L'HOTEL-DIEU A LA FIN DU XVIIP SIÈCLE
harles-Henri- Jules de Clermont-Tonnerre, lieutenant-général et commandant en chef du Dauphiné, devint, par la mort de son père, duc et pair de France et patron de notre hôpital. Il prit possession de son patronage le 27 mai 1781; il avait alors 61 ans. Il fut reçu avec le cérémonial accoutumé et le respect dû à son âge, à son rang et à son noble caractère : il aimait les pauvres et les malades, et considérait les religieuses et les administrateurs comme des membres de sa famille. Il installa comme intendant le fils de la Mare d'Aluze, en remplacement de son père qui venait de mourir, et confirma dans leur emploi tous les dignitaires de l'hospice.
Après le passage du patron, l'hôpital fut mis en émoi par le feu qui, en huit jours, prit trois fois dans la cheminée de la cuisine. Le 8 juillet 1781 on se hâta de la réparer pour prévenir un incendie.
On fit, en 1783, d'autres réparations. Rolin avait
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placé une horloge au clocher, une chaire en pierre et une belle croix gothique dans la cour d'honneur. On supprima la chaire, jugée inutile; on mit à l'horloge, — qui avait été renouvelée en 1732, — trois timbres, et on remplaça par une croix nouvelle la croix gothique qui tombait de vétusté.
A peine ces travaux étaient-ils achevés, que le 31 juillet, des marms et des soldats arrivèrent à l'Hôtel-Dieu. Ils étaient si nombreux, qu'on fut obligé de faire évacuer la Grand'Chambre pour les recevoir, d'ajouter des lits de camp aux couches ordinaires, et de demander un sergent et plusieurs hommes pour maintenir l'ordre. Comnie les médecins étaient « fort occupés, » ils désignèrent MM. Bourgeois père et fils pour soigner ces malades.
Témoin de la gêne que l'on éprouva en cette circonstance, une personne charitable, qui a voulii demeurer inconnue, donna neuf mille livres pour l'agrandissement de la salle Saint-Louis, spécialement réservée aux militaires. Cet agrandissement présentait de si graves difficultés, qu'on préféra créer une salle nouvelle.
Le 27 juin 1784, le Conseil arrêta que l'on formerait une chambre de douze lits dans l'emplacement occupé par « la Buerie, la Chambre Sainte- Marthe » et les deux salles supérieures. Les anciens planchers disparurent, la Buerie fut portée dans le Bâtiment des Greniers et on eut une vaste pièce pleine d'air et de soleil. On la dédia plus tard à Notre-Dame. Elle ne fut ouverte aux malades qu'au mois d'octobre 1793. A son origine, elle
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servit aux militaires ; mais aujourd'hui elle est Tasile de pauvres femmes âgées. Un autel surmonté d'une charmante statue de la Vierge (i), un beau Christ du XV* siècle, quatre tableaux représentant Notre-Dame du Sacré-Cœur, V Annonciation, Jésus au tombeau ef Jésus ressuscitant donnent à cette salle l'aspect d'un sanctuaire.
Dans cette création disparut l'ancien Ouvreur des Sœurs, qui était devenu la salle Notre-Dame, depuis que l'ancienne chambre de ce nom formait la partie supérieure de la salle Saint-Hugues. Les religieuses cessèrent de travailler en commun : ce n'était plus possible depuis que le nombre des pauvres et des infirmes s'était notablement accru. Malgré cette suppression, l'hospitalière de Rolin continue d'être laborieuse comme la femme forte des Livres saints ; retirée dans le cabinet quiavoisine chaque salle, ou assise au chevet des infirmes, elle consacre à la couture et au soin du linge tout le temps que lui laissent les malades.
Le i" janvier 1784, les sœurs et les pauvres inhumèrent leur Père spirituel, le charitable abbé Morelot. L'Hôtel-Dieu de Beaune était en si grand renom, et l'honneur d'être son Directeur était tant recherché, que M. de Glermont-Tonnerre fut forcé de prolonger l'intérim avant de fixer son choix, « ayant, dit-il, des demandes à l'infini et toutes d'excellents sujets. »
Le patron nomma M. Nicolas Béguin, qui fut installé le 8 mars 1784. Né à Baigneux-les-Juifs
Ci) Don de M. l'abbé de Bahezre, en 1869.
d'une ancienne famille de ce village, ce prêtre, « licencié en théologie, de la Société de Navarre, professeur émérite de philosophie en l'Université de Paris, au collège Louis-le-Grand, chanoine de Beaune par ses grades, » était un savant distingué. Il ne demeura que six années au service des pauvres (i).
Comme les savants de son époque, l'abbé Béguin ne goûtait point les beautés de l'art gothique ; aussi, le 22 août 1784, il eut la fâcheuse inspiration de proposer au Conseil de faire disparaître « le candélabre et les ornements de cuivre formant un carré autour du Maître-autel, comme étant dans un état ruineux et exigeant annuellement des réparations dispendieuses. » Le beau candélabre fut conservé, mais l'autel perdit ses magnifiques ornements, et les 2,100 livres de m.étal qui le composaient furent vendues à vil prix.
