CHAPITRE X
NovTf lie |«Qlfftivfl d'firniMgeiiievt par te P. Andujar, — B|«B4eoieot des éf^qqqf» de Saiate« et de Murseille. — Le Cardinal résolu à se taire et à prier Pieu. — IfC P. de Gravesoa ne doit plus riea traiter avec le Pape. >- Le projet est adopté par la Congrégatioa. — Morvillc l'anaonce à rarcbevéché. — > Le Cardinal oQBsiilte ses amis. ^ Tous décident le projet inacceptable. — <• Kxpédieot du Cardinal Djivia adopté par Noailles.^ Position réellement pénible de celui-ci* — Le Pape montre toujours les meilleures dispositions. — Il faut des actes et non des paroles. -^ Le rameau d*olivier est remplacé par une bombe. — A Paris le Cardinal de Rohan cherehe sérieuseme&l une base d'arRingeiaent. -~ Les curés poussent Noailles à la résistance. — Mauvaises nouvelles de Rome, — Le Cardinal se retourne vers l'abbé de Porte-Neuve. — Nouvelles tentatives.^ L'abbé propose force projets sans valeur. — La paix an fond y semble impossible, —r L'agitation des esprits à Paris. — Le Cardîoal goamvodd Qraveson d'avoir eu confiance en Polignac. — Il voudrait le chapeau pour lui. — Le Cardinal de Bissy lui-même recherche un arrangement. — 11 cherche à faire accuser Noailles d*entétement. — Le P. Couf-t lui demande s'il garantit que la Congrégation acceptera les termes aecordéa par NoaiUes. — Il recule. — Nouvelles démarches du Cardinal Davia.
A ce moment il y avait une nouvelle négociation entamée par le P. Andujar pour laquelle le P. de Grave.^on devait observer un secret absolu. Nous n'avons plus alors que des lettres adressées avec la mention « Tibi Soli ». Le P. de Graveson reçoit l'avis de se claquemurer dans sa cellule et de ne rien dire. (1) Il n'y avait plus en effet rien a laire ostensiblement. Le feu s'était de toutes parts rallumé : les évêques de Saintes et de Marseille venaient de lancer des mandeinents condamnant les XII articles, désapprouvés en cela, assurait-on, parles Cardinaux, de Rolian et de Bissy qui en auraient réclamé la suppression de Monsieur le Duc. Le décretdu Concile excitait vivement les esprits à Paris et les possibilités d'apaisement paraissaient de plus en plus s'éloi-
(1) Lettre du 25 février.
gner. a Polip^nac négociera tant qu'il voudra, lisons-nous dans le THfi Soli du 4 mars, mais le Cardinal de Noailles n'a pas fait vœu d'ohéissanee a ces Seigneurs et il ne fera point amende honorable à leurs pieds. Les Congrégations décideront tout ce qu'elles voudront, le Cardinal se taira en priant Dieu. Ne sachant ce que le Pape veut faire, il doit encore plus attendre. » Dans Te même document nous (tduvous la base de la négodation entamée à nouveau et mentionnée dans la dépêche du 7 janvier à laquelle était mêlé le P. Andujar. Le Pape devait adresser une lettre « aimable » approuvant les XII articles. Aussitôt le Cardinal déclarerait accepter la Bulle avec respect et soumission et déférer au Souverain-Pontife son Instruction pastorale pour y voir condamner ce qui paraîtrait à Sa Sainteté devoir l'être. Seulement le Cardinal recommandait pour cela au Père de traiter l'afTaire seul avec le Pape, de le voir le plus souvent possible, et, au contraire, de ne plus aller chez l'ambassadeur de France. Le Cardinal Davia, qui jouissait d'une grande influence à Rome, prit en main l'afTaire de Monseigneur de Noailles: c'était le seul membre du Sacré- College sur lequel ce dernier pût absolument compter; aussi l'archevêque se hàtct-il de lui faire savoir qu'il attendait avec impatience ses résolutions, tout disposé aux concessions qu'il lui indiquerait (1).
Le cabinet de Versailles cependant poursuivait son plan et Morville vint lui-même apporter a l'archevêché les nouvelles dépêches de Polignac accompagnant le projet de mandement approuvé par la Congrégation (2). Monseigneur de Noailles, avant de répondre, consulta des prélats et des magistrats convoqués à cet effet, qui tous lui déclarèrent qu'il ne pouvait « en honneur et conscience, accepter cette condition, que d'ailleurs s'il le faisoit, il seroit abandonné par ses diocésains et n'amènerolt aucune amélio-
(1) Lettre dn M mars.
