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L'HOTEL-DIEU PENDANT LE XVP SIÈCLE

A première année du seizième siècle fut malheureuse pour l'Hôtel-Dieu. « En 1500, dit Gandelot, il régna en plusieurs provinces une maladie épidémique qui enleva un grand nombre de personnes de différents âges. Beaune l'éprouva autant qu'aucune autre ville de Bourgogne : cette maladie commençoit par une violente douleur de tète, de là elle passoit aux reins, ensuite à l'estomac et aux jambes, avec une fièvre suivie de délire. On connut un peu tard la nature de ce mal et les remèdes qui y étoient propres (i). » Pendant plusieurs mois les salles de notre hospice furent encombrées de malades et de mourants.

A peine cette épidémie avait-elle disparu, que

( I ) Histoire de Beaune, p . 1 20-1 2 1 .

l'Hôtel-Dieu se trouva engagé dans les embarras d'un procès. A cette époque, les questions de préséance et de juridiction étaient brûlantes. Dans sa haute sagesse, le Chancelier, pour en préserver son hôpital, le fît exempter de toute juridiction autre que celle du Saint-Siège. Malgré cette précaution,un conflit s'éleva, en i503,entre les Vénérables de Notre-Dame et les Chapelains de l'hospice.

Beaucoup de bourgeois et de nobles personnages se faisaient transporter à l'Hôtel-Dieu, dans leurs maladies, pour jouir des soins charitables des sœurs et avoir part aux indulgences accordées à ceux qui mouraient dans cet hospice. Les Chapelains seuls avaient le droit d'y administrer les sacrements et d'y célébrer l'office divin. Dans l'intérêt des âmes, ils permirent à d'autres prêtres de la ville de visiter les malades, de les confesser, de leur conférer même solennellement l'extrême-onction et le Viatique. Ils tolérèrent quelquefois que le chapitre de Notre-Dame y célébrât les funérailles des grands personnages. Il arriva un jour que les chanoines et leurs vicaires revendiquèrent comme un droit ce qui n'était que pure tolérance ; alors on leur interdit l'entrée de l'hôpital. Ils portèrent aussitôt leurs doléances au baillage de Beaune et à lAlessire Louis Rolin, seigneur d'Aymerie et dAuthume, patron de l'Hôtel-Dieu.

« La collégiale de Notre-Dame, dirent-ils, a juridiction paroissiale sur toute la ville de Beaune et ses faubourgs, et les curés de Notre-Dame, de Saint-Pierre, de la xAladeleine, de Saint-Martin et

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de Saint-Nicolas ne sont que ses vicaires. L'administration des sacrements et la célébration des funérailles font essentiellement partie du droit paroissial; aussi les Vénérables et leurs vicaires, quand quelques-uns de leurs paroissiens sont malades à l'hôpital, ont coutume de les visiter et de leur conférer les sacrements. Quelquefois même les Vénérables sont allés processionnellement et en collège administrer plusieurs notables personnages. Ils ont aussi procédé solennellement dans la Grand'Chambre à la levée des corps et aux obsèques de leurs paroissiens. Or, voici que depuis quelque temps les officiers de l'hospice se sont permis d'empêcher aux Vénérables et à leurs vicaires de visiter leurs paroissiens malades et de leur administrer les sacrements. Quand Monsieur le Doyen et le collège de Notre-Dame vont en procession à Ihôpital, les Chapelains s'emparent des places les plus honorables, comme s'ils étoient évêques ou prélats de la Compagnie. Et en outre, ils se proposent de refuser l'entrée de la maison aux Vénérables et de les faire demeurer dans la rue, exposés à la pluie et au vent, quand ils iront à l'hospice faire la levée des corps de leurs paroissiens défunts. Nous vous prions défaire cesser ces vexations et ces abus, et de nous rendre prompte justice (i). »

Le patron et l'intendant furent appelés devant maître Michel Madon, lieutenant au siège du bailli de Beaune. Leur défense fut facile; Jehan Loppin, leur avocat, démontra, par l'acte de fondation et

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette 98, n" 2, n" 3.

