‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 44 sur 72 · L'HOTEL-DIEU AU MILIEU DU XVII^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

L'HOTEL-DIEU AU MILIEU DU XVII^ SIÈCLE

N nom mériterait d'être écrit en lettres d'or à côté de ceux de Nicolas Rolin et de Guigone dans les annales de l'Hôtel-Dieu : c'est celui de M. Hugues Bétauld. Né à Beaune d'une famille bourgeoise, ce personnage devint par ses talents et ses mérites, « efcuyer, feigneur de Chemeau &de Montbarrois, confeiller fecrétaire du Roy maifon & couronne de France & de fes finances, & recepveur des confignations au Parlement de Paris. » Il mit son crédit et sa fortune au service de notre « hôpital ruiné par les guerres, par la difficulté de percevoir la rente de Salins, par les maladies contagieuses et la cherté des vivres. » Il lui procura des aumônes qui s'élevèrent à la somme de dix mille livres. Il obtint pour lui, de Louis XIV, la confirmation du droit de chauffage dans la forêt de Borne, et le privilège du Frawc-Sa^e, qui consistait à prendre chaque année, dans le grenier à sel de Beaune, 22 minots de sel pour la provision de l'hospice, au prix marchand, sans acquitter aucun tribut à la

gabelle. L'Hôtel-Dieu étant tombé dans une telle détresse qu'aucun maître ne voulut l'administrer à cause des avances que nécessitait cet emploi, Hugues pria son parent Jean Brunet, de prendre cette charge « pour l'honneur de Dieu et la charité envers les pauvres » et lui promit l'appui de sa fortune. Il tint parole, et avança des sommes considérables.

Pour ce généreux citoyen, ce ne fut pas assez de soutenir la maison des indigents et des malades ; il l'orna et l'agrandit. Elle n'avait alors qu'une seule infirmerie, et sa proximité du couvent des Cordeliers n'avait point permis de lui donner à souhait l'air et la lumière. M. Bétauld proposa, le 15 mai 1645, au comte de Pernes et aux administrateurs,de créer une infirmerie nouvelle et d'améliorer l'ancienne. Sa demande fut accueillie et la salle Saint-Jean lui fut abandonnée.

Aussitôt il se mit à l'œuvre : il acheta des Cordeliers une partie de leur cour et la vigne qui confinaient l'hôpital et les transforma en un jardin qui donna des légumes et des fruits à la maison et offrit ses allées aux convalescents. Il fit disparaître le plancher qui couvrait la salle Saint- Jean et l'éleva d'un étage en la réunissant à la chambre Notre-Dame qui était au-dessus d'elle. Il ouvrit, dans cette nouvelle infirmerie et dans l'ancienne, de larges fenêtres qui )'■ répandirent l'air et le soleil et donnèrent aux malades une vivifiante atmosphère. Par leurs proportions et leur salubrité, ces deux salles devinrent les dignes sœurs de la Grand' Chambre.

Quand le vitrage fut aux fenêtres et que les murailles eurent le poli du stuc, M. Bétauld, voulant honorer son patron et inspirer la foi, Tespérance et l'amour aux malades de la nouvelle infirmerie, fit peindre sur ses murs la légende de saint Hugues et les guérisons opérées par le Christ. Moillon, artiste parisien, fut chargé de cette œuvre : il y consacra moins de deux années. Quand les échafaudages eurent disparu, on fut émerveillé de la beauté de ces fresques.

L'artiste ne s'est point inspiré de la vie de saint Hugues, évèque de Grenoble, qui après avoir vu en songe sept étoiles tomber à ses pieds recevait le lendemain saint Bruno et ses six compagnons, qu'il installa dans le désert de la Chartreuse; mais il a peint cet Hugues de Bourgogne qui passa ses premières années dans la solitude et sa jeunesse à la Chartreuse et qui, appelé à régir le monastère de Vitham en Angleterre, devint évèque de rincoln, fut l'un des grands thaumaturges de son siècle, et mourut vers l'an 1200. Moillon l'a représenté chartreux, évèque et ressuscitant deux jeunes hommes morts de la peste : ces figures sont belles ; elles expriment admirablement le recueillement et la modestie du religieux, la majesté du pontife, la compassion et la charité du saint.

