‹ L'Hôtel de Beauvais (rue Saint-Antoine)Chapitre 5 sur 30 · L'HOTEL DE BËAUVA1«. SÎ · texte numérisé non relu

L'HOTEL DE BËAUVA1«. SÎ

« au sépteiitrion. » Avez-vous compris?... Continuons. Sur cette carte ligurent, transformées en villes et en bourgades, les dames de la cour les plus en réputation.

Entre Olonne et Guise, nous trouvons: « Beauvais, sur la « Carogne : petite ville dans un fond où l'on ne voit le jour « qu'à demi, et dont les bâtiments sont très-désagréables. « Elle a eu néanmoins des gens de très grande condition « pour gouverneurs, entre autres un commandeur de Malte (1), « qui y a laissé une belle infanterie. On ne s'étonnera pas » que des gens de naissance et de mérite se soient arrêtés à « un si méchant logis, quand on saura que ç'a été le principal « passage pour aller à la ville de Dona-Anna, où tout le com- « merce se faisait durant qu'on bâtissait le Fort-Louis. Depuis « que ce fort est entré dans ses droits, la ville de Beauvais n'a « plus eu de gouverneur de marque, mais des gens de basse « étoffe et inconnus que la ville y entretient, quoiqu'elle ne vaille « plus la dépense. Ceux-ci ont toujours eu soin de bien maintenir « l'infanterie. »

Nous retrouvons M""* de Beauvais, en 1666, faisant sa charge au pied du lit de mort d'Anne d'Autriche, qui lui laissa par son testament un legs de trente mille livres. C'est entre les bras d'Angélique de Beauvais, sa plus jeune fille, que la reine rendit le dernier soupir (2). Les deux filles de M'"® de Beauvais ne ressemblèrent en rien à leur mère, toutes deux ont laissé une réputation sans tache. Angélique de Beauvais eut aussi son petit

(1) Ce commandeur de Malte serait-il le galant et épicurien commandeur de Souvré, l'un des fidèles de la reine sous la Fronde, très-recherché parmi les dames et non moins célèbre dans l'ordre des Coteaux que dans l'ordre de Malte ? Depuis lG-i8, il était accrédité près de la régente en qualité d'ambassadeur de la religion. En 1667 seulement, il devient grand-prieur de France. — Nous trouvons encore, il cette époque, dans l'entourage d'Anne d'Autriche, le stoique commandeur de Jars, qui, au temps de Richelieu, poussa le dévouement pour la reine jusqu'à regarder sans pâlir la hache du bourreau. Mais ce noble cœur se serait-il abaissé à courtiser Cathau? Nous ne le pensons pas. En tout cas, il faut reconnaître que Beauvais la Borgnesxe avait la main (gauche) heureuse et que son mari aurait eu mauvaise grâce à se plaindre de si honorable compagnie.

(2) Mém. de Motteville.

roman platonique : le beau comte de Gulclie, favori de Monsieur, plus compromettant, hélas! pour ses amis que pour ses maîtresses, lui fit une cour assidue et publique. Marié malgré lui à M"^ de Béthune, il affectait de ne point voir sa femme. « On « disait qu'il vivait avec elle comme un homme qui voulait se « démarier un jour, et que la cause en était l'extrême passion « qu'il avait pour la lille de M"'*' de Beauvais (1). »

31"^ de Beauvais, que Bussy, un bon juge en ces matières, a qualifiée « fillede peu de naissanceetde beaucoup d'esprit (2), «avait la survivance de la charge de première femme de chambre. « Par « son mérite et sa vertu, dit M'"^ de Motteville, elle avait acquis « dans l'estime de la reine l'avantage d'être préférée à sa mère « pour les confidences d'honneur et de distinction. » Anne d'Autriche lui en donna une preuve éclatante : c'est entre ses mains qu'elle déposa son testament, en la chargeant de le remettre après sa mort au roi en personne (3).

M"*® de Beauvais survécut longtemps à sa maîtresse. « Je l'ai « encore vue, dit Saint-Simon, vieille, chassieuse et borgnesse, à « la toilette de madame la dauphine de Bavière (4), où toute la « cour lui faisait merveille, parce que de temps en temps elle « venait à Versailles, où elle causait toujours avec le roi en par- « ticulier, qui avait conservé beaucoup de considération pour « elle (5). »

Dangeau nous annonce sa mort, à la date du 14 août 1690; elle devait avoir près de quatre-vingts ans. Elle était veuve depuis quatre ans seulement.

Ce brave Pierre de Beauvais ne fit pas beaucoup parler de lui et se contenta d'engraisser discrètement dans sa bauge conjugale. Une clef de La Bruyère nous a révélé son premier état. Nous l'avons vu quitter piteusement le Palais-Royal à la suite de

(1) Mém. de Montpensier, III, 276.

(2) Histoire ajnoureuse des Gaules, édit. Jannet, I, 70.

(3) Mém. de Motteville.

(4) Marie-Anne, fille de Ferdinand, duc de Bavière, femme du grand dauphin^ mort en 1711.

(5) Saint-Simon, I, 124.

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