DICTIONNAIRE A L USAGE DES CONNAISSEURS QUI NE S'V CONNAISSENT PAS
Anatomie. — Un des mots les plus utiles au collectionneur.
Vous pouvez toujours dire : « Il est fâcheux que cet artiste ne connaisse pas l'anatomie, » laissant supposer par là que vous la connaissez à fond. Surtout glissez adroitement le mot métatarse, et dites, par exemple ; a Ce métatarse n'est pas à sa place. »
Anatomiquement parlant, le métatarse s'applique à une certaine, partie du pied; mais comme seuls les
1 Certains amateurs manquant d'une éducation artistique, base d'une conversation substantielle, j'ai cru utile de jeter, sous forme d'articles de dictionnaire, quelques notes prises à l'aventure, laissant aux personnes qui voudront bien les approfondir le choix de l'ordre que ces piquants aperçus devront prendre aans "les rapports avec les visiteurs.
chirurgiens le savent, le connaisseur peut hardiment appliquer le métatarse à tout le corps. Le savant critique Chesneau (du Constitutionnel) infligea de légitimes reproches à M. Ingres en signalant, à propos du Saint Symphorien, le mauvais emploi du métatarse de l'épaule gauche.
La langue française est pleine de ces extensions. En dépit de l'Académie de médecine, métatarse fait actuellement partie du Dictionnaire artistique, et représente à volonté le col ou le mollet, la cuisse ou le nombril.
Rubens. — Prononcez Roubennsss!— On
conseille aux amateurs de prendre, pour la prononciation des noms d'artistes étrangers, quelques leçons de vibration de David, ancien confident de Talma, que la Comédie-Française a laissé sans engagement depuis trop longtemps.
Portrait. — Un portrait n'a que faire de la ressemblance. Il doit avant tout avoir du style, de la tournure. Il n'y a de bons portraits que les portraits à manteaux. L'homme d'apparence chétive a besoin de draperies. Il ne faut admettre dans de riches collections que des portraits animés d'une flamme
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soudaine. Si à de nobles fassions qui circulent sur tous les traits, l'artiste joint un manteau bien étoffé, ce portrait peut être cité comme le type du genre.
Mon ami N. Martin qui, dans le Parfait connaisseur, a développé et augmenté les remarques de l'humoriste allemand Dettmold, ajoute encore d'excellentes recommandations pour le curieux qui regarde un portrait. Le connaisseur devra sévèrement s'interdire, à propos de portraits, les formules toutes faites qui sont à la portée et à l'usage de tout le monde. Si on les rencontrait dans sa bouche, il risquerait fort de compromettre son caractère et de passer pour un homme ordinaire. Parmi les formules banales, je me bornerai à indiquer les suivantes ;
— On dirait qu'il va s'élancer hors du cadre!
— Il semble qu'il va parler !
— Son regard vous fait signe, d'où que vous l'examiniez.
Il peut se présenter tel cas où, je dois le reconnaître, le critique se verra en quelque sorte forcé de tirer de son arsenal des armes rouillées; mais qu'il ait bien soin alors de s'arranger de manière à les neutraliser complètement; qu'il y mette des sourdines en leur donnant pour laisser-passer des cor-
rectifs dans le genre d# ceux-ci : « Comme on a * V-habitude de dire » ou « Pour employer ici une coin- > paraison qui bien que vulgaire ne manque pas d'une » certaine énergie. »
Sa dignité restera certainement intacte s'il dit, par exemple :
— Un délicieux portrait! C'est le cas, ou jamais, de répéter une fois de plus cette image peu neuve : Ne dirait-on pas que cette figure va s'élancer hors de son cadre ?
Cette composition rappelle Michel- Ange. — Phrase qui trouve son emploi à tout instant.
Feu Gustave Planche a écritquelque part :
« Nous sommes d'avis et nous serions étonné que quelqu'un osât émettre une opinion contraire à la nôtre; nous sommes d'avis, à notre avis, disonsnous, que les critiques qui nous succéderont comprendront la valeur de notre sentiment esthétique et approuveront, de tous points notre manière d'envisager le grand maître de l'école florentine. »
En effet, de jeunes intelligences ont suivi l'avis du regrettable chef de la critique en France, notamment M. Chesneau (du Constitutionnel), qui ne s'est
pas contenté seulement de Tevêtir la peau du lion, mais a sucé la moelle de ses principes.