C'est surtout dans la traduction des pages de l'Evangile que l'artiste a déployé la force, la grâce et la richesse de son talent. Il a étendu sur le plafond de cette salle une toile immense où l'on voit la piscine de Bethsaïda et ses portiques, la foule des malades qui l'entourent, l'ange descendu pour

remuer l'eau, le paralytique qui vient là depuis trente-huit ans, et Jésus qui le guérit d'une parole. Cette scène est magnifique de coloris et de composition. Les murailles sont couvertes de neuf grandes fresques. Les premières représentent le Christ redressant la femme courbée, le Christ ressuscitant Lazare, guérissant l'hémoroïsse etl'hydropique. Les autres rappellent la résurrection de la fille de Jaïr, les guérisons miraculeuses du paralytique, de la belle-mère de saint Pierre, des deux aveugles, et la prière de la Chananéenne. Ces immenses tableaux sont savamment ordonnés et bien peints : leurs personnages de taille gigantesque ont de l'expression, du mouvement et de la vie. Sans avoir la noble et exquise simplicité de Lesueur et la richesse de coloris de Lebrun, l'artiste qui a peint la salle Saint-Hugues a fait preuve d'un grand talent ; aussi ce fut avec un légitime orgueil qu'en achevant son œuvre il traça ces mots : Moillon parisiensis, invenit etfecit 1646.

De belles sentences, rendues en vers forts médiocres, accompagnent les scènes évangéliques de la nouvelle infirmerie. Elles se résument dans ces vers d'un grand poëte :

Vous qui pleurez, venez à Jésus, car il pleure. Vous qui souffrez, venez à Lui, car il guérit. Vous qui tremblez, venez à Lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à Lui, car il demeure (ij.

Le 8 décembre 1646, la salle Saint-Hugues fut bénite ; on célébra à son autel le divin sacrifice et les m.alades occupèrent les douze lits préparés par

(i) Victor Hugo.

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le fondateur. M. Bétauld s'engagea à pourvoir annuellement à l'entretien de ces infirmes et des deux sœurs qui les servaient : cette dépense fut d'abord fixée au quart de la dépense totale de l'Hôtel-Dieu, puis réduite à une rente de douze cents livres.

L'insigne bienfaiteur ne devait pas l'acquitter longtemps ; le 29 août 1652 on apprit qu'il venait d'expirer à Paris entre les bras de M.Louis Bétauld son frère, à qui il léguait ses titres, ses charges, sa fortune et l'affection qu'il portait à l'hôpital. Cette nouvelle causa un grand deuil à THôtel-Dieu ; on fit un service très-solennel au défunt ; son frère et sa sœur reçurent les vives condoléances des administrateurs et des religieuses. M. Louis Bétauld exécuta religieusement les instructions qu'il avait reçues ; il remit à l'hospice les avances énormes qui lui avaient été faites, et lui donna un contrat de rente sur la ville de Paris produisant chaque année quatre mille cent-quarante-trois livres, pour assurer la dotation de la nouvelle infirmerie. De leur côté,les administrateurs s'engagèrent à pourvoir aux besoins des malades et des sœurs de cette salle et à y faire célébrer la messe tous les Dimanches, les fêtes commandées et celles de saint Louis et de saint Hugues. Dans ce dernier jour,en souvenir des deux frères,on promit défaire distribuer, à la porte de l'Hôtel-Dieu, trois cents livres de pain aux pauvres de la ville, en leur recommandant de prier pour leurs bienfaiteurs.

Nous devons ajouter à la louange de i\i. Hugues Bétauld, que sa modestie était si grande que l'on fut longtemps à chercher quel était le bon génie

IQÔ ■ L HOTEL-DIEU

qui assistait l'hôpital dans sa détresse, et créait une nouvelle salle aux malades : ce fut son frère qui dévoila ces mystères de charité (i).

Quelques semaines avant le trépas de M. Hugues Bétauld, était morte la Maîtresse Pierrette Gautherot qui avait protesté avec énergie contre les prétentions de M. de Pernes, quand il voulut établir domicile à l'Hôtel-Dieu. Le fils et le successeur de ce seigneur, appelé comme lui Louis de Pernes, éleva à l'occasion de cette mort des prétentions d'une autre nature : le i8 Juillet 1652, les hospitalières ayant élu pour supérieure NicoUe Bourgeois, il ne voulut point la reconnaître, et pria le Parlement de déclarer « que c'étoit au patron seul et non aux religieuses à choisir la Maîtresse. »

Hugues Guyard, avocat distingué, était alors maître-recteur de notre hôpital; il défendit les servantes des pauvres et fit entendre, dans un Mémoire, ce fier langage au Parlement de Bourgogne : « Le cardinal Rolin, étant patron, a fait un Règlement autorisant la nomination de la Maîtresse et du Confesseur par les sœurs ; ce mode a toujours été suivi à chaque changement et sans aucune altération. Dans le cas présent l'élection a été très canonique ; les sœurs ont choisi sans brigue la plus ancienne d'entre elles, et cela en présence de l'intendant et du maître, et on peut dire même du sieur^Patron, puisque ses représentants ont colligé les voix, reçu et conclu l'élection. Il y a

(i) Layette 89, n- i. — Layette i, n" 7.

injustice à demander la nullité d'un acte qui repose sur une coutume et un titre de plus de deux cents ans.

