‹ L'Hôtel-Dieu de Beaune, 1445-1880Chapitre 49 sur 72 · CHAPITRE XV L'HOTEL-DIEU AU MILIEU DU XVIII» SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV L'HOTEL-DIEU AU MILIEU DU XVIII» SIÈCLE

UR la judicieuse observation de Louis XIV, la séparation des sexes avait été faite à l'Hôtel-Dieu pour les malades ordinaires; mais elle restait à effectuer dans l'infirmerie. En 1753 et 1754 des personnes, mues par un sentiment de haute pudeur et de profonde charité, donnèrent, sous le voile de l'anonyme, plus de trente-un mille francs pour l'entière réalisation de cette belle pensée. Aussitôt les administrateurs portèrent ailleurs la boulangerie et les fours et prolongèrent l'infirmerie. Pour séparer les sexes, On construisit entre l'ancienne infirmerie et son prolongement un cintre en pierres de taille, sous lequel on plaça un autel à deux faces. Pour la desserte de la nouvelle salle on fit passer sous elle

un bras de la rivière ; on ouvrit une porte sur la galerie, et on créa des cabinets. Ce fut aussi dans ce temps qu'on éleva la belle terrasse qui met l'infirmerie des sœurs en communication avec le jardin. Tous ces travaux furent longs et difficiles : la nouvelle infirmerie ne fut bénite que le 27 août

Une autre amélioration n'était pas moins désirable : c'était le déplacement du cimetière. Depuis longtemps on souffrait de son exiguïté et de sa proximité ; il avait à peine neuf ares et confinait l'hôpital. En 1738, les administrateurs avaient demandé un peu de terrain dans les fossés de la ville ; mais le bon vouloir des habitants avait été paralysé par le refus du gouverneur qui, ayant le produit des saules plantés au bas des remparts, n'avait rien voulu céder. L'événement le plus étrange permit de réaliser ce projet.

C'est le mercredi 16 décembre 1754; sur les onze heures du matin, une troupe de cavaliers arrive au galop sur la route de Seurre, surprend les gardes qui veillent à la porte Madeleine, et se rend maîtresse de la ville, qu'elle épouvante par de fréquentes décharges de mousqueterie. Ces cavaliers pour la plupart sont en haillons, mais bien armés. Leur chef, âgé d'environ trente-cinq ans, est de taille ordinaire ; il porte un chapeau à bords retroussés et galonnés d'or ; il est vêtu de drap gris et d'une veste de panne rouge à petits carreaux ; il tient une carabine à deux coups, munie d'une baïonnette ; deux pistolets et un poignard sont à

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sa ceinture ; son visage est basané et gravé de petite vérole ; il a l'œil vif et l'air résolu. C'est Mandrin et ses redoutables contrebandiers. Le brigand s'installe dans l'hôtellerie de la Petite Notre-Dame, et se fait amener le maire, M. Pierre Gilet, et MM. de Saint-Félix et Etienne, entreposeurs des fermes, qui, tout tremblants, lui comptent vingt mille livres, dont il leur donne reçu. Mandrin dé^ guste le fin Beaune et se hâte de reprendre sa course : comme César, il connaît tout le prix dij temps.

A minuit, la trompette sonne ; M, Ficher, colonelde troupe léger, arrive à Beaune avec sa compagnie : mais il est trop tard,les brigands sont partis, et hors d'atteinte.

M. de Tavginnes, gouverneur militaire de la province, convaincu que Mandrin serait obligé d'opérer sa retraite et de repasser par Beaune pour gagner la Suisse, envoya dans notre ville M. Lecerf, commandant la compagnie du régiment royal artillerie, pour mettre la cité à l'abri d'une nouvelle tentative. Tout en arrivant, cet officier remarqua que les grands saules des fossés masquaient la campagne et dérobaient les mouvements de l'ennemi. A quatre heures, il ordonna de les couper : tous les habitants se mirent à l'œuvre, et le lendemain au point du jour, il n'en restait plus.