•plusieurs bulles pontificales , que l'hôpital , de Nicolas Rolin, relevait immédiatement du Saint- Siège et était exempt de toute autre juridiction. « Il y a plus de dix ans, s'écria-t-il, que le Souverain-Pontife a tranché la question soulevée par les chanoines de Notre-Dame. « Quant à la question de savoir, dit Alexandre VI, si les Recteurs et vicaires des églises paroissiales sur lesquelles est situé l'Hôtel-Dieu de Beaune peuvent et doivent y administrer les sacrements aux infirmes qui s'y trouvent, sans la permission du Maître, des Recteurs et Chapelains ? — Afin de dissiper tout doute à cet égard, Par l'autorité et la teneur des présentes, désormais et à perpétuité. Nous défendons qu'aucun Recteur, vicaire ou autre, à l'exception du Confesseur des, sœurs et des Chapelains, aient la prétention d'administrer les sacrements de l'Eglise aux malades dans le dit hôpital, d'y célébrer quelque office divin, d'y commencer, comme ayant droit, les obsèques des morts, ou d'y faire tout autre chose qu'on puisse considérer comme une sorte de supériorité. Nous déclarons qu'ils ne pourront jamais acquérir ce droit qu'en vertu de la permission des Maître, Confesseur et Chapelains (i). »

Le juge débouta de leur demande les Chanoines qui se réservèrent d'en appeler à un autre tribunal.

Les officiers de l'hôpital tinrent ferme. Le 9 avril 1505, le doyen de Notre-Dame étant mourant à l'Hôtel-Dieu, leC hapitre demanda à la Maî-

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. Bulle de 1492. — 'Petit Cartulaire, p, 75.

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tresse et aux sœurs la permission de lui porter rextrême-onction solennellement avec la croix et les enfants de leur église. Jehanne Morin répondit : « Meiïieurs, par l'honneur & révérence de Meffire Anthoine de Salins, notre bon protecteur ; pour l'honneur auffy qu'il efl des parens & amis des fondateurs de notre maifon, nous fommes contentes que vous veniez lui administrer l'extrème-onction , mais ce, foulz proteftacion de non préjudicier à nos droicls. »

Au XVIIP siècle, le chapitre de Notre-Dame renouvela ses prétentions , mais elles furent toujours repoussées.

Les droits de l'hospice étaient si évidents que jamais les évoques d'Autun ne se permirent d'y faire acte de juridiction. Nous lisons dans un Mémoire de 1707 : « Mgr de Roquette, l'un des plus habiles et intègres prélats du Royaume, a de son vivant fait plusieurs visites à Beaune, mais jamais il n'a visité canoniquement l'Hostel-Dieu ; il a toujours déclaré que les privilèges de cet hospital l'exemptoient de sa juridiction et de celle du Chapitre et des Curés. Lorsque Mgr Descenault, à présent évèque d'Autun, vint confirmer à Beaune, il se rendit dans l'hospice pour confirmer les malades, mais il déclara hautement qu'il n'avoit point de droit dans le .dit hospital. Il ne vouloit pas même donner sa bénédiction aux sœurs qui la lui demandoient; il ne céda que sur leurs instantes prières (i). »

(i) Archives de rHôtel-Dieu.. Layette 99, 11° a.

Pendant que l'Hôtel-Dieu soutenait énergiquement ses droits ecclésiastiques, Louis XII confirmait ses privilèges civils par cette lettre du mois de janvier 1504, datée de Pans :

« Loys par la grâce de Dieu, roy de^France, favoir faifons préfens & advenir :

{( Les maiflres, les gouverneurs & feurs de l'Hoftel-Dieu de Beaune nous ont très-humblement fait fupplier que notre plaifir foit de leur conformer les privileiges, franchifes & libertés, & fur ce, leur octroyer nos grâce & libéralité.

« Inclinant à la requefte des di6ls fupplians, & affin que foyons participans es bienfaits du di6t Hoftel-Dieu , avons octroyez tous & chacun des di6ls privileiges, franchifes, libertés & immunités, qui leur ont efté par cy donnez tant par feu noftre coufm Phelippe, duc de Bourgoingne, que autres nos prédéceffeurs ducs.

« Et, par la teneur de ces préfentes, nous voulons que les dicls fupplians et leurs fucceffeurs audi6l Hoftel-Dieu joyffent &ufent dorefnavant plainement & pailiblement (i). ))

Au commencement du XVP siècle, des dons viennent grossir le petit domaine de FHôtel-Dieu, Nous signalons les plus importants : En 1504, Nicolas Bert d'Epoisses, pour récompenser les services des sœurs, donne à l'Hôpital un petit pré et quatre journaux de terre situés dans son village. En retour des bienfaits des hospitalières, et pour avoir part aux indulgences, l'un des chapelains,

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. —Petit Cartukire, p. 87.

