‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 22 sur 72 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

PEINE le bon Chancelier eut-il organisé le gouvernement et le service de son hôpital, qu'il tomba grièvement malade dans son hôtel d'Autun. Il fut, dans ses derniers moments, admirable de prudence et de religion.

Dans les premiers Jours de Janvier 1461, sentant sa fin prochaine, et voyant ses enfants et Guigone en pleurs autour de lui, il les consola et dit : «J'ai l'honneur depuis près de quarante ans de porter le sceau de mon illustrissime et redouté seigneur, le duc de Bourgogne ; Je veux qu'il lui soit sûrement remis et n'encourir aucun blâme après mon trépas ; appelez devant moi les chanoines de la collégiale de Notre-Dame. » Quand ils furent près de sa couche, le Chancelier mit devant eux le sceau dans trois doubles custodes qu'il fit sceller par le chapitre et exigea une lettre attestant qu'il avait confié ce sceau au cardinal d'Autun. « Mon fils, ajouta-t-il, prenez de sages mesures pour que

yS l'hôtel-dieu

ce dépôt sacré soit fidèlement remis â mon noble seigneur. » L'évêque le promit. La volonté du Chancelier fut religieusement remplie ; le cardinal, pour obvier à toute fâcheuse aventure, fit reporter le sceau du duc par cinquante cavaliers armés jusqu'aux dents (i).

Le i6 janvier, Rolin dicta son testament et recommanda à sa famille ses fondations pieuses. Il parla longuement de son cher Hôtel-Dieu de Beaune : « Je lui ai donné largement le sel, dit-il en souriant, mais je n'ai pu le pourvoir de blé. J'aurais désiré pour cela le doter de mille autres livres, mais le Seigneur ne m'en a point accordé le temps ; donnez autant que vous le pourrez du pain à nos frères les pauvres, car donner à l'indigent c'est prêter à Dieu qui nous le rendra dans son saint Paradis. » Guigone et l'évêque d'Autun lui promirent de ne point oublier son cher hôpital.

Le Chancelier se confessa et reçut le divin Viatique avec grande dévotion. «Il mourut très avifément & en bon fens & parole jufqu'à bien près de l'expiration ; & avait emprès de luy fon fils le cardinal d'Oftun, qui lui donna toute abfolucion de paine & de coulpe, telle que le Pappe ; & l'affifla de la foy vaillamment jufques au derrenier article du paffage, là où il le lâiffa en la main de Dieu fon Père, lequel en fift fon plaifir & la miféricorde (2).» Nicolas Rolin mourut le 18 janvier 1461, à l'âge d'environ quatre-vingt un ans.

(î) Georges Chastellain. p. 196, édition du Panthéon. (2) Georges Chastellain. p. 196.

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