‹ L'Hôtel des invalidesChapitre 5 sur 15 · UI · texte numérisé non relu

UI

» Robert prit la diligence à Tarbes. Les nouvelles de l'armée se croisaient sur son passage, et bien qu'il franchît la route avec rapidité , dans chaque ville qu'il traversait il voyait affichés des bulletins nouveaux.

» Cependant nos vingt jours de campagne n'avaient pohit terminé la guerre. Les Russes approchaient en grossissant leurs bataillons

(les débris de l'armée d'Autriche. Quand Robert arriva à Strasbourg, on parlait déjà de la rencontre prochaine des deux armées et d'une grande bataille qui allait se livrer aux environs de Brùnn , en Moravie.

— » Je le savais, se dit Robert en prodiguant le reste de ses deux cents francs aux conducteurs qui devaient le transporter sur les limites de l'empire d'Autriche.

» Le 18 novembre, il se fit indiquer la route qu'avaient suivie les Français; il put la reconnaître aux champs de bataille abandonnés par les troupes autrichiennes, et jonchés de leurs cadavres encore gisans sur le sol. Il franchit pendant dix jours une longue suite de plaines et de collines d'où la mitraille française avait chassé l'ennemi ; et, quand il perdait sa route , il la démêlait rien qu'aux regards consternés que les laboureurs dirigeaient vers le nord avec un geste d'effroi.

» C'est ainsi qu'il atteignit , le 29 novembre , mourant de faim , de froid et de fatigue , les premiers postes de l'armée française. A mesure qu'il s'était rapproché du centre des

opérations, les dangers de toute espèce avaient retardé sa marche, et quelquefois, pour éviter les Austro-Russes, il s'était vu forcé de faire de longs détours, parles bois et dans les montagnes. La nuit qui précéda son arrivée , il avait traversé, sur la glace, une partie des étangs de Ménitz , en se glissant presqu'au travers de la première colonne russe rassemblée au pied des hauteurs de Klein.

» Là, il se fit reconnaître, et on le conduisit au quartier de Bernadotte. 11 raconta ce qu'il avait fait pour rejoindre l'armée, et s'informa si son frère Mugnoz, capitaine au 37% était encore vivant.

— » Quoi! ce jeune paysan? lui demandai-je.

— » Était mon frère... On me l'amena. J'écoutai tristement d'abord , ensuite avec admiration , le récit de la folle entreprise de cet enfant , et l'héroïque persévérance qu'il avait mise à l'accomplir. J'essayai de blâmer sa conduite en lui parlant de notre mère ; mais il me répondit par le nom de l'Empereur.

— » On en parle donc bien , dans nos montagnes? lui dis-je.

— » Sa gloire est sur toutes les lèvres , et lui-même est dans tous les cœurs , me répondit Robert dans ce patois des Basques dont je voudrais que vous comprissiez la poétique énergie. La Vierge est délaissée. Les vieilles femmes seules s'agenouillent encore devant sa châsse. Tout ce qui porte le béret et la ceinture rouge prie l'Eternel au nom de l'Empereur. Nous avons son image dans nos maisons ; il est , dit-on , sur le cheval qu'il montait à Marengo , un grand cheval blanc , dont la crinière s'agite...

«J'avais les yeux humides en écoutant mon frère.

— » Et toi , petit , lui demandai-je en souriant, tu es venu voir s'il était toujours sur son cheval de Marengo?...

— ))Voir ! oui , le voir ! ... Oh ! je t'en supplie, mon frère , mène-moi à l'Empereur, afin qu'il me donne lui-même mes armes de soldat.

» J'eus beaucoup de peine à lui faire comprendre que la veille d'une bataille on ne parlait pas comme on voulait à Napoléon.

» Le soir de l'arrivée de Robert, je reçus de

Bernadette la permission de l'incorporer dans la compagnie. Une heure après Robert était soldat. Ses nouveaux camarades passèrent la nuit à lui faire exécuter le maniement des armes. Il s'agissait de peu de chose alors , et quand on savait charger un fusil , et croiser la baïonnette , on avait droit à la victoire.

» Le grand-duc Constantin venait de réunir à l'armée russe ses 10,000 combaltans. Le 30 au soir, on apprit que le prince Bagration menaçait la position de Wishau. Des ordres furent donnés pour qu'on doublât cet avantposte. Quelques compagnies d'infanterie, appuyées de deux escadrons, s'avancèrent sur Rausnitz et s'y établirent. Je faisais partie de ce dernier détachement.

— » Robert, dis-je à mon frère quand les postes furent organisés , je me suis résigné à ton singulier fanatisme, comme notre mère l'a déjà fait. Je ne sais ce qui te pousse, mon enfant , mais la Providence est grande ! Je ne lui demande qu'une chose, c'est que tu te souviennes que le nom des Mugnoz n'a jamais été déshonoré par ton frère.