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Maître Aimé Cointet, lègue, en 1505, ses valeurs et ses meubles. Martin Besançon donne, en 1516, plusieurs précieux manuscrits et seize ouvrées de vigne, La même année, Jehan Lebeault constitue cinquante livres de rente , et Jehannette Clerget de Pommard, lègue six ouvrées de vigne. En 1520, Guillaume Gespat et sa femme donnent neuf ouvrées. En la même année, Jacques Arbaleste, avocat général à Dijon, lègue à THôtel- Dieu la moitié de ses biens meubles, afin d'être participant aux aumônes, bienfaits, pardons et prières, qui s'y font journellement. La sœur Simonne Bergier et Jehan de Pontoux donnent, en 1530, chacun cent livres, et Antoine Gros en lègue deux cents.

A cette époque on fit à l'Hôtel-Dieu de pieuses et charitables fondations.

Ordinairement, aussitôt que la dernière pelletée de terre a couvert le cercueil du pauvre, sa mémoire est éteinte. Pour obvier à cet oubli, Nicolas Rolin voulut que, dans sa maison, les défunts fussent l'objet d'un culte spécial ; il enjoignit à ses hospitalières de réciter chaque jour l'office des Morts. Entrant dans les vues de leur Fondateur, ces saintes Filles, de concert avec leur Père spirituel, créèrent une Confrérie en faveur des Trépassés, et mêlèrent leur souvenir à toutes les fêtes et à toutes les solennités de l'Hôtel-Dieu. Charles Faultray, bourgeois de Beaune, étendit le bienfait de ces prières aux âmes qui inspirent le moins de compassion, et qui cependant ont plus besoin

de miséricorde. Il donna, en 1530, une rente d'une livre, « à la charge de me6lre en la Confrairie des trefpaffés de l'hofpital tous les crimineux que Ton ferait morir à Beaune, pour qu'ils fuffent participants es biens faitz & pardons du dicl holpital. »

Mille le Mairet, chanoine de Notre-Dame et Guillaume le Mairet, seigneur de Mavilly, fondant, en 1535, plusieurs messes à la collégiale de Beaune pour le repos de leurs propres âmes, prescrivirent aux Vénérables de donner chaque année à l'Hôtel- Dieu quatre-vingt-seize pains de froment et quatre-vingt-seize pintes de vin.

En 1539, sœur Catherine Brouhot fonda, à l'hospice, le chant solennel de la Fête-Dieu, et un déjeuner pour les pauvres. Dans la pensée de cette pieuse fille, c'était une réparation faite au Dieu de. l'Eucharistie, nié et outragé par Calvin et ses disciples, qui déjà commençaient à dogmatiser. Cette fondation en appela d'autres en faveur de l'Octave du Saint-Sacrement. C"est à Catherine Brouhot que revient en partie la gloire delà splendide Fête-Dieu de l'hôpital de Beaune. Par sa fondation, la bonne sœur a préparé cette procession du Saint-Sacrement qui est l'une des beautés religieuses de notre Hôtel-Dieu et qui, chaque année, attire dans son enceinte une foule si compacte et si recueillie.

C'est à l'heure de Vêpres du jeudi, jour de l'Octave du Saint-Sacrement, la cour de l'hôpital est parée de fleurs et tendue des belles tapisseries deGuigone. On entend des chants lointains ; tout

à coup, la Chapelle s'ouvre et on voit apparaître la bannière armoriée de la tour et des clefs d'or ; elle s'engage sous la magnifique galerie que connaissent nos lecteurs. Elle est suivie des vieillards, des convalescents et des serviteurs de l'hospice. Après eux, marchent deux longues files d'enfants vêtues en religieuses ; rien n'est charmant et virginal comme ces petites sœurs de Saint- Vincent de Paul, ces petites religieuses de la Charité, ces postulantes, ces novices et ces hospitalières enfants : l'innocence et la candeur de leur âge semblent ajouter encore à la sainteté de ces costumes qui sont les insignes du dévouement et de l'abnégation. Les communautés religieuses de femmes précèdent les servantes des pauvres et la Maîtresse, qui elles-mêmes devancent de nombreux prêtres vêtus de tuniques blanches ou de chapes d'or. L'officiant paraît enfin à l'extrémité de la galerie. Il est entouré des administrateurs ; ses mains soutiennent la radieuse Eucharistie qui se montre sous un dais, comme on voit quelquefois le soleil briller au bout d'une avenue. Au signal du maître des cérémonies, des groupes d'adolescents se retournent, balancent l'encensoir devant le Soleil éternel et jettent des feuilles de roses à pleines mains. Pourquoi cette marche triomphale ? Où va l'Hôte divin de la Grand'Chambre ? Il va visiter ses amis les pauvres. Il entre dans toutes les salles : il porte partout la joie ; partout il console et bénit.