Ce fut en vain que M. Lecerf établit des batteries sur les remparts et commanda à la milice bourgeoise de se tenir en armes et de veiller : Mandrin ne reparut pas. Après diverses aventures, il fut trahi par une femme et pris au château

de Rochefort sur les terres de Savoie. Conduit à Valence, la chambre criminelle le condamna, le 24 mai 1755, à la roue, et le 26 du même mois il était supplicié.

Heureusement pour l'Hôtel-Dieu, les grands saules avaient disparu et plus rien ne s'opposait à la concession. Les administrateurs renouvelèrent leur demande. Le 24 août 1755, la ville leur accorda libéralement environ vingt ares de terrain le long du rempart, au pied du bastion des Cordeliers. Aussitôt, on éleva un vaste Bûcher sur une partie de ce coin de terre, et on consacra le reste à la sépulture des morts. Un passage, ouvert sous le rempart, mit l'hôpital en communication avec ce nouveau Cimetière, qui fut béni le 27 août 1756. Les pauvres seuls y furent inhumés ; les sœurs gardèrent leur ancien caveau ; en 1790, ce champ funèbre fut interdit et devint la Cour des Bûchers.

Le soin des morts ne fît point oublier les vivants. Pendant les hivers rigoureux, les malades avaient à souffrir du froid dans la Grand'Chambre ; on y plaça, en 1756, deux énormes fourneaux, venus de Strasbourg. Ils ne donnèrent point les résultats qu'on attendait ; On fut contraint de les faire disparaître, en 1762, pour remédier à la fumée et prévenir les accidents du feu dans la voûte en lambris. On fut plus heureux dans la création d'un magnifique Berceau placé dans le jardin : ses vignes donnèrent de l'ombre et des fruits aux malades et aux convalescents.

L'année 1756, pendant laquelle s'achevèrent ces travaux, ainsi que celles qui suivirent furent malheureuses pour l'Hôtel-Dieu. Le 25 juin 1736, une ^rêle horrible ravagea ses moissons et ses vignobles ; en 1757 et 1758, il ne recueillit que peu de vin et de froment; en 1759, les grêles du i et du 21 juin perdirent ses récoltes ; en 1760, une sécheresse extraordinaire rendit ses champs et ses coteaux presque stériles ; l'année 1763 fut froide et les vendangeurs détournèrent la neige pour trouver le raisin. Pour comble de malheurs, on était en pleine guerre de Sept- Ans : en Allemagne, nos troupes éprouvaient échecs sur échecs ; sur mer et dans les Indes, les Anglais battaient nos flottes, ruinaient notre marine marchande et s'emparaient de nos colonies. Notre hôpital souffrit cruellement de tous ces maux.

Au mois d'octobre 1759, la maîtresse, sœur Chancelier, expose en ces termes sa détresse, à M. de Saint-Félix : « Je ne sais où donner de la tète ; je n'ai ni blé, ni sel. M. le Maître en exercice a déjà fait pour dix mille livres d'avances, et je ne sais comment il pourra nous faire passer l'année. Les soldats malades, instruits des soins qu'on reçoit dans cette maison, se disent les uns aux autres : « Gagne Beaune, et tu es guéri. » Sous cette inspiration, ils ne s'arrêtent point dans les autres hôpitaux, et nous arrivent de tous côtés. »

En 1761, la position ne s'est point améliorée. Le 18 mai, le maître, M. Boussard de la Chapelle, dit au Conseil : « Par suite de la calamité des temps,

et de la rareté extrême d'argent, je ne puis faire payer les débiteurs de l'Hostel-Dieu ; et par impuissance les aumônes se sont retirées. Je ne puis fournir aux dépenses journalières de la maison : elles excèdent de beaucoup le revenu. Le nombre des pauvres et des soldats malades qui entrent à l'hospital est plus considérable que jamais. Depuis très-longtemps les soldes à la charge des régiments et les suppléments au compte du Roi ne sont pas payés. Les bâtiments tombent en ruines. Vingt mille livres sont nécessaires. »

Le Conseil décida l'exploitation du quart de réserve de la forêt que l'hôpital possédait à Demigny : mais ce revenu fut loin de couvrir les dettes. Alors on s'adressa au Roi, le priant d'augmenter le domaine de l'Hôtel-Dieu.