Toutefois les maîtres de l'art appartenant à une même famille, M. Chesneau, rédacteur au Louvre, propose de dire : Notre Buonarotti.
Zeuxis ayant exposé en public un tableau où il avait si bien peint des raisins que les oiseaux venaient les becqueter, son rival Parrhasius, qui l'avait défié, fit apporter un autre tableau où était un rideau si artistement représenté que Zeuxis y fut trompé le premier, car voulant le tirer pour voir la peinture qu'il croyait être dessous, il devint tout honteux et avoua que Parrhasius l'avait trompé.
Procédé. — L'amateur qui parle de peinture doit savoir distinguer un pastiche d'un pastel, et une gouache d'un dessin à un seul crayon. (Yvan Golovine.)
Réalisme. — Quel drame palpitant que celui le ce jeune peintre, voué à la reproduction des garçons pâtissiers, qui a représenté un petit marmiton portant en ville un vol-au-vent sur la tête !
Un gros chien, sur le trottoir, suit depuis quelque temps avec des yeux pleins de convoitise le petit pâtissier, blême de frayeur. Le peintre a rendu avec une vérité accablante l'effroi du patronnet suivi par le molosse. On se demande ce que deviendra le vol-au-vent, s'il arrivera intact chez les bourgeois qui l'attendent. Une écrevisse qui passe sa tête curieuse par dessus le couvercle du vol-au-vent est supérieurement traitée; on voit que l'artiste a été à bonne école.
Le vol-au-vent, le marmiton, le molosse, Pécrevisse, voilà des acteurs intéressants, des sujets tout à fait modernes.
Jean Ranc. — D'Argenville raconte que Jean Ranc, neveu de Rigaud, ayant fini un portrait, les amis du modèle trouvèrent le portrait peu ressemblant.
Jean Ranc promit de retoucher le portrait, s'entendit avec le modèle, troua une toile et lui fit passer la tête par le trou. Les amis difficile ne trouvaient pas encore le portrait à leur guise.
-— Le nez est trop gros, disait l'un.
— Il y a quelque chose dans la bouche...
— • Les lèvres sont plus minces...
— Messieurs, vous vous trompez, c'est moi-même, s'écria le portrait parlant.
Horizon est une sorte de général qui commande à une nombreuse troupe : le vaste horizon, les horizons vagues, l'horizon bleu, les lointains horizons, les vapeurs de l'horizon.
Horizon étendu, immense, étroit, rapproché, pur, vermeil, sombre, étincelant, pâle, toutes épithètes utiles.
Suivant l'état des affaires, on ajoutera quelques variantes destinées à relever la discussion picturale. Exemple : « Mon Rembrandt se rembrunit, — comme l'horizon politique. »
Les recherches actuelles des critiques en matière d'art ont démontré que les paysages à vastes horizons sont généralement du peintre Orrizonti.
Si une visiteuse élégante vous fait l'honneur de s'arrêter devant un de ces tableaux, vous pouvez dire avec malice : — a Mon horizon a autant de vapeurs qu'une jolie femme. »
C'est ce que les gens de goût appellent donner un tour agréable à la conversation.
Girodet fit le portrait de la duchesse de G...
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qui, ne se trouvant pas flattée, renvoya le portrait, prétendant surtout que les yeux étaient méconnaissables.
Girodet indigné détacha de sa toile un œil, le fit rentoiler, et l'exposa au salon de 1818, où les gens du monde reconnurent tous, — sanglante vengeance! — l'œil de la duchesse de G...
