‹ L'hôtel de ClunyChapitre 22 sur 84 · Tome III, page 361, de l'édition de · texte numérisé non relu

Tome III, page 361, de l'édition de

M. Leroux de Lincy', la misère publique qui, en 1424, faisait louer et vendre les maisons, fut-elle cause que, pendant les guerres de la Ligue, des comédiens obtinrent la permission de s'établir dans l'Hôtel de Cluny, désert depuis plusieurs années et qui, par conséquent, n'était d'aucun produit pour la caisse municipale. Peut-être, enfin, n’osa-t-on pas en faire remonter la responsabilité au puissant abbé de la riche congrégation de Cluny. Plusieurs histoires du théâtre mentionnent l'existence de cette troupe, et voici comment elles expliquent son existence :

Une foule de poètes surgissaient qui, sur les traces de Jodelle, composaient des tragédies et des comédies. Le nombre de ces pièces devint si considérable et elles furent si fort à la mode qu'il se forma plusieurs troupes d'acteurs, sous le titre de comédiens, pour les représenter. Les comédiens coururent pendant un assez long temps les provinces, les privilèges des Confrères les empêchant de jouer à Paris.

« Alors une troupe de comédiens, enorgueillie, dit un ancien auteur, par les applaudissements qu’elle avait recus en différentes provinces, osa tenter de s'établir à Paris de sa propre autorité, dans la confiance que, si elle parvenait à se faire connaitre, la faveur la maintiendrait, malgré les oppositions et les plaintes des comédiens privilégiés de l'Hôtel de Bourgogne. Dans cette persuasion, « ces campagnards » louèrent une grande salle de l'Hôtel de Cluny?, située rue des Mathurins, et y firent construire -un théâtre. Ils en firent l'ouverture par les pièces qui avaient le mieux réussi dans les différentes villes où ils avaient joué; mais à peine la fin de la semaine était-elle arrivée’ que le Parlement, « irrité d’un attentat qui

blessait son autorité, » rendit un arrêt * qui défendit à ces comédiens de

1. Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France.

2. On se demande quelle pouvait être cette grande salle; la distribution des pièces, leurs dimensions, l'existence de portes étroites rendaient bien difficile ou bien défectueuse une telle installation. Les comédiens s'étaient peut-être établis dans la cour ou bien encore dans une des salles des Thermes.

3. L'arrêt du 19 décembre 1548 avait interdit les moralités que représentaient les confrères de la Passion qui à cetteépoque cessent de monter en scène. Une troupe se forma pour la première fois et prit à loyer le privilège et Hôtel de Bourgogne. Les pièces qu’on représentait alors étaient de Jodelle (sous Charles IX et Henri IT), auteur de deux tragédies : Cléopätre, Didon, et d’une comédie : Eugène, ou

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2 Ro — continuer la représentation de leurs pièces, et qui ordonnaïit au portier de la maison de mettre à bas leur théâtre, sous peine de mille écus d'amende et de la plus grande peine si le cas échéoit”. » Voici, d’ailleurs, le texte même de l'arrêt daté de l'an 1584: « Du samedi vr octobre. Ce « jour, ouy le procureur général du roy, en ses conclusions et remon- « trances, a esté arresté et ordonné que présentement tous les huissiers « d'icelle se transporteront au logis des comédiens et du concierge de « l'Hostel de Cluny près les Mathurins, auxquels seront faicts deffences, « par ordonnance de la chambre des vacations de jouer leurs comédies, ne « faire assemblée en quelque lieu de cette ville et fauxbourgs que ce soit et « au concierge de Cluny les y recevoir, à peine de mil escus d'amende. Età « l'instant a été enjoinct à l'huissier Bujot aller faire la dicte signification et « deffenses. » ?

Nous avons montré par diverses citations du temps l'importance de l'Hôtel de Cluny au xvr° siècle. Nous en trouvons un nouveau témoignage dansle livre de Pierre de Saint-Jullien, dont nous avons déjà parlé, livre paru en 1588, quatre

ans après l'expulsion des comédiens. L’auteur qualifie l'hôtel d’admirable ?.

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la Rencontre; de Jean-Antoine de Baïf : Le Brave, ou le Taille-Bras, comédie imitée de Plaute; —de La Péruse : Médée, tragédie imitée de Sénèque; — de Rob. Garnier, huit tragédies : Porcie, Hippolite, Cornélie, Marc Antoine, la Troade, Antigone, Sédécie, ou les Juives, et Bradamantes. — Une loge spéciale était réservée aux confrères de la Passion.

1. Etablissement des théâtres dans les Tablettes dramatiques, par M. le chevalier Mouchy.

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