ORIGINES DE SON DOMAINE I
Nous ne savons point au juste quelles furent les conséquences de ce monitoire ; seulement, nous pouvons affirmer qu'il ne fut pas sans effet , car a cette époque, les hommes alliaient une foi vive à de grandes faiblesses et rarement ils mouraient sous le poids de l'anathême. Dans ces temps de violences etde rapines, l'excommunication fut entre les mains de l'Eglise une arme salutaire et puissante pour protéger le faible contre les méchants et les forts, et pour sauvegarder à la fois les intérêts et les droits de la conscience, de la religion et de la société.
Les dernières années du XV* siècle furent calamiteuses pour l'Hôtel-Dieu ; ses ressources diminuèrent et les besoins qu'il était appelé à soulager grandirent. Les aumônes et les donations devinrent rares ; les riches eux-mêmes se trouvèrent dans la gêne à cause des charges et des malheurs publics. Il fallait payer de lourds impôts pour les fortifications de Beaune, pour les luttes de la France contre la maison d'Autriche et les guerres d'Italie; et les revenus étaient nuls. En 1478, il y eut grande disette de vin et de froment; des gens affamés accoururent en foule de la campagne dans la ville et se pressèrent aux portes de l'hospice. Ils périrent en grande partie ; les uns furent étouffés en se jetant avec trop d'avidité sur la nourriture qui leur était offerte, et d'autres ne purent la digérer parce que depuis trop longtemps ils souffraient de la faim. La misère fut profonde : « les Urebers, les Efcrivains & aultres vermynes ravagèrent nos vi-
gnobles de 1461 à 1500. » En 1493, une maladie contagieuse décima notre contrée (i).
Dans ces années malheureuses, l'hôpital avait peine à recouvrer son revenu principal, la rente de Salins située dans la partie de la Bourgogne occupée par la maison d'Autriche. Les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu durent adresser plusieurs suppliques aux héritiers de la duchesse Marie. Ils exposèrent, en 1499, que leur détresse était si grande, que pour nourrir les pauvres, ils avaient engagé les joyaux et les calices de la Chapelle, et que si la rente tardait encore, ils seraient contraints de fermer l'hospice, au grand dommage du duché et de la comté de Bourgogne. L'archiduc Philippe s'empressa d'envoyer les mille livres tournois (2).
Pour comble de maux , en cette lamentable année, un violent incendie dévora « certains maifonnements & édiffices de l'hofpital. » Comme il était impossible à l'Hôtel-Dieu de relever ces ruines, le bon roi Louis XII lai fit l'aumône de douze cents livres pour l'aider à réparer ce désastre (3).
(i) Histoire de 'Beatlne, par ôandelot, p. ii8. — Histoire de ^eaune; pai* M. Rossignol, p. 358.
(2) Archives de l'Hôtel-Dieu. Lettre-patente de l'archiduc Philippe, 1 1 juin
(3J Archives de la Côte-d'Or.