(( Si le droit prétendu de M. de Pernes existait, un patron, moins pieux que lui, pourrait instituer maîtresse la soeur la moins capable et faire de cet office la récompense d'une femme de chambre. Une maîtresse d'intelligence avec son bienfaiteur pourrait faire du logement des pauvres un logement de seigneur.

« Jusque à présent toutes les maîtresses élues par les sœurs ont bien usé de leur autorité ; il n'y a eu aucune plainte sur leurs moeurs et leur conduite. Leur économie a augmenté le revenu de l'hôpital, et leur vertu y a attiré les charités des gens de bien.

« Chargé de l'intendance des hôpitaux de la Province, la Cour conservera en son lustre ce précieux Hoftel, l'honneur de la Province, l'ornement de la ville de Beaune, et l'admiration des étrangers (i). »

Le conflit dura plusieurs années. Le comte de Pernes, comprenant qu'il s'était engagé dans une fausse voie, proposa de laisser aux soeurs leur privilège, en réservant au patron celui d'instituer la maîtresse. Le 15 février 1654, maître Guyard lui répondit au nom du Bureau ; « On eft preft à fuivre l'expédient de Monfeigneur d'Efpinac, en adjoutant à icelluy ces mots Laquelle injîitution le JîeiiT Pah'on ne ;pourra refufer ; en oultre on le fupplie que ce qui a efté faicl par le paffé au fujet

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette 82, n° 10.

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de l'élection delà maiftreffe tienne (i). » Le comte accepta ce traité.

Des troubles plus sérieux que ceux de l'hôpital agitaient alors la France : on était en pleine Fronde. Le Parlement de Paris et quelques mécontents étaient soulevés contre Mazarin et l'autorité royale. La ville de Seurre, toute dévouée au grand Condé, refusait de reconnaître le duc d'Epernon, son successeur dans le gouvernement de Bourgogne. Protégée par la Saône et défendue par une forte garnison, la petite ville était en état de révolte depuis deux années ; ses soldats brûlaient les villages voisins et levaient des contributions à plus de six lieues à la ronde. En avril 1653, le duc, las de ces déprédations, assiégea Seurre. Boutteville qui y commandait se rendit après un mois de tranchée. Beaucoup de blessés encombrèrent les salles de notre Hôtel-Dieu : il était si pauvre que le duc d'Epernon mit à la charge de la ville de Beaune les linges et les médicaments nécessaires à ces malheureux (2). Louis XIV fut profondément touché des soins accordés à ses soldats par nos hospitalières. Seurre paya cher sa révolte ; sur la représentation des Etats, ses fortifications furent rasées.

Si, en cette circonstance, notre hôpital eut un surcroît de charges, il reçut aussi dans ces années et les suivantes de larges bienfaits : Louis Bétauld, Gérard Brunet et plusieurs inconnus lui firent des aumônes princières. Le seigneur de la

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette 89, Registre de 1654. (2) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette 89. Registre de 1653.

Tivollière, Jean Dorgeoise, lui légua trois mille livres ; le curé de Vignolles, Jean Gallot, et Jean Quirot, curé de Pommard lui léguèrent l'un mille livres et l'autre quinze cents. Antoinette Poilfoulot et Pierre Léger lui laissèrent une grande partie de leurs biens. A côté de ces noms, nous sommes heureux d'inscrire ceux d'un berger, Jean Blin et d'un domestique, Jean Ravier, qui donnèrent à leurs frères les pauvres l'un 107 livres et l'autre 800. En ce temps, de nobles visiteurs vinrent admirer l'Hôtel-Dieu et y firent des aumônes. Nous remarquons parmi eux : en 1649, ^^ prince de Condé, à peine âgé de vingt-huit ans et déjà le héros de Rocroy, de Fribourg, de Nortlingue et de Lens ; en 1650, le duc de Vendôme, dont le fils devait continuer les victoires de Condé; et en 1665, la princesse de Conti. Ces visites princiéres étaient en quelque sorte intimes ; il y en eut une qui les effaça toutes par son éclat.

