L'HOTEL DE BEAUVAIS. Û
sa femme, et les actes résultant de l'ouverture de sa succession en 1686 nous donnent la date de sa mort (1). Quelques compilateurs modernes, égarés par la qualité de conseiller du roi que lui donnent les contemporains, en ont fait bien mal à propos un conseiller au parlement. Ce n'était pas probable, et, vérification faite, ce n'est pas vrai. Outre ce titre vague de conseiller du roi, il ne prit jamais que ceux de seigneur de Gentilly et de baron de Beauvais. Il en oubliait un, le seul auquel il eut des droits incontestables.
La mort de ce mari si commode et si peu remuant de son vivant, ne laissa pas d'apporter une assez grande perturbation dans l'élat de M"*" de Beauvais. La communauté, dissoute par cette mort, dut être liquidée, et les créanciers et directeurs de la succession mirent en vente tous les immeubles. L'hôtel de Beauvais dut passer, comme les autres, au creuset de l'adjudication. Il fut acquis à l'amiable, le 18 juillet 1686, par maître Pierre Savalette, notaire et ancien échevin, au prix de 95,000 livres. Cette estimation, bien inférieure à sa valeur réelle, suffirait pour trahir le caractère fictif de cette vente. M™® de Beauvais, en effet, alors plus que septuagénaire, ne quitta pas son hôtel. Son fils vint s'y établir auprès d'elle et continua à l'habiter ensuite. Maître Pierre Savalette n'en conserva pas moins pendant vingt ans, jusqu'au jour où l'immeuble sortit définitivement de -la famille de Beauvais, la propriété nominale. Les gens d'affaires comprendront sans doute le motif utile de cette fiction (2).
Le fils de IVP^ de Beauvais hérita de la fortune et des vertus maternelles. Il avait déjà pris, du vivant de son père et en avancement d'hoirie, le titre de baron de Beauvais. Il avait épousé la fille du fermier-général Berthelot, des poudres, et sa mère, qui
(1) La liquidation n'eut lieu qu'en 1686, mais il est probable qu'il mourut en 168b; dès cette année-là, en effet, nous trouvons l'hôtel du faubourg Saint-Germain abandonné par le baron de Beauvais fils, qui vint loger avec sa mère.
(2) Titres de l'hôtel de Beauvais.
le chérissait (1), achetait pour lui, dès 1661, un grand hôtel, situé au faubourg Saint-Germain, vacant depuis la mort de Louis Foucault, comte de Dognon, vice-amiral et maréchal de France. En 1686, après la mort de son père, le baron de Beauvais abandonna cet hôtel aux religieuses dites Petites Cordelières (2), et vint habiter celui de la rue Saint-Antoine.
Saint-Simon, que nous ne saurions trop mettre à contribution, n'a pas oublié le baron de Beauvais dans sa galerie de portraits : « Son fils, qui s'était fait appeler le baron de Beauvais, avait la « capitainerie des plaines d'autour de Paris (3) . Il avait été élevé, « au subalterne près, avec le roi ; il avait été de ses ballets et de « ses parties, el, galant, hardi, bien fait, soutenu par sa mère « et par un goût personnel du roi, il avait tenu son coin, mêlé « h l'élite de la cour et depuis traité du roi toute sa vie avec une « distinction qui le faisait craindre et rechercher. Il était fin « courtisan et gâté, mais ami à rompre des lances auprès du roi « avec succès, et ennemi de même; d'ailleurs honnête homme, et « toutefois respectueux avec les seigneurs. Je l'ai vu encore ^< donner les modes (4). »
Formé à bonne école, le baron de Beauvais savait comme on fait les bonnes 7naisons.'l\ eut soin d'escompter la faveur royale et se fit à la cour la réputation de grand donneur d'avis, nous dirions aujourd'hui grand faiseur. Aussi, tout le monde le reconnut-il dans le type d'Ergaste des Caractères de La Bruyère. Le portrait n'est pas llatteur; malheureusement pour le baron,
(1) M'"" de Beauvais écrit à Fouquet, vers 1661, pour solliciter en faveur de son fils : « Je sais que l'affaire ne dépend que de vous, et comme je crois que c'est un avantage pour mon (ils, lequel est celui de mes enfants qui me tient le plus au cœur, je vous supplie de juger combien je vous serai obligée, etc.. (Papiers de Fouquet, liib. inip., fonds Baluze.)
(2) Voy., a l'Appendice, la notice de cet iiotel.
(5) li avait acheté cette capitainerie des chasses 5o mille écus; elle rapportait environ 12 mille livres, savoir : 7,000 liv. de gages du roy et 5,000 liv. de casuel par la vente des charge,s subalternes et des exemptions aux paysans.
(Journal de Dangeau.)
(4) Saint-Simon (loc cit.).