LA GALERIE DES MÉTIERS
ce qui fait un total de dix-huit métiers représentés, savoir : Jardiniers, Orfèvres, Graveurs, Peintres, Architectes, Menuisiers, Forgerons, Sculpteurs, Tourneurs, Potiers, Tapissiers, Peintres-verriers, Tailleurs de pierres, Maçons, Luthiers, Armuriers, Charpentiers, Fondeurs. A chacune des deux extrémités, deux autres travées sont décorées, au lieu de métiers, par des figures symboliques de jeunes femmes représentant, du côté Est: La Navigation, La Force, L'Agriculture, Le Commerce ; du côté Ouest : L'Art, V Industrie, La Matière, Les Sciences. La première travée de ce côté porte la date de 1891. Au-dessus de chaque métier, sont figurées les armoiries de la corporation à laquelle il appartient. Tous ces tableaux sont enjolivés d'une décoration infiniment variée, peinte et dorée par M. Jacques Galland fils, et comportant des guirlandes de fleurs, des rubans, des caissons, des entrelacs, avec, au centre de chaque coupole, les armes de la Ville de Paris alternées des lettres R. F. Les piliers rectangulaires séparant cette galerie des salons à arcades, portent, sur leurs faces intérieures, des motifs peints en grisaille représentant les attributs et outils des divers métiers, surmontés des écussons des Villes de France. La dixième travée du côté de la cour constitue encore une porte d'accès à la galerie des Tourelles Sud. (Pl. 52).
Les soirs de fêtes, douze lustres en cristal, accrochés entre chaque travée de cette galerie, y projettent un éclairage électrique étincelant.
Les deux salons de passage sont situés aux deux extrémités des salons à arcades. Le premier, qui fait communiquer le salon des Sciences avec le salon Lobau, est éclairé, du côté du quai, par deux hautes fenêtres projetant une vive lumière sur le beau panneau, commandé directement à M. Tattegrain, et consacré à L'Entrée de Louis XI à Paris. Le jeune souverain est à
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cheval, sous un dais, et défile dans la rue Saint-Denis avec une escorte des seigneurs de sa cour. Des hommes d'armes maintiennent un nombreux populaire, qui acclame son maître et manifeste sa joie par des lâchers d'oiseaux. Au fond, se voit une haute tour crénelée qui est la porte Saint-Denis de l'enceinte fortifiée. Des deux côtés de la rue, des maisons pittoresques du moyen âge, dressent leurs pignons incohérents et inégaux. Au premier plan, devant une vasque rectangulaire, trois jouvencelles aux formes graciles et délicates, encore que filles de manants, s'inclinent devant le roi Louis. Derrière elles, sur une estrade de verdure aux armes de la Ville, trois personnages grotesques, revêtus de peaux de bêtes, vont sans doute représenter quelque mystère. L'explication de cette curieuse peinture est donnée dans le cartouche ci-après : Entrée de Louis XI à Paris. 3o août 146 1 . « ... Et le Roy moult regarda en la fontaine du ponceau Saint- Denys trois belles filles faisant personnaiges de siraines toutes nues, et luy disant motets et bergerettes. » (Pl. 27).
Sans trop vouloir rechercher quelle est la part exacte de vérité pouvant se trouver dans les architectures et dans les costumes, on ne peut se défendre, en regardant cette belle œuvre, d'un sentiment de curiosité sympathique, activé par l'intérêt historiquequi s'en dégage. Traitée un peuàla manière des enluminures du xv° siècle, elle arrête le visiteur, charmé par l'ingéniosité de ses arrangements et par la douceur harmonieuse de sa couleur.
On regrettera sans doute que le Palais Municipal ne montre pas sur ses murailles un plus grand nombre de sujets tirés, comme celui-ci, des annales de la cité.
Les deux extrémités de ce salon sont ornées de peintures de fleurs et dattributs, par MM. Jeannin et Cesbron ; la décoration ornementale est de M. Guifard. Le plafond se compose de
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caissons en relief et à fleurons sur fonds bleus et rouges avec moulures dorées. De hauts lambris en chêne, et deux portes de même nature, jettent une note un peu sombre dans ce décor et ne contribuent pas à son éclat.
Le second salon de passage, formant pendant au précédent, de mêmes dimensions et de même éclairage que lui, fait communiquer le cabinet de réception du Préfet, avec le salon des Lettres. La décoration en avait été commandée directement à M. Lhermitte, qui y avait peint une scène de la vie populaire moderne de Paris, représentant Le carreau des Halles. A l'heure matinale où toute l'alimentation parisienne se ravitaille sous les grands pavillons et à l'ombre tutélaire de Saint-Eustache, une foule intense s'agite, parlemente, va, vient, achète, vend les innombrables denrées de bouche : viandes, poissons, légumes et fruits, que des régions entières déversent tous les matins en cet endroit. L'œuvre était — et est encore — admirable par sa couleur harmonieuse et la vérité des types interprétés, dessinés et peints tels qu'ils sont et comme tout le monde peut les voir chaque jour. Peinture rationnelle, toujours au point, toujours en place, quelle que soit sa situation, et n'ayant pas besoin, pour être examinée et comprise, des expédients du recul, du clignement d'yeux, ou de la réflexion, indispensables à certains genres représentés dans la Maison. Une délibération du Conseil municipal, du 29 décembre 1904, a malheureusement décidé que la belle peinture de M. Lhermitte serait enlevée de son emplacement et transportée au Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris. La raison invoquée fut que la toile se trouvait comme perdue dans un salon de passage où l'on ne passait jamais. La chose est depuis quelque temps un fait accompli. Le Petit Palais s'enrichit ainsi de l'une des plus belles œuvres de l'Hôtel de Ville, conçue et exécutée pour lui, et c'est en vérité
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grand dommage, non certes pour le Musée Municipal, mais pour la Maison Commune.
MM. Quost et Monginot ont exécuté, pour les deux panneaux des extrémités de ce salon, des peintures gracieuses de fleurs, installées dans les dessus de porte. Les décorations ornementales sont de M. Guifard. Le plafond, à caissons et rosaces, est le même que dans le précédent, ainsi que les hauts lambris de chêne du pourtour.
Le tableau de M. Lhermitte a été remplacé par une tapisserie des Gobelins, exécutée d'après Lebrun, et intitulée La Terre.
Le pendant de cette tapisserie, consacre à VEau, se trouve dans l'antichambre voisine, qui fait communiquer le palier de l'escalier d'honneur avec le salon des Lettres.
Le salon Lobau comprend tout le premier étage du pavillon d'angle du quai et de la rue de ce nom. (Pl. 29). Il reçoit le jour de trois baies cintrées donnant du côté de la rivière, et d'une autre donnant sur la rue. On y pénètre par une porte placée dans le salon de passage consacré à Louis XI, et par deux autres ouvertures qui communiquent avec la grande salle à manger. Son plafond comprend une décoration de caissons carrés à filets, d'or, réunis par des moulures; il est entouré d'une large bordure formée d'ornements sur fond bleu. Les surfaces de cette pièce ont été entièrement peintes par M. Jean-Paul Laurens, qui y a représenté des scènes prises dans l'Histoire de Paris : Louis VI donnant aux Parisiens leur première charte. Etienne Marcel protégeant le Dauphin. La grande révolte des Maillotins. Anne Dubourg et Henri II. V arrestation du conseiller Broussel. La réception de Louis XVI à V Hôtel de Ville. Dans les deux encoignures Sud, sont les portraits en pied de Turgot et de La Reynie.