L'HOTEL DE BEAUVAIS, U
toutes les clefs contemporaines nous en garantissent la ressem- Itlance :
« Laissez faire Ergaste, et il exigera un droit de tous ceux « qui boivent de l'eau de la rivière ou qui marchent sur la terre « ferme. Il sait convertir en or jusqu'aux roseaux, aux joncs et « à l'ortie. 11 écoute tous les avis et propose tous ceux qu'il a « écoutés. Le prince ne donne aux autres, qu'aux dépens d'Er- « gaste, et ne leur fait de grâces que celles qui lui étaient dues; « c'est une faim insatiable d'avoir et de posséder. Il trafiquerait « des arts et des sciences et mettrait en parties jusqu'à l'iiar- « monie (4). ■>■> Nous n'ajouterons rien aux traits de ces deux maîtres en l'art de peindre, La Bruyère et Saint-Simon; nous constaterons seulement avec ce dernier que le baron de Beauvais mourut d'apoplexie en 1697, laissant tous ses biens à un fils qui n'hérita pas de sa faveur. Une basse intrigue domestique, une rancune d'oflicier de bouche lui fit perdre la capitainerie des chasses de Paris. On l'accusa de détourner et de vendre à
(1) La Bruyère, Caractères, chap. des Biens de fortune. — Charles Robinet, dans ses Élrennes de la Muse historique pour l'année MDCLXXVIII, bouquet de madrigaux en style d'almanach dédiés à tous les puissants du jour, adresse au baron de Beauvais et à M"= de Beauvais sa sœur, deux quatrains qui ne sont pas les moins plats du recueil. Il dit, parlant au baron :
Quoique vous paraissiez si galant à la cour,
On dit néanmoins que l'amour Se plaint de voir en vous une iroideur fort grande.
Le fils de madame de Beauvais, homme positif, marié foirtr jeune et avant tout père de famille dans l'acception légale du mot, se montra en effet, malgré son élégance, plus ardent au gain qu'il la galanterie Plein d'indulgence, d'ailleurs, pour les faiblesses maternelles, Saint-Simon nous le montre soutenant à son tour, dans la mauvaise fortune, Lavauguyon disgracié.
Ajoutons, avant d'en finir avec celte tribu, que madame de Beauvais ne se montra pas non plus indifférente pour les siens. Tout en protégeant ses amants, elle se fit un devoir de décrasser sa famille qui, de la friperie, s'élança bravement dans les six corps, et parvint rapidement aux honneurs municipaux. De 1672 à i'iQi, nous trouvons inscrits au Livre d'or de l'échevinage parisien, trois édiles du nom de Bellier : Martin Bellier (1672), Claude Bellier (1688), Martin-Joseph Bellier (1704). Ils portent : d'Azur à la tour d'argent, ajourée et maçonnée de sable, adextrée en chef d'un soleil d'or. Du reste, l'éclat de cette maison s'éteignit avec l'astre d'où lui venait sa lumière ; et les Bellier rentrent dans l'obscurité quand les Beauvais disparaissent de l'horizoîi.
son profit le gibier qui manqua sur la table du roi, — et on sait ce qu'elle en absorbait! — Ce crime de lèse-appétit entraîna la disgrâce du dernier des Beauvais; contraint de vendre sa charge à Bontemps, il acheta, en 1710, pour se raccrocher à la cour, celle de capitaine de la porte du duc de Berry (1). Mais nous n'avons plus intérêt à le suivre, car il n'habita guère l'hôtel de la rue Saint-Antoine, dont M'' Pierre Savalette fit entreprendre la restauration complète, au mois de juillet 1704 (2), pour le compte d'un nouvel acquéreur, retenu loin de Paris par des fonctions importantes et désireux, pour quelque temps encore, de garder l'incognito.
(1) Saint-Simon, IX, 69.
(2) Germain Brice, édit. de 1706, 1, 584.