(2) Lettre da 18 i
ration dans la situation, et qu'ils plaignoient sincèk*cinent Polignac (Fattaclier son nom n uneaussi déplorable affaire. » Cette dépêche était destinée h être montrée. Mais là lettre secrète du même jour explique l'attitude résolue de notre Cardinal. Il avait appris que le père Andujar avait présenté au Saint-Père rinstruction secrète du 4 février et que ses nouvelles propositions nVvaient pas semblé inadmissibles. La lettre du Pape paraissant cependant ^un peu délicate, ]VIonsei<^neur de Nouilles se ralliait avec empressement à l'expédient imaginé par la Cardinal Davia, consistant en ce que le Pape, d'une part, blâmerait l'apologie des Cliartreux prétendant que la bonne doctrine et la sainte morale ont été condamnées par la Constitution, et d'autre part donnerait à l'appui un extrait des principales vérités expliquées par Clément XI dans sa réponse préparée contre ce reproche. Cet expéJient était assez habile, puisqu'il faisait parler Benoist XIII sans parler lui-même: il repoussait seulement pour son compte les explications de l'auteur même de la liulle.
Mais la position de Monseigneur de Noailles n'en était pas moins terrible à ce moment, tiraillé entre ses sentiments profondément orthodoxes, son désir de tout faire « pour le Pape qu'il aime »(I) et l'insistance de son entourage à ne pas céder, sons peine de se déshonorer sans convertir personne. « Que pouroit alors un archevêque de Paris déshonoré?» (2) On le pressait aussi de se démettre et cette combinaison lui plaisait beaucoup. Le Pape paraissait cependant toujours bien disposé pour noire prélat. Le P. Ândujar lui faisait savoir que Benoit XIII avait bien dit haut qu'il ne l'abandonnerait jamais. Mais « ce sont des paroles qu'emporte le vent » (3) et pendant ce temps les adversaires, encouragés par l'inaction de la
(t) Instruction secrète du 25 mars.
(2) lostruetion secrète du 25 mars.
(3) Instraetion seerèto da 1*' sTril.
cour de Rome, «r aiguisolcmt leurs cot)teau& pour combattis». D*un autre coté Polîgnac ne devait pas se trouver pliis à l'aise : il «'était imprudemmeut avancé jusqu'il affirmer à la Cong^régation que son collège accéderait ^ tout ce qa'on exigerait de lui et qu'au l>esoin le roi pèserait sur to décision. Le nonce le prenait publiquement il partie, reconnaissant que l'archevêque aurait beau faire, il ne serait suivi dans le clergé et dans le Parlement que par des minorités absolument infimes ; il rejetait tout sur lui, lui reprochant de vouloir imposer à Monseigneur de Noailles un mandement inacceptai>le, prolongeant par ses maladresses une affaire qu'il fallait terminer à tout prit, augmentant les chances de voir un schisme se produire. ^ Les esprits sont en effet à cette heure plus échauffés que jamais. Le Pape a réellement l)eau jeu : les Cardinaux sans le vouloir lui ont pour ainsi dire arraché des maiïis le rameau d'olivier pour y placer nne bombe qui met le feu partout. Ce qu'il fera maintenant sera acclamé et il peut se délier les mains. » A Paris on ne tra\'aillait pas plus heureusement : le Cardinal de llohan, Monseigneur dlB Sens et l'abbé Couet se réunissaient pour découvrir on accommodement, maiis bien inutilement, car l'archevêque -de Sens, en venant en rendre compte à Monseigneur de ^Voaiiles et en lui conseillant d'accepter le mandement, ne lui cacha point que M. de Rohan n'était nollement assuré de ce qu'on ferait à Rome et que dans tous les cas, même le mandement agréé, il faudrait encore qu'il fât soumis à Monseigneur de Bissy, à Fleury et au nonce. D'un autre oèté le clergé de Paris s'agitait et réctamait de l'archevêque une déclaration contre les mandements de Saintes et de Marseille, par une requête qu'avaieat signée 23 curés de ta ville, 140 du diocèse et 406 ecciésiastiques dont 100 docteurs de Sorbonne.
Monseigneur de Noailles voulait toujours espérer, comptant sur les sentiments affectueux si souvent exprimés par le Saint-Pêre : de ce côté il ne pouvait «e<lésesipéiœr et.