Le nouveau Père spirituel eut une inspiration plus heureuse. Les postulantes et les novices manquaient un peu de direction ; Rolin les avait confiées à la Maîtresse, mais son multiple service ne lui permettait point de leur donner tous les soins qu'elles réclamaient. L'abbé Béguin proposa de les confier à une directrice particulière, qui serait choisie par la Maîtresse et le Père spirituel, et qui aurait pour mission de faire observer aux aspirantes un règlement spécial et de les initier aux abnégations et aux dévouements de la vie hospitalière. Il réclama pour ces jeunes filles un apparte-
(i) L'abbé Bredault, Supplément de Gandelot, manuscrit à M. le comte de Juigné.
ment qui put à la fois leur servir d'ouvroir, d'école et de sanctuaire.
Le 21 mars 1788, cette proposition fut adoptée. Sœur Lorenchet fut élue Maîtresse des novices; l'abbé Béguin traça le règlement des postulantes, et l'ancienne chambre Sainte-Anne leur fut assignée. Les lits, fondés par le président et le colonel Brunet, furent placés ailleurs, et cette salle devint définitivement le Noviciat.
Cette chambre, avec sa grande cheminée, ses belles boiseries et ses vieilles peintures, a quelque chose de noble et d'austère. Elle est merveilleusement choisie pous sa destination : elle est proche du tabernacle, foyer de toute vie religieuse ; elle a reçu le vocable de sainte Anne, patronne de l'éducation chrétienne ; elle est à la portée de tous les services de THôtel-Dieu et, après plus de quatre siècles, elle garde encore le souvenir de Guigone, qui y vécut et y mourut la sœur et le modèle des premières hospitalières.
M. Béguin, appréciant l'intelligence de ses filles, crut qu'une sœur pourrait remplacer, avantageusement le pharmacien, qui était une lourde charge pour la maison. Le 20 avril 1788, le Bureau décida « qu'une religieuse seroit spécialement instruite dans ce but et que, lorsqu'elle auroit vraiment acquis les connaissances et capacités nécessaires à cet office, elle seroit placée dans l'apothéquairerie, où elle pourroit être continuée de trois ans en trois ans, et qu'elle seroit chargée d'instruire une religieuse qui lui seroit donnée pour compagne ; en sorte qu'à l'avenir il y auroit toujours à cet of~
fice une ou deux religieuses instruites en cette partie. » Un habile praticien, M. Gremeau, consacra plusieurs années à les initier aux secrets de son art : les sœurs pharmaciennes furent créées.
Pendant que ces heureuses innovations s'accomplissaient à THôtel-Dieu, un souffle de révolte, d'irréligion et d'impiété passait sur la France : la Révolution était proche. Cette grande crise sociale fut précédée par des perturbations atmosphériques extraordinaires.
Depuis le 10 juin 1783 jusqu'au milieu de septembre, on vit à Beaune et dans toute la Bourgogne une brume sèche, qui s'étendant sur le ciel comme un crêpe funèbre, donnait au soleil une teinte sanglante. Le 6 juillet, vers les dix heures du matin, un violent tremblement de tei're ébranla notre hôpital. L'hiver de 1785 fut long et rigoureux : plusieurs voyageurs périrent de froid.
L'hiver de 1788 et 1789 fut encore plus cruel. Le froid commença à Beaune le 14 novembre, et alla près de deux mois en augmentant. Plusieurs fois le thermomètre descendit à plus de vingt degrés au-dessous de zéro. Le 27 novembre, la terre durcie comme du granit se couvrit de deux pouces de neige. Le 4 décembre, une pluie froide, jetant sur cette neige un linceul de verglas, convertit en cristaux la flèche, les tourelles, les girouettes et les toits de l'Hôtel-Dieu. Un ciel terne, un soleil éteint complétèrent le morne aspect de ce paysage désolé. Le 16 décembre, la neige tomba tout le jour, et le soir elle se couvrit d'une nouvelle
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couche de verglas, de sorte qu'un glaçon d'environ trois pouces de circonférence entoura les fils les plus légers des dentelles du palais de Rolin. Le 19 décembre, il neigea encore une partie du jour : le sol et les toits se trouvèrent couverts d'un pied et demi de neige et de deux croûtes de glace.
Le matin de la fête de Noël, les sœurs jetèrent un cri de joie : la température était notablement adoucie ; le midi soufflait ; les murs étaient blancs comme en temps de dégel, et la flèche et les autres aiguilles se dépouillaient de leurs cristaux. Cette joie fut courte ; le lendemain la bise fit entendre ses sifflements, et le froid reprit avec une intensité nouvelle : les premiers jours de janvier furent d'une rigueur extrême. Enfin le ciel s'adoucit ; une pluie légère tomba les 13 et 14 janvier, le vent du midi fit sentir sa tiède haleine et l'on se trouva en plein dégel (i).