« Les charges ordinaires de cette maison, dit la supplique, sont supérieures aux revenus, quoique la recette en soit faite gratuitement, que les médecins, les avocats et plusieurs autres n'aient aucune rétribution. Les charges occasionnées par les pauvres et les soldats malades ont été si considérables, soit à cause des disettes qu'on a éprouvées, soit parce que le prix des denrées est fréquemment devenu excessif, que les suppliants ont été obligés, non-seulement de consommer plus de cinquante mille livres de capitaux de recettes remboursées, mais encore d'emprunter une somme de dix mille livres pour secourir les malades qui seroient péris de misère, à défaut de secours.

« Il n'y^a peut-être pas d'Hostel-Dieu mieux ad-

ministre que celui de Beaune, mais il n'est pas possible, dans le temps où le prix des denrées devient excessif et que les charités sont plus rares, d'éviter l'augmentation de la dépense : il est donc nécessaire de lui adjoindre les biens de la Maison- Dieu de Meursault qui est abandonnée depuis longtemps. »

Cet hôpital bâti au commencement du XIP siècle sur le grand chemin de Beaune à Châlon se composait d'une chapelle dont on voit encore la belle porte romane, et d'un corps de logis où on accueillait les voyageurs, les malades et les pauvres. Un prêtre y donnait les secours religieux. Des personnes charitables formèrent un petit domaine à cette Maison-Dieu, et Sybille de Montréal, dame de Meursault, lui donna droit de chauffage dans la forêt de Servotte.

Cette hôtellerie ne prospéra point. En 1358, ses édifices étaient en ruines, ses vignes et ses terres étaient incultes ; elle ne recevait plus les pauvres et sa chapelle n'était point desservie. Le 10 août de cette année, Guillaume, évêque d'Autun, pour préserver l'hôpital de Meursault d'une ruine totale, le donna à l'abbaye de Sainte-Marguerite, en la chargeant de tout réparer et de pourvoir aux besoins des pauvres qui s'y présenteraient. Les réparations furent faites et le service hospitalier fut repris ; mais plus tard, « les guerres, les mortalités et les peftilences survinrent, )) et la maison fut réduite à une telle misère, qu'en 1537, le prêtre n'avait pas un ornement pour l'autel, et que le pauvre n'avait pas un grabat pour se reposer : « les der-

niers pestiférés avoient enlevé tous les lits. » A cette époque, de nouvelles réparations furent faites et l'hospitalité fut encore exercée ; mais elle dura peu : bientôt on se contenta de faire une distribution d'aumônes et d'acquitter les charges religieuses. En 1694, quand un édit royal réunit aux hôpitaux des villes les hospices des campagnes devenus inhabités, le titulaire de la Maison-Dieu de Meursault sauva sa prébende par une supercherie. Il fit dresser de mauvais lits dans la chambre des pauvres, y plaça de prétendus malades et trompa les commissaires du roi.