Dans ces années, l'Hôtel-Dieu vit grossir le tréçor de ses indulgences et confirmer ses privilèges.

Sur la fin de juin 1518, le cardinal d'Ara Cœli, de l'Ordre de Saint-François, étant de passage à Beaune, les supérieurs de l'hôpital lui exposèrent leur détresse et le prièrent d'intéresser la charité des fidèles en faveur de leurs pauvres. Aussitôt le bon cardinal leur remit cette lettre: «Nous croyons remplir un devoir bien agréable à Dieu quand nous excitons les fidèles aux oeuvres de miséricorde, si efficaces pour le salut. C'est pourquoi, sur la demande des maîtres, recteurs et sœurs du vénérable et illustre hospice de Beaune, et en vertu de l'autorité qui nous appartient, nous accordons une indulgence de cent jours à tous les fidèles du Christ qui entreront dans cet hôpital, visiteront les pauvres et les secourront de leurs biens (i). »

La même année, Léon X adressait de Rome à l'Hôtel-Dieu cette bulle qui confirmait tous ses privilèges : « Léon, Evêque, Serviteur des serviteurs de Dieu, à nos chers fils les recteurs de l'hôpital de Beaune, salut et bénédiction. Afin de concourir par notre gracieux assentiment à l'accomplissement des justes demandes que vous Nous avez exprimées en ce qui concerne toutes les libertés, immunités, prérogatives et exemptions que les Papes d'heureuse mémoire Eugène IV, Nicolas V, Calixte III, Pie II, Innocent VIII et Alexandre VI, nos prédécesseurs, ont accordées à l'hôpital et à tout son personnel ; en ce qui regarde égalenient les libertés et exemptions de toutes redevances vis-à-vis des séculiers, rois ou princes et

(i),Archives de l'Hôtel-Dieu, Layette 2, n" 18.

tous autres fidèles que ce puisse être, octroyées au même hôpital ; comme aussi à l'égard des cens, fruits, revenus, rentes, maisons, terres, domaines, possessions et tous autres biens sans aucune exception destinés au soulagement des pauvres, tels que vous en avez la juste et paisible possession ; en votre faveur, et dans l'intérêt de l'hospice, de ses serviteurs et de ses offici'ers, par notre autorité apostolique. Nous les confirmons et fortifions par le patronage de ce présent écrit (i).» Entrant dans les vues de justice et de charité de ce grand Pape, Marguerite d'Autriche, comtesse de Bourgogne, se souvint qu'elle avait du sang de nos ducs dans les veines et confirma par des lettres patentes, datées de 1518, les privilèges, franchises et immunités accordées par Philippe le Bon et Charles le Téméraire à l'Hôtel-Dieu de Beaune. De plus, elle donna mainlevée des oppositions mises à la perception régulière des revenus de Salins (2).

Ce revenu se faisait attendre, mais au moins il était lo3'-alement payé. Il en fut autrement à partir de 1520 jusqu'à 1533, quand Girard Vernerot fut trésorier ; au lieu de se contenter, comme ses prédécesseurs, de quelques boîtes de confitures envoyées en Carême par les sœurs de Beaune, il exigea chaque année vingt livres tournois et deux feuillettes de vin. Les maîtres se soumirent d'abord pour éviter de longs retards ; mais en 1529 le

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette i, 11° 19. (2) Voir ces lettres aux Archives de l'Hôtel-Dieu.

vin étant rare et cher, Guillaume Brunet signifia à Vernerot que l'hospice ne pouvait plus payer les deux feuillettes. Le trésorier fut impitoyable. Le Maître persista dans son refus. Il résulta de ce conflit d'étranges vexations ; dès lors, Guillaume fit inutilement quantité de voyages avec séjour de huit à neuf jours à Salins ; découragé par tant de mauvais vouloir, il abandonna le gouvernement deTHôtel-Dieu. Son adversaire ne jouit pas longtemps de son triomphe; il fut dénoncé, en 1533, comme concussionnaire et traduit au Parlement de Dole. En ce temps, l'hôpital eut à souffrir de certains tenanciers et débiteurs des indélicatesses encore plus criantes. Des gens de mauvaise foi, profitant de la perte ou de l'avarie des cartulaires et des registres pendant les guerres, s'affranchirent des rentes qu'ils devaient aux pauvres et s'emparèrent de leurs biens. Le Maître, Oudinet Loyset, pour empêcher la ruine de l'hospice, pria le roi François I" de faire rédiger un terrier et un rentier nouveau. Guillaume Brunet, notaire royal à Beaune, accomplit ce travail en 1527. Ce terrier nous donne un état fidèle du domaine à fcette époque. Il se composait : de l'Hôtel-Dieu proprement dit, de la demeure des Chapelains, du moulin de la Tour, de la maison de Paradis, de deux cent-quarante ouvrées de vignes, de treize soitures de pré, de quarante-neuf journaux de terre, de la rente annuelle de mille livres tournois et de seize charges de sel Rosières sur Salins, et «de plufieurs aultres beaulx droi6ls & privilèges (i). »

^l) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette. 83, n° 4.