Ce cruel hiver fit sentir plus'particulièrement ses rigueurs dans la Grand'Chambre, dont la voûte en lambris était disjointe et vermoulue. Le 14 décembre 1788, les administrateurs passèrent pour sa reconstruction un marché avec le charpentier Bailly ; on fixa les travaux au mois de mars suivant.
Dans les derniers jours du mois de juillet 1789, sœurRavinet fut envoyée comme supérieure à l'hôpital de Saulieu : ce fut la dernière fondation de notre Hôtel-Dieu avant la tourmente révolutionnaire.
(l) Histoire de Volmy, par M, Xa^^bi E. B, p, 149-15 1.
Pendant le grand hiver, Louis XVI avait épuisé en aumônes le trésor royal, dont déjà le déficit était énorme. Le 5 mai 1789, le monarque réunit à Versailles les Etats généraux pour les consulter sur l'amélioration des finances. Cette assemblée, s'arrogeant un pouvoir souverain, donna à la France une constitution nouvelle. Dans ce travail, elle ne respecta rien de ce qu'avaient établi les siècles précédents : le pouvoir royal fut annulé, les traces de l'antique féodalité disparurent, et toute l'organisation nationale fut remaniée. La Constituante, c'est le nom de cette assemblée, ne se contenta point de toucher à l'ordre civil, elle prétendit transformer à sa guise l'ordre religieux ; le 13 février 1790, elle supprima les vœux et les Ordres monastiques et mit les biens du clergé à la disposition de la nation, se réservant d'édicter des mesures encore plus graves.
L'abbé Béguin, voyant venir l'orage, confia sa petite congrégation à des mains qu'il jugeait plus habiles et plus fermes que les siennes , et retourna à ses travaux scientifiques et littéraires. « Il a donné un Traité de calcul infinitésimal et de la géométrie des courbes; un Cours de Philosophie dont il a publié plusieurs volum^es : l'un d'eux est dédié au Chapitre de la collégiale de Beaune (i). »
A ce savant directeur succéda, le 10 mai 1790, M. l'abbé Antoine Forien. Il avait environ quarante ans ; c'était un prêtre pieux, instruit, et ayant
(i^ L'abbé Bredault, Supplément de Gandelot, manuscrit de M, de Juigné.
une âme fortement trempée. Dans son nouveau poste, il n'eut que la joie de donner, le 27 juin suivant, l'habit d'hospitalières à Claudine Guillemot et à Mathilde Hutet, qui se hâtaient de se consacrer à Dieu et aux pauvres parce que les temps étaient difficiles et calamiteux.
Pendant que ces vierges étaient à l'autel, l'Assemblée discutait la Constitution civile du Clergé, dans le but de séparer l'église de France de Rome, le centre de la catholicité. Le 12 juillet 1790, l'Assemblée imposa le serment à la Constitution aux membres du Clergé qui voulaient exercer les fonctions pastorales sur le territoire français. Il y eut quelques défaillances dans la tribu sacerdotale : mais tout ce qui était saint et profondément éclairé préféra la persécution et la mort à ce serment schismatique.
L'Assemblée Législative, qui succéda à la Constituante, condamna à la déportation tout prêtre qui n'aurait pas prêté le serment au i^' janvier 1792. Ce fut l'occasion d'un grand trouble à l'Hôtel- Dieu.
M. l'abbé Forien avait pour coopérateurs Messieurs Cornot et Sauvestre, deux prêtres remplis de l'Esprit de Dieu. La communauté des sœurs se composait de vingt professes, de deux novices et de quelques postulantes : cette congrégation était si ferme dans la foi qu'elle serait allée au martyre en chantant. Cette petite troupe avait à sa tête deux femmes admirables : la maîtresse, Cécile Boilaud qui servait les pauvres depuis plus de trente ans et sa compagne, Suzanne Brunet de
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Monthelie, jeune hospitalière d'une rare distinction.
La municipalité entreprit d'amener ces âmes au schisme. Elle déféra d'abord le serment à MM. Cornot et Sauvestre, qui le refusèrent avec énergie. Ils furent chassés de l'Hôtel-Dieu et remplacés par deux apostats. Les offices de ces intrus furent désertés ; alors « la municipalité invita les administrateurs à ne pas faire célébrer de services religieux par d'autres prêtres. »
Le serment fut aussi demandé à M. Forien et aux sœurs : ils répondirent qu'à l'apostasie ils préféraient la déportation et la mort. Les officiers municipaux n'insistèrent point, comprenant qu'il valait mieux respecter la foi de ces âmes que détruire cette communauté hospitalière, la providence des pauvres et l'une des gloires de la ville. Soeur Boilaud obtint même le libre exercice du culte pour elle, pour ses religieuses et les gens de la maison. Le ii mars 1792, les administrateurs de l'hospice l'autorisèrent à faire célébrer la messe par tel prêtre qui luiplairait,soit dans la Chambre- Dieu, soit dans toute autre qui ne serait pas salle publique. Cette faveur ne dura point. Les hommes de cœur qui l'avaient accordée, MM. Chauvelot, David, Parigot, Viennot et Vergnette, furent destitués le 15 août suivant, par le conseil général de Commune, « comme ayant perdu la confiance publique, )) et remplacés par des hommes animés de l'esprit nouveau.
