CHAPITRE PREMIER
Naissances de Louis-Antoine et de Gaston de Nouilles. — Jeunesse de Louis- Antoine. — Il est nommé évèque de Châlons. — Transféré à Paris. — Sa résistance. — Cause de sa nomination. — Disgrâce du duc de Noailles. — Comment il rentre en faveur. — Cette nomination est U signe de sa réconciliation. — Madame de Maintenon seule décide de ce choix. — Colère du Père Le Tellier qui n'est pas consulté. — Origine de la haine de son parti contre Parchevéque. — Satisfaction et démarches des Jansénistes. — Début de Monseigneur de Noailles. — Il condamne un écrit de l'abbé de Barcos. — Sa maladresse, en voulant demeurer impartial. — Il s'aliène tout le monde. — Querelle de Bossuet et de Fénélon. — Monseigneur de Noailles empêche, malgré son frère, la disgrâce des ducs de Beauvilliers et de Chevreuse. — Prédiction de Louis XIV sur le repentir qu'il en aurait. — Il est nommé Cardinal. — 11 préside l'assemblée du clergé. — Résistance au Pape. — Chute de port-Royal. — Le Cardinal cherche à défendre l'abbaye. — Maladroit entêtement des religieuses. — Le Cardinal se résigne. — Irritation du parti janséniste. — M. du Charmel exilé.
Nous avons dit que nous ne prétendions pas écrire Thistoire des pénibles troubles qui agitèrent, à Tépoque dont nous nous occupons, les afiaires religieuses en France. Il est cependant nécessaire de mettre nos lecteurs au courant d'un sujet assurément bien connu d'eux dans ses traits généraux, mais assez confus pour qu'il y ait lieu de le préciser avant d'entrer dans l'étude des derniers incidents qui le signalèrent.
Deux mots d'abord sur le Cardinal de Noailles.
Louis-Antoine et Gaston de Noailles étaient fils de Anne, premier duc de Noailles, lieutenant général des armées du roi, capitaine général du Roussillon, chevalier des Ordres, mort le 5 février 1678, et de Anne-Louise Boyer, dame d'atours de la reine Anne d'Autriche (1). Louis- Antoine
(l) De ce mariage étaient nés : Anne-Jules (1650-1708) maréchal de France, ]>ère du second maréchal, qui fut si activement mêlé aux affaires du Gouvernement sous la Régence. — Louis-Antoine, né le 27 mai 1651. — Jacques (1653-1712) chevalier de Malte, lieutenant général des galères du roi. — Jean-François (1658-1699) maréchal de camp; — Gaston, né le 7 juillet !669; — Louise-Anne, mariée au marquis de Bcaumanoir-Lavardin.
naquit au ebâteau de Teyssiére en Auvergne et fut destiné dès son ejifance à l'Église. Pourvu de bonne heure de la domerie d'Aubrac, près de Rodez, il fut brillamment reçu docteur en Sorbonne le 14 mars 1676. Trois ans après il était choisi pour le siège ëpiscopal de Cahors, qu'il échangea un an après pour celui de Châlons-sur-Marne, un des plus enviés du royaume à cause de la pairie qui y était attachée. S.a conduite y fut exemplaire et Saint-Simon la résume en deux lignes. « M. de Noailles porta k Châlons son innocence baptismale, il y garda une résidence exacte, uniquement appliqué aux visites, au gouvernement de son diocèse et à toutes sortes de bonnes oeuvres. » Cette excellente attitude, un savoir réel et, il faut aussi l'ajouter, la parenté du duc de Noailles, son frère, avec Madame de Maintenon, attirèrent les yeux sur lui, et le firent transférer, sans qu'il ait songé à le demander, de Châlons à Paris, le 19 août 1695. Monseigneur de Harlai était mort le 6 août et immédiatement Madame de Maintenon, circonvenue sans retard par le duc de Noailles, entreprit le roi pour l'amener à faire ce choix, si considérable pour la situation de sa famille.