AU XVl^ SIÈCLE Î4Î

Nos archives gardent un autre témoignage de la bienveillance de François P''. Par le traité de Cambrai, ce prince, étant rentré en possession de la Bourgogne qui lui avait servi de rançon après la bataille de Pavie , adressa, au mois de février 1533, cette lettre à l'hôpital de Beaune :

(c Françoys,par la grâce de Dieu, Roy de France, inclinans libérallement à la fupplicacion des maiftres gouverneurs & leurs du grand Hoilel-Dieu, fondé en l'honneur de Monfeigneur Sain6l Jehan- Baptifle, & affîn que foyons participans es bien faitz du di6l Hoftel-Dieu, avons tous & chacun les privilèges, franchifes, libertez & immunitez qui leur ont eflé par cy devant donnez & octroyez par nos prédéceffeurs & defquels ils ont joy & ulé, joyffent & ufent encore de préfent,ratiffié, confîrmié oC approuvé, ratifiions confirmons & approuvons par la teneur de ces préfentes (i). »

Au mois de mars 1547, par des lettres patentes datées de Fontainebleau, Henri II confirma tout aussi gracieusement les mêmes privilèges (2). Il visita notre hôpital au mois de janvier de l'année suivante.

Souâ le règne de ce prince, en 1550,1a famine désola la ville de Beaune ; le blé qui coûtait auparavant dix sous se vendit trois livres, et on n'en trouvait pas, La peste vint, en 1553, augmenter la douleur publique. La terreur et la consternation furent grandes dans la cité : le recteur des écoles,

(l) Archives de l'Hôtel-Dieu. — Tetit Cartidaire, p. 87. (z) Archives de l'Hôtel-Dieu; — Petit Cartidaire, p. 88.

ses élèves et une foule d'habitants prirent la fuite; on défendit d'enterrer les morts pendant le jour pour ne pas épouvanter les vivants ; on fit des processions,on célébra des messes;par ordre du Chapitre et du Maire, tous les jours à midi on frappa neuf coups sur la grosse cloche des églises, et chacun se prosternant récita trois Pater et trois Ave pour (( apaifer Tire de Dieu (i). »

Les trois Etats de la ville s'assemblèrent pour aviser aux moyens de combattre le fléau. Les statuts et les usages de l'HôteLDieu en interdisaient l'entrée à toute personne atteinte de contagion ; le peuple le savait, néanmoins il arrêta « que les peftiférés feroient mis à l'hospital & qu'en cas de refuz, les officiers de la ville procéderoient en toute rigueur, voire jufqu'à effraction des portes, attendu la grande nécefiité. » Pour enhardir les magistrats, il fut décidé : « que les officiers feroient foutenus & rendus indemnes par la ville. »

Peu de jours après, le 13 avril 1553, à septheures du matin, une foule furieuse, venue de la ville et des faubourgs, conduisit les pestiférés à l'Hôtel- Dieu, vociférant contre les administrateurs qui refusaient de les admettre. Le maire, Antoine de la Tour, l'échevin Pillot et le procureur Antoine Blandin, placèrent des sergents aux portes, et entrèrent dans le réfectoire, où se trouvaient le Père spirituel , Nicolas Roiller , le Maître-Recteur , P. Champdoiseau, la Maîtresse, Jehanne Pain ; et les sœurs. « Recevez, leur dit le maire, les malades atteints de contagion, comme cela s'est prati-

{ï) Histoire de Beaune, par M. Rossignol, p. 368.

que dans le passé; le bien de ces malheureux et de la cité Texig-e. La ville vous fournira pour eux blé, vin et argent, et, s'il le faut, chirurgien et confesseur. Xous vous en prions, accueillez-les de bonne grâce et de plein gré, autrement il y aurait à craindre qu'il n'arrivât malheur et que le peuple ne les introduisit de vive force. »

« Messieurs, répondit Nicolas Roiller, n'invoquez pas de fâcheux précédens ; si jadis les pestiférés ont été reçus en cette maison, ça été toujours par violence : des portes même ont été rompues. A notre grand regret, nous devons refuser ces infirmes, car ce serait condamnera une mort certaine nos malades déjà disposés par leur état et leur faiblesse à la contagion. Nous devons refuser les pestiférés, pour obéir aux ordres exprès du Patron de cet hospice. Monseigneur Joachim de la Baulme, comte de Châteauvilain, dont vous avez vu les lettres. Cherchez une autre demeure à ces malheureux, et -nous vous donnerons des sœurs pour les assister.