Le 21 septembre 1792, la Convention arrivait au pouvoir, résolue à faire une guerre sans merci à
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la royauté et au Christ. Le Directoire du département de la Gôte-d'Or, entrant dans ses vues, supprima la messe des sœurs, « pour ne pas élever, dit-il, autel contre autel, et entretenir un schisme dangereux !...)) L'abbé Forien , menacé d'une mort certaine et dans l'impossibilité d'exercer son ministère, célébra une dernière fois les divins mystères dans la Chambre-Dieu , communia les sœurs, les exhorta à rester fermes dans la foi et inébranlables dans la charité, et prit le chemin de l'exil. Dès lors, nos hospitalières n'eurent plus de secours religieux que ceux, que de temps en temps, même au fort de la Terreur, leur apportèrent d'héroïques confesseurs de la foi.
Les jours de religieuse tristesse étaient arrivés. Le 30 octobre 1792, deux officiers municipaux de la ville, accompagnés de deux appariteurs, se rendirent à la sacristie de l'Hôtel-Dieu et enlevèrent les reliquaires et tous les vases sacrés qui n'étaient pas strictement indispensables au culte. Sans respect pour l'art, pour l'histoire et la religion, ces inestimables joyaux furent envoyés à la Monnaie.
Les deux appariteurs emportèrent de l'hôpital cent-quarante-cinq marcs et sept gros d'or et d'argent. Témoin de cette scène, la jeune sœur Claudine Décologne ne put retenir ce cri d'indignation: (( Ah ! pauvre petite chapelle, tu es la brebis que l'on écorche, pour faire de ta peau un manchon à cette terrible dame que l'on nomme la Convention ! — Citoyenne, répondit l'un de ces hommes,
tu payeras cette parole!.. » Le lendemain deux gendarmes vinrent chercher la jeune hospitalière. Elle était au lit, à la suite d'une grave luxation. Ces agents, après avoir constaté par eux-mêmes l'état de la malade, remirent à plus tard son incarcération. Les juges de Claudine Décologne furent moins cruels que beaucoup de cette époque ; ils la retinrent quelques jours en prison, et la renvoyèrent aux malades qui allaient devenir nombreux.
De tous côtés, à l'Hôtel-Dieu , pendant l'été de 1793, des artisans taillèrent la pierre et façonnèrent le bois : les uns firent des améliorations à la Pharmacie et à la salle Saint-Louis ; d'autres bâtirent, à l'entrée de la cour d'honneur, deux pavillons pour servir de loge au portier et d'office au réfectoire; d'autres achevèrent l'infirmerie commencée en 1784. Ils se hâtaient, car on se battait à l'intérieur de la France et aux frontières, et la République avait besoin de salies pour ses blessés et ses malades.
Le 6 octobre la nouvelle infirmerie fut encombrée de soldats de l'armée du Rhin et de prisonniers de guerre : la gale se mit parmi eux.
Les récoltes de 1792 et de 1793 ayant été mauvaises, l'hôpital se trouva sans pain. Ses intendants adressèrent pétitions sur pétitions à la République, qui, en confisquant les biens de l'Hôtel-Dieu, s'était chargée de son entretien. Ils écrivirent le 27 octobre 1793, au directoire de Beaune : « Citoyens, votre silence augmente nos alarmes. Il est bien douloureux de voir pareil oubli, après des soUi'citations
réitérées. Un plus long retard donnera lieu aux murmures du public et nous serons forcés nousmêmes de former des plaintes. » Ils demandaient 400 mesures de blé et ils n'en obtinrent que 261.
Au milieu de cette gêne, les sœurs travaillaient et souffraient. Toutes n'affrontèrent pas impunément le mal contagieux qu'avaient apporté les soldats. Mais ces douleurs n'étaient rien, comparées aux tristesses que leur causèrent un vandalisme sauvage et une aveugle persécution.
Le 19 nivôse an II (8 janvier 1794), on détruisit, dans la seconde cour, « le charnier )) où reposaient les sœurs mortes depuis la fondation : ce fut avec serrement de cœur que les hospitalières virent devenir profane ce lieu où elles aimaient à prier. Le cimetière des pauvres était déjà interdit : depuis le 19 janvier 1792 : ils étaient inhumés dans le cimetière de la ville à Saint-Jean.