C'est le 18 novembre 1658; le bourdon de Notre- Dame et toutes les cloches des églises de Beaune sonnent à pleine volée, la ville est pavoisée et en habits de fête. Le peuple se porte du côté de Dijon, d'où arrive le jeune roi Louis XIV, accompagné de sa mère, Anne d'Autriche, du cardinal Mazarin et d'une cour brillante. La milice bourgeoise est au-devant du Roi ; elle se compose de trois compagnies : la première est formée de jeunes gens, et les deux autres d'hommes. Abraham Gagniare, seigneur de Bévy, l'un des capitaines, compHmente le Roi en vers burlesques. Les ma-

gistrats, et le clergé ea habit de chœur, attendent à la porte de la ville. Le Maire présente les clefs sur un plat d'argent et l'archidiacre Jean Loppin, harangue leurs Majestés.

Tous les regards se portent sur le jeune prince qui vient d'atteindre sa vingtième année ; ses manières sont pleines d'aisance, de dignité et de noblesse ; son visage est beau et gracieux; il y a dans toute sa personne un air grand et sérieux qui imprime déjà le respect et la crainte. Il semble encore tout occupé de plaisirs; mais attendez seulement quelques mois et il justifiera ce mot de Mazarin : « Il ira plus loin qu'un autre ; il y a en lui de l'étofïe pour faire quatre rois. » Bientôt ses peuples, qui depuis la mort de Henri IV n'ont point vu de véritable roi et qui détestent l'empire des premiers ministres, seront remplis d'admiration et d'espérance, quand ils verront Louis XIV faire à vingt-deux ans ce que Henri fit à cinquante.

Le prince descend au logis préparé pour la Reine, près de qui il demeure un instant. Suivi de quelques gardes, il visite la maison de jeu, et va saluer le Cardinal. Il soupe avec son jeune frère, Philippe de France, dans les appartements d'Anne d'Autriche. Entre dix et onze heures, il quitte sa mère et se rend à pied à son propre logis, rue Bretonnière, pour prendre son repos.

Le lendemain, à la chapelle du Carmel, accompagné de sa cour et agenouillé près de sa mère, le jeune Roi entend la messe en actions de grâces de sa naissance. Anne d'Autriche communie, remerciant Dieu de lui avoir donné un fils, après vingt-

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trois ans de stérilité. Le prince et la princesse prient longtemps sur la tombe de Marguerite du Saint-Sacrement, à qui ils attribuent le prodige de cette naissance.

Le cortège royal se rend à l'Hôtel-Dieu où il est reçu par le maître, Biaise Lorenchet, le père spirituel, André GarmagnoUe, et la maîtresse, Marie Bourgeon. Sans être instruit, Louis XIV a un goût pur et délicat, la parole aimable, un esprit net, un grand bon sens et une volonté ferme. Après s'être agenouillé à l'autel , il visite les malades et leur adresse de consolantes paroles. Il admire la Grand'Chambre avec ses proportions grandioses, la salle Saint-Hugues avec ses fresques, la cour avec ses galeries et ses toits pittoresques. Il s'étonne de Tordre et de la propreté luxueuse qui régnent dans la maison ; il s'enquiert des revenus : il est surpris qu'avec si peu on puisse faire si bien et si grandement.

Son coup-d'œil sûr a discerné une chose qui peut prêter à de graves inconvénients : les hommes et ;les femmes habitent les mêmes salles. « Ce mélange, dit-il au Maître et aux sœurs, n'est point convenable ; que désormais les sexes soient séparés. » Puis, s'adressantà ses gens de finances, il ajoute : « Cet hôpital est l'une des gloires de la Bourgogne et de mon Royaume ; ses revenus sont trop minimes; inscrivez-le pour une rente annuelle de 500 livres sur les fonds de l'Etat. En retour. Messieurs les administrateurs feront chaque année célébrer pour moi et la famille royale une messe solennelle, le jour anniversaire de ma naissance. ))

Le prince entre dans la Chambre du Roi et s'assied sur un trône. On lui présente le registre de la confrérie du Saint-Esprit, et on le prie d'y inscrire son nom. Il s'y prête gracieusement et écrit, en gros caractères : Louis XIV Roy de France.

Anne d'Autriche, Philippe de France duc d'Anjou , Anne-Marie-Louise d'Orléans et Anne de Mantoue, la princesse Palatine que devait illustrer l'éloquence de Bossuet, signent à la suite du Roi. Après eux, les gens de la cour, se pressent autour de la table, et bientôt plus de deux cents signatures couvrent les pages du livre. Parmi ces noms quelques-uns sont devenus célèbres ; nous y remarquons ceux de Pierre Séguier, chancelier de France, de Le Tellier et de Louvois, Les pauvres ne sont point oubliés : la Maîtresse reçoit pour eux la somme de 1,122 livres.