Le duc de Noailles avait encouru gravement la disgrâce du roi en faisant manquer l'attaque de Barcelone. « Après n'avoir pu, dit Saint-Simon, se faire écouter dans l'hiver sur la noirceur qui l'avoit accablé », il prit un grand parti pour rentrer en grâce, malgré les efforts de Barbezieux. Il repartit pour la Catalogne au printemps, après avoir prévenu secrètement le duc de Vendôme, feignit d'être malade et réclama son rappel en sollicitant la nomination de Vendôme à sa place. Rien ne pouvait toucher davantage le roi, en lui permettant de faire, sur l'apparence d'une nécessité habilement ménagée, pour un bâtard, ce qu'il n'osait décider. « Ce chausse-pied du duc de Maine une fois établi, c'était toujours la moitié de la chose exécutée. » Du coup Noailles rentra plus que jamais dans les bonnes grâces du roi et il réclama comme preuve de cette récon-
ciliation la translation de son frère. Madame de Maintenon y tenait également, afin que rarchevèché de. Paris ne fût point sous rinfluence des Jésuites. Ce fut, parait-il, la première fois qu'elle osa prendre en main directement une affaire d'importance. Mais Monseigneur de Noailles ne désirait nullement cette promotion ; on assure même qu'il se décida à publier une approbation des Réflexions morales du Père Quesnel pour exciter plus vivement les Jésuites et entraver par conséquent le choix qu'on voulait faire. Louis XIV tint bon et signa les lettres patentes, sans que le Père de la Chaise se doutât même qu'il fût question de pourvoir si promptement à la succession de Monseigneur de Harlai. L'évêque de Cfaâlons répondit alors par un refus catégorique et ne se soumit que sur l'ordre exprès d'Innocent XII. Il vint donc à Paris, mais sans se dissi* muler les difficultés dont il allait être assailli, car le Père delà Chaise ne cachait pas son irritation et, dans son parti, on annonçait hautement la guerre qu'il allait soutenir sans trêve contre le nouvel archevêque (1).
Monseigneur de Noailles, tous les contemporains le constatent, était un homme d'une vraie piété, d'une régularité parfaite, de mœurs {>ures, mais il n'avait rien de l'habileté de son prédécesseur et il ne devait certainement pas être à la hauteur des embarras auxquels il allait être exposé. En voulant être juste et impartial, il mécontenta tout le monde, et même le roi à la fin. Fénélon lui trouvait « le cœur faible et mou, l'esprit court et confus » ; le Cardinal de Janson annonçait en lui a un chef de parti, mais qui le seroit sans le vouloir, ni le savoir ». L'abbé d'Etemare, janséniste distingué, croyait que Monseigneur de Noailles était un homme d'esprit, un habile théologien, que ce n'était point, comme le monde le croyait, un homme faible, mais plutôt un homme opiniâtre, un homme faible dans un parti ferme. Daguesseau enfin, à propos de cette
(1) Le pape, sur la demande expresse du roi, accorda le gratis pour les bulles.
nomination, écrit dans ses Mémoires, « Les Jansénistes, grands docteurs, mais mauvais prophètes, s'approprièrent en quelque manière la joie d'un choix qu'ils regardoient presque comme une victoire remportée sur le parti contraire; mais les Jésuites leur firent sentir dans la suite qu'ils s'étoient trop hâtés de triompher. » Toujours est-il qu'ils afiectèrent une vive satisfaction et dépêchèrent dès le premier jour, vers le nouvel archevêque. Racine pour le complimenter. Celui-ci rendit compte de sa visite dans une lettre adressée a l'abbesse de Port-Roval, le 30 août 1695, dont nousextrayerons ce passage : » Il a reçu toutes vos actions de grâces avec une honte extraordinaire et m'a chargé d'assurer votre maison qu'il l'estimoit très particulièrement, me répétant plusieurs fois qu'il espéroit de vous en donner des marques dans tout ce qui dépendroit de lui... Je crois en effet, ma chère tante, que vous avez tout lieu d'être en repos. Je sais même par des personnes qui connaissent à fond ses sentiments qu'il est très résolu à vous rendre justice ; mais ces personnes vous conseillent de le laisser faire et de ne point témoigner au public une joie et un empressement qui ne serviroient qu'à le mettre hors d'état d'exécuter ses boftnes intentions. » Les religieuses ne s'en tinrent pas là ; elles envoyèrent encore près de l'archevêque leur confesseur, M. Eustace, lui écrivirent force lettres, auxquelles il répondit avec bonté, leur promettant même une visite, ce qui eût été un fait considérable. Le parti perdit alors toute prudence et, sans tenir compte du conseil de Racine, voulut aller de l'avant en publiant dès l'année suivante V Exposition de la foi Catholique touchant la prière et la prédestination de l'abbé de . Barcos. Force fut alors à Monseigneur de Noailles de censurer cet ouvrage, mais par une ordonnance qui soufSait^ comme on dit alors, « le chaud et le froid ; » il condamna en effet dans la première partie les erreurs de Jansénius et, à l'égard de la seconde partie, il s'étendit longuement sur les preuves de la grâce efficace et de la prédestination
gratuite. Ses adversaires ne manquèrent pas de Tattaquer vivement, en rappelant que Tannée précédente, étant encore h Châlons, il avait condamné la doctrine du Père Quesnel, et les Jansénistes commencèrent à perdre les illusions qu'ils avaient si promptement conçues.