Les deux prêtres assermentés ayant consommé leur apostasie, « en renonçant à toutes fonctions ecclésiastiques,)) le principal administrateur fît observer à ses collègues, le 5 pluviôse an II (3 février 1794), que le culte catholique n'étant plus en exercice dans la maison, il convenait de supprimer la croix et le bénitier de cuivre de la Grand'Chambre et le can.délabre à sept branches qui étai^ dans le chœur. Ces objets d'art, aux proportions grandioses, étaient des morceaux de grand prix. Le lendemain, on brisa la croix monumentale ; on renversa « le grant & beaul benoiflier, )> et on descella avec peine « le bel & fomptueux chandellier à fept branches. »
Il y avait dans la Chapelle plusieurs grandes tombes en cuivre admirablement ciselées et ayant Tèciat de l'or. On remarquait surtout celle de la Fondatrice : Guigone, les mains jointes, était représentée en habit de veuve, dormant son dernier sommeil à côté de Rolin, couvert de son armure. Les belles tombes furent enlevées !.. Le souvenir des vertus de la Fondatrice ne la préserva point de fureurs sacrilèges ; ses ossements furent dépouillés de leur cercueil de plomb et jetés dans la vase. Rolin n'était point là, mais Philippote, sa fille, y reposait; elle eut le sort de Guigone ! Parmi les administrateurs se trouvait un homme de cœur et d'intelligence ; M. Henri Gélicot fît replacer dans le caveau les restes de la Chancelière, enfermés dans un cercueil, avec cette inscription : « Ici reposent les cendres de dame Guigone de Salins, veuve de Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne, fondatrice de l'Hôtel-Dieu de Beaune. — 1794 (i). »
Les actes de vandalisme continuèrent. Le 25 pluviôse an II (18 février 1794), ^'"'^ l'observation d'un administrateur : « qu'il existoit différents signes de l'ancien régime aux pignons de la grande salle et au-dessus de la flèche , le Bureau autorisa l'intendant à les faire abattre le plus tôt possible, et à faire placer au-dessus de la flèche une oriflamme aux trois couleurs surmontée du bonnet de la liberté. » Les images du Christ et de la Vierge furent arrachées du faîte de l'Hôtel-Dieu ; la croix fut précipitée du clocher et fit place aux insignes de la République.
(i) Manuscrit de M. \'dh\>é^r:^ài\At, Supplément de Gandclct.
A l'intérieur, se passèrent des scènes tout aussi navrantes. La croix de la grande cour fut renversée. On enleva de la Chapelle et des salles toutes les statues et tous les tableaux. Ces œuvres d'art où, à l'invitation du Chancelier, les maîtres flamands avaient mis tout leur génie pour honorer Dieu et ses saints, furent mutilées et irrévocablement perdues. Le fameux Jugement dernier n'échappa que par une sorte de miracle.
Il y avait, au-dessus de l'autel principal de la Chapelle, une page splendide, toute étincelante de diamants, de topazes, de rubis, de saphirs et d'émeraudes ; un artiste verrier y avait peint la scène du Calvaire, et les portraits de Philippe le Bon, d'Isabelle de Portugal, du Chancelier et de la Chancelière. Le cardinal Rolin et ses deux frères décoraient un vitrail voisin. Ces deux belles pages furent mises en pièces, et toutes leurs richesses tombèrent sous le marteau des démolisseurs.
On visita les murailles : on en effaça les blasons; on fit disparaître des inscriptions lapidaires tout ce qui rappelait Dieu, la noblesse et la royauté ; on mutila en partie le marbre consacré à la mémoire de Jean de Massol, le plus insigne bienfaiteur de l'Hôtel-Dieu. On mit le comble à cette œuvre de destruction; le 20 floréal (9 mai 1794), l'intendant « fut autorisé à faire démoHr les autels qui se trouvoient encore dans les différentes chambres des malades. »
Le souffle révolutionnaire qui passait sur notre hôpital déflora jusqu'à la céleste poésie de son
nom et de celui de chacune de ses salles. L'Hôtel- Dieu devint V Hospice d' Humanité ; les salles Notre- Dame, Saint-Hugues, Saint-Nicolas, Saint-Louis perdirent leurs noms si chrétiens et si français, pour s'appeler les Infirmeries, la salle de l'Egalité, la salle de la Fraternité.
Après cette transformation, on trouva que les hospitalières avaient un costume qui n'était plus en harmonie avec la maison qui avait cessé d'être l'Hôtel-Dieu. On les força à déposer le voile et la cornette qui mettaient comme une auréole de sainteté à leur front et qui inspiraient à tous la vénération et le respect ; on les contraignit à prendre des habits séculiers. Ce sacrifice leur fut presque pénible comme celui de la vie ; elles s'y soumirent, trop heureuses de pouvoir encore servir Jésus en la personne des pauvres. On enleva leur costume, mais elles gardèrent leur esprit : la modestie leur servit de voile ; la charité et toutes les vertus hospitalières donnèrent une sorte de consécration religieuse aux vêtements qui leur furent imposés. On changea leurs titres de soeurs et de religieuses pour celui de citoyennes; mais elles furent toujours les dignes épouses du Christ, les servantes et les sœurs des pauvres.
