nicolas de Bautru, comte de Nogent, frère du fameux Bautru, comte de Saint-Seran, Il se trouvait là à son poste en qualité de capitaine des gardes de la porte.

(2) « Leurs Majestés tirent halte devant l'hôtel de la dame de Beauvais, où la « reyne-mère s'estoit placée pour voir passer cette pompe... La reyne d'Angle- « terre y estoit aussi, avec la princesse sa fllle et pareillement Son Eminence... La « princesse Palatine estoit delà compagnie, avec la duchesse de Chevreuse, lacom- << tesse de Noaille, et quantité d'autres dames de l'une et de l'autre cour des deux « Majestés ; lesquelles n'avoient pu choisir un lieu plus délicieux que ce superhe M palais où l'on voit ce que l'architecture a de plus beau et de plus régulier, ainsi Il que le magnifique dans tout son lustre : estant aussi le superbe monu- « ment des libéralités de la reyne-mère et de Son Eminence. »

(Extraordinaire de la Gazette du 28 aoûilQQQ.)

34 ,MONOGRRPHIES PARISIENNES.

de Beauvais; et quel étrange sourire dut éclairer la pâle figure du cardinal déjà presque mourant au milieu de sa gloire !

Loret ne manque pas de chanter aussi les splendeurs de l'hôtel de Beauvais, et de célébrer en même temps les libéralités du cardinal envers la maîtresse du logis. Cela était alors de notoriété publique et ne scandalisait plus personne.

Le poste de la reine-mère, Pour voir tout ce brillant mystère, Et de monsieur le cardinal, Que Dieu préserve de tout mal.

Puisqu'il s'est rendu par ses veilles La cause de tant de merveilles.

Fut chez madame de Beauvais, Poste qui n'était pas mauvais.

Étant un palais à la mode.

Fort somptueux et fort commode.

Et dont, pour sa construction.

On a de l'obligation.

Qu'on ne peut passer sous silence.

Aux bontés de Son Éminence.

La reine d'Angleterre aussi.

Du moins on me l'a dit ainsi.

Et sa très belle fille aînée.

De tant de grâce environnée.

Qu'elle est digne d'un demi-dieu.

Avaient pris place audit beau lieu Sousde grands dais d'or et de soie.

D'où l'on voyait tout avec joie.

Le grand Turenne mêmement Était audit appartement.

Avec encor d'autres princesses.

Dames, marquises et duchesses.

Qu'on servit de mets si divers.

Sur une table à vingt couverts. Que cette dame tant aimée En fut encor plus estimée !

Deux ans plus tard, à l'occasion du fameux carrousel qui a laissé son nom à l'immense cour du nouveau Louvre, les princes et princesses se pressaient encore aux balcons de l'hôtel de Beauvais, pour voir défiler les cinq quadrilles qui se rendaient de

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