Mais ce n'étaient pas là les seules difficultés contre lesquelles Monseigneur de Noailles allait avoir a lutter et pour lesquelles il eût fallu un homme moins honnête et moins scrupuleux. La querelle de Bossuet contre Fénélon prit vers 1698 une grande importance à la Cour, non pas à cause exclusivement de la question religieuse, mais surtout a cause des moyens qu'elle fournissait k certains politiciens de redoubler leurs intrigues. Madame de Maintenon tenait pour Bossuet et était à son insu sous la main de Noailles dont la récente alliance l'avait infiniment flattée ; elle voulait profiter de ces complications pour achever de perdre le Père de la Chaise et grandir l'influence de l'archevêque dont elle pensait pouvoir facilement se servir. Pour cela il lui fallait renverser deux hommes qyi la contrariaient auprès du roi, les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers : le duc de Noailles poussait vivement à la roue, sentant bien qu'il y aurait tout profit pour lui. Madame de Maintenon attaqua le roi sur cette question, lui en fit un cas de conscience et finit par lui proposer le duc de Noailles pour recueillir la succession du duc de Beauvilliers. Louis XIV voulut s'éclairer et, encore tout pénétré de l'estime particulière que Monseigneur de Noailles lui avait inspirée par le refus sincère qu'il avait opposé à sa promotion, il le manda auprès de lui, lui exposa toute l'affaire, sans lui cacher que cette petite révolution de palais devait se faire au profit de son frère. L'archevêque fut réellement admirable de bonne foi et de désintéressement ; il défendit avec la dernière énergie M. de Beauvilliers. Le roi se laissa facilement convaincre, mais le mécontentement de Madame de Maintenon fut extrême, bien qu'elle sût le dissimuler; le duc de Noailles cacha moins son irritation
que sa mère eut grande peine à calmer. A peu ^e temps de là, Monseigneur de Noailles put se rendre compte du crédit qu'il avait acquis auprès du roi en lui arrachant la nomination de labbé de Fleury au siège deFréjus ; depuis bien des années Louis XIV ne voulait pas entendre parler de cet ecclésiastique, lui reprochant surtout de s'être fait recommander a lui jusqu'à Timportunité. Il céda cependant devant les instances de rarchevêque de Paris, mais en lui disant, paroles asssurément prophétiques, comme nous le verrons par la suite : «Hé bien. Monsieur, vous le voulez donc que je fasse Tabbé Fleury évêque de Fréjus, et malgré toutes les raisons que je vous ai dites et redites, vous insistez sur ce que c'est un diocèse de l'autre bout du royaume et en pays perdu : il faut donc vous céder pour n'en être plus importuné ; mais je le fais à regret et souvenez-vous bien, et je vous le prédis, que vous vous en repentirez. »
Au mois de juin 1700, Monseigneur de Noailles fut promu au cardinalat sans avoir fait la moindre démarche, mais son frère et Madame de Maintenony avaient pourvu. Peu après il présida l'assemblée du clergé et s'acquitta de sa tâche avec beaucoup de tact ; il y causa même une vive surprise par la facilité avec laquelle il parla. Saint-Simon ne cache pas qu'il avait été un de ceux qui ne s'attendaient pas à cette transformation. « C'étoit, dit-il, un homme fort modeste et continuellement résidant à Châlons, où il n'avoit pas eu occasion de faire montre de sa capacité en aifaires, ni en doctrines. Un air de béatitude que sa physionomie présentoit, avec un parler gras, tout en nazillant, le faisoit volontiers prendre pour niais et sa simplicit en tout pour bêtise. La surprise fut grande, quand par des discours, sur-le-champ et sur des matières de doctrine ou d'affaires, qui, naissant dans les séances, ne pouvoient laisser aucun soupçon de la préparation la plus légère, on reconnut un grand fond d'érudition d'une part, de capacité de l'autre, d'ordre et de netteté en tous les deux, avec
