ÇO L HOTEL-DIEU
cet hôpital, par sa piété, sa sage économie et par son dévouement pour les pauvres, Madame vous reconstitue et vous rétablit de nouveau dans vos offices. ,
« Gomme la Maîtresse a la haute direction des sœurs, des pauvres, des infirmes et des affaires de l'Hôtel-Dieu, et qu'il faut pour cette charge une femme très-prudente, très-habile, et d'une vertu d'un éclat exceptionnel. Madame choisit et nomme pour Maîtresse, sœur Géliote, née à Beaune. Elle lui livre l'administration et le gouvernement des sœurs, des pauvres et des meubles de l'hôpital ; toutes les sœurs lui devront obéissance, suivant les prescriptions et les règles. Elle lui donne pour associée et compaigne, Clémence Chaunoy, qui l'aidera en son office et tiendra sa place en cas d'absence.
« Madame institue et nomme au service des pauvres dans son hôpital les sœurs : Mariette Lamour, Antoinette de la Cheminée, Jehanette Noble, Jacquette Girard, Jehanne, native de Chasseignes, Othehne Héliote, Symone Malfou, Margaretan (Marguerite) Giroteaul, Ginote de la Forge, Pernette Morine, Guillemette Guyon, Guillemette Clergesse, et Guiilmette Deschamps. »
Toutes ces hospitalières s'agenouillent devant la fondatrice et, la main étendue sur les saints Evangiles, elles jurent à Dieu et à la bienheureuse Vierge Marie, honneur et révérence ; elles promettent de servir charitablement les pauvres, s'appliquant à toutes les œuvres de miséricorde, spirituelles et corporelles, avec, une pieuse compassion,
un véritable zèle et un visage toujours gai ; elles s'engagent à conserver avec soin les biens de l'hôpital, et à persévérer de vivre en toute chasteté et obéissance. »
Maître Clémence reprend : « Madame Guigone de Salins nomme et institue pour Père spirituel, vénérable et savante personne, maître Jehan Jobart, bachelier en décrets. Il aura la charge de diriger les sœurs, d'entendre les confessions, d'administrer les sacrements de l'Eglise aux sœurs, aux pauvres et aux autres personnes de l'hôpital et de faire tout ce que lui impose son office. Il recevra pour honoraires trente livres tournois, chaque année.
« Elle nomme et institue aussi pour Chapelains maîtres Jehan Bassey, et Symon Robin, prêtres, chargés de célébrer dans la chapelle et dans l'infirmerie, alternativement chaque semaine et tous les jours, leurs messes en présence des sœurs, des pauvres, des infirmes, d'entendre les confessions des pauvres et d'administrer les sacrements de l'Eglise. Chacun recevra pour honoraires trente francs payables chaque année. »
Les trois prêtres, debout et la main sur les saints Evangiles, jurent de s'acquitter de leurs fonctions pour la plus grande gloire de Dieu, leur propre sanctification et le salut des âmes qui leur seront confiées.
« Madame, ajoute maître Clémence, institue pour Maître, gouverneur et receveur de l'hospice, honorable homme, Jehan Duban, bourgeois de Beaune. H devra recouvrer avec diligence les de-
niers de l'Hôtel-Dieu, payer avec soin les dépenses, et rendre loyal compte. Il recevra chaque année quarante francs de gages. Madame établit pour chirurgien et barbier de l'hôpital, Symon Maignîen; il sera tenu de visiter et de consoler les sœurs, les pauvres et les officiers de la maison, et de faire tout ce qui a rapport à la chirurgie, suivant qu'il sera utile et nécessaire. Il touchera chaque année huit livres de gages.»
L'intendant et le médecin jurent chacun sur les saints Evangiles de Dieu de s'acquitter loyalement de leur emploi.
Au son des cloches, Guigone, accompagnée des nobles et doctes personnages qui l'entourent, des officiers et des officières de l'Hôtel-Dieu, se rend « à la nef de l'hôpital, )) — la Grand'Chambre, — et se fait ouvrir les troncs par le chevalier Jehan le Mairet, seigneur de Mavilly, et par le Maître, Jehan Duban, qui sont dépositaires des clefs. La noble Dame, en qualité de fondatrice et collatrice de l'hôpital, visite et touche les deniers, ferme les troncs et remet les clefs à l'intendant et au seigneur de Mavilly.
L'autorité de la puissante patronne fut toute débonnaire et maternelle; Guigone fit, en cette année, exécuter à l'Hôtel-Dieu des réparations et des constructions si considérables, qu'elle crut devoir ajouter vingt livres tournois aux gages de Jehan Duban, chargé de diriger et de surveiller ces travaux (i).
(i) Prise de possession de patronage par G. de Salins. Archives de l'Hôtel- Dieu, layette 82, p. i .
Descendue du siège d'honneur , où elle n'avait fait qu'apparaître, la veuve de Nicolas Rolin, comme la plus humble des hospitalières, reprit sa place au chevet des malades et des mourants.
Elle rendit son âme à Dieu le 24 décembre de l'année suivante, laissant après elle un ineffable parfum d'humilité, de piété et de charité. «Après letrefpas du noble Chancelier fon mary, Guigone, dit un vieux chroniqueur, mit à nn & confirmation l'œuvre de l'Hoftel-Dieu. Il eftoit bien convenant qu'elle portaftla tour d'or es clefs dorées, sur champ d'azur : la tour eft figne de ferme vertu ; tour d'or & clefs dorées fignifient les grands tréfors de pitié en elle reçus & prudemment diftribuetz ; le champ céleftial donne figne de falvement; ceulx qui font de telles armes reluifants, feront en paradis logés à ouyr fans fin les chants des anges (i), )) On comprend le deuil que causa cette perte aux sœurs et aux pauvres, mais on ne le décrit point.
La sainte fondatrice avait choisi sa sépulture devant le maître-autel de la chapelle de son hôpital ; elle y fut inhumée, les derniers jours de décembre 1470, sous une grande et magnifique table en cuivre. Bien que Nicolas Rolin reposât dans la collégiale de Notre-Dame d'Autun, Guigone se fit représenter sur cette tombe en habit de veuve, ayant à côté d'elle, son mari vêtu en chevalier et armé de toutes pièces (2). On y grava ces mots :
(i) Archives des Sœurs. S^oiice sur le chancelier {picolas l^olin. (2) Manuscrit de l'abbé Bredault.