— Puisque vous vous obstinez dans votre refus, reprirent les magistrats en s'éloignant, nous ne répondons point des conséquencees qu'il peut entraîner. » lis se retirèrent si lentement, que les sœurs essayant de fermer la grande porte, furent obligées de pousser dehors l'échevin P. Pillot. Avant que les portes ne fussent closes, le flot populaire fit irruption dans l'hospice et introduisit les pestiférés. Ce fut en vain que les hospitalières menacèrent d'excommunication ce peuple affolé et furieux, et essayèrent de résister aux assaillants ;

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elles furent accablées de coups et d'injures. La Maîtresse fut tellement molestée dans ce tumulte qu'elle tomba évanouie ; sœur Jehanne Regniard reçut un coup si violent sur la tète qu'elle fut jetée à terre « et mourut bien peu de temps après. « Les pestiférés furent placés dans toutes les salles.

Jeanne Pain, la Maîtresse, se montra forte et digne jusqu'à la fin ; ayant appris l'incarcération de son principal agresseur, elle écrivit au maire : « Monfieur, j'ai antandu qu'ung nommé Jehan Bergier, lequel m'a frappez, vous l'avez mis enprifon. Je vous prie pour l'onneur de Jésus-Christ, de ne luy faire auquung mal & luy pardonner pour l'amour de Dieu. Quant à moy, je luy pardonne, quar Jéfus en a fouffert plus que jamais je n'en faurois Ibuffrir.»

Nous n'avons vu que le premier acte de cette tragédie. Quelques mois après cette émeute, les habitants de Beaune s'avisèrent de vouloir introduire à l'Hôtel-Dieu une malade qui était à la veille d'être mère. La Maîtresse refusa, invoquant à la fois la défense de Messire de la Baulme, les statuts et les coutumes de la maison, et pria Messieurs de la ville « de confidérer la différence des femmes maryées ensaincles & des filles religieufes qui n'ont l'ufaige de fubvenir à telles néceffités. » Ces représentations furent inutiles.

Le 29 juin 1553, vers huit heures du soir, une foule armée apporta la malade à l'hôpital. Maître Richard Bellangier, le Père spirituel, successeur de Nicolas Roiller qui sans doute était mort de la contagion, tenta de calmer ces furieux. Apercevant

le maire, il lui dit : « Monsieur, ne soyez point déplaisant du refus que nous avons fait de cette femme : Monseigneur le Comte nous mande d'agir ainsi. Voyez, s'il vous plaît, ces lettres.» Pour toute réponse, le Maire, ayant la rage au cœur et le blasphème sur les lèvres, saisit la hallebarde d'un des sergents et essaya d'en transpercer le pauvre prêtre, qui para le coup en fermant brusquement la porte. Alors, à l'aide de leviers et de marteaux, au milieu de cris et dé blasphèmes, « les portes furent rompues, la maifon de Dieu violée, & les miniftres oultragez. » Messire Hugues, l'un des chapelains, reçut un grand coup de marteau entre les épaules; un vieux serviteur fut battu à outrance. Sœur Sébastienne Lallyer fut décoiffée, traînée dans la rue, blessée d'un coup de hallebarde et reçut deux coups de pommeau de dague. Sœur Françoise, venant en aide à sa compagne, fut décoiffée et «navrée» de deux blessures. Accourant aux cris des victimes, sœur Philiberte de Corbaron reçut un grand coup de hallebarde « duquel elle euft la main gaftée & la tefte affondrée. » Sœur Pierrette Garuyer fut atteinte sur les épaules d'un coup de hallebarde qui la mit « en dangier de demeurer impotante. » En ce moment, sœur Girard et sœur Anne revenaient de la ville : « Ah ! s'écria le maire en les voyant, voici nos glorieuses ! » et il ajouta de vils propos. Il donna un violent soufflet à sœur Anne et l'un des satellites de cet indigne magistrat porta un coup de hallebarde au flanc de sœur Girard. La femme malade fut installée de force ; et la foule se retira toute honteuse de sa victoire.

En 1560,1a peste reparut dans la ville, et de nouveau les malades furent introduits de force ; les administrateurs, s'étant réunis pour le règlement des comptes, n'osèrent admettre parmi eux le Père spirituel et la Maîtresse par crainte de la contagion.