Sculpture. — Il est démontré par nombre d'observations combien la connaissance de la sculpture est difficile à acquérir ; aussi faut-il ne parler de c tte branche de l'art qu'avec une extrême réserve. De la statuaire, mon ami N. Martin a dit judicieusement :
« Par cela seul que des ouvrages ont été exécutés eu marbre, on est autorisé à présumer qu'ils ne sont pas mauvais, et dans ce cas il n'y a jamais grand danger à en faire l'éloge. »
Et il ajoute : « Quant aux ouvrages en métal, alors surtout que le temps les a consacrés, et particulièrement encore s'ils sont en bronze, il y a toujours lieu de les louer et de laisser voir devant eux un certain enthousiasme. »
Patine. -? C'est ici qu'il convient de placer
adroitement un mot sans lequel il est impossible de faire montre de connaissances en matière de bronzes antiques. — Quelle patine, monsieur! est un cri qu'on laisse échapper en faisant jouer la lumière sur l'oxyde harmonieux que le temps a ajouté à une médaille. Le mot se répète plusieurs fois et à divers intervalles. Quelle patine! quelle patine I On prendra garde de dire : Quelle platine!
Protogène, célèbre artiste contemporain d'Apelles, furieux de ne pouvoir rendre l'écume qui sort de la gueule des chiens, de dépit jeta son pinceau contre la toile, et le hasard le servit mieux que son talent.
Plus tard, Néocles usa du procédé de Protogène pour rendre un cheval écumant et s'en trouva à merveille.
Gouache. — S'écrivait autrefois gouasse (de l'italien guazzo).
IOn fera montre de réelles connaissances, à propos 'un art malheureusement abandonné, en prononant gouazze à l'italienne.
Il en est de ce parti pris euphonique comme des airs de danse de Gupis le Jeune, dont le charme
s'envole quand ils ne sont pas joués sur la pochette.
Ragoût. — Un tableau a du ragoût quand il est peint avec des ingrédients particuliers, séché au four, surtout quand la pâte sèche sera raclée avec du verre. Quelques coups de rabot dans de vieux empâtements, des grattages avec une pierre-ponce, l'huile d'une boîte de sardines renversée à propos sur la toile, donnent à certaines peintures romantiques un ragoût particulier, dont le secret est perdu pour la génération actuelle.
Actuellement, un tableau plein de ragoût vaut quarante mille francs. On ne peut obtenir à l'Hôtel Drouot un dessin au suif qu'avec une dizaine de mille francs.
Plastique. — Uart chrétien manque absolument de plastique, fait observer N. Martin.
Excellente phrase, qu'on peut glisser adroitement à la suite de la patine antique.
Les feuilletons de notre célèbre critique Perroquet (du Siècle) sont pleins de ces aperçus propres à fournir d'excellents thèmes de conversation et qui prouvent que l'homme qui les emploie appartient
non-seulement à la classe des connaisseurs, mais à celle des libres penseurs.
Les Vernet. — Cette illustre famille de peintres prête à de nombreux commentaires. Carie étaitil supérieur à Joseph? Horace a-t-il dépassé son père et son grand-père?
Les batailles sont-elles plus difficiles à rendre que la mer en courroux, les flots agités qu'un cheval emporté? Elles ne seront pas perdues les soirées consacrées à analyser ces questions de haute esthétique.
Si des étrangers visitent votre galerie, il est bon de réveiller leur attention par de piquants récits. Joseph Vernet saisissait ses pinceaux, attaché, pendant une tempête, au grand mât d'un navire. Carie Vernet saisissait ses crayons quand, sur un cheval qui avait pris le mors aux dents, il cherchait à surprendre le secret des mouvements du noble animal. Et le général B... eut besoin de toute son autorité pour empêcher Horace Vernet de se faire attacher à la gueule d'un canon pendant la bataille de l'Aima.
— C'est là seulement, disait notre grand peintre national, que j'aimerai à saisir ma palette.
Correct. — Un homme d'esprit a dit justement : « De même que le rôti appelle la sauce, de même aussi le mot dessin veut être suivi du mot correct. *
Perspective. — Ce paysage manque de perspective. Les personnages ne sont pas en perspective. Deux aperçus qui annoncent la perspicacité de l'amateur. Il est dans l'usage de marier perspective avec aérienne. Cette union porte d'excellents fruits.
Raphaël est un mot qu'il faut laisser au vulgaire. Ce serait faire injure que d'apprendre aux connaisseurs que le nom se prononce à voix basse : le divin Sanzio.