Pour quelques-unes la persécution fut plus cruelle. Le i"mars 1794, des gendarmes vinrent, au nom de la loi des suspects, demander la citoyenne Suzanne Brunet de Monthelie. C'était la deuxième fois que la pauvre hospitalière était arrêtée. On l'arracha du chevet des malades et on la
conduisit à Dijon. Là, elle trouva parmi les détenus des parents et des amis : elle fut leur consolatrice et leur bon ange.
Malgré l'incarcération de sa compagne, sœur Boilaud conserva, en pleine Terreur, toute l'énergie de son zèle et de sa foi ; au péril de sa vie, elle ouvrit les portes de l'Hôtel-Dieu à des prêtres qui confessaient les malades et célébraient les divins mystères. Le conseil général de la commune s'émut ; le 20 floréal an II (g mai 1794), il défendit de laisser entrer aucun étranger à l'hospice pour l'exercice du culte. Sœur Boilaud et le portier Drioton, mis en demeure d'exécuter cet ordre, s'y refusèrent.
Les Terroristes devinrent furieux. Craignant de détruire la communauté hospitalière qu'ils jugeaient nécessaire à la ville, ils n'osèrent toucher à la supérieure ; mais ils réclamèrent de nouvelles recrues pour la prison : sœur Bourgeois et sœur Dorey, qui déjà avaient été incarcérées , furent arrêtées de nouveau. Comme Suzanne Brunet, elles se vouèrent au service des captifs, et continuèrent parmi eux leur vie d'abnégation et de charité.
L'alarme fut grande parmi les détenus, quand ils apprirent que la commission générale du district avait dem andé l'inventaire des biens de la famille Brunet : c'était pour elle un signe prochain de mort, puisque la Révolution se préparait à recueillir son héritage. L'effroi grandit encore, quand Suzanne reçut le questionnaire de l'accusa-
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teur public. L'innocente prévenue écrivit sa défense avec calme et simplicité (i).
Malgré sa justification qui était péremptoire, on
(i) 1° ô,' Bninet, fille, domiciliée à Beaune,âgée d'environ 24 ans, célibataire.
7^. J'ai trente-trois ans, et il y a vingt-deux ans que j'ai consacré ma jeunesse et ma santé au service des pauvres et des défenseurs de la patrie.
2° <2' -'i Dijon, depuis le 1 2 ventôse, par ordre du Comité de surveillance de Beaune. Elle est sœur de deux frères dont l'un est émigré, et l'autre a été fusillé à Commune-iÂffrancbie. Il est prouvé qii elle a envoyé de l'argent à ce dernier, après le siège. Il fut reconnu qu'elle lui envoyait une somme de cent livres en assignats à Lyon. On lui remit cette somme et le même jour elle en fit don à la Société populaire de ^Beaune pour les Volontaires. On voit encore par ime déclaration faite par Claudine Tted, au service de laBi^ouard parente de la Brunet, que cette dernière devait faire passer lasomme de 2,ooof., et que Claudine Pied avait écrit au dit Bnmct, à la sollicitation de la Brunet hospitalière.
1t. Loin de nier l'intention que j'ai eue et l'emploi que je désirais faire de cet arsent, je ne demande qu'à en donner l'explication. Je n'ai jamais ouï qu'il fut coupable d'envoyer de l'argent pour payer des dettes : mon frère devait I 200 f. et la somme que je lui destinais était pour acquitter cette dette et subvenir à sa subsistance avec les 800 f. restants. C'était après le siège, et ce ne pouvait être un secours destiné à servir la rébellion. J'avais effectivement chargé la citoyenne Pied d'écrire à mon frère pour lui demander différentes commissions, et les 100 f inclus dans la lettre étaient pour les payer. L'emploi que j'ai fait de cette somme prouve au moins que mon intention était pure, S'il y a des lois qui défendent de faire circuler des assignats lorsqu'une ville n'est plus en rébellion, je les ai toujours ignorées. D'ailleurs, mon frère était^dans ce temps, tranquille et non suspect: j'étais loin de prévoir lesort qui l'attendait.
3° Ô.- 1(elations avec son frire de Lyon.
R Mes occupations multipliées ne me laissaient guère le temps d'avoir des relations suivies. D'ailleurs, je ne crois pas avoir écrit à mon frère pendant le siège, et toutes mes lettres ayant été décachetées par la Municipalité, je puis assurer, avec la certitude de n'être point désavouée^ qu'elle n'a jamais rien vu de répréhensible dans tout ce que j'ai pu écrire.
4" Q. Caractère froid, fanatique, n'ayant jamais manifesté d'opinions civiques.