Louis XV ordonna la réunion des biens de cet hospice à celui de Beaune ; mais le curé de Meursault, Gabriel Rocher, et les habitants s'y Opposèrent. « Il est bien plus naturel, dirent-ils, de rétablir des lits dans notre hospital que de le supprimer.> Il est le seul, dans les environs de Beaune, où l'on puisse retirer les personnes atteintes de maladies contagieuses qu'il est défendu de recevoir à l'Hostel-Dieu. Puis, la chapelle de notre hospice est l'unique terme de nos processions. »

Ils firent appel à la justice. Une enquête fut Ordonnée. Elle démontra que les aumônes de cette Maison-Dieu étaient faites sans intelligence ; que la chambre des pauvres était transformée en étable, et que les revenus du domaine étaient insuffisants à l'entretien d'un hospice. Le procureur du roi, Pierre Grozelier, ayant l'assentiment d'Antoine Gagne, abbé de Sainte-Marguerite, et de Jeanne Gagniare, veuve Blancheton, comtesse de la Rochepot et baronne de Meursault, déclara qu'il

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estimait l'union sollicitée « nécessaire et juste dans ses motifs. » Les habitants de Meursault se désistèrent, à condition qu'ils ne payeraient point les frais du procès, et que leurs malades seraient accueillis à l'Hôtel-Dieu.

Le 5 février 1766, l'évêque d'Autun prononça l'union des deux hospices, imposant à celui de Beaune de faire célébrer une messe tous les vendredis, pour l'acquit des fondations de la Maison- Dieu et de recevoir les malades de Meursault.

Notre hôpital, par cette annexion, augmenta son domaine de Meursault de 34 soitures de pré, de 41 ouvrées de vignes et de 64 journaux déterre. Com.me héritier de M. de Massol, l'Hôtel-Dieu possédait déjà moitié de la part de Mâlain sur la seigneurie de ?Aeursault. En 1767, il acheta de M. d'Arlay l'autre moitié. Alors son domaine fut considérable. Il consistait : en vastes corps de bâtiments ; en 59 soitures de pré, 134 journaux de terre, 695 ouvrées de vignes, plusieurs figurant dans les meilleurs climats ; en diverses redevances d'argent, de poules, de grain et de vin ; enfin dans la forêt de Montby ou de Servotte, qui contenait environ 156 arpents.

Par ce domaine, les pauvres de l'Hôtel-Dieu devinrent seigneurs en partie de Meursault et succédèrent à la maison de Mâlain, Leur part de seigneurie était autrement importante que celle qu'avaient eue les Pot et les I\lontmorency, et que possédait en ce moment M"^ Blancheton, comtesse de la Rochepotet baronne de Meursault. Ils avaient presque sur tout le village et son territoire justice

haute, moyenne et basse, sauf le droit d'esgandil- 1er les mesures, droit qui appartenait à la baronne. •Ils avaient pouvoir d'instituer tout le personnel nécessaire à l'exercice de la justice; ils possédaient des prisons pour enfermer les malfaiteurs et « un signe patibulaire à deux piliers » pour exécuter les sentences capitales. Ils prélevaient une large part des dîmes de Meursault, de Monthelie et de Tailly. Personne ne pouvait chasser dans leur seigneurie, et eux avaient le droit de pêche dans la Dheùne. Le four banal de la rue Mont-Sachey leur appartenait, et la plus grande partie du village « étoit tenue d'y cuire, en payant, suivant l'usage, de 21 livres de pâte l'une. » Nos seigneurs les pauvres avaient encore d'autres droits qu'il serait trop long de mentionner; nous signalons ceuxci pour faire connaître les mœurs d'une époque, qui, bien que rapprochée, était toute différente de la nôtre (i).

En étendant son domaine, l'Hôtel-Dieu ne négligeait rien de ce qui pouvait affermir les règles et les traditions qui avaient fait sa force et sa prospérité. Le II janvier 1761, « haut et puissant seigneur Charles-Henri- Jules de Clermont-Tonnerre, » délégué par le patron, son père, assembla les administrateurs de l'hospice et avec eux rédigea « de nouveaux règlements, où furent rappelés les anciens. » Ce gentilhomme était aussi sage dans le conseil que brave sur le champ de bataille; sa valeur lui avait mérité la croix de Saint-Louis

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu. {Meursmdt.

et le grade de maréchal des armées du roi, et la noblesse, appréciant sa prudence, l'avait nommé son Elu aux Etats de Bourgogne. Il discuta avec les intendants toutes les questions qui intéres^ saient l'Hôtel-Dieu.

