STATUE D ÉTIENNE MARCEL
que nous ne saurions leur disputer. C'est animée du même sentiment, croyons-nous, que la grande cité voudra élever des monuments durables à la mémoire des meilleurs de ses enfants.
« Et pour le faire, quel lieu mieux choisi et plus propice que l'Hôtel de Ville qui, depuis des siècles, a résumé la vie propre, intime, administrative et économique de Paris, aussi bien qu'il fut si souvent, aux grandes époques révolutionnaires, le centre des agitations et des généreuses passions politiques de tout un peuple !
« C'est pénétrés de ces idées que nous avons fixé avec un soin jaloux chacun des noms que nous venons aujourd'hui vous proposer. »
Les statues des grands hommes, disséminées sur les quatre côtés du monument, celles des villes de France, furent payées 4.000 francs chacune aux artistes.
Au milieu de la façade du quai, derrière la balustrade du jardin du Préfet, se dresse, sur un haut piédestal, la statue équestre du prévôt des marchands, Étienne Marcel. C'est par sa délibération du 7 juillet 1882 que le Conseil municipal décida 1 érection de cette œuvre dans le jardin particulier de l'Hôtel de Ville, délibération qui fut ratifiée par un décretdu Président de la République, du 4 décembre suivant. Après un concours disputé, M. Idrac sortit vainqueur du tournoi, ayant, comme second, M. Frémiet, et comme troisième, M. Marqueste. Chargé du soin de désigner l'architecte du piédestal, le lauréat ne crut pouvoir mieux faire qu'en s'adressant à M. Ballu, l'architecte en chef de l'Hôtel de Ville. La mort impitoyable devait arrêter ces deux artistes au milieu de leur travail : après leur décès, ce fut M. Marqueste qui termina la statue, et M. Albert Ballu fils, le piédestal. La mention de la collaboration de M. Marqueste serait, paraît-il, indiquée sur la bride du cheval.
On profita des travaux nécessités par cette installation, pour établir définitivement le jardin, dont le dessin fut donné par M. Bartet, ingénieur en chef des Promenades, en vertu d'une délibération du Conseil, du 12 décembre 1884.
Sur le piédestal du monument, dans la frise supérieure, est gravée en relief, l'inscription suivante :
« La ville de Paris, à É tienne Marcel, prévôt des marchands, mort en i358. »
Cette statue, qui mesure 4",5o de hauteur, fut fondue en bronze, d'une seule pièce, par MM. Thiébaut frères. La dépense se décompose de la façon suivante : modèle en plâtre, 40.000 francs ; fonte, 3o.ooo francs; piédestal, 66.000 francs. L'établissement du jardin revint à la somme de 22.000 francs.
L'inauguration solennelle eut lieu le i5 juillet 1888, à neuf heures du matin ; les maires des chefs-lieux de canton de France, conviés par le Gouvernement à assister à la Fête Nationale, furent invités à la cérémonie. M. Darlot, président du Conseil municipal, et M. le Préfet de la Seine, prononcèrent des discours en l'honneur du célèbre magistrat de la Cité :
« La figure étrange et terrible du redouté prévôt des marchands, disait M. Poubelle en s'adressant aux conseillers municipaux, vous a paru digne du bronze, et, dans ce bourgeois fièrement campé sur sa selle, qui sort de la Maison commune pour aller dicter au Dauphin de France une constitution presque républicaine, il vous plaît de reconnaître un de vos ancêtres, un représentant des aspirations, de l'énergie et des audaces de la démocratie. » (Pl. 12.)
La Cour du Centre, dite de Louis XIV, en raison de la statue de Coysevox qui en faisait jadis le plus bel ornement, a perdu la couverture vitrée qu'elle possédait dans l'ancien Hôtel de Ville, ainsi que l'escalier à double révolution dont nous par-
Ions ailleurs, et qui était appliqué sur le côté Est. En revanche, elle a gagné le superbe groupe en bronze de M. Antonin Mercié : Gloria Victis, dont elle prend quelquefois le vocable, et qui en occupe le point central, après avoir orne le square Montholon.
Sa décoration consiste, au rez-de-chaussée, en une ordonnance de baies circulaires séparées par des demi-colonnes unies, à chapiteaux ioniques; au premier étage, par une répétition des mêmes baies et des mêmes colonnes, ces dernières à chapiteaux composites. Le deuxième étage, qui est celui des combles ardoisés, est particulièrement intéressant par la richesse de ses lucarnes, sculptées en pierre, et au nombre de dix : deux, dans les côtés les plus longs du rectangle, une, dans les côtés les plus petits, quatre, dans les encoignures. Conçues dans le style d'une Renaissance mitigée, ces fenêtres sont formées d'une double baie divisée par un meneau de pierre et flanquée, à droite et à gauche, de pilastres curieusement sculptés sur leur plat, et portant des chapiteaux d'ordre composite. La double baie est surmontée d'une troisième ouverture rectangulaire coiffée d'un motif à coquille; elle est aussi accostée d'amours s'escaladant. (Pl. 14).
Rappelons ici que, avant l'incendie de 1871, une statue en bronze, deCavelier, représentant François I er , y faisait pendant à celle de Louis XIV, dont il a été parlé plus haut. L'oeuvre en question est aujourd'hui au Palais des Beaux-Arts de la Ville.