— » l]t l'Empereur, me répondit Robert , sans paraître m'avoir compris, quand passera-t-il dans les rangs , afin que je le voie ?

— » Le jour où nous devrons marcher à l'ennemi.

— » C'est donc, pour tous, un jour de bonheur?

— » Pour les braves seulement. Veux-tu paraître brave devant l'Empereur ?

— » Qu'importe ! me répondit Robert , pourvu qu'il sache que j'ai fait cinq cents lieues pour le voir et pour l'aimer de plus près ?

— » Si tu n'as rien fait pour sa gloire , il ne croira pas à ton amour.

- — » Alors , qu'on me mène à l'ennemi !

— » Eh bien ! écoute, lui dis-je en lui montrant du doigt un point de l'horizon, les ennemis sont là. Cette nuit , quand le bois de sapins qui s'étend à droite enveloppera dans son ombre toute la chaussée que tu vois, les Russes attaqueront peut-être notre avant-garde. 11 faut que nous soyons avertis de leur manœuvre. C'est pourquoi je vais faire placer une sentinelle à l'entrée de cette gorge profonde

que lu peux apercevoir là-bas, et par où peut déboucher l'ennemi.

— » Et que fera cette sentinelle ?

— »Elle restera immobile, l'arme au bras et l'œil à l'horizon. Si des baïonnettes viennent à briller dans les ténèbres , elle criera qui vive! Si l'on ne répond pas , elle fera feu et rechargera son arme. Peut-être toute une volée de balles passera sur elle , ou bien même , si l'ennemi est prudent , il continuera sa marche sans riposter ; mais , à moins qu'un coup de sabre , bien dirigé dans l'ombre , ne réduise la sentinelle au silence , elle devra continuer le feu en battant en retraite. Et jusqu'à ce qu'elle ait atteint les retranchemens , elle aura vingt fois l'occasion de mourir. . .

» Comme je parlais, Robert tourna la tête et tressaillit. Je suivis la direction de son regard , et j'aperçus une vieille juive de Silésie que nous avions déjà chassée, le matin, de nos lignes , et qui était, de nouveau , parvenue à se glisser dans nos avant-postes.

— » Que te veut cette femme ? dis-jé à Robert ; la connais-tu?

— » Oui , mon frère ; elle m'a déjà parlé, et je lui ai raconté mon histoire. C'est une sombre créature , ajouta-t-il plus bas , et qui lit mieux que moi clans les astres...

» Je ne pus m'empêcher de sourire à cette naïveté sérieuse qui faisait le fond du caractère de Robert. Dans nos montages, les Zingaris répandent beaucoup de superstitions. Cependant cette femme m'inquiéta. Je la fis chercher partout, mais inutilement; et cette apparition , suivie de cette fuite mystérieuse , confirma mes soupçons. J'ordonnai à Robert de se garder , à l'avenir , de tout rapport de ce genre , et sur sa prière , peut-être un peu par une confiance imprudente dans sa fermeté, je le désignai pour la faction périlleuse; et quand il partit , je l'embrassai, mais avec calme , car je tremblais de le voir pâlir.

— » Tu me promets, me dit-il d'une voix assurée , de me conduire demain vers l'Empereur, et de lui dire que cette nuit j'étais de garde aux avant-postes , et de m'obtenir de lui la grâce de combattre sous ses yeux ? Tu me le promets , n'est-ce pas ?

» L'héroïsme d'un vieux soldat, jointe h la simplicité d'un enfant ! Je ne pus lui répondre qu'en lui serrant la main.

— » Va! lui dis-je, et fais ton devoir...

» Je détournai les yeux. Deum patitur! pensai-je lorsqu'il eut disparu.

» Le piquet qui conduisit Robert à son poste rentra bientôt après dans les retranchemens. Nos hommes tombaient de lassitude , et déjà la plupart s'étaient iu'rangés pour prendre quelques heures de repos. Je restai le dernier debout , parcourant les postes, écoutant surtout du côté du chemin creux ; mais le plus profond silence régnait dans cette vaste plaine de neige , où l'œil n'apercevait qu'une blanche immensité.