Il appela leur attention sur les sœurs. Ces héroïques servantes, qui prodiguaient aux malades leur vie et leurs biens (i), ne recevaient pas les soins qu'elles méritaient et étaient décimées par la mort : en quelques mois, la Communauté avait perdu cinq de ses membres. Elle manquait de sujets. Elle ne put, en ce moment, donner une supérieure à l'hôpital de Chagny. Les administrateurs de Semur, désespérant d'obtenir des sœurs de Beaune, envoyèrent M"" Beudin et Lavoignat se former à leur école ; elles furent admises à la profession et repartirent pour leur ville natale, le 22 janvier 1757.

M. de Clermont-Tonnerre et les intendants avisèrent aux moyens de conserver la santé de nos hospitalières. On arrêta que, matin et soir, leur nourriture se composerait de deux portions ; « que les jours maigres elles recevroient du poisson et des œufs, ou bien des racines et des légumes. » Et on décida qu'en cas de maladie, elles ne resteraient pas plus de vingt-quatre heures au dortoir; qu'on les transporterait à l'infirmerie, où serait appelé le médecin qu'elles choisiraient.

La vêture et la profession était l'occasion de

(i) En 1760, sœur Lopin légua à l'Hôtel-Dieu une maison « attenant à la Ménagerie; ;; en 1761, sœur Berbis donna à l'Hospice dix-sept cent cinquante livres en principal de rente ; en 1769, sœur Girarc'elet lui légua mille soixantedix livres et les sœurs Chavansot et Dorisy chacune mille livres; en 1785, la,

^^î.tressç Fromageot lui laissa quatre mille livres. ' ''

prodigalités onéreuses aux familles ; on régla ces fêtes, « en rappelant les choses à la première simplicité (i). »

Comme ces charges étaient encore lourdes, l'administration les diminua, plus tard. « Le 7 février 1774, on arrêta qu'à l'avenir les récipiendaires ne seroient plus tenues à aucune dépense de bouche pour les malades, ni aux autres dépenses superflues ; mais seulement aux honoraires du service et du sermon, à un petit présent à la sacristie et à un régal pour les religieuses et les postulantes. »

Il y avait, à cette époque, un grand écueil pour les vocations hospitalières. On admettait au postulat des enfants qui n'avaient point fait leur première communion : pour les préparer à cet acte solennel, on les plaçait soit aux Ursulines, soit aux Dominicaines, soit au Carmel ou à la Visitation. Cette atmosphère était fatale aux vocations mal affermies ; plusieurs de ces adolescentes, trouvant là d'aimables compagnes, des maîtresses gaies et gracieuses et une règle moins pénible, renonçaient

(i) Nous citons cet article qui nous initie aux mœurs de l'époque. « Il est expressément défendu de s'écarter des règles suivantes :

1° Une ou plusieurs des prétendantes iaisant ensemble leur vêture ou profession seront tenues de fournir, ensemble si elles sont plusieurs, ou une si elle se trouve seule : 12 mesures de farine, un tonneau de vin, 100 livres de viande de boucherie, 6 douzaines de poulets, ou des chapons à l'équivalant en hiver, pour la distribution des malades ;

2° De fournir le matin, pour la table des religieuses, deux tourtes et un ragoiàt avec deux cochons de lait ; et le soir pour la même table deux bonnes entrées, deux poulets d'Inde et deux levrauts ;

3° Il sera donné à chaque cérémonie douze livres par chacune à M. le directeur spirituel, ou beau-père, et six livres par chacune à chacun de MM. les chapelains, st s'il n'y en avoit qu'une elle seroit tenue de donner au dit sieur beau-père vingt-quatre livres et toujours six livres à chaque chapelain, avec défense de faire aucune autre dépense ou présent quel qu'il puisse être^ sous peine de désobéissance et d'exclusion. »

COSTUJVÎE DES PROFESSES

ED BATALLT, UDI :EUK.

au service des malades pour embrasser la vie religieuse.