Le comte de Châteauvilain et les hospitalières dénoncèrent ces violences au Parlement de Bourgogne. Nos archives gardent les pièces de ce procès, sauf la sentence des juges qui, sans doute, a disparu par le soin des intéressés (i).

On le voit, notre Hôtel-Dieu avait besoin de la protection royale ; aussi ses intendants , dès qu'Henri II fut mort, se hâtèrent de se mettre sous la sauvegarde de son successeur. Le jeune prince leur écrivit d'Amboise au mois de mars 1559 : « François, par la grâce de Dieu Ro}^ de France, nous avons reçeu l'humble fupplicacion des maiftres, gouverneurs & feurs du grand Hoftel-Dieu de Beaune. Pour le zèle & affection que nous avons à l'entretenement & augmentacion du dicl hofpital, nous avons par ces préfentes continué et confirmé, continuons & confirmons tous &chafcun de fes privilèges, frarichiles & libertez (2). »

François II ne régna que dix-sept mois ; son successeur et son frère Charles IX, accompagné de sa mère Catherine de Médicis, visita Beaune et son hôpital en 1562 (3).

Ci) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette i, n° 3. — Archives de la ville, carton 48

(2) Archives de l'Hôtel-Dieu. — 'Tetit Cartulaire, p. 88.

(3) Histoire de Beaune, par Gandelot, p. 128.

Les noms de Charles et de Catherine rappellent les guerres religieuses du XVP siècle. Les Protestants, trop faibles pour lutter contre les Catholiques, appelèrent leurs coreligionnaires d'Allemagne; plusieurs invasions désolèrent la Bourgogne.

La plus désastreuse fut celle de 1569 ; le 28 avril, le prince d'Orange, ayant sous ses ordres quarante mille reîtres, ravagea nos campagnes. « Partout, dit le secrétaire de la Chambre des Comptes, c'eft faccagements, pilleries, voleries exercés par ces Allemands plus furieux que chiens enraigés ; ils fen vont rançonnant &bruflant les chafteaux, les bourgs &les villaiges : ils ont tout gafté les bleds & orges à deux lieues à la ronde (autour de Beaune), d'où fera famine. Leurs ravages font ii grands que c'eft chofe inaudite depuis l'Incarnation de Notre-Seigneur. »

Le 23 juin 1570, le secrétaire du Chapitre de Beaune écrit : « L'armée huguenote ravage & brûle toutes les églifes des villages & des chafteaux qui font autour de la ville. Jamais on ne vit tant de cruautés. Que Dieu ait pitié de nous ! »

Dans l'hiver de 1577 et dans l'été de la même année, une armée de vingt-cinq mille reîtres traverse la Bourgogne (i).

Durant ces invasions, les villageois du voisinage de Beaune se réfugièrent, avec leur bétail, à l'abri des murailles de la ville : ces pauvres gens, demandant du pain, assiégèrent la porte de l'Hôtel- Dieu, et leurs malades encombrèrent ses salles.

(i) Histoire de Beaune, par M. Rossignol, p. 390.

Dans ces années, Suzanne Rolin, dame de Monnestoy, patronne de l'hôpital, consentit, pour créer des ressources à la maison, à ce que l'on vendit cette croix « moult belle » à la fabrication de laquelle on avait consacré cinq cents écus d'or et que Guigone avait donnée pour « enjoyaler et parer l'autel. » Le 6 juin 1575, un orfèvre de Dijon, Pierre Richard, estima cette merveille artistique qui fut vendue seize cents livres. Qu'il dût en coûter aux sœurs de se dessaisir de cet inappréciable joyau! mais elles savaient se résigner à tous les sacrifices quand il s'agissait des pauvres. « De l'aultre argenterie fut auffi, par l'advis des fupérieurs, vendue pour l'endet & proffit de l'Hoftel- Dieu (i). »

Dans l'hiver de 1579, une violente coqueluche remplit notre hôpital de malades et de mourants (2). La peste le désola en 1586 : le maire et les échevins de Beaune lui donnèrent cent livres pour l'indemniser de ses dépenses. Les malades furent soignés avec tant de dévouement, que plusieurs lui témoignèrent leur gratitude : Anne Lopin lui donna vingt écus ; Guy Thémin, chanoine de Montréal, lui laissa cent livres; Colette Ferry lui en légua trois cents.

Les épreuves continuèrent durant les années suivantes. Par la mort de Henri III, en 1^89, le jeune Henri de Navarre, chef des Protestants, devint roi de France: alors les seigneurs Catholiques se liguèrent pour ne pas reconnaître un prince hu-

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu.

