‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 40 sur 72 · ORIGINES DE SON DOMAINE I · texte numérisé non relu

ORIGINES DE SON DOMAINE I

aux malades le laitage et les œufs. L'inventaire de 1501 nous la décrit de la sorte : son fenil est chargé de foin ; sa grange est remplie d'avoine et de froment; quatre chevaux et trois vaches sont dans son étable ; sa basse-cour est peuplée d'environ quarante poules petites ou grandes. Elle a en outre deux chambres : l'une est habitée par une bonne femme qui trait les vaches et gouverne la « pouUailerie » et l'autre par Jehan Bonard qui est chargé du soin et du travail des chevaux (i). Plus tard, la « ménaigerie » s'enrichit de l'un des plus beaux troupeaux de moutons de la contrée. Cette maison qui rendit de grands services à l'Hôtel- Dieu fut vendue huit mille livres, le 15 décembre 1776.

Malgré les franchises accordées par les ducs de Bourgogne et Louis Xï au domaine de l'hospice, il ne fut pas à l'abri de toute charge fiscale. En 1477, les habitants de Beaune ayant fait réparer leurs murailles, le clergé, qui avait coutume de payer le tiers de ces dépenses, porta l'Hôtel-Dieu sur les rôles pour la somme de huit ou dix francs. Louis XI réclama l'exemption de cet impôt, « à caufe des grans charges que cet hofpice avoit à fupporter pour l'entretennement & norriture des povres affluens au di6l hofpital, dédié à toutes œuvres méritoires. » Par égard pour le roi, la cote fut diminuée de plus des deux tiers ,'« par grâce & pour cefte fois feulement. )) Mais, l'année suivante, l'impôt pour les fortifications s'élevantà la somme

(2) Archives de l'Hôtel-Dieu, comptes de i486. — Petit Cartiilaire, p. 27.

énorme de trois mille livres, « le grant hofpital » reparut sur la liste avec un chiffre plus considérable que jamais et sans aucune diminution; il fut taxé à vingt-six francs quatre gros (i).

Si l'hôtellerie des pauvres eut de généreux bienfaiteurs, il rencontra aussi sur la fin du XV* siècle de vils déprédateurs; des vols de meubles et de titres furent commis à l'Hôtel-Dieu et surtout dans les maisons qui lui étaient léguées. Le mal fut si grand que l'intendant et les sœurs demandèrent aide et justice à l'un des protecteurs que le Pape leur avait donnés. En 1493, ils écrivirent au Doyen de la Sainte-Chapelle de Dijon :

« Depuis certain temps, des malfaiteurs, oublieux de leur salut, ont pris et enlevé à l'hôpital des meubles et des immeubles, surtout des legs, saisissant les jours et moments favorables. Prenant les meubles dans les lieux où ils étaient conservés,ils les ont transportés ou fait transporter par d'autres où ils ont voulu ; ils se sont appropriés coupablement des immeubles et des legs tant mobiliers qu'immobiliers; ils continuent à les détenir au grand danger de la damnation de leur âme et au détriment des plaignants et des pauvres. Nous vous supplions de vouloir bien porter remède à un tel état de choses. »

Antoine de Rye, doyen de la Sainte-Chapelle, avait grandement à cœur les intérêts de l'Hôtel- Dieu ; pour les protéger plus efficacement, il avait cru devoir, en 1460, s'associer l'archevêque de

(i) Histoire de 'Beaune, par M. Rossignol, p. 334-3^5.

ORIGINES DE SON DOMAINE Ï2i

Lyon et les évêques de Besançon et d'Autun, et les établir gardiens des biens de l'hospice. A la nouvelle de ces vols, usant des pouvoirs extraordinaires qu'il avait reçus du Pape, il se concerta avec Tofficial d'Autun et, au mois de décembre 1493, lança contre les coupables un monitoire en forme d'excommunication.

Pendant la célébration des divins offices, les curés de Beaune et d'autres paroisses annoncèrent au prône que les détenteurs des biens de l'hôpital et leurs complices étaient excommuniés, si dans six jours ils n'avaient pas restitué, et que ceux qui tairaient leurs noms seraient frappés de la même peine. Le Dimanche suivant, l'excommunication fut prononcée avec aggravation de peine. Huit jours après, la sentence fut encore réaggravée ; les cloches sonnèrent un long glas, et en signe de la malédiction des coupables les cierges allumés a l'autel furent jetés à terre et foulés aux pieds.

Enfin , l'anathème fut lancé contre ceux qui s'endurcirent dans le péché ou le silence. « Qu'ils soient maudits ! s'écria le prêtre en présence de tout le peuple. Que ceux qui les béniront soient maudits comme eux; que ceux qui les maudiront soient à jamais bénis. Que les ravisseurs des biens de Dieu et des pauvres se dessèchent comme l'herbe des toits ; qu'ils ne trouvent personne pour les secourir , et que leurs prières soient imputées à péché. Que l'usurier dévore leur substance, et que les étrangers ravissent le fruit de leurs travaux. Qu'ils soient maudits comme Caïn, le meurtrier de son frère, le

Juste Abel ; comme Dathan et Abiron que la terre engloutit vivants en punition de leurs crimes exécrables ; comme les habita'nts de Sodome et de Gomorrhe que dévora l'abîme. Qu'ils soient maudits en allant et en revenant, debout et assis, dans la veille et le sommeil, en buvant et en mangeant et dans toutes leurs œuvres. En un mot, que tombent sur eux toutes les malédictions que David dans ses Psaumes proféra contre les méchants. ))

Pour donner à cette excommunication et à cet anathême une plus imposante et plus lugubre solennité, le Doyen de la Sainte-Chapelle dit aux prêtres qui reçurent ce monitoire : « Nous ordonnons en outre que chaque dimanche et jour de fête, après la célébration de la messe, toutes les fois que vous en serez requis par les plaignants, vous alliez processionnellement aux portes de vos églises, avec la croix élevée, la sonnette et l'eau bénite, et que là vous jetiez contre ces portes trois pierres en signe de malédiction contre les ravisseurs, leurs agents et complices, et contre ceux qui les connaissant taisent leurs noms. Avertissez tous vos paroissiens que, sous peine d'excommunication et d'une amende de dix livres tournois applicables à l'hôpital, ils jettent aussi trois pierres contre les dites portes et disent en allant et en revenant le Psaume des malédictions : Dens laudem meam ne tacueris. Et ces choses se continueront jusqu a ce que les coupables soient revenus à résipiscence et méritent l'absolution (i). »

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu, Layette 2, n° 13.

Page 1