Le véritable amateur pousse le respect jusqu'à enlever sa calotte à gland d'or, quand il parle de Raphaël. Les marques de respect données par de simples particuliers valent une statue de bronze.
Flou. — Onomatopée charmante qui rend la tendresse et l'aisance d'un pinceau exercé. Le mot redoublé prend une légère teinte de dédain.
— Ce tableau est flouflou.
Par là vous indiquez que vous vous tenez sur une
réserve prudente, sans vouloir contrarier un collectionneur enthousiaste.
Brio. — Mot des plus importants, quand il est bien appliqué.
— Ce tableau a du brio.
Cela se prononce d'un ton dégagé en arrondissant le bras et, comme dans une valse, en pivotant sur les talons.
Rembrandt se prononce en Flandre Remmmmbrannnndtttt. Quand il s'agit de ces grands maîtres, c'est une fanfare qu'il faut entonner du gosier ; la langue doit saluer tout nom illustre avec l'animation d'un trompette de cavalerie.
Animaux. — N. Martin fait remarquer combien il est important à un amateur de surveiller les formes des animaux, dont les peintres connaissent médiocrement l'anatomie.
« On se demande si c'est à la poésie de l'invention qu'il faut attribuer le charme si attrayant de ce tableau. Bien que le pied gauche de devant du blanc palefroi soit un peu court, on ne peut s'empêcher d'admirer dans ce noble animal la délicatesse des
tons, la rondeur du dessin et la grâce soutenue du caractère. »
Meissonier. — L'heureux propriétaire d'une de ces toiles, qui valent leur poids en billets de banque, doit, quand il en parle, désigner son tableau sans omettre aucun détail.
— Mon Meissonier, dira-t-il, haut de 13 centimètres, large de 75 millimètres, représente un jeune homme debout, culotte rouge, bas bleus, justaucorps de buffle gris, manches de veste orange.
L'illustre esthéticien Trapadoux critique ces désignations comme entachées de minutie; mais si un autre collectionneur de Meissonier possédait une répétition de ce jeune homme debout en culotte bleue, en bas jaunes et en manches de veste vertes, quelle regrettable confusion pour les historiens futurs!
Anachronismes. — « Un peintre doit avoir beaucoup d'érudition. Un peintre d'histoire doit savoir l'histoire sacrée et l'histoire politique, ou militaire. Il doit connaître la géographie et même la topographie des localités qu'il retrace, les usages et les costumes du temps qu'il représente. Rembrandt
faisait fausse route en couvrant les Juifs de costumes espagnols et les Européens de costumes orientaux. » (Yvan Golovine, Manuel du marchand de tableaux, 1 vol. in-18. Paris, Dentu. 1862.)
Magistral. — Nous avons réduit les adjectifs à l'état de servage en en faisant de simples domestiques du substantif; toutefois il en est quelques-uns qui déchirent leur livrée et revendiquent un rang plus honorable dans la langue.
Magistral est au nombre de ces révoltés : une a composition magistrale, » un « faire magistral. »
À l'aide de ces deux mots, celui qui, l'enthousiasme au cœur, se présentera chez un membre de l'Institut, recueillera un de ces aimables sourires qu'amène toujours l'heureux emploi de : « compositions magistrales. »
Mot à employer avec discrétion.
Waagen. — Auteur allemand d'un dictionnaire estimé sur les artistes de toutes les écoles. Quoique bourré de renseignements, cet ouvrage ne contient pas plus de dix volumes in-octavo.
L'amateur qui possède un Waagen a une immense supériorité sur la plupart de ses confrères qui n'étudient pas.
Il est bon de faire porter son Waagen au Louvre par un petit domestique, et d'étudier les principaux tableaux en feuilletant les dix volumes.
Ainsi font au Conservatoire les dilettanti qui écoutent une symphonie de Beethoven les yeux sur la partition.
On peut encore envoyer son Waagen à l'Hôtel des Commissaires-Priseurs, s'installer dans un coin sur le bout d'une table, et contrôler, grâce au dictionnaire, les fausses attributions trop souvent mises en avant par les experts.