1^. Article contradictoire ; un caractère fanatique suppose une tête chaude, et on m'accorde un caractère froid. Quant aux preuves de civisme : Je crois que se dévouer pendant vingt-deux ans au service des pauvres, c'est le plus bel acte de service qu'une femme puisse faire. D'ailleurs, lorsque je fus arrêtée, les Volontaires dont j'avais soin me donnèrent une preuve bien honorable de leur attachement en me réclamant. Si j'avais manifesté des opinions inciviques, ils n'auraient pas fait pareille démarche en faveur d'une citoyenne qui n'aurait pas aimé sa patrie. Quant à mes opinions, on ne peut et on ne doit les juger que sur mes actes.
je crois avoir détruit suffisamment les inculpations qu'on m'a faites, pour espérer de la justice nationale ma liberté.
continua de trembler sur le sort de l'ange de la prison. Heureusement Dieu veillait sur la jeune sœur, et elle pouvait dire avec la captive de Chénier :
Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson ; Et, comme le soleil de saison en saison^ Je veux achever mon année.
La mort de Robespierre sauva les proscrits et ouvrit les prisons. SœurBrunet, avec les deux autres hospitalières, retourna à ses chers malades, qu'elle servit jusqu'à son trépas, qui arriva le 31 mars 1823.
Avant d'expirer, cette généreuse servante du Christ fonda au village d'Aubigny-la Ronce une petite communauté de religieuses de la Doctrine chrétienne pour l'instruction des jeunes filles et le soulagement des malades. Elle légua à l'Hôtel- Dieu mille francs et tous ses effets mobiliers, et 556 francs pour la restauration de la Chapelle. Comme dernier hommage au Dieu qui l'avait sauvée des fureurs de la Révolution, elle recommanda à son frère, M. Brunet de la Serve, de pieuse et charitable mémoire, de donner en son nom à l'hôpital un tableau du Sacré-Cœur. Cette belle peinture décore aujourd'hui la salle Saint- Joseph (i).
Le patron de l'Hôtel-Dieu, M- Charles-Henri- Jules de Clermont-Tonnerre fut moins heureux que les sœurs arrêtées pendant la Terreur. Incarcéré à cause de son grand nom, de seshautesdignités, de ses principes politiques et religieux , il
Ci) Archives de l'Hôtel-Dieu. — Archives de la famille Brunet.
tomba sous la hache révolutionnaire, à l'âge de soixante-quatorze ans, le 26 juillet 1794 : deux jours seulement avant la chute de Robespierre (i). Fidèle jusqu'au dernier soupir à son Dieu et à son Roi, le noble duc mourut avec la foi d'un chrétien et le courage d'un soldat. Sa fin (tragique jeta la consternation dans la petite communauté hospitalière de Nicolas Rolin. ^
Pendant que la Révolution persécutait l'Hôtel- Dieu dans ses serviteurs, elle le ruinait dans ses biens. Elle lui enleva toutes ses franchises d'impôts et d'octroi. Elle supprima les dîmes, les cens et autres droits féodaux qui formaient une ['partie notable de son revenu. Par la création des assignats,elle mit aux mains des débiteurs de l'hospice un papier-monnaie qui fut l'occasion de remboursements illusoires. Enfin elle vendit une [grande partie de ses propriétés foncières, même la maison des aumôniers, voulant qu'à jamais Dieu fut banni de l'hôtellerie qu'il avait reçue de Nicolas Rolin. Ces diverses ventes s'élevèrent au chiffre énorme de 369,100 francs (2).
A la suite de ces mesures désastreuses, la gène fut si grande dans l'Hôtel-Dieu que l'on ne put plus enterrer décemment les morts ^et nourrir les vivants.
Le 19 germinal an II (28 août 1794), les administrateurs, conformément à un arrêté du représentant Bernard de Saintes, décidèrent que l'usage
(i) 'Biographie universelle de Michaud.
(2) Archives de l'Hôtel-Dieu. Layette II, n° 45.
du cercueil était aboli dans l'hospice, et que désormais les morts seraient ensevelis simplement dans une toile. Ils n'entraient dans la bière commune que pour être portés plus facilement au cimetière.
Le II fructidor an II (28 août 1794), les vivres furent si rares que les citoyens Foisset, Hubert et Thorey, chargés de l'approvisionnement de la maison, parcoururent les districts de Châlon, de Belle- Défense , d'Arnay, d'Avallon et de Semur sans pouvoir acheter un grain de froment. Ils en trouvèrent au mois de février suivant, mais au prix • onéreux de six livres (en numéraire) la mesure.