le même style de ses mandements et de ses écrits contre M. de Cambrai, et sur d'autres matières de doctrine, et sans sortir de sa simplicité ni de sa modestie. On vit cet homme, qui, à Paris comme à Châlons, se contentoit de son bouilli avec deux petites et grossières entrées, servi splendidement et délicatement, et, l'occasion passée, retourner à son petit ordinaire en gardant toujours ses officiers pour le servir quand c'étoit nécessaire. Jamais grand seigneur ni cardinal qui, sans sortir d'aucune bienséance, fût moins Tun et l'autre, et jamais ecclésiastique plus prêtre ni plus évêque qu'il le fut toujours. »
En 1701, nouvelle affaire à propos du Cas de conscience par excellence, singulière consultation que l'on fit circuler dans le monde ecclésiastique pour trancher la question suivante. « Peut-on donner les sacrements à un homme qui aurait signé le formulaire, en croyant dans le fond du cœur que le pape et même l'Eglise peuvent se tromper sur les faits? » Cet écrit fit beaucoup de bruit parce qu'on chercha à faire croire qu'il avait été composé à l'ombre des tours de Notre-Dame, dans le but de provoquer les Jansénistes. Daguesseau le pensait lui-même et en effet un ennemi, qui aurait voulu réveiller des querelles et pousser les gens à se compromettre, n'aurait pas mieux inventé. Mais enfin il fut prouvé que l'auteur était M. Eustace; en revanche, on sut qu'il avait été écrit à l'archevêché même, chez l'abbé Pirot, l'un des vicaires généraux. Le pape s'empressa de condamner ce factum et écrivit à Monseigneur de Noailles pour l'avertir et l'exciter à sévir à son tour. Celui-ci comprit que quel que fût son désir de ne pas s'avancer, il ne pouvait cette fois temporiser davantage, et il publia un mandement de censure daté, ou antidaté, croit-on, de la veille du jour où le Saint-Père lui écrivait (22 février 1703). Mais là encore il chercha k observer une certaine neutralité et continua à s'aliéner de plus en plus les Jansénistes, sans se concilier leurs adversaires. Le pape crut appaiser cette renaissance
de troubles religieux par sa bulle Vineam domini Sabaoth (16 juillet 1705). Mais rassemblée du clergé, tout en Tacceptant, établit à Tinstigation de rarchevêque certaines réserves qui froissèrent Clément XI : il crut en outre devoir faire signer celte acceptation, pour plaire au roi, par les communautés religieuses de son diocèse : Port- Royal résista avec acharnement et le roi en décida la destruction. Ce fut pour Monseigneur de Noailles une cruelle extrémité et il y apporta toute la lenteur imaginable. Louis XIV s'en irrita, sans vouloir comprendre la délicatesse de la question, et crut que le prélat était au fond peu disposé à traiter avec rigueur un parti vers lequel décidément il inclinait. Le nouveau duc de Noailles — son pèreéiait mort le 20 octobre 1708 — pressa vivement son oncle, qui lui expliqua en vain les embarras matériels de rexécution. Il ne s'agissait pas seulement de dissiper une communauté religieuse dont les membres montraient réellement un entêtement exagéré, mais il fallait s'occuper des propriétés, les transférer à la maison de Paris. Quant à l'accusation de partager les opinions des Jansénistes, le Cardinal la repoussa avec force dans une lettre qu'il écrivit à son neveu pour être évidemment montrée au roi. Monseigneur de Noailles proteste de son éloignement des doctrines jansénistes comme des Jansénistes, puis il termine par ce douloureux passage. « Mais il faut que je sois janséniste pour de certaines gens, et quoi que je fasse je le serai toujours. J'aurai beau excommunier et faire ce que celui de mes prédécesseurs qui a été le plus loin a fait contre ce monastère, j'aurai beau de même le supprimer entièrement, ce que je ferai d'abord que j'aurai les mains libres, tout cela n'empêchera pas, tant que le roi paraîtra disposé à écouter ce que l'on lui dira contre moi, qu'on n'assure toujours que je favorise ces filles. Des mémoires et des lettres anonymes et signées par des gens prévenus ou mal instruits doiventils l'emporter sur des faits aussi certains ! » Il se décida enfin et l'expulsion des religieuses eut lieu le 29 octobre 1709.