Quand les nobles visiteurs se furent éloignés, le secrétaire écrivit : « L'an 1658, le 19^ jour du mois de novembre, le Roy Louis-Auguste-Dieudonnné, quatorzième de ce nom, accompagné de la Reyne Anne d'Autrifche, fa très-honorée mère, de Monlieur, frère unique de fa Majefté, duc d'Anjou, de Mademoifelle, fille aifnée de fon Alteffe M^'le duc d'Orléans, de fon Eminence M^"" le cardinal Mazarin, fon premier miniftre d'Eftat, de Madame la princeffe Palatine, & de grand nombre d'autres feigneurs & dames de fa cour, a vilité cet hofpital avec une piété digne du petit-fils de fainél Louis, du fils de Louis le Jufte & de la plus pieufe de toutes les reynes, ayant confolé les plus malades chacun en leur li6t.

« Ayant admiré le bon ordre de lamailon, les charitez qui s'y praticquent, la bonne économie par laquelle elle fubfifte avec un petit revenu, il a augmenté le dit revenu de cinq cents livres. »

Selon le désir du Roi, les hommes furent placés dans la salle Saint-Hugues et les filles et les femmes dans la Grand'Ghambre : l'infirmerie fut réservée aux malades des deux sexes en danger de mort.

Louis XIV continua sa route, allant visiter les princes de Savoie : il était question pour lui et pour une fille de cette Maison d'une alliance qui ne s'accomplit point. S'étant arrêté à Chalon-sur- Saône, il reçut maîtres Guyard et Lorenchet, qui le prièrent de confirmer par une lettre la promesse faite à l'Hôtel-Dieu. « Votre requête recevra son effet, leur répondit-il ; envoyez quelqu'un à Lyon, au retour de mon voyage. » Le Père spirituel et la maîtresse furent chargés de cette mission. Le 19 janvier i569,ils rentrèrent à Beaune, apportant une lettre royale qui demandait une messe solennelle chaque année à l'Hôtel-Dieu, et qui lui accordait une rente annuelle de cinq cents livres et la confirmation des droits de franc salé et de chauffage dans la forêt de Borne (i).

Dans ces années, un autre visiteur hantait l'hôpital : c'était un enfant au visage d'ange et au cœur d'or; il avait de dix à onze ans; sa mère, une sainte, était morte dans une épidémie, victime de son héroïque charité : il s'appelait Bénigne Joly.

(i) Manuscrit de l'abbé Bredault. — Gandelot, p. 184.— Archives de l'Hotel-Dieu.

Il étudiait au collège de l'Oratoire, où il était fort apprécié du Père André CarmagnoUe, et il avait à l'hospice une parente, sœur Marie Joly, qui devint supérieure. Dans les jours de congé, il aimait à parcourir les salles de l'Hôtel-Dieu ; s'arrêtant près de chaque lit, il en détournait doucement les rideaux et offrait aux malades tantôt des biscuits, tantôt des cerises, des pèches, des raisins, des figues ou des oranges : il dépensait ainsi ce que

. son père lui donnait pour ses menus plaisirs. Les gracieuses paroles et les sourires qui accompagnaient ces dons en centuplaient le prix. C'est là

. que ce grand 'hospitalier, le futur Père des Pauvres^ le Vincent de Paul de la Bourgogne, commença son apprentissage.

Devenu prêtre, Bénigne Joly visitait, tous les deux ou trois ans, ses sœurs religieuses au couvent des Dominicaines de Beaune : il demeurait deux ou trois jours dans la ville. Là, comme à Dijon, ses délices étaient de se trouver au milieu des pauvres et des infirmes ; son apparition parmi eux causait une si grande joie que les malades détournaient leurs rideaux pour le voir. Sa démarche était si sainte, son visage était empreint de tant de mansuétude, que ces pauvres gens en le regardant se sentaient soulagés. Bénigne s'approchait de tous, les interrogeant sur leurs maux et compatissant à leurs souffrances ; il avait pour les consoler des paroles célestes ; il leur ouvrait sa bourse et son cœur, les bénissait et les laissait résignés et joyeux.

L<e Père des Pauvres avait en telle vénération

les hospitalières de Beaune, que quand les magistrats de Dijon lui demandèrent des servantes pour leur hôpital, il n'entreprit la fondation des Filles de Notre-Dame de la Charité que lorsqu'il connut le refus de notre Hôtel-Dieu (i).

(i) Voir la 'Vie du vcncrabk "Beuî^nc Jolv, par M. E. B., cure de Volnay. Poussielgue, Paris, 1878.

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