Ces désertions émurent les administrateurs. Dans la séance du 30 janvier 1762, M. Lhomme, le père spirituel, leur dit :« iVlessieurs,le moyen d'obvier à cet inconvénient, c'est de faire deux fois la semaine, pendant l'Avent et le Carême, des catéchismes à nos postulantes et aux jeunes filles qui se présentent pour le service des pauvres. Je crois, ajouta-t-il, qu'il seroit très utile de donner aux religieuses, aux novices et aux postulantes, au moins une fois le mois et plus, si le service n'en souffre point, des instructions familières sur les vérités de la religion et les devoirs de leur état. Si le Conseil l'approuve, MM. les chapelains et moi nous nous engagerons volontiers à faire ces instructions. » On loua la sagesse et le zèle du Père spirituel, et sa proposition fut adoptée.

Le vieux maréchal Gaspard de Clermont-Tonnerre vint plusieurs fois visiter lui-même l'hôpital dontiletaitpatron.il y fit son entrée solennelle en 1763 ; ce jour là « les postulantes lui offrirent les confitures et le vin d'honneur. » En retour, il leur donna dix-sept livres qui furent la part des pauvres. Avec des larmes dans les yeux, il remercia les prêtres, les administrateurs et les hospitalières des lettres qu'il avait reçues et des prières qui avaient été faites à la mort de la Maréchale.

Le noble vieillard revint encore le 12 juin 1765 : il approuva les améliorations qui avaient été exé-

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu.

cutées et en signala de nouvelles à réaliser. Le Maréchal était fier de notre Hôtel-Dieu et celui-ci aimait et vénérait son patron: il regardait sa gloire comme une portion de son domaine.

Gaspard de Clermont-Tonnerre était l'une des célébrités militaires de la France. Né en 1688 , dès l'âge de quinze ans il était entré dans l'armée: à vingt-un ans, il avait obtenu un régiment de cavalerie portant son nom (1709). A vingt-huit ans, il était promu au grade de brigadier et de commissaire général de la cavalerie (1716). A trente-deux ans, il recevait la croix de commandeur de l'Ordre de Saint-Louis (1720). Quelques années après, il était nommé maréchal de camp, lieutenant-général et m^eftre de camp général dans la cavalerie (1736). Employé en 1741 à l'armée de Bohème, il se distingua au combat de Sahay, à la défense de l'Alsace et au siège de Fribourg.

Il fut l'un des héros de la journée de Fontenoy, où il commanda la gauche de l'armée. Un instant la victoire fut incertaine : ce fut lorsque les Français, après avoir soutenu le choc des troupes hollandaises, virent s'avancer les Anglais et les Hanovriens, formant une redoutable colonne. Soudain la terreur se répandit dans les rangs et l'infanterie faiblit. Fidèle à sa devise, Etiamsi omnes,ego non ! Quand tous reculeraient, moi non ! Clermont-Tonnerre accourut, rallia l'infanterie, se porta au centre, et contint l'ennemi en demeurant exposé au feu jusqu'à la dernière déc'narge. Le duc de Richelieu, avec quatre canons et la maison du roi, vint au secours de son frère d'armes : alors, en un

instantjla terrible colonne fut foudroyée et réduite à fuir, en laissant le champ de bataille couvert de morts (11 mai 1745).

Gaspard assista à la prise de Tournai et à celle de Bruxelles. Il se couvrit de gloire à Rauceux (1745). Il commanda trente-deux escadrons à la bataille de Lawfeld. Exposé au feu de quarante pièces de canon, il soutint pendant quatre heures l'infanterie qui attaquait le village de Lawfeld, qu'elle emporta. Il chargea ensuite la cavalerie ennemie, la poursuivit et s'empara de deux canons. A la suite de cette affaire, Louis XV, pour récompenser quarante-trois ans de périls et de gloire, donna, le 17 septembre 1746, le bâton de maréchal de France à Gaspard de Clermont-Tonnerre (i).