Dans l'année 1795 l'oi'dre et le calme se préparèrent à renaître ; le 2 prairial an III (8 juin), l'agent national écrivit aux administrateurs de l'hospice : « Citoyens, le Conseil général, en sa séance du 6 courant, a délibéré l'enlèvement de tous les monuments et signes du régime affreux de la Terreur, en conformité de la loi de Prairial qui ordonne la suppression de tout signe de ralliement autre que la cocarde tricolore. Jai été chargé, par la même délibération, de veiller à son exécution. Je vous invite en conséquence à faire procéder incessamment à l'enlèvement du bonnet rouge qui surmonte la flèche de l'hôpital, ou à y faire apposer les trois couleurs. » Le 2 messidor (20 juin), le Bureau chargea l'intendant de faire peindre aux trois couleurs le bonnet de la liberté
Si l'apaisement se faisait dans les âmes, la gêne
2g2 l'hôtel-dieu
n'en continuait pas moins à l'Hôtel-Dieu. Le 3 thermidor an III (21 juillet 1795), ^^^ administrateurs, considérant la pénurie des subsistances,prescrivirent aux médecins Morelot et Billardet de ne recevoir les militaires qu'en cas de maladie constatée, et de les renvoyer aussitôt leur rétablissement. Pour le même motif, le 5 vendémiaire (27 septembre 1795), ^^ Grand'Chambre fut fermée. Le 8 frimaire an IIÏ (29 novembre 1795), tous les malades de la ville et des villages furent refusés, et « l'hospitalité fut restreinte aux seuls défenseurs de la Patrie. »
Les hommes du gouvernement , comprenant qu'ils avaient trop à faire pour pouvoir régir par eux-mêmes les intérêts des pauvres, rendirent, le 13 décembre 1795, ^ l'hospice de Beaune la gestion de ses biens. Mais que pouvaient les administrateurs avec une maison ruinée ? S'adressant à la Convention, ils avaient courageusement protesté contre la vente des biens de l'Hôtel-Dieu et en avaient réclamé la restitution, mais on ne les avait point écoutés. Le 7 germinal an IV (27 mars 1796), ils se virent dans la cruelle nécessité de fermer aux soldats eux-mêmes deux nouvelles salles : la salle de l'Egalité et la salle des Militaires.
L'année 1796 fut pour notre hôpital pauvre et besoigneuse comme les précédentes. Le 22 floréal an IV (11 mai), les administrateurs répondirent en ces termes à l'autorité départementale qui les interrogea sur l'état de la maison : « Avant la Révolution, l'H.-D. jouissoit d'environ 50,000 livres de revenus, non compris les dons qu'on lui faisoit
journellement; mais la suppression des dixmes, rentes et autres droits féodaux, l'établissement de l'impôt, le remboursement des contrats dans un temps désavantageux et la vente d'une partie des fonds ont réduit ses revenus au tiers environ. L'insuffisance des revenus a forcé le Bureau à supprimer trois salles, pour le moment. Outre les revenus ordinaires, il faudroit une somme de dix mille livres, valeur de 1790, pour subvenir aux besoins urgents de cet hospice , dans le cas où on y placeroit autant de malades qu'il pourroit en contenir. »
Le 27 thermidor an IV (14 août), ils déclarèrent aux gens du fisc que l'hôpital était dans l'impossibilité de payer la totalité des impôts dont il était frappé. Le 11 vendémiaire an V (2 octobre 1796), voyant la maison dans la plus grande détresse, ils décidèrent que des poursuites rigoureuses seraient faites contre tous ses débiteurs et ses fermiers.
Les années 1797, 1798 et 1799 furent tout aussi malheureuses pour l'Hôtel-Dieu ; il reçut des soldats malades ou blessés des campagnes d'Italie et d'Egypte, et ne put subvenir à leurs besoins. Les administrateurs, alléguant la ruine de la maison et « les sommes considérables que lui devoit l'Etat, » réclamèrent aux ministres des secours et l'exemption d'impôts. Ils obtinrent seulement une prorogation de quelques mois pour l'acquittement de l'impôt, et un maigre secours de trois mille livres.
Nous devons cependant constater une améliora-
tion dans le sort des malades de l'hôpital de Beaune. La Commission administrative s'était modifiée dans son personnel, et n'était plus hostile aux pratiques religieuses; elle laissa les abbés Durand, Jeandry et Lambert célébrer la messe, et elle leur permit de consoler et d'assister les mourants.
Il y eut aussi un plus grand respect pour le ob-. jets d'art et les souvenirs historiques. Sous ce rapport, M. Henri Gélicot a bien mérité de l'Hôtel- Dieu ; ce fut à l'intelligence de cet homme que l'hôpital dut la conservation de quelques épaves de son passé. Le 28 frimaire an VI (18 déc. 1797), ce laborieux et savant administrateur demanda au Bureau quinze mains de grand papier pour le classement des Archives. Lui-même se chargea de ce difficile travail ; il mit l'ordre et la lumière dans ce chaos et rédigea de précieux inventaires (i).
La tourmente était finie : on touchait à des jours meilleurs.
{:) Nous avons emprunté aux Archives de l'Hôtel-Dieu tous les détails sur la période révolutionnaire^