{a) Histoire de 'Jeanne, par Gandelot, p. 133,

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guenot ; la guerre fut permanente et sans merci, Beaune étant un des principaux boulevards de la Ligue, ses campagnes furent à la fois rançonnées et pillées par les Royalistes et les Ligueurs, et son hospice vit croître le nombre de ses pauvres et de ses malades.

L'abjuration de Henri IV mit un terme à ces maux : la Ligue, ayant perdu sa raison d'être, alla s'affaiblissant. Le 15 février 1595, les habitants de Beaune, à bout de patience et avides de paix attaquèrent les Ligueurs répandus dans leurs rues, en tuèrent une cinquantaine, en blessèrent un plus grand nombre, et livrèrent leur ville au maréchal de Biron, chef de l'armée duroi. Les blessés des deux partis furent portés à l'Hôtel- Dieu, où on les traita avec une égale charité.

Durant cette cruelle guerre, les officiers et les hommes d'armes furent profondément émus de la sollicitude qu'ils rencontrèrent à l'hospice. Le vicomte de Tavanne donna dix écus en reconnaissance des soins prodigués à ses nombreux soldats. Ceux-ci ne surentjcomment exprimer leur gratitude; pour payer cette dette de coeur l'un vendit sa bague et un autre son cheval ; d'autres livrèrent leurs modiques épargnes (i).

En 1596, la peste désola encore la ville de Beaune, et les malades furent introduits de vive force dans les salles de l'hospice (2).

Si, dans le cours delà seconde moitié du XVP siècle, l'Hôtel-Dieu fut appelé à secourir de grands

(i) Histoire de Beaune, par Gandelot, p. 144. — Archives de l'Hôtel-Dieu. (2) Gandelot, p. 169. — Archives de l'Hôtel-Dieu, layette \, a° A..

maux, il reçut aussi l'aide de personnes bienfaisantes. Nous mentionnons les dons les plus notables. L'abbé de Cîteaux fît une aumône de deux cent-cinquante livres, et Guillemette Chevaleret, une autre de deux cent-quarante. Antoine de Salins légua une rente de cent livres, et Pierre Musard, chapelain de Saint-Thomas de Cantorbéry, une autre de cinq bichots de froment. Heureuse d'avoir été charitablement reçue à l'Hôtel-Dieu, Madeleine de Longueville, gouvernante des Dames de France, légua un capital de trois cents livres et une rente de quatre-vingt dix-neuf francs. Urse Robelin, le Père spirituel, gardant jusque dans la mort l'affection qu'il avait eue pour l'hôpital, lui laissa ses meubles, ses ornements sacerdotaux, deux pièces de terre et une maison. Le fondateur de la Chambre des Pauvres, le Vincent de Paul de Beaune à cette époque, le chanoine Vivant Gardin, « sachant la grande nécessité des grains et, en considération des insignes charités qui se font à l'hofpital, et des secours qu'il en a reçus, » lui donna, en 1584, quatre cents écus. Imitant son exemple, Philibert- Germain Rouhier constitua, en 1597, les pauvres ses héritiers universels. Le chanoine Gilles Lopin, aussi charitable envers les indigents que pieux envers Marie, donna, en 1589, la somme de quinze cent-cinquante livres, et cinquante-sept journaux de terre à l'hospice, à condition qu'un Stabat serait chanté dans sa chapelle la veille de Notre- Dame de Pitié.

Le XVP siècle se ferma pour l'Hôtel-Dieu par ua acte de religieuse charité ; le direc-

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teur spirituel , Claude Lebreth, « en vue d'obtenir la rémission de ses fautes et d'induire les autres à la piété, )) acheva, le 8 mars 1599, moyennant deux cent-trente-trois écus, une fondation assurant à cette maison les Vêpres, les Dimanches et les Fêtes commandées, et de plus, les Vêpres des morts le premier Dimanche de chaque mois (i).

Dans ce siècle de ruines, de larmes et de sang, l'Hôtel-Dieu garda son glorieux renom ; un auteur contemporain, décrivant la ville de Beaune au lendemain de l'entrée des troupes royales, s'exprime ainsi : « Son hofpital, le plus beau & célèbre de la chreftienté, eft tel & fi bien régy & gouverné par fes filles religieules, que les plus riches & apparents de la ville & des maifons des gentils hommes d'alentour f'y font porter, quand ils font malades, pour fy faire traiter & recouvrer leur fanté (2). »

(\) Archives de l'Hôtel-Dieu,.

(2) Anonyme.

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