— » Un peu rassuré par le calme qui m'environnait , je gagnai une grange où reposaient déjà les autres officiers , et je m'étendis sur la paille. Néanmoins j'avais l'œil ouvert ; une vague inquiétude , dont je ne pouvais me défendre, ne cessait d'activer mon esprit. Je pense qu'une heure s'écoula : les rondes passaient régulièrement, et je songeais déjà que

— 17Ô — les homtties de garde ne tarderaient pas à relever les sentinelles, lorsqu'une décharge effroyable retentit à dix pas de moi. Nous fûmes debout aussitôt ; des cris de terreur partaient de tous côtés ; je sors , et une seconde décharge , plus terrible que la première , m'entoure de fumée, de hurlemens... de morts... Je cours h ma compagnie ; elle fuyait en désordre; je cherche à la rallier, peine inutile. L'effroi que redouble l'incertitude du danger s'est èmpstré des soldats. Les ordres se croisent et se contredisent, les pelotons errent sans guide et vont donner^de la tête dans les patrôililles Russes qui débouchent de tous côtés. Enfin le terrible sauve qui peut ! vient achever la déroute. Nous fuyons jusqu'à Rausnitz , et ce n'est que là que je parvins à organiser la retraite. Les retranchemens étaient emportés, les Russes sur nos talons et la position perdue. Jeme dirigeai surBrùnn... et quelques minutes après l'ennemi traversait Rausnitz et venait camper au-delà , après nous avoir enlevé une centaine d'hommes.

» Le sort de Robert m'était inconnu ; mais

de funestes pressentimens traversaient mon esprit. La jeunesse de mon frère, sa simplicité , son ignorance , peut-être même sa pusillanimité, pouvaient avoir causé ce désastre ; doute désespérant sur lequel je n'osais pas arrêter ma pensée.

» Nous approchions de Briinn , où était le quartier-général , lorsque nos hommes aperçurent, sur la gauche de la chaussée, un soldat sans armes , qui se dirigeait à grands pas vers Rausnitz. Dès qu'il se crut découvert , il se mit à fuir en se jetant dans les roseaux qui séparaient la route des étangs. J'ordonnai qu'on m'amenât cet homme. Quelques soldats l'atteignirent, et l'entraînèrent vers moi. C'était Robert : en me voyant , il se jeta pâle et désarmé dans mes bras.

— » J'ai entendu la fusillade du côté de Rausnitz , me dit-il dès qu'il put parler, j'ai compris que j'avais causé peut-être un grand malheur, et j'accourais pour mourir auprès de toi.

— » Je le repoussai brusquement , car je venais de comprendre une partie de la vérité, et

je tremblais qu'il ne m'en dît davantage en présence des soldats. Ceux-ci murmuraient déjà que le conscrit était une des sentinelles avancées. Je me hâtai de reformer ma colonne , je mis Robert au centre , et bientôt après nous atteignîmes le quartier-général.

» L'Empereur avait déjà reçu la nouvelle de notre désavantage : quelques corps légers de Murât avaient également souffert du côté de Wischau. Dès qu'il aperçut mon détachement , il poussa vers moi en s' écriant :

— » Capitaine ! vous vous êtes laissé surprendre comme un renard. Bagration a passé au chemin creux de Pratzen ; où étaient vos sentinelles ?

— » Sire , répondis-je en pâlissant , il y en avait une à l'entrée des gorges.

— » Et cette sentinelle , c'était moi! sire.

» En disant ces mots, Robert venait de sortir des rangs et s'était précipité vers l'Empereur.

— » Je l'avoue, je ne pus retenir un cri ; et ce mouvement de généreuse franchise pouvait perdre Robert , car l'Empereur était sévère la veille d'une bataille.

» L'état -major, qui entourait Napoléon, me dérobait la vue de mou frère , et j'étais trop à distance pour l'entendi-e. Autour de moi, les soldats, furieux de leur défaite, ne cessaient de murmurer des imprécations contre le conscrit qui venait peut-être de compromettre le succès de la campagne ; chacune de leurs malédictions me semblait un arrêt de mort pour mon frère. Je ne pouvais cependant m'expliquer ni sa fuite , ni la perte de ses armes. Les quelques mots qui lui étaient échappés sur la route, et que mes soldats n'avaient que trop entendus, semblaient, il est vrai , le condamner ; mais pourquoi cet entretien prolongé avec l'Empereur, et lintérêt surtout qu'y paraissaient prendre les généraux de sa suite? Les soldats, frappés comme moi de cette scène singulière, s'en étaient peu à peu rapprochés. Déjà quelques mots de l'histoire de Robert circulent dans les rangs. On les commente , on les exagère ; on sait bientôt qu'il a fait cinq cents lieues pour voir l'Empereur; on tâche d'interroger l'étatmajor, le nom d'une Bohémienne passe de

bouche en bouche , et sans que je comprenne rien au changement qui s'opère soudain dans l'esprit de la troupe , un cri de grâce retentit de toutes parts.

» A ce cri , l'empereur s'avança brusquement vers nous :

— » Qui parle de grâce ? demanda-t-il d'un ton courroucé. Ce soldat est coupable , il a quitté son poste ; c'est un crime , il en portera la peine. Puis, se tournant vers Robert : Tu mérites la mort , reprit-il ; je te condamne à la chercher au rang des braves. Demain tu marcheras à l' avant-garde.

» En disant ces mots, Napoléon poussa son cheval et disparut au bruit des acclamations des soldats.