Le P. Le Tellier avait beaucoup compté sur cette affaire pour nuire auprès du roi au Cardinal. Ce dernier avait prévu l'orage et il n avait rien négligé pour le conjurer, s'étant rendu plusieurs fois lui-même à Tabbaye afin de tacher de faire entendre raison aux religieuses : il ne put triompher de leur obstination et dut céder à la volonté du roi. Mais l'exécution fut faite, comme on sait, avec d'inutiles violences et le public s'en émut diversement. Quant au Cardinal, il en fut vivement affecté, et après que la [charrue eût passé sur le lieu où avait été Port-Royal, il sentit, dit Saint-Simon, « l'énormité de la chose » et regretta trop tard de s'être mis hors d'état de parer un coup qui avait passé sa prévoyance. Et il ajoute: « Il n'en fut pas mieux avec les Molinistes, mais beaucoup plus mal avec les Jansénistes, ainsi que les Jésuites se l'étoient bien proposé : et depuis cette funeste époque il ne porta quasi plus santé, je veux dire qu'il fut presque incontinent attaqué, et peu à peu poussé sans relâche aux dernières extrémités jusqu'à la fin de sa vie. »
Mais la prévention du roi contre le Cardinal comme favorable au Jansénisme remontait plus loin. A l'assembléedu clergé de 1705,1e Cardinal, d'accord avec plusieurs prélats, crut devoir proposer qu'on saisît, contrairement à l'usage, cette occasion pour régler certains points de discipline et de morale ecclésiastiques. Cette innovation déplut au P. de la Chaise, qui chercha à exciter le roi à ce sujet. Louis XIV ne le voulut point écouter et le prudent confesseur « se tut tout court, sûr de n'y revenir que mieux dans la suite ». Le Cardinal parla de ce projet au roi avant l'ouverture de l'assemblée, et en saisit ses collègues. Mais pendant ce temps le P. de la Chaise, étant revenu à la charge, parvint à indisposer vivement ce prince contre l'archevêque de Paris. Le roi le tint pour janséniste sans savoir, à ce qu'assure Saint-Simon, quel était le véritable fondement de cette accusation. « Le Cardinal, continue-t-il, trempoit donc dans un état de disgrâce intérieur, qui pour
ne paraître pas au dehors et ne changer rien à ses audiences du roi de toutes les semaines, n*en étoit pas moins douloureux et embarrassant. Sa famille, à qui son crédit et sa place donnoient tant de lustre et de moyens, en étoit affligée. Madame de Maintenon, sur qui les Jésuites n'avoient aucune prise, n*en étoit pas moins affligée. Nulle issue que quelque coup d'éclat contre les Jansénistes qui ramenât le roi. Mais où le prendre? Le Cardinal vouloit avant tout conserver la bonne morale et la discipline, et il ne vouloit pas sacrifier ses amis. Cependant il étoit sans cesse pressé par Madame de Maintenon et par sa famille de chercher quelque chose à faire là-dessus, et lui-même en sentoit la nécessité, même pour Tutilité spirituelle à laquelle on Tavoit rendu une pierre d'achopement. C'est alors qu'il avisa de signaler au roi M. du Charmel, ce gentilhomme qui avoit quitté le monde avec un certain éclat pour se consacrer à une vie quasi religieuse, comme un ardent janséniste, en rapport avec les agents du P. Quesnel, qu'on recherchoit alors activement, et qu'il le fit exiler dans sa terre du Charmel près de Château-Thierry. » On comprend qu'après cela ses atermoiements dans l'affaire de Port-Royal-des-Champs ne l'aient pas rétabli dans l'esprit du roi.