On accède à la cour du Centre, généralement transformée en jardin d'hiver, les jours de fêtes et de cérémonies, par un vaste péristyle ou vestibule qui se trouve entre elle et la salle des Prévôts. Ce péristyle se compose lui-même de deux travées à arcades dont les voûtes en pierres sont décorées de pendentifs et de caissons sculptés, et dont deux tympans sont ornés decussons armoriés, flanqués de génies en bas-relief formant support,
suivant les règles de la science héraldique. Ces bas-reliefs, œuvres de MM. Sanzel et Steiner, ont été payés 6.000 francs les deux.
Le vestibule dont il s'agit était primitivement décoré de deux superbes groupes en marbre : Le Paradis perdu, par Gautherin, et Les Premières funérailles, par E. Barrias. Lors de l'aménagement du Palais des Beaux-Arts delà Ville, ces groupes y furent envoyés et remplacés par leurs modèles en plâtre. Ces derniers ont eux-mêmes été enlevés pour la construction d'une salle d'attente à l'usage du Conseil municipal, salle qui occupe la moitié du vestibule, mais se démonte les jours de fêtes et de cérémonies.
La cour du Centre est, quelquefois aussi, lors des réceptions de souverains ou de grands personnages, complétée par un escalier monumental provisoire, établi en charpentes recouvertes de riches étoffes, et qui part de son milieu pour aboutir, en ligne droite, à la baie centrale du premier étage, côté Est. Quand cette disposition est décidée, l'entrée solennelle du Palais se fait par le perron de la place de l'Hôtel-de-Ville, la salle des Prévôts, le péristyle, la cour Louis XIV, l'escalier provisoire, la salle de la Commission de voirie transformée en salon, la salle des Cariatides, et enfin la grande salle des Fêtes.
Nous ajouterons que, derrière les vitrages des deux côtés Nord et Sud de cette cour, existent deux galeries percées de cinq portes rectangulaires surmontées de tympans cintrés. Ceux-ci sont ornés d'œils-de-bœuf ronds, flanqués de génies sculptés en bas-relief et tenant des attributs. Ces génies ont été payés 3.000 francs chacun à leurs auteurs. Les plafonds, séparés par des galeries circulaires, ont une décoration de caissons moulurés, avec fleurons et rosaces.
C'est aussi derrière les vitrages du côté Est que se trouve la
salle, dite du Personnel, transformée également en salon de réception, les jours decérémonies,etqui faitcommuniquerle péristyle des grands escaliers des Fêtes, avec la cour Louis XIV. Cette salle reçoit en ce moment sa décoration picturale. Elle a été commandée directement à M. Willette, le 29 décembre 1904, qui y peint, surplace, moyennant une allocation de 18.000 francs, des scènes humoristiques de la vie parisienne, dans lesquelles défilent en une aimable cohue, tous les types populaires de la rue, depuis la petite modiste jusqu'au fort de la Halle, avec accompagnement de gardiens de la paix, de gardes municipaux, de garçons de recettes, de pâtissiers, d'ouvriers, de bourgeois et de bourgeoises. Le tout, dans un décor mouvementé d'omnibus, de fiacres, et auquel ne manque même pas le traditionnel manège de cochons roses de la fête de Montmartre.
En ce qui concerne la dite Cour centrale, nous ajouterons que le succès obtenu par la couverture mobile dont elle avait été décorée, lors de la réception des marins de la flotte russe, fit naître l'idée de la voir définitivement aménagée de la sorte. Le 20 novembre 1893, en effet, M. Lampué, avec un grand nombre de ses collègues, déposait une proposition tendant à inviter l'Administration à présenter un projet de couverture définitive, 0 fer et verre », de la cour dont il s'agit.
Un long silence administratif de quatorze années obligeait le même conseiller à reprendre sa proposition, le I4mars 1906. Il l'augmentait, cette fois, du projet d'aménagement, dans cette même cour, d'un escalier monumental conduisant aux grands salons du premier étage.
L'intérêt que présente cette proposition mérite que nous la reproduisions ici :
« Messieurs, à deux reprises différentes, j'ai eu l'honneur de proposer au Conseil de décider que la Cour centrale de l'Hôtel
de Ville serait couverte définitivement. Ce travail serait très utile, à l'occasion des réceptions que donne la municipalité parisienne.
« La couverture provisoire qu'on édifie pour chaque réception et qu'on enlève après la fête a déjà coûté beaucoup plus que n'aurait coûté la construction d'une couverture à titre définitif.
« Aujourd'hui, qu'il est question d'apporter certains remaniements importants, fort justifiés d'ailleurs, dans notre Maison commune, vous penserez sans doute que le moment serait particulièrement bien choisi pour mettre à l'étude la question de la couverture de cette cour, et pouressayer d'en tirer un parti plus en rapport avec ce que doivent être les grandes réceptions municipales.
« N'est-il pas, en effet, bizarre et peu rationnel de voir que le seul et magistral accès de ce monument se trouve justement exister dans sa partie la plus triste, la plus monotone, la plus retirée, c'est-à-dire sur sa façade postérieure, dans l'ombre et dans la solitude de la rue Lobau ?
« Ne vous semble-t-il pas qu'il serait plus naturel de donner, comme premier décor aux entrées solennelles de notre maison, la belle et vivante façade de la place de l'Hôtel-de- Ville?
« N'est-ce pas par ce portail, le portail historique de l'édifice, que devraient pénétrer, aujourd'hui comme jadis, et ainsi que nous l'apprend l'histoire de Paris, tous ceux que vous recevez chez vous, aussi bien le peuple parisien que vous conviez à vos fêtes, que les souverains et grands personnages que vous y accueillez ?
« Une tentative fort heureuse a été faite de cette conception, lors de la venue de l'Empereur de Russie. Elle comportait l'entrée par la porte centrale de la façade, la traversée par la salle