Cet examen s'étendra particulièrement aux toiles cotées à 1 franc. Quand vous vous écrierez : « Cette peinture n'est pas mentionnée dans Waagen, » chacun saura à quoi s'en tenir sur la réalité de la chose en adjudication.
Caricature . — Un des plus dangereux éléments de démoralisation des masses. La caricature est une excitation perpétuelle à la haine des sujets contre leur souverain.
On ne saurait invoquer trop de lois répressives
contre la caricature qui rabaisse les hommes au lieu de les élever.
Brochard. — Notre pastelliste le plus estimé.
La maison Alphonse Giroux a été assez heureuse pour accaparer toutes les œuvres de Brochard. Ses pastels frais et riants sont toujours vus avec plaisir. La façon de procéder de Brochard est simple comme celle des maîtres. Les meilleurs professeurs de dessins des grandes institutions font copier avec raison des pastels de Brochard aux demoiselles, pour leur former le goût.
Clair-obscur. — Une cave noire, un buveur qui s'avance une lumière à la main, voilà le véritable clair-obscur dont un Belge au nom prédestiné, Van Schaendel, a rendu les effets avec une incontestable supériorité.
Idéal. — L'ïdéal est déjà une précieuse conquête, à titre d'adversaire du Réel. Choisir dans la nature ce qu'il y a de plus parfait, la femme, le rossignol, la rose, indique une nature délicate audessus du commun. *
La citation suivante, tirée d'une lettre de made-
moiselle Plessy,de la Comédie-Française, fera mieux comprendre l'Idéal que de longues dissertations.
Le peintre Hébert venait de peindre son portrait. Dans son enthousiasme, la comédienne écrit à une amie : « Ce ne sont pas mes traits que l'artiste a reproduits, c'est mon âme! »
Les jeunes gens sont assurés de faire un chemin rapide en parlant de l'Idéal.
État s'applique surtout aux estampes. L'état d'une gravure. Une gravure a passé quelquefois par dix, quinze, trente, cinquante états, suivant la conscience de l'artiste. La femme de Balechou, disent les historiens de l'art, profitait du sommeil de son mari pour s'emparer de sa planche et la livrer à l'éditeur, Balechou n'étant jamais satisfait de la pureté de ses tailles.
En sa qualité d'ancien homme d'État, M. Thiers s'intéresse particulièrement à ces essais. On voit dans son cabinet treize états du Fumeur riant d'Ostade.
Le premier est une très-rare épreuve tirée avant que deux traits diagonaux, à la pointe sèche, sur le foncl à gauche, à mi-hauteur du fumeur, aient disparu,
Le second état est une belle épreuve tirée après la,
disparition des deux traits diagonaux mentionnés à l'article précédent, mais avant un petit trait sur le bord tlu bonnet, entre l'oreille et l'œil droit du personnage.
Dans le troisième état, Ostade a enlevé le bonnet de son fumeur.
Le peintre a réfléchi sans doute qu'un fumeur à la fenêtre ne pouvait se montrer sans bonnet ; aussi l'a-t-il replacé lors du quatrième état.
Une plume de coq a été plantée sur le bonnet au cinquième état.
Sixième état. Moins d'importance donnée à la plume de coq.
Un chat apparaît sur les épaules du fumeur au septième état. Il suit avec un intérêt marqué la fumée de la pipe.
Huitième état. Le chat donne un coup de patte à la plume du bonnet et la pipe du fumeur disparaît au neuvième état.
Une légende en flamand indique, dans le dixième état, que cette estampe a pour titre définitif : V Homme au chat.
On suit les tourmentes d'esprit d'Ostade, qui charge de tailles sombres le onzième état de l'ex- Fumeur riant.
Douzième état. L'eau-forte a trop mordu et creuse de sombres ravins.
L'estampe est absolument gâtée au treizième état. Les troubles dont l'imagination d'Ostade était pleine se font remarquer dans le hérissement de la plume du bonnet, et le chat épileptique semble cracher à la figure de l'honnête Flamand, si heureux la pipe à la bouche dans le premier état.
Giotto. — Le pape Benoit IX, ayant de grands travaux de peinture à faire exécuter, demanda à tous les artistes de lui soumettre des dessins. Giotto se contenta d'envoyer un 0.
