‹ L'Hotel-Dieu de Paris au moyen âge. Histoire et documents: histoire et documentsChapitre 136 sur 236 · VII. — LA RJÊFORJIB DE L^HÔTEL«DIBU. t · texte numérisé non relu

VII. — LA RJÊFORJIB DE L^HÔTEL«DIBU. t

Le 1 1 juillet, les choses allèrent plus loin. Quand les chanoines chargés d'arrêter Lefèvre eurent quitté THôtel-Dieu avec leur prisonnier, non, d'ailleurs, sans avoir été l'objet d'une manifestation hostile, frères et sœurs, armés de bâtons et de couteaux, montèrent à la chambre du boursier, en criant : « Judas, tu es mort ! tu as vendu le maître ! tu l'as livré aux faux juifs ! mais tu en mourras à cette heure \ » et ils commencèrent à enfoncer la porte. A cette vue, Laurent Laîné demanda ce qu^on lui voulait : « Tu le sentiras bien tantôt! » lui répondit une sœur, en lui montrant la hache qu'elle tenait à la main. La porte continuant à voler en éclats, l'infortuné religieux devait être bientôt massacré, quand une sœur, effrayée à l'idée du crime qu'on allait commettre, tenta de sauver le boursier-, elle lui cria, tout en Pinsultant comme les autres : c II faut que tu ailles chercher Lefèvre et nous le ramènes, ou tu es perdu ! » et elle décida les assaillants à se retirer. Laurent Laîné, à demi mort de frayeur, ne quitta pas sa chambre, sur le conseil même de quelques frères restés fidèles; mais la fièvre s^empara de lui, et douze jours après on Tenterrait dans l'église de l'Hôtel-Dieu.

Le calme était à peine rétabli quand arriva le doyen, accompa-. gné de trois de ses collègues; il venait recommander aux sœurs de mieux soigner les malades, que la rumeur publique représentait comme négligés et manquant du nécessaire. Aussitôt prévenues, les religieuses firent lever une trentaine de malades, les excitant à insulter les chanoines, de concert avec les domestiques de la maison, gens de bas étage qui assommaient les sergents du chapitre quand ceux-ci chassaient de l'église et du Parvis les filles et leurs souteneurs, c Aux larrons î aux larrons t aux paillards ! aux juifs ! s'écriaient-ils, vous avez chez vous vos grosses paillardes et ne venez ici que pour voler les pauvres ! on vous devrait assommer ! » Devant l'expression de pareils sentiments, les chanoines jugèrent prudent de gagner la porte ; mais on ne voulut la leur ouvrir; ils durent passer par le guichet. A peine étaient-ils sortis, les sœurs ouvraient la porte toute grande et de leurs malédictions injurieuses poursuivaient jusqu'à l'église les proviseurs épouvantés ^

Le lendemain, le chapitre fit une concession aux révoltés : Lefèvre, qui en avait à la fois appelé au Pape et au Parlement,

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