» Ce fut moi , cette fois , qui courus à Robert. La joie me suffoquait. 11 me dit :

— » Frère! maintenant que j'ai vu l'Empereur et que je lui ai parlé , je puis mourir. Adieu, embrasse -moi.

» Je lui dis que tous les braves ne mouraient pas dans la mêlée , et que la mort reculait souvent lorsqu'on l'affrontait en face.

» Il me répondit d'un air mystérieux : — » Il faut que je meure, c'est l'ordre de l'Empereur, et c'est aussi celui du ciel. Tu verras. Ne t'ai-je pas dit que la Bohémienne lisait mieux que moi dans les astres?... Sois tranquille , je ne pâlirai pas.

» En ce moment , Bernadotte arrivait suivi d'un grand état-major. Un mouvement de retraite s'opérait dans l'armée. Je n'eus que le temps de sourir à l'héroïsme toujours superstitieux de Robert, et, pour la dernière fois, je lui serrai la main. Nous nous quittâmes , lui pour rejoindre l'avant-garde , qui marchait vers les hauteurs d'Aujerc , moi pour suivre la retraite sur Turas.

» Le 2 décembre âu matin , le centre , où commandait Bernadotte , gravit les hauteurs d' Austerlitz , que les Russes, trompés par notre mouvement de retraite, venaient d'abandonner. Alors commença cette grande journée qui coûta 40,000 hommes aux alliés et valut à la France l'empire du continent. Nous nous battîmes pendant douze heures , et ce ne lut que le soir, lorsque nous joignîmes la division

deVandamme qui s'était maintenue, depuis le matin, sur les hauteurs d'Aujert. que je retrouvai mon frère une : balle l'avait frappé dès le commencement de l'action.

» Une vaste ferme, transformée à la hâte en ambulance , était remplie de morts et de blessés , et plus de morts encore que de blessés. C'est là que je vis Robert. Il essaya de se soulever quand il m'aperçut ; je lui tendis la main et je m'assis sur sa paillasse ensanglantée. Tout son calme lui était resté.

— » Robert , lui dis-je , on m'assure que ta blessure n'est pas dangereuse; tu vivras.

» Il secoua la tête et sourit ; puis, en me remerciant du regard , il ajouta :

— » Dieu soit loué ! ma mère n'en perdra qu'un. Oh ! mon frère, quelle horrible bataille ! Mais je suis tombé la face devant l'ennemi : tu le diras à l'Empereur.

— » Je savais bien, pauvre enfant, que tu ne ternirais pas deux fois le nom de ton frère.

» A ces mots il releva la tête , et une vive rougeur remplaça pour un instant la pâleur de son front.

— » Tu te trompes , Mugnoz ; je n'ai point lâchement jeté mes armes pour m'enfuir, l'Empereur le sait!... Écoute , ajouta-t-il d'un ton plus confidentiel , tu rapporteras à ma mère ce que je vais te dire , parce qu'elle me comprendera bien , elle !... Sache donc que je n'ai quitté mon poste que pour aller voir l' Empereur.

— » Mais ton fusil , malheureux !

— » Je l'avais confié à des mains sûres , à une vraie fille des Zingaris.. Elle m'avait juré sur le nom de Napoléon d'attendre mon retour... Pauvre femme! les Russes l'auront tuée.

— » Une fille des Zingaris ? Cette vieille Bohémienne , sans doute ?

— » Oui , mon frère : elle vint à moi , hier au soir, et nous lûmes ensemble dans les étoiles Elle me montra celle de l'Empereur

avec ses satellites ; et puis tout à coup une des étoiles fila. . . Cela signifiait que je devais mourir aujourd'hui. Tu vois bien que nous ne nous étions pas trompés.

» Robert s' affaiblissait sensiblement ; je soutins

sa tête dans mesbras en lui cachant mes pleurs.

h Alors il m'apprit que l'Empereur était à Briinn, qu'il parcourait les brigades, qu'il parlait aux soldats, qu'il était dans toute sa gloire.

— » Et moi qui allais mourir sans l'avoir \u ! . . . La Zingara ajouta qu'il n'y avait qu'une demi-lieue jusqu'à Briinn. Elle devait m' attendre et crier qui vive ! si les baïonnettes eussent brillé... Je me mis à courir....

» Le pauvre enfant fit encore quelques efforts pour parler ; mais le sang lui sortait par la bouche ; cependant il réussit encore à me répéter de ne pas oublier de dire à l'Empereur qu'il était mort en brave ; et il expira.

» Ma mère n'avait plus que moi ; j'oljtins mon congé, et je retournai près d'elle.

»Et maintenant , monsieur, vous appellerez comme vous voudrez le sentiment exalté de mon frère pour l'Empereur; mais vous me permettrez de douter qu'aucun de vos grands hommes en ait jamais inspiré de semblable. »

Page 1