— Il n'y a qu'un illustre artiste, dit le pape, qui puisse faire un 0 si parfait.
Et Giotto eut les commandes.
Critique.— « La critique par trop bienveillante endort les arts : les plus grands ennemis des peintres comme des auteurs sont leurs flatteurs. M. Viardot dit qu'on doit la vérité aux morts et des égards aux vivants; mais c'est un principe plus commode que juste. » (Yvan Golovine, déjà cité.)
Géricault, dit M. Golovine, « est mort à
vingt-huit ans, mais son nom est d'autant plus grand que le nombre de ses tableaux est plus petit . Achille Giroux l'approche de près1. »
Goût. —Pour bien juger des ouvrages de peinture, il faut avoir le goût sévère. Les amateurs feront bien de méditer ce mot de Walpole : « Le mauvais goût qui précède le bon goût est préférable à celui qui lui succède. » A la première lecture la phrase parait obscure ; mais le sens en est profond.
Celui qui a le courage de protester contre le goût du jour parlera d'or.
Les princes seuls, par la fortune, peuvent se permettre de posséder des Raphaël, des Rembrandt, des Vélasquez. Suivez les princes le plus près qu'il vous sera possible, et ne vous laissez pas prendre à des noms d'artistes de troisième ordre.
Tous les jours on vend des toiles dans le goût de
(i) M. Yvan Golovine est un écrivain russe qui fait honneur à sa nation par ses nombreuses connaissances en peinture. Son Manuel du marchand de tableaux pourrait être cité tout entier, et ne manquerai pas, dans ma prochaine édition, d'introduire ns le lo.we la recommandation suivante de M. Golovine : « II faut accrocher soigneusement les tableaux à des clous qui ne se défassent pas, plutôt par une corde ou à deux clous qu'à un seul. »
Raphaël ou dans le goût de Rubens, qui sont cotées à trois et quatre francs par des experts ignorants ; en ne manquant pas ces occasions, l'amateur fera preuve de respect envers les maîtres.
Médecins. — On sera étonné de trouver ce titre dans un dictionnaire exclusivement consacré aux beaux-arts. Les \ médecins qui portent des chapeaux à grandes ailes, se connaissent mieux en peinture que les autres classes de la société ; du premier coup d'œil ils jugent de la maladie d'un tableau, s'il est recouvert de ces honteux emplâtres qu'on appelle des repeints.
D'excellents praticiens ont renoncé à leur clientèle pour acheter des tableaux. Le véritable amateur devrait se livrer à des études médicales avant de fréquenter l'hôtel Drouot.
Loupe. — L'instrument le plus précieux du collectionneur de petites toiles. La meilleure façon de juger sainement un tableau de Gérard Dow est d'apporter une loupe de la grandeur du tableau.
Marines. — Nous avons la vanité de tout rapporter à la France. Le suprême peintre de marines,
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nous disons que c'est Joseph Vernet ; nous ne sommes pourtant que les imitateurs des Italiens, et le véritable amateur doit toujours aller aux sources. Si vous possédez une belle marine, dites hardiment qu'elle est de Tempesta.
Craquelures. — « S'il y a des craquelures dans un tableau, dit M. Yvan Golovine, c'est qu'il n'y a pas de repeint. On a essayé en vain d'imiter les craquelures avec une épingle. Le temps seul les produit. » Et l'écrivain russe ajoute admirablement : « Il faut quatre-vingt-trois ans pour produire les craquelures, t
Signature. — Un chimiste habile a découvert qu'une fausse signature de tableau disparaît sous des frictions prolongées à l'esprit-de-vin. Chose singulière, on peut frotter avec la même liqueur une vraie signature, elle tient bon.
Il est malheureusement impossible d'employer ce procédé avec les tableaux non signés.
Cadre. — Le curieux qui, dans l'atelier d'un peintre, se trouve embarrassé devant une composition sans intérêt, peut se rejeter sur la richesse du cadre.
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Si ce compliment ne suffisait pas à l'artiste, le visiteur ajoutera pour prouver sa compétence :
— On voit bien que ce cadre n'est pas], doré à la sauce.