-ça-tout en chargeant le P^ de GraVeson de mettre le Cardinal dePolignaGàueourantdu grave mouvement d'oppositionqui se manifestait à Paris (1), il lui disait aussi qu'il ne se Isfssôserait pas a d'assassiner le Pape de ses lettres jusqu- à ce qu'il ait obtenu une réponse utile » (2). De Rome cependant il ne lai parvenait que de mauvaises nouvelles ; ses adversaires redoublaient d efforts et le Cardinal Davia sur lequel il comptait, par prudence ou par nécessité, avait regagné son diocèse (3). Notre archevêque se retournait alors vers Tabbé de Porte-Neuve : «Vous avez choisi les trois hommes les mieux placés à Rome, lui écrit-il le 29 avril, les plus droits V(4). T. C(5). Mais ne vous illusionnez-vous pas? Vous nous montrez les cieux en tr'ou verts. » Il lui recommandait un secret absolu et lui renouvelait ses réserves contre Mayella « le premier homme du monde pour tout gâter. » Puis il le pressait de ne pas trop s'avancer, un peu effrayé des « huit ou neuf projets ^ dont l'abbé l'entretenait. Quelques jours après le Cardinal se prononçait nettement contre l'arrangement proposé par Monseigneur Visconti. « A votre place, dit-il le 6 mrsi à l'abbé, je ne l'aurai même pas envoyé. Si on ne veut changer de style, il vaudrait mieux interrompre qu'entretenir ce nouveau commerce. Ne vous enfournez pas mal à propos, ne vous jetez pas à leur tête... Ne vous découragez pas cependant, n Le 12 mai, il précise plus fortement les choses, en blànKint nettement les dispositions de l'abbé a enfanter nombre de projets : « Vous ne devez douter qu'on ne s'accroche aux plus faibles, et ce n'est pas les plus faibles qu'il nous faut. » Il s'agit, continue-t-il, en somme de deux choses : « surmonter une opposition très forte et presque générale qui se fortifie même tous les jours, remédier aux excès
(I) Inst. secrète du 8 avril.
<2) Tibi wii du lô avrU.
(3) Tihi BoH du 23 décembre.
(4) Tibi 8oU du 29 décembre.
(5) Monseigneur Visconti.
déplorables de ceux, qui dans le inonde passent pour les plus zélés- défenseurs de la Constitution. » Dans ce double -but le Cardinal se déclarait disposé aux plus excessives concessions, mais l'abbé allait trop vite et faisait trop souvent bon niarcbé de la dignité du prélat auprès de ses agents Tabbé Valloni et le Père Abrabam. Ce brave ecclésiastique nous parait avoir été excessivement léger et nullement de taille à lutter contre les babiles de Rome : il ne pouvait que compromettre les affaires, et la confiance que Monseigneur de Noailles lui avait accordée prouve bien que, regardant son affaire comme perdue, il recourait même aux empyriques. « Comment gardez-vous si mal le secret, lui mande-t-il le 20 mai ? Pourquoi y avoir admis le P. Abrabam, bon bomme que j'bonore, mais excellent pour faire connaître ce secret à toute la terre (1). »
Avec le P. de Graveson Monseigneur de Noailles ne cachait plus son découragement : il lui avoue que la paix lui semble même « impossible à entrevoir, » et il se plaint de n'avoir plus un mot du Cardinal de Polignac depuis sa longue dépêche h laquelle il n'a pas cru devoir réclamer de réponse. « Croit-il avoir glorieusement terminé sa négociation (2)? » En fait, M. dcMorville, qui avait apporté lui-même la lettre de .<( 17 pages de notre ambassadeur » n'en reparla plus au Cardinal de Noailles. L'agitation de Paris avait frappé les esprits sages et beaucoup des plus hauts personnages engagés dans la question ne demandaient qu'à pouvoir en sortir avec honneur, « car ils pensent plutôt per Jiixta positionem que per intus susceptionem (3) ». Mais cependant personne ne conseillait à Tarchevèque d'accepter une négociation sur la base de la publication préa-
(1) M. de Tuline.
(2) Et il ajoate, se moquant bien nettement, a Vous auriez In cette semaine les 7 volumes du P. Désirant sur la Constitution? Un par jour, c'est aUer bien vite en pareille scabreuse matière. »
(3) Lettre da 6 mai.