Ce soldat, si intrépide sur le champ de bataille, était, dans les relations intimes, le plus conciliant des hommes. Au mois de mai 1761, un gros nuage traversa le ciel ordinairement si calme de notre Hôtel-Dieu. Les administrateurs ayant désigné un Dominicain pour prêcher l'Octave de la Pentecôte, le Père spirituel ne goûta point ce choix. Quand le Prédicateur se présenta, M. Lhomme lui demanda s'il avait mission de M'' d'Autun. — « Oui, répondit-il, je suis autorisé à prêcher dan^ le diocèse pendant une année. — Cette permission générale ne suffît pas pour une Octave, reprit le Père spirituel, il faut, d'après les ordonnances diocésaines, une approbation expresse. » Le pauvre Religieux dépêcha un courrier à Autun. Les grands vicaires, qui partageaient les préventions

(i) biographie universelle àz Michaud.

de M. Lhomme, firent attendre leur réponse; puis, sous prétexte que l'Octave était à moitié passée, ils dirent qu'il était inutile de prêcher. Pour la ville ce fut une déception ; mais pour les administrateurs ce fut ;le sujet d'une irritation profonde.

Ils exposèrent au patron leurs griefs contre le . Père spirituel. Le bon Maréchal prêcha à tous la conciliation, et fut assez heureux pour rétablir labonne harmonie dans son hôpital. Sur son avis, le 30 janvier 1762, le Conseil s'assembla. On lut une dernière lettre du patron : M. Lhomme pria le Bureau d'oublier le passé, les Administrateurs demandèrent l'amitié du Père spirituel et la paix fut faite (i).

M. Lhomme fut l'un des plus zélés et des plus charitables directeurs qu'ait eus l'Hôtel-Dieu. Nous l'avons vu établir des catéchismes pour les postulantes et des conférences pour les hospitalières. Prenant part à l'état de gêne où se trouvait l'hôpital, il rebâtit de ses propres deniers la maison qu'il habitait, se réservant seulement d'y vivre et d'y mourir. Il servit les pauvres pendant quarantecinq ans et, le 10 mai 1770, avant d'expirer, il leur légua trois mille livres. Il demanda comme une faveur d'être inhumé sans frais dans cet Hôtel-Dieu qu'il avait tant aimé.

Le 9 juillet 1770, M. Etienne Morelot lui succéda, comme 'Seau-père, c est ainsi qu'on nommait, alors, le directeur des hospitalières.

(i) Archives de l'Hôtel-Dieu..

Le legs de M. Lhomme et plusieurs dons de mille et deux mille livres, faits par M"= Milon, M"* Bachey, MM. Blondeau, David et Parny d'Antheuil,;permirent de faire, en 1776, des améliorations à la pharmacie et à la chambre de la Maîtresse ; de réparer la flèche, qui fut fortement avariée par la foudre, le 23 juillet 1777 , et de paver la grande cour, en 1779 (i).

Le patron de l'Hôtel-Dieu, qui avait vu expirer Louis-le-Grand, assista, en mai 1774, aux funérailles de Louis XV. Gaspard de Clermont-Tonnerre, devenu le doyen des maréchaux, représenta le connétable au sacre de Louis XVI. Ce prince, pour reconnaître les services du vieux maréchal, le créa duc et pair. Les insignes de cette dignité ne servirent qu'à orner le cercueil de ce vaillant soldat. Gaspard de Clermont-Tonnerre, après avoir été un admirable type d'honneur et de bravoure, mourut en 1781, à l'âge de quatre-vingt-treize ans. Son trépas fut un deuil pour l'Hôtel-Dieu (2).

(i) Archives de rHôtel-Dieu.

(2) 'biographie universelle de Michaiid.

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